‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 40 sur 77 · SA JET · texte numérisé non relu

SA JET

Re Se Die

LR Ts

Te raate p

rm mare es

374 HISTOIRE GENERALE (An 431} l'Eglise par des dogmes erronés; sur quoi le très-pieux évèque d'Alexandrie lui a écrit plusieurs fois pour le rappeler de ses écarts. Le très-saint pontife de l'église romaine, Célestin, lui a écrit pour la même fin, après l'examen des ouvrages impies qu'il en avait reçus. Voici les pièces justificatives, dont la simple lecture mettra le tout dans une parfaite évidence. — Avant cette lecture, reprit Théodote d’Ancyre, autre orateur du concile, il faut s’assurer qu'on a mis en œuvre les moyens de droit pour faire comparaître l'évêque Nestorius.» Aussitôt les quatre évêques qu'on lui avait députés la veille, attestèrent qu'ils s'étaient acquittés de leur commission. On procéda sur-le-champ à une seconde monition où l'on ferait mention de la première, et l’on chargea d'autres évêques d'aller la signifier par écrit à l'accusé, Ils trouvèrent la maison où il était logé, environnée de gens de guerre qui avaient des bâtons en main. La porte leur fut insolemment refusée, sous prétexte qu'il reposait. Cependant le tribun qui commandait la troupe ayant paru, et ses procédés pouvant être d’une tout autre conséquence à la cour que ceux des simples soldats, il dit aux députés que lui-même n'avait pu voir Nestorius, mais que ce patriarche lui avait fait dire de répondre qu'il ne se trouverait point au concile avant qué tous les évêques y fussent arrivés ; ce que les députés rapportèrent mot pour mot. Sans perdre un moment, la troisième citation fut résolue et mise par écrit dans la forme suivante : « Le saint synode, en se conformant aux canons et en usant de douceur, vous cite pour la troisième fois. Ne refusez pas de vous présenter enfin, pour répondre à l'accusation d’hérésie intentée contre vous. Soyez certain que, si vous persévérez dans l'obstination, le saint concile, quoique avec douleur et par nécessité, ne manquera pas de prononcer contre vous, selon les décrets des pères.» Les députés chargés de ce nouvel avertissement ne furent pas mieux accueillis que ceux qui les avaient pré- ! cédés. Ils trouvèrent pareillement le logis de Nestorius entouré de soldats qui même les repoussèrent brutalement du portique, sans souffrir qu'ils s'y missent à l'abri d’une chaleur brûlante. «Nous {sommes évêques, dirent-ils sans perdre patience, et nous ne venons pas pour faire injure au patriarche, mais pour l’inviter, suivant les lois, à venir prendre séance au concile.—Et nous, repartirent les soldats, nous sommes ici de la part du très-pieux Nestorius, pour ne laisser entrer qui que ce soit de votre concile. Vous n’aurez point d'autre réponse, quand vous demeureriez jusqu’à la nuit. »

Les évêques, voyant qu'ils attendaient en pure perte, revinrent à l'église, et rendirent compte de la réception qu'on leur avait faite.

n 45r} évêque de ses » lui a es qu'il lecture ecture , t s'ase com-

’on lui

e leur bnition ‘autres ent la vaient > sous dait la autre it aux ce papoint ue les nt, la e suiusant as de le indans r nén les issepréré de sans Nous vesuiartirius,

[Au 451) DE L'ÉGLISE, — LIV, XV. 335 Tous les pères témoignérent une vive indignation. « Cependant la vue des égaremens de notre frère, reprit Juvénal de Jérusalem, doit nous inspirer encore plus de pitié que de sévérité: quoique les canons ne prescrivent que trois citations, nous en ferions volontiers une quatrième, et mille autres démarches pour son salut; mais puisqu'il fait garder sa porte par des gens de guerre, c'est une triste preuve qu'ayant fermé l'oreille à la voix de sa conscience, il est beaucoup moins disposé à Fouvrir à nos avertis semens charitables. I} faut donc passer outre : puisque nous ne pouvons sauver notre frère, mettons en sûreté le dépôt de notre foi. »

On commença par lire le Symbole de Nicée, afin de partir d’un point fixe pour approuver ou condamner ce qui lui serait conforme ou contraire. Ensuite le prêtre Pierre d'Alexandrie proposa de lire la lettre de S, Cyrille, tant pour en comparer la doctrine avec celle de Nicée, que pour s'assurer des conseils qu'il avait donnés à Nestorius. Après cette lecture, Juvénal de Jérusalem dit le premier qæe rien n’était plus conforme à la doctrine de Nicée ; Firmin de Césarée en Cappadoce, Memnon d'Ephèse, Théodote d'Ancyre, Flavien de Philippes, tant en son nom qu’en celui de tous les évêques de l'Illyrie, Acace de Mélitine, c'est-à-dire, les prélats les plus considérables, et grand nombre d’autres, opinèrent chaeun en particulier, jusqu’au nombre de cent, six, exaltant à l'envi la profondeur et la pureté de la doctrine de Cyrille ; et le reste du concile témoigna tout ensemble qu'il pensait de mème.

On voulut comparer cette doctrine avec quelques écrits de Nestorius, et l'on choisit la seconde lettre à S. Cyrille, où il expliquait plus clairement ses erreurs. « Elle est en tout contraire à la foi de Nicée, s'écria Juvénal de Jérusalem. Anathème à ces er: reurs impies ! Anathème à quiconque tient cette doctrine ! — Ce

u'est pas sans sujet, reprit l'évêque de Mélitine, homme de poids et d'un rare mérite; ce n’est pas sans sujet que Nestorius craint de comparaître, et fait environner sa maison de gens armés; sa conscience est son premier accusateur : c’est en étouffant ses re-

mords, qu'il s'éloigne tant des saintes Ecritures que de la tradition des Pères. » Puis, motivant son avis selon le contenu de la lettre même qu'il condamnait : « La présomption, poursuit-il, avec laquelle il ose se vanter d’avoir Ôté les ténèbres de nos mystères, le condamne suffisamment, puisqu'elle le fait convenir d'avoir employé des principes et un langage nouveaux. J'anathématise donc ces impiétés, et tous ceux qui les adoptent. » Les autres pères prononcèrent le même anathème. On lut enfin la lettre du pape Ctlestin à Nestorius, l'épitre. synodale du concile d'Alexandrie; et

rs

RE

336 HISTOIRE GENÉRALS [An 45r} les évêques égyptiens qui en avaient'été les porteurs; réndirent compte du mépris'qu'il'en'avait fait, +110:

Acace de Mélitine'et Théodoted'Ancyre avaient dés liaisons particulières avec'Nestorius, qui, les regardünt comme amis, et comptant les séduire 'à leur arrivée”à' Ephèse, leur‘avait parlé à cœur ouvert et:isans rien déguiser. Ces tentatives ‘avaient fait du bruit. Fidus de Joppé; prenant ces deux prélats à témoin: «Le novateur, dit-il, soutient les mêmes impiétés qu'autrefois; j'en'atteste Acace et Théodote; Au nom du Dieu de toute vérité; par les saints

‘Evangiles ici présens, et dont l'intégrité doit nousêtre plus chère que toutes les amitiés humaines; qu'ils nous'disent ce qu'ils ont entendu de la bouche de: Nestorius même ,»depuis trois jours. » L'un de ces deux évêques avait été ‘sur le-pointde dunner dans le piége ; mais. il était bien revenu dé sa prévention : tous deux ne cherchaient qu'à signaler leur attachement à la foi qu'on avait voulu: leur ravir, Tout le concile applaudit à la proposition de Fidus;:et.les deux évêques, prenant ces vœux unanimes pour un commandement : «Si je suis attaché à mon ami, dit d'abof Théodote, l'intérêt dé l'Eglise ‘m'est encore plus cher. Quoi qu'il en coûte à mon-amitié, je rendrai un témoignage fidèle à la vérité. Que l’on m'écoute avecconfiance : Ge que Nestorius avait dit plusieurs. fois,-ce qu'il avait prêché, publiquement et consigné dans ses écrits, il l'a répété et. soutenu depuis notre arrivée. Nous lui avons oui dire il y a peu de jours, et plusieurs autres personnes l'ont entendu: avec. nous, qu'il était messéant d'annoncer un Dieu né d’une.vierge et-nourri de:son lait, un Dieu de deux ou trois mois. » à, croit à db a:

À cette déposition de: Théodote, Acace ajouta qu'arrivé à Ephèse, son'premier soin avait été de travailler à faire changer Nestorius, quil y avait trouvé en d'étranges sentimens, et que sur ses remontrances le patriarche s'était rétracté de bouche. « Mais dans une autre conversation, poursuivit-il, lui et un évêque de sa suite ont'proféré devant moi des blasphèmes à faire horreur, et

qui m'ont banni entièrement de leur compagnie. Entre autres choses, Nestorius a osé dire qu'autre était le Fils qui'a été crucifié, autre le Verbe divin, et que le crime des bourreaux du Christ n'était qu'un simple homicide, parce qu'il n'avait été commis que

sur un homme et non sur un Dieu. »

On lut après cela plusieurs passages des Pères les plus révérés, au nombre de dix à douze, tels que S. Cyprien, S. Athanase, les saints papes Jules et Félix, S. Ambroise, S. Basile, les SS. Grégoire de Nysse et de Nazianze, On les mit en opposition avec les propositions écrites et verbales de Nestorius. Puis, tous les pères

us lui panes

Dieu

trois

ivé à anger e sur Mais

e sa r, et

tres rucihrist

{An 45.) DE L'ÉGLISE, — LIV. XV. 377

du concile se récriant sur la témérité et l’impiété du novateur, on

lui dit anathème. La sentence de condamnation fut conçue en ces

termes : « Nestorius ayant refusé, non-seulement d'obéir à la ci-

tation qu'on lui a faite de notre part, mais même de recevoir les

vénérables évêques nos députés, 3:%3 n'avons pu nous dispenser d'examiner ses sentimens ;;4pies, Go. : nous avons été convain-

cus de sa manière de :,sMéer et d'enceigr sr, tant par la lecture pu-

blique de ses lettre at de ses aut” … écrits que par les discours qu ‘il a tenus depuis p« = eue ville, et qui nous ont été rapportés par des témoignages légitimes ; forcés, comme nous le sommes, par les canons et par la lettre de notre très-saint père Célestin (V. la Dissertation, pag. 615),nous avons rendu et prononçons, les larmes aux yeux, le jugement qui suit: Votre Seigneur Jésus-Christ,

outragé par les blasphèmes de Nestorius, a défini par ce saint concile, que ledit Nestorius est privé de la dignité épiscopale, retranche de toute société et de toute assemblée ecclésiastique. » La signification de la sentence se fit en ces termes, encore plus énergiques que les précédens : 4 Nestorius, nouveau Judas, de la part du saint concile assemblé par la grâce de Dieu à Ephèse, suivant les ordres de notre religieux empereur : Sachez qu'en punition de vos enseignemens impies et de votre résistance indomptable à l'autorité des canons, vous avez èté dépose par le saint concile, suivant les lois de l'Eglise, et que vous êtes déchu de tout grade ecclésiastique, le vingt-deuxième jour du présent mois de juin,

