‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 28 sur 77 · SAR · texte numérisé non relu

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[An 418] DE L'ÉGLISE. — LIV. XII. 269 contenir, chargèrent aussi les Juifs; mais personne ne fut encore blessé. Cependant les Chrétiens se rendirent maîtres de la synagogue devenue comme un arsenal, la brûlèrent, aprés en avoir retiré les livres saints, de peur de la profanaiion, et remirent l’arrenterie aux Juifs, pour les convaincre de leur parfait désintéressement. De là ils revinrent à l’église avec une tranquillité et une modération qui jetèrent dans une espèce de ravissement ceux dont ils souhaitaient et demandaient au Seigneur la conversioti.

Ces vœux, et plus encore ceux du saint martyr, opérèrent efficacement. Le juif Ruben , intimement lié avec Théodore, abjura le judaïsme sur-le-champ et avec tant d'éclat qu'il reprocha publiquement aux autres leur indocilité, Trois jours après, Théodore vint accompagné d'une troupe nombreuse à la synagogue incendiée, dont les murs subsistaient encore. Il n'avait jamais eu plus de zèle pour la loi judaïque, et il la défendit avec toute l'ardeur et la fermeté que peut inspirer la présomption. Tout à coup le peuple chrétien se mit à crier d'une voix unanime : Théodore, crois en Jésus-Christ, Les Juifs comprirent que déjà Théodore croyait en Jésus-Christ. Consternés de se voir abandonnés par leur chef, ils se dispersèrent de tous côtés. Les femmes couraient, les cheveux épars, en pleurant et en répétant : Qu'as-tu fait, Théodore, qu’as-tu fait? En un moment Théodore se vit le seul des Juifs sur la place, interdit et confus d'être ainsi délaissé de tous ses frères. Ruben, qui était déjà converti, lui dit en s’approchant : « Que craignez-vous, Théodore ? Pour vivre en paix, tant en ce monde qu'en l’autre, le plus sûr moyen c'est de croire en Jésus-Christ. »

. À ce moment, Théodore se rappela le songe mystérieux qu'il avait eu, et, remarqv’ it autour de lui des moines qui chantaient, comme ils lui avaient été montrés dans cette vision, il demeura quelques instans recueilli en lui-même; puis il dit à l’évêque et aux Chrétiens : « Je ferai ce que vous désirez, je vous le promets ; mais, afin que ma conversion soit plus utile, donnez-moi le loisir de parler à mon peuple. » Tous les fidèles témoignèrent leur joie de la manière la plus expressive. Les plus distingués se jetaient sur lui pour lembrasser, d'autres s'empressaient à l'entendre ; tous se précipitaient pour le voir et lui applaudir. Il retourna à son logis, et les Chrétiens allèrent à l’église offrir en actios de grâces les Sté mystères. Comme ils sortaient, ils trouvèrent une troupe nombreuse de Juifs qui venaient démender à l’évêque d’être inserits au nombre des serviteurs de Jésus-Christ. On retourna à l'église; on rendit au Seigneur de nouvelles actions de grâces, et l'évêque les mit tous au nombre des catéchumènes.

Un autre jour, on ne put commencer le saint sacrifice qu'à une

270 HISTOIRE GÉNÉRALE (Au 418] heure après midi, tant l'évêque fut occupé par les Juifs qui se prééentaient pour être inscrits. Cependant on attendait avec impatience que Théodore exécutât sa promesse. Il dit qu'il voulait auparavant gagner sa femme, qu'il avait laissée dans l'île de Majorque. Les chrétiens trouvèrent sa conduite raisonnable : mais la ferveur des Juifs convertis s’offensa du délai. Théodore satisfit donc leur empressement ; et la multitude suivit son exemple, entr'autres, un vieillard de cent deux ans. Les rabbins mêmes se rendirent sans disputer, Quelques Juifs étrangers, quoique pressés de s'embarquer, aimèrent mieux en manquer l'occasion, que de manquer à la grâce. Il y eut seulement quelques femmes qui s’obstinèrent pour un temps. Au bout de huit jours, une d’entre elles, qui avait pris le parti de s'enfuir par mer, ayant été ramenée dans l'île, vint se jeter aux genoux de l’évêque, en le conjurant avez larmes de la réconcilier. « Mais pourquoi, lui dit-il, aviez-vous pris le parti de la fuite? — Quoique le prophète Jonas, répondit-elle, eût : até de se dérober au Seigneur, il n’en a pas moins accompli sa vv.vnté sainte, » Enfin il y eut cin: cent quarante personnes juives con. : :ties en huit jours, à compter depuis le second de février de cette année 418. Ces Israélites devenus chrétiens détruisirent eux-mêmes ce qui restait de leurs synagogues; après quoi ils bâtirent une belle église, à laquelle les plus distingués mêmes d’entre eux travaillèrent de leurs propres mains.