Telle fut la première session, qui occupa les pères depuis le matin jusqu'à la nuit fermée, quoiqu’on fût dans les plus longs jours. Tout le peuple d'Ephèse, plein de zèle pour la gloire de la mère de Dieu, attendit à la porte pendant tout ce temps. Quand il eut appris le triomphe de la Vierge mère, et la déposition de son ennemi, il fit de grands cris de joie, et combla de bénédictions les pères du concile. Les citoyens les plus distingués reconduisirent les évêques à leurs logis, avec des flambeaux allumés; les femmes brûlèrent des parfums devant eux; on fit des illuminations par toute la ville, chaque rue retentissant du nom et des éloges de Marie mère de Dieu; toute l'Asie, tout le monde chrétien s'empressèrent à l’honorer avec un redoublement de zèle et de ferveur. Des le lendemain de la condamnation, la sentence en fut affichée dans toutes les places de la ville, et publiée dans toutes les rues par les crieurs publics. S. Cyrille écrivit sans délai à ceux de ses ecclésiastiques qu’il avait laissés à Constantinople, pour veiller de leur côté au bien de la religion, et il adressa une lettre particulière à S. Dalmace.

Personne ne méritait mieux cette distinction que cet illustre

378 RISTOIRE GÉNÉRALE [An 431} abbé, le plus renommé de tous ceux de la ville impériale, tant pour sa sainteté que pour mille autres avantages'. Il avait servi sous Théodose le Grand, dans la troupe de ses gardes, et dès-lors il se distingua par sa piété; mais, aspirant à une vie plus parfaite, il quitta d'un commun accord sa femme et ses enfans , excepté un de ses fils, nommé Fauste, avec lequel il alla se mettre sous la conduite de l'abbé Isaac. Il ne pensait qu'à se suñictifiér dans la plus profonde obscurité, lorsqu'Isaac, se voyant près de sa fin, et ne trouvant personne aussi digne que Dalmace de lui ‘succéder, l'établit hégumène, c'est-à-dire supérieur du monastère sous l'évêque. C'était en effet un prodige d'abstinence et de détachement des choses d'ici-bas, que le nouvel abbé. Mais moins il aimait le monde et son faux éclat, plus les grands de l'Empire, les sénateurs et l'Empereur même qui le visitait souvent, lui donnaient des mar. ques éclatantes de confiance et de vénération. On attribua à sa personne, et en sa considération à ses successeurs, le titre d’archimandrite, ou chef de tous les monastères de Constantinople, T'el était le saint ami que, à raison de son zèle extrême contre les nouveautés impies, Cyrille jugea digne d'être le premier instruit de leur condamnation.

Le concile écrivit de plus'au clergé et au peuple de Constantinople, fort éloignés des impiétés de leur évêque; et sitôt que les actes de la déposition eùrent été mis au net, on les envoya à l'Empereur, avec une lettre synodale touchant la éonduite des pères, l'obstination du patriarche déposé, et les raisons qu’on avait eues de le juger sans attendre les Orientaux au-delà du terme prescrit. Les évêques du concile, pour écarter les préventions de l'Empereur, ne manquèrent pas de lui dire que le pape avait déjà condamné les erreurs dé Nestorius, et porté contre lui sa sentence, Ils supplièrent aussi Théodose de prêter son secours pour extirper de toutes les églises la nouvelle hérésie, de faire brûler les écrits de l'hérésiarque partout où ils se trouveraient, et de charger de son indignation quiconque mépriserait ce qui avait été statué Tel est l’ordre des puissances, consacré par l'usage de la plus vé nérable antiquité : l'Eglise prononce sur la doctrine, indique et censure les écrits pernicieux qui la contiennent; les protecteurs temporels soutiennent les décrets de leur pouvoir et les font met tre à exécution.

Cependant le comte Candidien fit garder tous les passages par terre et par mer, pour empêcher que les lettres du concile ne parvinssent à la our, Dès le lendemain de Ja session, il protesta

Menol. 3 Aug. ° Baluz. Synod. c. {1.

[An 4 conti à l'Er néral leurs cabal Ephè coup lateu la vi de ce faire séditi suivis naien lant une é Po la ver sant | somm il y v moins lume reur, évêqu que d que © traiter Cet très-gi peu de redou leur p fussen ressou pusset d'Her:

deux .

gués.

Tar tendu fauteu ble pe

\a 431} , tant > Sérvi ès-lors rfaite, té un ous la ans la fin, et céder, us l'éement nait le ateurs s mar:

a à sa > d’arnople.

tre les astruit

stantiue les l'Empères, t'eues escrit.

mpe-

contence, extirer les harger tatué s vé que et teurs

met

] par Be parbtesta

An 4] DE L'ÉGLISE. — LV, XV 379 contre ce qui y avait été fait. De concert avec Nestorius, il envoya à l'Empereur une fausse relation où, noircissant les prélats en général, et particulièrement S. Cyrille, on osait avancer que toutes leurs opérations et leur conduite n'avaient été que précipitation, cabale, tumulte et violence; qu'une multitude d'évêques arrivés à Ephèse n'avaient pas été admis au concile, et qu'il y avaiteu beaucoup de division parmi ceux mêmes qui s’y trouvaient ; que les zélateurs avaient cherché à exciter une sédition, en répandant dans la ville des soldats de leur parti, pour courir autour des maisons de ceux qu'ils présrmaient ne pe. ier pas comme eux, et pour leur faire des menaces cffrayantes; que l'évêque d'Ephèse, chef de la sédition, avait fermé les églises, afin que ceux qui seraient poursuivis n'eussent auçun lieu de refuge. C'est ainsi qu'ils empoisonnaient la sage conduite de Memnon et des Ephésiens, qui, ne voulant donner ni facilité ni ressource au schisme, avaient refusé une église à part pour l'assemblée des Nestoriens.

Pour revêtir leur requête des apparences de la franchise et de la vérité, les ennemis du concile disaient à l'Empereur en finissant leur lettre : « Nous vous conjurons, seigneur, puisque nous sommes venus ici par vos ordres, de pourvoir à notre sûreté; car il y va de notre vie; et de faire en sorte que nous puissions au moins retourner chez nous sans péril, Que si vous voulez absolument que le concile se célèbre, ordonnez, très-religieux Empereur, qu'il se tienne dans l'exactitude dés règles; que ni prêtre ni évêque n'y paraisse sans être invité nommément; qu'il n'y entre que deux évêques de chaque province avec le métropolitain, et que ceux-ci même soient au fait des questions que l'on doit traiter. »

Cette dernière clause était pleine d’artifice : on excluait par là le très-grand nombre des évèques d'Egypte, pormi lesquels il y avait peu de métropolitains, et ceux par conséquent qui étaient les plus redoutables à l’hérésiarque, à cause de leurs rapports avec Cyrille leur patriarche. Sous prétexte de n’admettre que des évêques qui fussent au fait des questions agitées, on se ménageait encore une ressource contre le choix et le jugement des prélats, quels qu'ils pussent être. Cette lettre, fut souscrite par onze évêques; Fritilas d'Héraclée, Hellade de Tharse, Hymenius de Nicomédie, et les deux Alexandre d'Apamée et d’Hiéraples, étaient les plus distingués.

Tandis que les hérétiques se plaignaient ainsi à la cour des prétendues violences commises par les orthodoxes, Candidien leur fauteur, qui avait la force en main, exercçait, lui-même une véritable persécution contre les pères du concile. Il les faisait insulter

380 MISTOIRB GÉNBUALS (Au 4h} publiquement par ses soldats et par les nombreux satellites que Nestorius entretenait autour de lui; il les privait des commodités de la vie, empêchait même qu'on ne leur apportât les choses nécessaires. Ce fut bien pis quand, cinq jours après Ja première session, c'est-à-dire le 27 de juin, Jean, patriarche d'Antioche, arriva à Ephèse avec les évêques de sa suite. Les catholiques n'avaient pas imaginé qu'il pût ne point applaudir à leur jugement, ou les blâmer d'autre chose que d'avoir encore trop différé à le rendre. Ils envoyèrent au-devant de lui une députation nombreuse de clercs et d'évêques, tant pour faire honneur à son rang; que pour l’avertir de ne-plus communiquer avec Nestorius déjà condamné.

Mais on s'abusait étrangement, Jean fit écarter avec hauteur les

députés, qui-le suivirent néanmoins jusqu'à son logis, où, après les avoir fait attendre long-temps à la porte, on les introduisit enfin, et l'on écouta ce qu'ils avaient à dire de la part du concile,

Jean les entendit avec une fraideur affectée, les congédia avec le même dédain, ‘sans leur. rien répondre, et les abandonna à la fougue orientale de ses évêques, et de ses clercs, qui, par un procédé inconcevable dans nos mœurs, les battirent au point de mettre leur vie en péril,!, Les députés vinrent en, faire le rapport aux pères, et leur:montrèrent leurs blessures, dont on dressa des actes qui ne,se:trouvent plus néanmoins parmi ceux du concile, quelque indubitable que soit.ce fait. Mais ce n'est pas ici la seule preuve qu'on a perdu quelque partie des premiers monumens du concile d'Ephèse. Set à

Aussitôt:après ce début scandaleux, l'évêque d'Antioche, en habit de campagne et tout poudreux encore, comme il était descendu de sa voiture, tint dans la maison où il était logé un conciliabule composé d’un assez grand nombre d'évêques, rassemblés tumultuairement, sans. aucun choix, sans nul égard à la bienséance ; tout étant trouvé bon, jusqu'à ceux qui avaient. été autrefois déposés pour crime, ou qui faisaient une profession ouverte de pélagianisme ?. Il est difficile d'accorder un tel attentat avec la religion de Jean d'Antioche, et avec son attachement pour la sainte foi, qu'on lui verra signaler dans la suite par des démarches héroïques. Mais il. était prévenu par les évêques nestoriens, par le comte Candidien , qui, en allant à sa reñcontre, avait devancé les députés du concile : prélat d'ailleurs d’un esprit borné, plus

ardent qu’éclairé, plus pieux que versé dans les affaires ou dans la connaissance des hommes, aussi, facile à conduire que difficile à faire revenir sur le compte de ceux qui s'étaient une fois em-

Ep. Mcmn. t. 3 Conc. p. 761. -- * Apol, Cyril. p. 405.

Au 4 paré dé ait, d’abd lui f de lème nl non com la de com cile plup de péch ser ( le G fut s vant blièr ture Cons

(An 4h} es que modités ses néère seshe, aravaient ou les rendre.

use de le pour

damné.

eur les

» après isit encile,

ia avec:

na à la in prole metrt aux des aconcile, a seule ens du

he, en it desn conembles bienautreuverte t avec our la arches s, par vancé , plus dans fficile s em

Lau 431j DM LÉGER: + DIV NV, 38:

patés dé’ sa confianee. Vel ést au moins le jugement qu'a fait porter de lui’ linconséqience de’ sa conduite, Mais, quelque génie qu'on ait, qu'il ést dingereux, en matière de religion surtout, d'avoir fait d'abord ‘üñé’ fausse dérnarche! Les sectaires dont il était obsédé lui firént peur du fantôme de l'apollinarisme, qu'ils ne cessaient de réprochèr aux orthodoxes, et qu'ils lui faisaient voir principalérient dans les anathèmes de S. Cyrille.

Il déposa dans sôh'éonciliabule l'évêque d'Alexandrie et Memnon d'Éphèse, un'de ses plus zélés coopérateurs; il sépara de sa communion les autres pères, jusqu'à ce qu'ils eussent condamné la doctrine des douze articles ou des douze anathèmes'. Pour comble de prévention et d'égarement, au moins est-il bien difficile de le disculper sur cèt article consigné dans les écrits de la plupart des historiens, il rétablit les évêques déposés pour cause de pélagianisme, et fit'une décision expréssé contre la vérité du péché originel. Les hérétiques eurént ensuite l'adresse de la glisser dans les copies des vrais décrets d'Ephèse, comme:S. Grégoire le Grand le découvrit long-temps après * ‘Le’ concile nestorien fut souscrit par quarante-trois évêques, dont aucun n'étonna davantage que le pieux et sivant Théodoret. Toutefois ils ne publièrent point leur sentence à Ephèse ,‘où la publicité de l'imposture n'aurait sérvi qu'à les confondre; mais ‘ils l'envoyèrent à Constantinople, avec des lettres adressées dux princesses, au sénat, au peuple et au clergé. On imagine bien que‘ le mensonge et les imputations n’y étaient pas épargnés; mais, eomme l'Empereur n'avait pas encore vu les actes du vrai concile, que Candidien empêchait toujours de passer à Constantinople, il s'indisposa étrangement contre S. Cyrille et les autres prélats orthodoxes.

Les choses en étaient là, quand les légats du pape arrivèrent

à Ephèse *. Ils’ n'avaient pu venir à temps pour l'ouverture du

concile, à catise dés tempêtes qu'ils avaient essuyées en route. Le jour même de leur arrivée, qui était le dixième de juillet, le concile célébra sa seconde session dans la maison épiscopale d'Ephèse, ‘Il paraît que S. Cyrille tint toujours le premier rang, comme président constitué pour toute cette affaire; après lui, était assis l'évêque Arcade, l'un des légats; puis les orateurs du concile, Juvénal et Théodote ; et tout de suite, les deux autres Kgats, Project, aussi évêque, et Philippe, prêtre de l'église romaine, Celui-ci parla le premier, et présentant les lettres pontificales dont il était le porteur, il requit, avec ses deux collègues,

‘Act. Concilian. p. 198. — ? Epist, 1. v, ep. 1451. VI, ep. 31; 1. VIE, ep. 47. —

© Cane. Eph p.610 et seq.

382 HISYOIRE GÉNÉRALE (An 451]

u'elles fussent lues et insérées dans les actes du concile. On rendit aussitôt en grec ce qu'il venait de dire en langue romaine ou latine: La lettre du souverain pontife fut de mme lue en latin, puis on en lut une traduction grecque qu'on avait eu soin de tenir toute prête pour ceux des pères qui ne’savaient pas la langue latine, Cette lettre, émanée du saint Siége dans une conjoncture si solennelle, devait être évoutéé avec la plus religieuse attention par les pères du concile, et elle fit sur eux une vive impression. « L'assemblée des évêques, y litton, est assurée de la présence du Saint-Esprit, comme représentant l'assemblée des Apôtres; jamais leur maître ne les abandônna dans le ministère de la parole; c'était lui-même qui enseignait par leur organe, et ce ministère de l'enseignement est passé à tous les évêques. Nous sommes tous entrés dans ce droit héréditaire de l’apostolat, nous qui avons succédé aux Apôtres dans les fonctions qu'on leur avait confiées en: ces mots’: Allez, instruisez toutés les nations. » De là le pontife infère l'obligation où sont les pères de concourir tous ensemble à conserver le dépôt de la doctrine apostolique. C’est ainsi que S. Célestin reconnaissait les évêques pour juges de la doctrine, et comme établis par Jésus-Christ pour docteurs de son Eglise dans la personne des Apôtres. Dans la suite de la lettre, il donne son aveu aux trois légats, qui assisteront, dit-il, à ce qui se fait, et exécuteront ce que nous avons ordonné. La lecture finissait à peine, que tous les Orieñtaux s'écrièrent : « C'est la voix de la sagesse, c'est l'équité’ même qui a prononcé, Grâces soient rendues à Célestin nouveau Paul, et à Cyrille qui ne fait qu’un avec lui! Vive Célestin conservateur de la foi, de concert avec le concile! Un Célestin, un Cyrille, un concile unanime, une seule foi par toute la terre! » Aussitôt on apprit aux légats que, conformémentaux lettres adressées par le souverain pontife à Cyrille, à Nestorius et aux siéges principaux , on avait condamné d’une voix unanime l’hérétique obstiné.

Le prêtre Philippe reprenant la parole, remercia le concile de ses acclamations honorables pour le pape, et de l'attachement ‘respectueux des membres saints à leur saint chef, puis il ajouta : « Vous n'ignorez pas que Pierre est le chef du corps apostolique, et de toute la sainte religion; c'est pourquoi, n'ayant pu nous trouver à ce qui s'est fait jusqu'ici, nous vous prions de nous le tommuniquer par ordre et en détail, afin que, suivant le sentiment de notre très-saint pape et de cette religieuse assemblée, nous puissions le confirmer, » Tout le monde applaudit à cette proposition, Théodote d’Ancyre répondit, au nom du concile, que, les lettres du souverain pontife et la déclaration de ses lé-

cripti n'en] cet 0!

délic:

cripti malg doce lés, « leurs si Cor le per tance rius, au de taient les p Sruve ver el

n 431] ren- Le au latin, le tengue cture ntion Ssion.

pré- Apôde la e misom- 18 qui t cone là le 1 enainsi trine, Eglise lonne e fait, ssait à de la

ren-

avec

conle foi Drmeéle, à

voix

le de ent uta : ous s le èntilée, ette ile,

{An 451] DB L'ÉGLISE. —+ LIV. XV. 383 gats étant d'un accord parfait avec le jugement des pères , il était aise de satisfaire les envoyés du saint Siéve; que par la lecture des actés ils connaîtraient clairement , et la j justice de la condamnation de Nestorius, et la foi pure des éviques réunis. C'est tout ce qu'on fit dans cette session, qui apparemment avait commencé tard, les légats ayant débarqué ce jour-là même.

Le lendemain on s'assembla dans l'église, et l'on pria les légats à qui les actes avaient été communiqués de dire leur sentiment. Philippe prit encore la parole, et dit que c'était une chose connue de tous les siècles et dont personne ne doutait, qu'à Pierre, prince et chef des Apôtres, colonne de la foi et fondement de V'Eghs e cat : que, Jésus-Christ avait donné les clefs de son royaume, avec le pouvoir de lier et de délier; que cet apôtre respirait et jugeait encore par ses successeurs; qu'en vertu de cette succession, le pape Célestin l’avaitenv:yé, lui Philippe, avec ses collègues de légation , Arcade'et Papject, pour suppléer à son absence; que Nestorius, si souvent averti et si constamment réfractaire, avait été justement condamné. « Ainsi donc, conclut-il, la sentence qui le condamne ayant été rendue suivant le jugement de toutes les églises, puisque les évèques d'Orient et d'Occident ont assisté au concile par eux ou par leurs députés, qu’elle demeure irrévocable, »

Les deux autres légats parlèrent et conclurent de même ; après quoi, les actes du concile ayant été présentés, ils signèrent tous trois en cet ordre, Philippe, Arcade, Project. Quoique la souscription du prêtre S Philippe précède ici ‘celle des deux évêques, on n’en peut rien conclure de décisif en faveur de son rang, puisque cet ordre, sur lequel il paraît qu'on n'avait point alors toute notre délicatesse, n'est pas invariablement le même dans toutes les souscriptions, On y voit seulement que les prêtres de l'Eglise romaine, malgré la prééminence incontestable de l'épiscopat sur le sacerdoce, ont été honorés quelquefois, dans les temps les plus reculés, des prerniers ministères et des premières distinctions, Ainsi leurs prérogatives, passées aujourd hui en coutume, ne sont pas si contraires aux usages anciens que certains censeurs voudraient le persuader. On dressa, dans le concile, une relation de l'assistance des légats et de leur adhésion à la condamnation de Nestorius, puis on l'envoya à l'Empereur. On le suppliait de consentir au départ des évêques, puisque les affaires pour lesquelles ils s'étaient assemblés se trouvaient finies, et de mettre les ouailles avec les pasteurs à l'abri des troubles et des persécutions que des gouverneurs malintentionnés pour le concile faisaient déjà éprouver en certaines provinees. On adressa la même relation au clergé