L'évèque Sévère fit le rapport de cet heureux événement, dans une lettre qu'il adressa au clergé et aux fidèles de tout l'univers, et qui s'est conservée jusqu'à rous. Elle fut portée à Uzale en Afrique à l'évêque Evode, ancien ami de S. Augustin, et on la lut publiquement dans l'église, un jour qu'on y reçut aussi des reliques du martyr pour qui elle était si honorable, C. des moines d'Uzale, sur ce qu'ils avaient oui dire à Orose des merveilles arrivées en Orient, avaient trouve moyer de s’y procurer une fiole qui contenait du sang de S. Etienne, avec quelques petits fragmens de ses os. L'évêque Evode étant allé processionnellement hors de la ville, pour les recevoir avec une pompe et des sulennités conformes à la joie publique, cette première cérémonie fut honorée d’un miracle. Par la seule invocation du saint, un barbier nommé Concordius, qui d'une chute s'était rompu le pied, fut soudainement guéri, vint sur-le-champ rendre grâces auprès du saint dépôt, y alluma des cierges , comme on le pratiquait dès-lors, et laissa en témoignage le bâton sans lequel il ne pouvait auparavant marcher". Après que l’évêque eut célébré les divins mystères dans une église

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(Au 418] DE L'ÉGLISE. — LIV, XI. 291 voisine, le clergé partit, accompagné d'une multitude infinie de peuple qui marchait en ordre et en plusieurs chœurs, portant des flambeaux, chantant des psaumes, et répétant en refrain ces paroles de l'Ecriture : Beni soit celui qui vient au nom du Seigneur. L'évêque était assis dans un char paré, tenant les reliques sur ses

enoux. On les transporta ainsi, avec une lenteur majestueuse, jusqu’à la ville, où l’on n’arriva que le soir ; et on les déposa, couvertes d’un voile blanc, dans le sanctuaire de la principale église, sur le trône de l'évêque. Le même jour, une boulangère fort connue , et qui était aveugle, accourut avec ce degré de foi qui opère les prodiges : elle se fit conduire près des reliques, prit à tâtons l'extrémité du voile qui les couvrait , et l’appliqua sur ses yeux, puis se retira chez elle, Pendant la nuit elle fut si parfaitement guérie, qu'elle vint toute seule à l'église le lendemain matin pour remercier le Seigneur.

Les reliques furent ensuite mises dans un lieu fermé, où l’on avait cependant laissé une petite fenêtre ouverte, par où lon faisait toucher des linges pour le soulagement des malades. On y venait en foule et de fort loin : il s’y opéra une infinité de miracles, et l'on y consacra une multitude d’offrandes figuratives qui les constataient. On doit remarquer l’offrande d’un voile sur lequel était peint S. Etienne chassant avec la croix un dragon de la ville : cette image fut exposée dans l'église, en face des reliques.