HISTOIRE GÉNÉRALE [An 431) de Constantinople, et les deux pièces furent signées des légats, Cinq jours après la troisième session, c'est-à-dire le seize de juillet, on en tint une quatrième dans l'église de la Vierge; lieu ordinaire des assemblées. Cyrille y est nommé le premier président, toujours, comme on le croit, de la part du pape, malgré la résence des légats, qui sont nommés immédiatement après lui; d'abord les deux évêques, puis celui qui n'était que prêtre, ensuite Juvénal, Memnon et les-autres pères. Cyrille et Memnon se plaignirent d'abord dans cette session de l'audace de Jean d’Antioche et de son conciliabule, qui venaient de prononcer contre eux une sentence de déposition; sur quoi il fut ordonné que Jean serait cité par trois prélats qu'on lui envoya sur-le-champ. Ils furent reçus par l'évêque d'Antioche à peu près comme ils l'avaient été par Nestorius : ce qui n’empêcha point de lui faire une se. conde citation dans la même journée, et la troisième le lendemain, jour où se tint la cinquième session. Ces formalités juridiques ayant eté observées, malgré tous les désagrémens et les périls qu’elles entraînèrent, le concile cassa la sentence d’excommunication et de déposition rendue par les schismatiques, les excommunia tous à leur tour, jusqu’à ce qu'ils reconnussent leur faute, et les menaça, s'ils ne témoignaient bientôt leur repentir, de prononcer leur dernière condamnation; c’est-à-dire apparemment leur déposition, Les Pères écrivirent à l'Empereur pour justifier cette conduite,

et pour le tenir en garde contre les artifices des schismatiques, représentant tout ce qu'ils avaient à craindre d'eux. Ils manderent aussi au souverain pontife tout ce qui s'était passé depuis le commencement de la procédure contre Nestorius, ce qu'avait osé ‘ Jean d'Antioche, et sa condamnation en présence de légats. La lettre commençait ainsi * : « Vous avez coutume, vous qui êtes si grand, de vous distinguer en toutes choses, et d'employer tous vos soins et vos travaux au soutien de l'Eglise. Comme nous devons vous informer de ‘out ce qui s’est passé, c’est une nécessité que nous vous écrivions. » Ils confirment ensuite ce qu'ils avaient déjà dit en condamnant Nesto.ius, que leur sentence était conforme à celle du pape. « A l'égard des impiétés pélagiennes, ajoutent-ils, nous avons aussi jugé que ce que votre sainteté a décerné doit demeurer dans sa force. » Nous apprenons par ce dernier article, que le concile d'Ephèse condamna expressément les Pélagiens, ordonna que la sentence pontificale rendue antérieurement contre eux aurait partout son effet, et qu'ils seraient déposés sans exception. Ce fut apparemment l'attentat de Jean d’Antioche

* Conc. Eph. act. 5, p. 660.

An 431) légats.

ize de e, lieu

prési- Igré la ès lui; re, ennon se d’Ancontre 16 Jean np. Ils ils l’a- ‘une selemain, s ayant qu'elles nn et de tous à nenaça, ur derosition.

duite, es, rederent

e com-

ait osé

ats. La êtes si er tous ous decessité avaient hit cons, ajouécerné ler ars Pélarement és sans tioche

CAo 431) DE L'ÉGLISS —:LIV. XV. 385 dont ils avaient été les promui: set les complices, qui attira l'attention et la juste sévérité de I'kglise. | Mais c'est inutilement que les prélats catholiques procédaient avec la plus régulière circonspection; les novateurs s'employaient avec beaucoup plus de succès à faire échouer les desseins les mieux concertés, On. ne saurait exprimer toutes les manœuvres et les fourberies dont ils usérent pour éteindre ou amortir le nouvel éclat qu'on donnait à la vérité, pour noircir ses défenseurs, surtout l'évêque d'Alexandrie, et pour empêcher les lettres du concile de pénétrer à la cour : dépositaire de l'autorité impériale, Candidien les faisait intercepter sur toutes les routes. Les hérétiques cependant inondaient toutes les provinces de leurs libelles et de leurs calomnies; ils écrivaient aux églises les plus orthodoxes, s’efforçaient. de séduire les personnages les plus, pieux et les plus savans, recouraient à des inventions si malignes, donnaient un tour si adroit à de frivoles indices, qu'ils réussirent au moins à jeter dans l'incertitude ceux qu'ils ne persuac érent pas tout-à-fait. C'est ainsi qu'on fit entendre 4,5. Isidore d e ] éluse, que. ile avait montré toute La violence ét là présomption de son oncle er qu'il avait, sinon pour le fond des chüses, au moins quant à la manière de procéder contre Nestorius, tous les torts que Théophile avait eus contre le très-saint et très-1llustre Jean surnommé Bouche-d'or". Eee PRE L'empereur Théodose, de son côté, ayant reçu des lettres de Jean d'Antioche et de ses partisäns, et n en recevant aucune des pères du vrai concile d'Éphèse, prit ce silénce apparent pour un aveu de leurs torts. En vain, pour calmer ses appréhensions, envoya-t-il différens seigneurs de la cour au lieu du concile ; ceuxci se laissèrent corrompre par la politique de Candidien et par les intrigues des sectaires, et il8 ne rapportèrent rien qui ne favorisât la secte. D'autre part, le comte Irénée étant revenu à la capitale, et se concertant avec quelques-uns des plus puissans seigneurs très-attachés à Nestorius, il n'était point de ressorts qu'on ne fit jouer, pour tenir au moins dans l’état du doute la vérité des faits les plus incontestables. Tous les évêques orthodoxes étaient comme emprisonnés à Ephèse, non-seulement sans pouvoir retourner à leurs églises; mais sans relations avec elles , ayant consumé tout ce qu'ils avaient apporté, obérés de dettes, plusieurs manquant de ressources et de crédit, tombant journellement malades, périssant de besoin ou de chagrin, épuisés par les incommodités sans nombre qu'ils avaient à souffrir *. La violence fut poussée jusqu'à

‘Ibid. 1. 11, Ep. 137. — % Conc. Eph. p. 59, 772, etc.

T. IL, < a

386 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 4512 arrêter S. Cyrille et Memnon d'Ephèse, qu'on jeta dans une espèce de cachot. Il est vrai qu'on arrêta aussi Nestorius, pour mortrer de l'égalité dans le traitement de ceux qu'on voulait faire croire également coupables , et qu'on traduisait à la cour , comme déposés indistinctement par le concile ;. mais les partisans de Nestorius, entre les mains desquels ce sectaire se trouvait, savaient bien le dédommager de cet affront apparent, tandis qu'on faisait tout souffrir aux deux autres, qu'on les privait du nécessaire, et qu'on écartait avec barbarie tous ceux qui les voulaient assister.

Mais avant ces excès, le concile tint ses deux dernières sessions. Dans la sixième, tenue à la maison épiscopale le vingt-deux juillet, on convint d’un symbole de foi, ou pour mieux dire on décerna qu’à la formule ordinaire, que des fourbes, en l’admettant à la lettre, expliquaient à leur fantaisie, on ajouterait une sorte d'explication tirée des passages et des sentimens des Pères orthodoxes. Ensuite on défendit rigoureusement de proposer ou d’écrire toute autre confession de foi. On condamna spécialement, sur la dénonciation de Charisius, prêtre de Philadelphie en Lydie, un symbole infecté des dogmes de Nestorius, mais dressé avec tant d'artifice, et tellement accrédité dans quelques contrées de l'Asie, que c'est tout ce qu'on y faisait signer aux anciens hérétiques qui revenaient au giron de l'Eglise *. Ce qui paraît aussi fort étonnant, c'est que, dans un âge si cultivé et si lumineux, cette confession avait été souscrite par procureur pour plusieurs personnes, et mêre pour un prêtre qui déclara ne savoir pas écrire.

C'était l'ouvrage du fameux Théodore de Mopsueste, le maître de Nestorius et de tant d'autres impies distingués, qu'il avait eu le secret de fasciner et de s'attacher à un point inconcevable : premier inventeur du nestorianisme et du pélagianisme tout ensemble , lui seul peut-être voyait alors la connexion des principes qu'ont développés les Sociniens long-temps après lui, et qui lui faisaient référer tous nos mystères au tribunal de la raison : homme sauvage et rusé, ou, pour employer l’épithète énergique de ses contemporains, monstre farouche et perfide, du fond ténébreux de sa retraite dans la seconde Cilicie, où il eut le bonheur de vieillir et de mourir en paix, il corrompit de son souffle empoisonné la foi des églises circonvoisines , jusqu’à ce que ses affreuses productions fissent après sa mort le scandale et l'horreur de l'Eglise universelle *,

La septième session , qui est la dernière dont on reconnaisse les actes , se tint le 31 juillet. On y régla d’abord quelques affaires

* Conc. Eph. act. 6. — Ÿ Marc. Merc. édit. Garn. p. 250. s

An 451; ne esr MmOrt faire orme le Nesivaient faisait ire, et ster.

SSIOns. ux juilon dénettant e sorte orthoou d’éement, Lydie, ec tant J'Asie, ues qui nnant, fession même

maître vait eu e : preensemncipes Q ui lui omme es cOnux de ieillir la foi ctions niver-

sse les faires

[An 451] DE L'ÉGLISE. — LIV. XV. 387 particulières. Les évêques de Chypre, celui de Salamire ou Constance à la tête, se plaignirent de ce que Jean d'Antioche , entreprenant sur leur ancienne liberté, voulait s’attribuer les ordinations de leur île. Le patriarche d'Antiache n'étant pas présent pour défendre les droits de son église, le saint concile, malgré ses mécontentemens, ne rendit qu'une sentence conditionnelle. Il se borna à maintenir les évêques de Chypre dans la possession de faire les ordinations de leur province, supposé que l'ancien usage, comme ils l'avaient déclaré de vive voix et par écrit, fût en effet pour eux et non pour l'évêque d’Antioche. On statua de même pour toutes les autres provinces, en confirmation des ordonnances de Nicée, que nul évêque n'entreprendrait sur un district qui ne lui turait pas été soumis de tout temps. Pour le siége d’Antioche, il avait en effet juridiction sur l’île de Chypre, quant aux ordinations épiscopales, et l'exercice n’en avait été interrompu que par les troubles de l'arianisme.

Eustache, métropolitain de Side en Pamphylie, chagriné par de mauvaises affaires qu’on lui avait suscitées quoiqu'injustement, avait eu la pusillanimité d’abdiquer l’épiscopat, et de faire sa renonciation par écrit; sur quoi le concile de la province lui avait donné un successeur. Or, il n’était pas permis à un pasteur d’abandonner ainsi son église, et la faute d’Eustache l'avait fait priver de la communion. Il vint se présenter au concile d'Ephèse, qui, touché des larmes de ce vieillard, lui rendit la communion, et lui accorda le nom et le rang d’évêque; mais à la charge de n’en faire de fonctions que sous le bon plaisir de son successeur Théodore. Après cela, deux évèques de Thrace représentèrent au concile que c'était une ancienne coutume chez eux, qu'un évêque eût deux et même trois évêchés, quand ces siéges n'étaient pas dans une ancienne possession d'avoir chacun son prélat particulier. Ils craignaient que Fritilas d'Héraclée, leur métropolitain, qui suivait le parti de Nestorius, ne voulût ordonner des évêques dans ces villes pour chagriner ses suffragans orthodoxes, et pour fortifierle parti de l’hérésie. Le concile ordonna qu'il ne serait rien entre: pris à ce sujet contre les canons, les lois civiles, et l’ancienne coutume qui a force de loi. Juvénal de Jérusalem prétendait encore s'attribuer la suprématie de la Palestine contre le droit et la possession du siége métropolitain de Césarée. Le concile s’y opposa, et S. Cyrille, pour ce sujet, écrivit encoré au pape : ce que voulait Juvénal n'eut pas lieu. On ne trouve aucune trace de cette prétention de Juvénal dans les actes du concile : preuve nouvelle que nous ne les avons pas entiers. C'est de cette dernière session qu'il en manque davantage. On n'a même que la traduction latine

388 HISTOIRE GÉNÉRALE LAn 451] de la plupart de ces actes concernant les affaires particulières. |

On fit aussi quelques canons avant de terminer le concile; mais ils ne sont qu'un résumé de ce qu'on a pu remarquer dans ces différentes sessions. Tout ce qui mérite encore attention, c'est la manière différente dont ce concile traite les métropolitains schismatiques et les simples évêques. Ceux-ci sont déposés et privés du rang sacerdotal, soit qu'ils aient d'abord embrassé le schisme, soit qu'ils viennent à se dédire après avoir anathématisé Nestorius. Les métropolitains, sans doute par égard pour Jean d'Antioche, ne sont pas déposés, mais excommuniés et interdits. On leur ôtait ainsi le pouvoir de rien faire contre les évêques de leur province ; on les soumit même à ces évêques et aux métropolitains leurs voisins.

Tandis que les prélats catholiques, avec Cyrille encore libre, travaillaient ainsi pour le bien général et particulier de l'Eglise, Jean, comte de Largesse, fut envoyé à Ephèse par l'Empereur, qui ne pouvait calmer ses justes inquiétudes. Mais le comte fut à peine arrivé, qu'il se laissa corrompre, comme tous les autres officiers de la cour ‘. C'est alors qu’on emprisonna tant Cyrille que Memnon, et que Nestorius fut arrêté pour la forme. Ce n'est pas que le comte Jean épousit les opinions de l’hérésiarque ; assez indifférent pour tous les démêlés en fait de religion, suivant le génie des gens de cour, qui n’attachent de l’importance qu’à de tout autres objets, et qui donnent souvent le zèle le plus chrétien pour un entêtement puéril et méprisable, il voulait étouffer ou assoupir tous les partis indistinctement et reparaître devant le prince avec la gloire d'avoir tout pacifié. Il mit au même niveau, tant les chefs des orthodoxes Cyrille et Memnon, que l’hérésiarque Nestorius, et les peignit tous des mêmes traits au jeune Empereur. La duplicité se mêla , comme il n’est que trop ordinaire, à la politique, et l'on fit entendre à Théodose qu'ils avaient été condamnés tous les trois par le même concile; car on lui cachait soigneusement l'entreprise révoltante de Sean d’Antioche et de son conciliabule, séparés de l'assemblée générale des pères, avec un scandale qui n'était susceptible d'aucun palliatif.

Cependant on prit plus de soin que jamais d’intercepter les lettres des Pères, et de leur couper toute communication avec la cour. Ils ne pouvaient méconnaitre son mécontentement à la mapière dont on les traitait ; mais la cause en était pour eux un mysère impénétrable. Comme ils ne doutaient point de la religion de f'héodose, encore moins de la piété éclairée de la princesse Pul-

* Epist, Cyril. ad C. P. in Conc. Eph.

LAn 451]

culiéres. |

iles mais ces difst la maschismarivés du me, soit rius. Les che, ne eur Ôtait rovince ; eurs VOi-

re libre, l'Eglise, npereur, nte fut à utres ofrille que n'est pas assez inint le géà de tout ien pour assoupir nce avec les chefs estorius ,

a dupliique, et nés tous usement iiabule, dale qui

r les letavec la la maun mysgion de sse Pul-

[An 45] DE L'EGLISE. — LIV. XV 389 chérie, ils soupconnèrent enfin que leurs lettres étaient interceptées. C'est pourquoi ils prirent à leur tour le parti d'user d'adresse pour les faire parvenir sûrement, soit à l'Empereur, soit à dés personnes qui fussent en état de servir l'Eglise auprès de lui. Ils choisirent un messager d'une discrétion et d'une fidélité à toute épreuve, le travestirent en mendiant, et mirent leurs lettres dans le creux d’une canne qui lui tenait lieu de bâton ‘ : l'expédient eut un succès complet. ; Le clergé, le peuple, les moines, toute la capitale fut transportée d'indignation à la première nouvelle de la longue supercherie des hérétiques. Anssitôt le clergé dressa une requête, dans laquelle il conjurait l'Empereur, avec autant de fermeté que de respect, de ne pas souffrir que l'Eglise, qui l'avait nourri, comme une bonne mère, et qui lui avait obtenu de si glorieuses victoires sur ses ennemis, fût opprimée sous son règne; qu'on rappelât les siècles des martyrs sous un empereur si chrétien. « Nous tous, prétres et clercs de l'église infortunée de Constantinople, ajoutèrentils sur la fin de leur requête, tristes enfans d’une mère inconsolable du crime de son époux, nous ne sommes pas moins disposés que les pères du concile à venger cet affront : si l'on donne les mains aux attentats du schisme et de l’hérésie, à la déposition de Cyrille et de Memnon, nous sommes prêts à courir les mêmes périls qu'eux, et à tout souffrir avec ces généreux confesseurs. » Depuis quarante-huit ans le saint abbé Dalmace n'avait pas mis le pied hors de son monastère, pas même pour les processions qui s'étaient faites après d'affreux tremblemens de terre, et auxquelles l'Empereur l'avait prié d'assister, Mais quand il vit la foi dans ce péril, il consulta le Seigneur, et une voix céleste lui commanda de quitter sa retraite *. Il se mit à la tête de tous les abbés dont il était le chef, et qui avaient à leur suite les moines de tous les monastères, tous ensemble marchant en ordre de procession vers le palais impérial, chantant à deux chœurs, et un peuple infini les suivant *. Nulle sorte de médiation ne pouvait produire plus d'effet sur l'esprit de Théodose : il fit entrer les abbés, tandis que les moines et le peuple attendaient à la porte en continuant leurs chants religieux ; il les assura de ses disposions favorables pour l’Eglisé, et les renvoya contens. Ils s'en retournèrent processionnellement comme ils étaient venus, jusqu'à l’église du saint martyr Mocius, qui était à l’extrémité de la ville; là ils rendirent grâces au Seigneur, et S. Dalmace, étant monté à la tribune, lut au peuple la lettre du concile qui annonçait la condamnation de Nestorius, La

* Conc. Eph. p. 752. — 3 Ibid. p. 751, — 5 Gang. C. P. 1v, n. 65.

3go HISTOIRE GÉNÉRALE [An 431] multitude, d’une voix unanime et avec tous les signes de l’indignation, dit anathème à l’hérésiarque trop long-temps honoré comme pasteur.

Le premier fruit de ces sollicitations fut un ordre aux évêques des deux partis, c'est-à-dire de Cyrille ou des catholiques, et de Jean d'Antioche, d'envoyer chacun d'Ephèse ceux d'entre eux qu'ils jugeraient les plus capables de défendre leur cause : en attendant que la cour se fût expliquée, les prélats arrêtés de part et d'autre devaient garder leur prison, Ce concile députa aussitôt sept évêques, parmi lesquels étaient Arcade, un des légats du saint Siége, et le prêtre Philippe, aussi légat, et chargé de représenter le pape. à Constantinople ainsi qu'à Éphèse. Le saint concile leur donna une. ample instruction, où l’on retrouve avec admiration l'esprit de l'Eglise et la noble fermeté que doivent avoir les dépositaires d'un pouvoir divin, qui, à raison de son objet, ne reconnaît ni supérieur ni égal. Elle portait que, chargés des intérêts de la vérité au nom de l’auteur et du consommateur de notre foi, ils ne devaient avoir nulle communion avec Jean d’Antioche, ni avec son, schismatique synode; que si l'Empereur leur proposait de communiquer avec eux pour le bien de la paix, il ne leur était permis de le faire qu'à la charge que Jean et son parti souscriraient la déposition de Nestorius, diraient anathème à sa doctrine, et rompraient avec ceux qui la soutenaient : bien plus, qu'ils demanderaient pardon au concile de leur attentat contre son président, lequel, avec Memnon, serait mis en liberté ; que sans toutes ces conditions on leur défendait de rien promettre; et que s'ils en agissaient autrement, non-seulement on ne ratifierait point ce qu'ils auraient fait, mais qu'ils seraient privés eux-mêmes de la communion ecclésiastique.