Pour conserver la mémoire des miracles d'Uzale, l’évêque en fit écrire l’histoire par un de ses clercs qui, ne pouvant suffire, dit-il, à leur multitude immense, se borna aux plus éclatans ". On lisait publiquement cette relation, à la fête du saint martyr : après la lecture de chaque fait particulier, on cherchait dans l'assemblée la personne sur qui s'était opérée la merveille ; on la faisait marcher au milieu des fidèles, puis monter en un endroit du sanctuaire, où elle demeurait quelque temps debout, afin d’être connue de tout le monde, Ainsi l'on vit d'abord la boulangère qui avait été aveugle, ensuite le paralytique parfaitement sain, puis tous les autres successivement. Îl est aisé de se figurer les grands effets que produisait ce spectacle, bien différent d’un simple récit : on croyait voir l'opération même du prodige; le peuple transporté faisait de vives acclamations, en versant des larmes de joie : souvent S. Etienne apparaissait sur cette auguste scène, ordinairement sous la figure d'un jeune homme et en habit de diacre. C’est cette foule de merveilles attestées par les hommes du premier ordre de ces temps-là,

! Præf. 11, c. ult.

279 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 418) qui a rendu si célèbre la translation ou l'invention des reliques du premier martyr.

S. Augustin ne rapporte pas seulement comme indubitable la guérison d’un grand nombre de malad:s de toute espèce, à Calame et aux eaux de Tibile en Numidie, où il y avait des reliques du saint aussi bien qu'à Uzale ; mais il fait mention de plusieurs morts ressuscités, avec les circonstances tout à la fois les plus frappantes et les plus persuasives". Un des principaux citoyens de Calame, nommé Martial, déjà avancé en âge, tomba dangereusement malade, Comme il était païen, sa fille qui avait le bonheur d'être chrétienne, et son gendre qui s'était fs! baptiser cette année-là même, conjuraient leur père avec larmes de s'assurer un bonheur éternel, en embrassant la vraie religion. Mais l'aversion qu'il avait pour le christianisme lui fit rejeter avec dureté les vœux de ce qu’il avait de plus cher. Le gendre affligé alla répandre son âme devant le Seigneur, près des reliques de S. Etienne, et il pria le saint martyr, avec une ferveur extraordinaire, pour la conversion de Martial. Par un de ces mouvemens indélibérés qui sont les pronostics des faveurs célestes, il prit en se retirant des fleurs qui étaient sur l'autel. Arrivé chez son beau-père, il les mit secrètement près de la tête de cet infidèle obstiné. Il était déjà nuit, et chacun alla prendre quelque repos. Avant qu'il fût jour, Martial demanda l’évêque avec empressement; mais il était à Hippone, chez S. Augustin. À son défaut, le malade voulut qu’on fit venir les prêtres. Dès qu'il les apercut, il confessa la vérité de la foi avec tant d'édification et de témoignages de repentir sur son aveuglement passé, qu'on ne tarda point à lui donner le baptême. Depuis ce moment jusqu'à sa mort, qui arriva peu après, il proférait sans cesse ces dernières paroles de S. Etienne expirant : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Mais il les prononçait sans qu’on les lui eût apprises, sans savoir même qui les avait dites avant lui. S. Augustin rapporte encore la résurrection de deux morts et la guérison de plusieurs maladies naturellement incurables, entre les miracles de S. Etienne, dont il prit un soin tout particulier de s'instruire *.

La mémoire de S. Jean Chrysostôme devenait aussi l'objet de la vénération générale de l'Eglise. Le patriarche d'Alexandrie, S. Cyrille, qui par trop de considération et d'estime pour son oncle Théophile, avait cru jusque là devoir regarder le saint évèque de Constantinople comme légitimement condamné, céda enfin

! Serm. 23 et 24. — ? De Civit. Dei, XXI, 5.