La. députation des Orientaux schismatiques était composée de huit évêques; Jean d’Antioche, à leur tête, ne manqua pas d’amener avec lui l'éloquent Théodoret. Autant les deux causes étaient différentes, autant différaient les bornes prescrites au pouvoir des. procureurs respectifs. Comme les sectes se croient plutôt maîtresses absolues que dépositaires du trésor de la religion, on défendait. précisément aux agens schismatiques d'admettre les douze articles de Cyrille, contre qui l’animosité était à son comble. Du-reste, ils avaient pleine liberté de faire tout ce qu'ils jugeraient à propos, soit dans un concile, soit dans des conférences, et l'on s'engageait à ratifier tout ce qu'ils feraient, Mais les députés catholiques re voulurent jamais disputer sur la doctrine, qui ne pouvait plus être censée douteuse; ét partant de la décision du concile comme d'un point fixe et immuable, ils se bornèrent in-

[An 43:] ndigna-

comme

évêques s, et de tre eux :enatpart et aussitôt du saint résenter ile leur niration s dépo- | reconérêts de : foi, ils ni avec sait de ur était souscrioctrine, x'ils de-

prési- ; toutes s'ils en bint ce

s de la

bsée de d’ametaient ouvoir plutôt on, on re les

comils juences, putés qui ne on du nt in-

[An 4h) DE L'ÉGLISE, — LIV. XY. 391 variablement à en soutenir les actes, et à montrer que la déposition de Nestorius était aussi juste que celles de Cyrille et de Memnon étaient criminelles.

Tous les gens de bien cependant priaient et travaillaient pour ouvrir les yeux à l'Empereur, Mais il était obsédé par des amis puissans que Nestorius avait à la cour. Il se laissa engager, surtout contre Cyrille et Memnon, dans plusieurs démarches capables de ruiner l'Eglise, et que la sphère étroite de ses lumières peut seule excuser. La sage Pulchérie savait heureusement ma: nier l'esprit de ce prince. Elle s'opposa constamment à la cabale hérétique, et comme elle avait été bien instruite sur les questions dont il s'agissait, par la savante épître que lui avait d'abord écrite Cyrille, elle soutint toujours ce prélat, prit ses momens et ses mesures pour désabuser insensiblement l'Empereur, et lui fit enfin ratifier la condamnation absolue de l’hérésiarque.

On autorisa le retour des pères d'Ephèse vers leurs églises; Memnon fut maintenu dans son siége, et Cyrille rentra triomphant dans Alexandrie. Nestorius au contraire eut, pour toute grâce, la liberté de se retirer à son monastère d’Antioche pour y faire pénitence. Théodose se plaignit cependant de la fermeté avec laquelle les prélats orthodoxes refusèrent de conférer sur les matières décidées ; mais avec le temps il fut mieux instruit, prit hautement le concile sous sa protection, et voulut que tous les décrets en fussent exécutés ponctuellement. Piqué que ses propres officiers l’eussent trompé, il chassa honteusement le comte Candidien, et disgracia tous ses complices".

Théodose fit deux lois formelles pour appuyer ces religieuses dispositions. La première ordenne que toute assemblée soit interdite aux Nestoriens, que leurs biens soient confisqués, avec défense de transcrire, lire ou garder les livres de Nestorius, et injonction d’en faire une rigoureuse recherche. Par la seconde, donnée quelques années après, il condamna au feu tous les ouvrages composés contre le concile d'Ephèse, contre la doctrine du saint concile de Nicée, et contre celle de S. Cyrille, comme les écrits de Porphyre contre la religion chrétienne : le tout sous peine de mort pour quiconque les lirait ou les garderait. Il ordonna expressément qu'Irénée, ce comte qui avait si bien servi les derniers hérétiques et qu’ils avaient institué, quoique bigame, évêque de Tyr, en dédommagement de sa disgrâce, serait chassé de cette église et demeurerait dans son pays, privé de l’habit et du nom d'évêque. On peut à ce sujet remarquer en passant que l'opinion de ceux

! Collect. Baluz. p. 655:

392 MISTOINE GÉNÉRALE (An 43] qui prétendent qu'alors les évêques n'avaient point encore d'habits particuliers, n'est rien moins qu'assurée, Dans cette loi, faite en vue de servir la religion, on ne laisse pas que de trouver cette expression bien singulière dans la bouche d’un empereur chrétien : Notre divinité décerne ; reste aussi bizarre que révoltant de la superstition paienne.

Avant de pourvoir aux provinces » On jugea qu'il était encore plus pressant de remplir le siége de la capitale. Les députés du concile s'y employèrent avec le plus grand soin, et firent élire à la place de l'hérésiarque, quelques mois après sa déposition , le moine Maximien, qui était prêtre et en grande réputation de piété. Ce choix fut d'autant plus agréable aux légats, que Maximien avait été élevé dans l'église romaine, Aussitôt après l'élection, les évêques notifièrent au souverain pontife tout ce qu'ils venaient de régler, pour lui en demander l'approbation, L'Empereur et le nouveau patriarche lui écrivirent en même temps, et le pape, comblé de consolation, répondit par trois lettres différentes, auxquelles il en ajouta une quatrième pour le peuple et le clergé de Constantinople, Dans la lettre aux évêques il approuve et confirme tout ce qu'on a fait, spécialement la déposition de Nestorius et l'ordination de Maximien. Il dit aux prélats, qu'ils ont été avec lui les acteurs de cette heureuse révolution et les défenseurs de la foi. « Nous sommes éloigné, poursuit-il; mais notre sollicitude pontificale nous rend tout présent. Rien ne doit échapper aux regards de Pierre : nous n’aurions point d’excuses auprès de l'éternel Pasteur qui nous 4 confié tout son bercail , si nous négligions de remédier aux besoins dont nous pouvons prendre connaissance. » Les canons dressés coûtre les Nestoriens et les Pélagiens furent de même approuvés par le saint pape, que sa modestie et son humilité n’'empêchèrent pas d’user, avec les Grecs, de ces termes d’autorité : Nous vous avertissons , nous statuons, nous voulons. On croit qu'alors, pour faire amende honorable à la Vierge mère; des blasphèmes. de Nestorius, l'Eglise ajouta ces paroles à la Salutation angélique : Sainte Marie, mère de Dieu Luis pour nous qui sommes pécheurs.

Le pape Célestin survécut peu à la consommation de cette grande œuvre : il mourut le 6 avril de l’année suivante, après un pontificat de près de dix ans. Le 26 du même mois, on lui donna pour successeur Sixte III, natif de Rome et prêt e de l'église romaine, le même à qui S. Augustin avait adressé sa fameuse Lettre sur la grâce. On rapporte au pape Célestin la coutume de chanter les psaumes avant le sacrifice, c’est-à-dire l'institution de l'introit de la messe, comme $. Augustin nous apprend qu’on avait

(An 43] re d'haoi, faite er cette irétien :

le la su-

tait ens dépuet firent osition, tion de e Maxilection, renaient ur et le e pape, es, auxlergé de onfirme orius et avec lui le la foi.

le ponregards el Pass de resance. »

rent de

humid’auton croit es blas-

tation

i som-

cette après on lui de l’'éeuse e de on de avait

(An 432] DE L'ÉGLISE. — LIV. XV, 393 commence de son temps à chanter à Carthage des psaumes à l'offertoire et à la communion.

C’est encore à ce zélé pontife que l'Irlande a la première obligation de la foi qu'elle a conservée avec tarit de constance depuis cette époque reculée, S. Patrice, écossais de naissance, avait évangélisé une première fois dans l'Hybernie, mais sans succès. Il entreprit le voyage de Rome : Célestin l'ordonna évêque, et le renvoya dans cette île. La mission apostolique et l'obéissance du missionnaire attirèrent sur ses travaux une bénédiction toute nouvelle, Son zèle, soutenu du don des miracles, produisit des fruits si abondans, qu’il a toujours été reconnu depuis pour l'apôtre de l'Irlande, où il fonda le monastère de Sabal et l'église d'Armach , métropolitaine de l'ile,

Le premier soin de Sixte, aussitôt après son exaltation, fut de rétablir la paix dans les églises orientales ‘. 11 mit la main à cette bonne œuvre dans la lettre même par laquelle il notifia son élection aux évêques qui revenaient du concile d'Ephèse, Il y ménagea Jean d’Antioche, de peur qu'un procédé plus rigide n’entraînât dans le schisme tous les évêques de la Syrie. Toutefois la lettre du pape déclare que, si Jean veut être reconnu pour prélat orthodoxe, il faut qu’il condamne tout ce que l'Eglise a condamné. Pour remédier aux mêmes divisions, l'Empereur se concerta avec le nouveau patriarche Maximien et plusieurs évêques demeurés à Constantinople depuis son ordination. On comprit aussi à Constantinople qu'il fallait commencer par mettre la foi en sûreté; qu'on devait néanmoins exiger de Jean d’Antioche qu'il anathématisât la doctrine de Nestorius, et approuvât sa déposition ; que Cyrille, de son côté, oubliât tout ce qu'il avait souffert à Ephèse. 11 y eut à cet effet beaucoup de négociations, de pourparlers, de lettres écrites de part et d'autre, et qui n’entrent pas dans notre plan. Il suffira de savoir que Cyrille, moins sensible à ses mécontentemens personnels qu’à l'intérêt général de l'Eglise, eut la magnanimité de faire les premiers pas vers ses ennémis et les vrais coupables : il écrivit à ceux qu’il présuma les mieux disposés", et leur protesta qu'en tout ce qu'il avait fait, il ne s'était proposé que la sûreté de la foi et le plus grand bien de la religion; que quand il aurait tort en quelque chose, il ne fallait pas que l'Eglise en souffrit ; que c'était une nécessité indispensable et aussi conforme à la volonté de Dieu qu'à celle de l'Empereur, d'approuver la condamnation de Nestorius et d’anathématiser ses blasphèmes; qu'il ne tenait qu'à cela que la paix des églises ne fût rétablie : quant

1 Collect. Baluz. p. 658. — ? Synodic. Baluz. c. 55 et 56.

394 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 453] aux outrages qu'il avait reçus en défendant la foi à la tête du sacré concile, que non-seulement il les oubliait volontiers, pour l'amour de Dieu et l'utilité de l'Eglise; mais que son clergé, plus sensible que lui-même aux affronts que le chef avait subis, se conformerait néanmoins à ses vœux, ainsi que tous les évêques de l'Egypte, et qu'il ne croifait pus acheter la paix trop cher, s'il l'obtenai! à ce prix. Il alla jusqu'à se justifier sérieusement sur le soupçon de l'apollinarisme et des autres hérésies qu'on affectait de lui imputer, dit formellement anathème à Apollinaire, et confessa expressément qu'encore que le Fils unique de Dieu soit le même qui a souffert dans sa chair, il ne s'est point fait en lui de confusion, mais qu'il est immuable et impassible, selon sa nature éternelle, Au sujet des douze articles ou anathèmes, il promettait de contenter tout le monde aussitôt qu'on pourrait traiter avec une franchise et une cordialité fraternelles.

Ges déclarations produisirent un effet merveilleux sur le patriar che d’Antioche et sur plusieurs de ses partisans qui ne résistaient que par prévention; ils s'abouchèrent entre eux, et prièrent en conséquence Paul, évêque d'Emèse, de se transporter en Egypte pour y conférer avec Cyrille. Le médiateur fut muni en partant d'un écrit où les Orientaux confessaient la foi catholique dans toute sa pureté. À son arrivée en Egypte, Cyrille lui donna de son côté une ample explication de sa doctrine sur l'Incarnation, et tous les soupçons, toutes les vaines terreurs s'évanouirent avec l'animosité et les préventions. Paul approuva l'explication de Cyrille, anathématisa les erreurs de Nestorius, déclara qu'il le tenait pour bien et dûment déposé, et Maximien pour évêque légitime de Constantinople.

Après qu'on eut rédigé l’acte de cette déclaration, Paul fut ad. mis à la commuuion, et prit place à l’église entre les membres du clergé : on le pria même de faire au peuple l'instruction accoutumée ‘. Comme il se trouvait à Alexandrie aux fêtes de Noël, il exposa le mystère du jour, appela nettement Marie mère de Dieu ajouta qu'elle avait enfanté le vrai Emmanuel, le Saint des saint:, digne de nos adorations, Dieu et homme tout ensemble. Le peuple,

qui prêtait une extrême attention, s’écria avec transport : « Voilà

ce que nous voulicn: #ntendre; c'est la foi, c'est la vérité : que quiconque ne professe }, « cette croyance soit anathème! — Anathème, reprit Paul, : ‘in: ‘e dit et ne pense pas ainsi! car il est de foi que le concour: de ceux natures serfaites, c'est-à-dire, de la divinité et de l'humanité, a formé un seul Fils, un seul Christ,

! Conc. Eph. p. 3, c. 31.

du sas, pour ré, plus se conde l'El'obteoupcon lui imsa ex- * même confure éterttait de rec une

patriar istaient rent en Egypte partant ie dans nna de nation, t avec de Cy- 8 tenait Éoitime

ut ad.

res du coutu- ,ilex- Dieu saint: ; euple, Voilà

: que Anail est e, de hrist,

(Ao 43] DE L'ÉGLISE, — LIV, XV. ‘395 un seul Seigneur. » À ces mots, le peuple eria encore plus fort : « Soyez le bien venu, évêque orthodoxe, digne collègue de Cyrille! Soyez béni du Seigneur au nom de qui vous êtes venu!» Paul finit en peu de mots, pour laisser à l'évêque diocésain le temps de continuer l'instruction suivant l'usage,

L'évêque d'Emèse n'avait jamais eu d'autres sentimens; mais il prétendit que la déclaration qu'il donna par écrit, devait suffire pour Jean d'Antioche et les autres Orientaux qui le déléguaient. Cyrille soutint au contraire que ces sortes d'engagemens devaient être personnels, et il voulut absolument avoir une confession par écrit de Jeon ‘11 même, Il alla jusqu'à la dicter, de concert néanmoins avec Paul, qui enfin céda, et eut soin de minuter l'approbation qu'on ferait de la déposition de Nestorius avec la condamnation de sa doctrine. Cependant le saint docteur faisait agir en cour, et les agens qu'il entretenait à Constantinople, et tout ce qu'il y comptait de puissans amis, afin que l'Empereur accélérât la conclusion de la paix entre les églises. On employait toujours la princesse Pulchérie comme la ressource la plus sûre dans tous les besoins de la religion. On la supplia d'avoir elle-même la condescendance d'écrire, pour une si bonne fin, à l’évêque d'Antioche.

Jean se rendit enfin à tant de poursuites. Quel qu'eût été jusque là le mobile de sa conduite, il parut toujours depuis procéder de très-bonne foi. Ii répondit à la lettre de Cyrille écrite de concert avec Paul d'Emèse, qu’il avouait l'exposition de foi présentée par Paul; qu'il y adhérait de cœur et d'esprit, sans en excepter aucun article : et, professant en particulier le point principal, il confessa nettement deux natures et une seule personne en Jésus-Christ. Il ajouta que, pour mettre fin aux divisions et aux scandales, il tenait pour légitimement déposé Nestorius, ci-devant évêque de Constantinople. Enfin, pour montrer que l’église d’Antioche n'était pas moins jalouse de la pureté de la foi que l'église d'Alexandrie, il déclara qu’il anathamétisait les assertions profanes du novateur, qu'il approuvait l’ordination de Maximien, et qu'il se tenait dans sa communion, comme dans celle de tous les évêques orthodoxes.

La paix fut conclue à &es conditions, ct le patriarche Jean fit aussitôt part de cette heureuse nouvelle à tous les Orientaux. La plupart applaudirent à un accord qui écartait les suites funestes qu'ils commencaient enfin à envisager, et auxquelles ils craignirent d'exposer plus long-temps l'Eglise entière, par un faux point d'honneur, ou par une aveugle prévention en faveur d'un seul homme dont le langage pour le moins n'était nullement celui des anciens docteurs de l'Eglise. Quelques-uns cependant demeurèrent atta-

396 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 433) chés à ce séducteur, et parurent se scandaliser de ce que le patriarche Jean l’abandonnait. Les plus renommés d'entre eux furent Théodoret de Cyr, et son métropolitain Alexandre d'Hiéraples.

Théodoret n'élevait point de difficultés, quant à la doctrine, soit qu'il eût changé de sentiment, soit qu'il n'en eût jamais eu de formellement hérétique, et que ce qu'il avait écrit d'erroné ne lui fût échappé que dans la chaleur de la dispute. Car il est impossible de justifier ses écrits contre S. Cyrille : productions flétries par l'Eglise, et manifestement dignes de leur censure, non-seulement en ce qu'elles s’attaquaient à un docteur dont l'enseignement était celui de l'Eglise, mais plus directement, au sujet du douzième unathème, en ce qu'elles distinguent le Christ et l’homme, comme faisant deux personnes. Mais Théodoret était surtout attaché à la personne de Nestorius, qu'il prétendait avoir été condamné injustement, et sans que sa doctrine eût jamais été bien entendue, C'est ainsi qu'il lui en écrivit, alors même, à ce que prétendent différens auteurs, que tous les catholiques ne proféraient plus qu'avec horreur le nom de cet hérésiarque. Cependant il fut menacé par le vicaire d'Orient d'être chassé de son siége s’il n'accédait à la réunion. Il ne fit que rire de la menace. Les pieux solitaires de la Syrie qui avaient toute sa confiance et son affection, des prophètes et des hommes à miracles lui firent les plus vives instances, et d'abord avec aussi peu de succès.

Peu après néanmoins il écrivit en ces termes aux coryphées du parti ‘ : « Il est à craindre que Dieu ne nous punisse de notre roideur inflexible, et de noire aveuglement à chercher notre intérêt plus que celui du peuple. Notre opiniâtreté, à ce que je vois, ne produira rien que de funeste. Nous sommes déjà la fable du public, nos troupeaux deviendront bientôt la proie des loups, et nous répandrons le trouble et le désordre dans toutes les églises. » il eut ensuite une conférence avec son patriarche, entre Gyr et Antioche. Là, il rentra dans la communion de Jean, en se soumettant à la décision des points de foi, sans approuver encore la condamnation de Nestorius. Il n’en travailla pas moins efficacement au rétablissement de la paix, et l’on dut à ses soins aussi bien qu’à la célébrité de son nom, la réunion de la plupart des évêques de la Cilicie,

Mais avant qu'ils se rendissent à la vérité, une partie des Cappadociens, ainsi que des Ciliciens, tentèrent un moyen de se soutenir qui montre à quel point l'enthousiasme leur avait troublé le jugement, et avec quelle bizarrerie, en s’abandonnant au schisme,

® Collat, Sup. c. 151.

[An 433) Le le pax furent aples.

octrine, is eu de é ne lui

impossi- .

3; flétries 1on-seunseignesujet du homme, tout atté conté bien que préféraient nt il fut il n'acux solifection, 1s vives

ées du tre roiintérêt rois, ne du pups, et es églire Gyr se souore la ficaces aussi rt des

s Cape soublé le isme,

[Aa 434] DE L'ÉGLISE. — LIV, XV. 397

on conservait aux extrémités de l'Orient le plus grand respect pour

la chaire apostolique. Les métropolitains de Tarse et de Thyane,

Hellade et Eutherius, au nom de plusieurs autres schismatiques,

s’avisèrent d'écrire au pape Sixte, pour implorer son secours contre les entreprises de Cyrille et de Jean d’Antioche. « Nous nous prosternons à vos pieds, lui disaient-ils', en vous conjurant de nous tendre une main secourable ; de rappeler les pasteurs chassés injustement et de rassembler les ouailles dispersées qui sont dans le plus grand danger de leur salut. Nous qui habitons de vastes provinces, la plupart très-éloignées de vous, comme la Bithynie, la Cilicie, la Cappadoce et le pays de l'Euphrate, sans parler de la Thessalie et de la Misie, nous serions allés en personne vous attendrir par nos gémissemens, et faire couler vos larmes avec les nôtres, si la crainte des loups ne nous retenait auprès de nos troupeaux. Nous envoyons à notre place des clercs et des moines, et nous espérons de la grandeur, tant de nos maux que de votre charité, que la voix de ces saintes ouailles ne sera pas moins efficace que celle des pasteurs, pour nous obtenir à tous vos puissans secours. » C'est ainsi que ces Orientaux, tout schismatiques qu'ils étaient, portaient leurs plaintes au souverain pontife, pour faire cesser les vexations prétendues de leurs supérieurs immédiats. On imagine bien qu'une pareille supplique, aussi injurieuse à l’autorité générale de l'Eglise qu'aux prélats qui en avaient le mieux mérité au concile d'Ephèse, ne servit qu'à faire déplorer à Rome l'aveuglement des supplians. La fermeté du pontife, de concert avec les chefs de la hiérarchie orientale, leur fit ouvrir l'oreille aux conseils de Théodoret, et ils rentrèrent presque tous dans le bon chemin.