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[An 419] DE L'ÉGLISE, — IV, XIIT, 273 aux conseils que ne cessait de lui donner S. Isidore de Péluse, de ne pas faire imaginer plus long-temps qu'il eût hérité de la passion de son oncle, et de ne pas entretenir, sous prétexte de piété, une éternelle division dans l'Eglise. Il ne s'agissait plus de rétablir la mémoire du saint que dans l’église d'Alexandrie. Son nom avait déjà été inscrit dans les dyptiques d’ ntioche, par deux patriarches consécutifs, S. Alexandre et Théodo:+. Celui-ci fut comme forcé par son peuple qui conservait un souvenir précieux de la divine éloquence et de toutes les vertus de cet illustre concitoyen; car Théodote craignit long-temps que cette démarche ne le brouillât avec Atticus, patriarche de Constantinople, et il lui envoya un prêtre, chargé d'une lettre, pour le consulter. Le»ve y: ayant publié le contenu de sa lettre, tout le peuple de la capitale fut bientôt informé de ce qui touchait un ancien pasteur, quil avait toujours regardé comme nn père, et qu'il cominençait à révérer comme un.saint. Le: rumeurs et les mouvemens ‘urent tels par toute la ville, qu'At’isus, incertain et fort alarmé, alla trouver l'Empereur, pour travailler de concert à faire cesser le trouble, sans irriter le peuple. Mais Théodose ne vit pas qu'on dût balancer à honorer la mémoire d'un digne évêque persécuté jusqu'après sa mort. Ainsi le nom du grand Chrysostôme fut aussitôt inscrit dans les tables ecclésiastiques.

On ne sait pas au juste en quel temps l’église d'Alexandrie rendit la même justice à ce saint; mais il est constant qu'elle était dans une parfaite union avec celle de Rome dès l’an 4r9, et par conséquent qu'alors au plus tard son évêque avait suivi l’exem: 2 des autres prélats, puisque le souverain pontife, qui employait :i fortement son autorité pour la défense des. Jean Chrysostôme, ne communiquait qu'avec ceux qui avaient consenti à lui rendre enfin justice".

Le pape Zozime était: mort le 26 décembre de l’année précédente, après avoir occupé le saint Siége un an et neuf mois. Il ordonna que les diacres porteraient à l'autel, sur le bras gauche, des espèces de serviettes qui ont donné l'origine à l'usage du manipule. Il statua aussi que les clercs n'entreraient puïut dans les lieux publics pour y boire, qu’ils ne le feraient que dans les maisons des fidèles, et autant qu’il se pourrait dans celles des autres clercs : ce qui montre de quelle époque reculée date ‘: zèle avec lequel l'Eglise éloigne ‘les clercs des occasions de dissolution et d'intempérance, en leur interdisant la fréquentation des auberges". Comme le pape Zozime, avant de mourir, fut long-temps en danger, et comme le bruit se répandit à diverses reprises qu'il était

‘ Janoc. Epist. 10. — ? Prosp. Chron. an. 417. T n. 18

274 HISTOINER GÉNÉRALE [An 419] mort, l'archidiacre Eulalius, qui conçut le dessein ambitieux de lui succéder, eut le loisir et toute la facilité de se former une faction. Il s'empara de l'église de Latran, les funérailles de Zozime n'étant pas #ncore faites, et il «: ‘1 boucher les avenues, attendant là, durant deux jours, que le dimanche arrivât pour !: solennité de l'ordinaiion : les diacres, quelques prêtres, et ne assez grande multitude soutenue par le préfet Symmaque, s’étaient déclarés pour lui.

Toutefois la plus grande partie du peuple ainsi que du clergé s'étant rassemblée dans l'église de Saint-Marcel, on élut le 29 décembre unancien prêtrenommé Boniface, aussi versé dans les sciences ecclésiastiques qu’exercé dans toutes les vertus, et d'autant plus digne de la chaire pontificale, qu'il montrait plus de répugnance à y monter. Il fut ordonné avec toutes les solennités requises, par neuf évêques de différentes provinces, et l'acte de l'ordination fut souscrit par environ soixante-dix prêtres. On le conduisit, aussitôt aprés la cérémonie, à la basilique de Saint-Pierre. Eulalius de son côté fut ordonné par l’évêque d'Ostie, que les factieux avaient fait venir, malgré son extrème vieillesse et une maladie sérieuse dont il se trouvait attaqué. Mais comme c'était l'ancienne coutume qu'il ordonnât le pape, on voulait absolument qu'il fit une cérémonie dont on espérait un grand avantage pour la faction. Le jour même de l'éiection de Boniface, le préfet de Rome écrivit ce qui s'était pa:5° à empereur Honorius, qui résidait à Ravenne ; il présenta le: chit.es sous le point de vue où il les voyait . lui-même, et envoya des actes dressés de la manière la plus favorable à la cause de l'antipape.

L'Empereur ainsi prévenu se déclara pour le factieux pontife, fit enjoindre à Boniface de sortir de Rome, avec ordre aux Romains de l'éloigner de force s’il résistait. Cependant ceux qui l’avaient élu trouvèrent moyen de faire parvenir la vérité à la cour. Ils proposèrent en même temps à Honorius de demander les deux chefs avec leurs principaux patrons, et de faire chasser de Rome quiconque n'obéirait pas. En conséquence de cette requête, l’ordre fut donné au préfet de surseoir à l'exécution du premier rescrit, et de signifier à Eulalius, ainsi qu'à Boniface, qu’ils eussent à se trouver à Ravenne le huitième de février, avec les auteurs des deux ordinations, sous peine, pour celui qui y manquerait, de voir déclarer ses prétentions nulles. Afin de rendre ce jugemen’ d’une manière canonique, on manda des évêques de diverses provinces, d'où ils vinrent sans dglai, et s’assemblèrent en concile. Mais les sentimens se trouvant trop partagés, l'Empereur remit la décision au premier jour de mars, puis au 13 de juin. Il convoqua dans

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[An 419] DE L'ÉGLISE, —— LIV, XIII, 275 l'int--valle un plus grand nombre de prélats, et il écrivit en particu lier à S. Paulin de Nole, dont les lumières et les vertus étaient également respectées. On n'écrivit qu'en général aux évêques des Gaules et à ceux de l'Afrique, excepté Aurèle de Carthage, par honneur pour son siége, S. Augustin, son ami Alypius, et un petit nombre d’autres, par considération pour leur mérite, Toutes ces précautions devinrent heureusement inutiles.

De l'avis des évêques assemblés en premier lieu, et du consentement des parties, l'Empereur avait ordonné provisionnellement, comme on approchait de Pâques, qui cette ann tombait le 30 de mars, que Boniface et Eulalius ne restera l'un ni l'autre à Rome, dans la crainte du tumulte, et ts Mysères y seraient célébrés par Achille, évêque de : jui n'était d'aucun parti. Eulalius revint cependant dès | auit de mars, et rentra dans la ville à l'insu du préfet Symmaque, qui affectait de ne plus le favoriser depuis qu'Honorius avait été instruit, et qui voulait passer pour neutre. Le même jour l'évêque de Spolette écrivit au préfet, qu'il était chargé par l'Empereur de célébrer à Rome la fête de Pâques, et trois jours après on le vit paraître. Il y eut quelque émeute à son arrivée, entre le peuple des deux partis, et celui d'Eulalius fut le plus malmené. On était au moment de voir de plus grands excès, les citoyens se menaçant de part et d'autre d'en venir aux mains d’une manière décisive, pour chasser de la basilique de Latran la faction qu'ils traitaient réciproquement de schismatique : ce qui engagea le préfet à demander sans délai une déclaration impériale sur ce qu'il y avait à faire avant les fêtes. L'ordre fut porté par le chancelier ou secrétaire Vitulus; car ce titre, si honorable depuis, ne signifiait alors qu'un simple sécrétaire. Il était dit premièrement, qu'en confirmation de la défense faite aux deux concurrens d'entrer à Rome, Eulalius devait absolument en sortir, pour ôter tout sujet de sédition, et cela sous peine de perdre, non-seulement sa dignité, mais sa liberté ; en second lieu, que l’église de Latran ne serait ouverte qu'à l'évêque de Spolette, chargé de faire l'office pendant les saints jours de Pâques. Les officiers du préfet étaient chargés de l'exécution, sous peine de grosses amendes et de la vie même.

On signifia le rescrit à Eulalius, qui fut d’une opiniâtreté inflexible, Dès le lendemain il rassembla sa faction et s'empara de

la basilique de Latran, où il administra le baptème et fit les autres solennités. 11 fallut employer des troupes, et à main armée le chasser de l’église où on laissa des gardes afin qu’Achille de Spolette pût célébrer tranquillement. Eulalius fut même banni de Rome et conduit en exil. L'Empereur approuva tout, déclara par

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