Entre ceux qui persévérèrent dans le schisme, on remarqua Mélèce de Mopsueste, plus encore Alexandre d'Hiéraples *. Rien de si effrayant que l'obstination et l'endurcissement de ce vieillard, sage et modéré d'ailleurs, assez éclairé, d'une piété qu'on louait de toute part, d'une admirable pureté-de vie, d'une charité, d’une vigilance, d'une application à tous les devoirs de l’épiscopat, qui le firent également chérir et révérer de son peuple. Il se figura que la doctrine du concile d'Ephèse faisait Dieu passible. Loin de se laisser détromper par Théodoret ou par Jean d’Antioche, en qui il avait eu une entière confiance durant leur égarement commun, dés qu'il les vit unis de communion avec S. Cyrille, il rompit à jamais avec eux, et n’en voulut plus ni lire ni recevoir les lettres. « Vous pouvez croire, écrivit-il pour la dernière

! Synod. Baluz. c. 117. — * Synod. c. 100 et sea

398 HISTOIRE GÉNÉRALE fois à Théodoret, que vous n'avez rien omis pour le salut de mon âme, et votre conscience à cet égard doit être satisfaite. T'enezvous donc en repos, ou cessez au moins de m'importuner et de me fatiguer. Je ne m'ingère pas ainsi dans ce que font les autres; mais quand tous les docteurs qui ont paru depuis le commencement du monde, canoniseraient l'abomination d'Egypte (c'est ainsi qu'il traitait la doctrine de S. Cyrille}, je ne les croirais pas, au préjudice des lumières que Dieu m'a départies. Je suis affligé, dit-il encore, des mouvemens inutiles que les saints solitaires se donnent pour moi : quand ils seraient encore plus saints, alors que leurs miracles seraient en plus grand nombre et plus éclatans, quand ils ressusciteraient tout ce qu'il y a eu de morts depuis le premier homme, ils ne me persuaderaient pas. S'ils me condamuent , que le souverain Juge leur pardonne : que Dieu soit loué de tout. Nos adversaires ont pour eux les conciles , les évêques, les magistrats, les empereurs, le concours de toutes les puissances ; et nousavons de notre côté Dieu et la pureté de la foi. » Après cette déclaration, il ne voulut plus ni écrire, ni parler sur cette matière à aucun de ses amis, pas même voir les personnes dont la présence lui pouvait rappeler le souvenir de ces différends.

Théodoret fut touché de pitié, et pria le patriarche Jean d’user de condescendance envers Alexandre. Il Jui écrivit que ce vieillard ne demandait qu'à mourir en repos; que s’il ne soumettait pas son jugement, il s’abstenait au moins de dogmatiser, gardait un respectueux silence, et ne voulait ni ne pouvait exciter aucun trouble. Les officiers de l'Empereur, chargés de l'exécution de ses ordres en Orient, écrivirent encore à Alexandre, qu'ils ne pourraient s'empêcher de le chasser de son siége, s’il ne se soumettait au concile d'Ephèse et ne communiquait avec Jean d’Anticche. Tout fut inutile : Alexandre sacrifia son état à son obstination, et quitta son évêché sans témoigner le moindre chagrin.

Mais tout son diocèse fut dans la plus grande émotion : ce n'étaient que gémissemens et que larmes dans toute la ville; il sem: blait que chaque maison eût perdu son père de famille ; on exaltait de tous côtés ses vertus, sa bienfaisance, toutes ses grandes qualités. De la tristesse on passa aux emportemens ; et si le gouverneur Libyen ne s'était sagement prêté aux circonstances, on aurait vu infalliblement une violente sédition. Attendri lui-même des sentimens de ce peuple, il se chargea de leur requête pour le patriarche, l’appuya autant qu'il le put,et y joignit la relation de tout ce qui venait de le fléchir lui-même. Jean répondit qu'il avait épuisé toutes les voies de la douceur, qu’Alexandre ne pouvait attribuer sa disgrâce qu'à son opiniâtreté et à sa présomp-

[An 435) |

éva ciel ou «

d'A ne tenc orde l'hé duit Blen et le inco Pan cont fit m augr mon tout rong se tt

Prof dre, fens gén sinc une ene enn tant les :

[An 435] |

. de mon . Tenezet de me res; mais ment du nsi qu'il \u préjudit-il endonnent ue leurs , quand premier ent , que out. Nos gistrats, US AVONS déclaranatière à présence

in d'user ce vieilumettait , gardait er aucun n de ses e poursoumet-

’Anticination,

on : Ce ;il sem.

pn exalbrandes le goues, on -même e pour a relapondit dre ne somp-

[An 436] DE L'ÉGLISE. -— LIV. XV, 399 tion : « Mais je veux bien encore remettre son sort entre ses mains, poursuivit-il ; s’il veut se réunir à l'Eglise, je le rétablirai volontiers dans son siége. » Alexandre fut inflexible, et demeura déposé nonobstant son silence et sa réserve extérieure. On le relégua en Egypte, où il continua de joindre à l'hérésie toutes les apparences de la vertu : exemple terrible, renouvelé dans toutes les sectes, et presque toujours également dangereux. Tant il est nécessaire de prémunir sans cesse les fidèles contre cette tentation délicate, et de leur inculquer uniquement, à l'égard de la foi, cette règle évangélique : Quiconque n’écoute pas l'Eglise, parüût-il un ange du ciel, sa doctrine ne doit pas être écoutce plus que celle d’un paien ou d'un publicain.

L'année suivante 436, Nestorius fut chassé de son monastère d'Antioche, où depuis quatre ans qu'on l'y laissait tranquille, il ne cherchait qu'à répandre ses impiétés au lieu d'en faire pénitence. On le relégua dans la ville d'Oasis en Egypte : le rescrit qui ordonnait ce bannissement emportait la confiscation des biens de l'hérésiarque au profit de son église. Le triste état auquel il fut réduit ne le porta jamais à la rétractation de ses blasphèmes. Les Blemmiens , peuples vagabonds de l'Ethiopie, ayant pillé la ville et le pays d'Oasis, il erra quelque temps dans les déserts avec des incommodités extrêmes, et il crut enfin avoir trouvé un asile à Panope; mais c'était un objet fatal de malédiction que toutes les contrées redoutaient : le gouverneur l’obligea de s'éloigner et le fit même trainer de force en des réduits reculés. Enfin, son impieté augmentant avec ses maux, et marqué, pour ainsi dire, dès ce monde du sceau de la réprobation, on dit que son corps se pourrit tout vivant, et que sa langue, organe de tant de blasphèmes, fut rongée de vers. Contraint de fuir encore dans cet horrible état , il se tua en tombant de cheval ‘.

Les autres prélats hérétiques furent traités avec une rigueur proportionnée au degré de leur faute. Outre Nestorius et Alexandre , on compte quatorze évêques qui firent paraître dans la défense de l'hérésiarque une fermeté inébranlable, et une sorte de générosité, qui sans doute contribua beaucoup à rendre cette secte si nombreuse, D'ailleurs on reprochait à Cyrille, leur adversaire, une fierté de caractère et des procédés impérieux qui laisseraient en effet une tache à sa mémoire , si ces reproches n'avaient eu ses ennemis pour auteurs, et s’il n'avait si bien confondu l'imposture, tant par les démarches que son humble charité lui fit faire pour les ramener, que par les autres vertus éminentes qui l'ont fait

1 Evagr. Hist. 2, c. 7e

400 | HISTUIRE GÉNÉRALE (An 436] mettre au nombre des saints. Tous les évêques réfractuires furent déposés, soit pour cause d’hérésie , soit pour l’opiniâtreté schismatique avec laquelle quelques-uns, sans embrasser les erreurs de Nestorius, refusèrent de communiquer avec les patriarches d’Alexandrie et d’Antioche. C'est inutilement qu’on en bannit jusqu'à six : cette sévérité trop tardive fut sans effet. L'erreur avait jeté de profondes racines dans la Cilicie, où elle avait été enfantée sourdement , et où le temps et le secret l'avaient fortifiée. Mélèce de Mopsueste, tandis que ses comprovinciaux rentraient en foule dans le sein de l'unité, rejeta constamment l'union.

Théodore son prédécesseur, séducteur de Nester'us et séduit par Diodore de Tarse, avait comme ce dernier consigné l’impiété dans des ouvrages d'autant moins suspects, que les auteurs, en mourant dans la communion de l'Eglise, avaient laissé après eux, dans tout l'Orient , une grande réputation de vertu aussi bien que de doctrine. C'est pourquoi les Nestoriens, voyant les écrits et le nom de leur chef absolument diffamés, s’attachèrent à répandre ceux de Théodore et de Diodore, qui n'avaient encore essuyé aucune flétrissure. Ils étaient en fort grand nombre, quoïqu'on n’en ait plus que les fragmens cités par leurs accusateurs ou leurs apologistes. Pour donner plus de cours à ces ouvrages de ténèbres, on jes traduisit en syriaque, en arménien, même en persan : funestes multiplications qui n'eurent que trop de succès, malgré tous les mouvemens que se donnèrent Cyrille, Acace de Mélitine et Rabulla d'Edesse. Acace et Rabulla virent de leur vivant la contagion infecter leurs provinces, et de là menacer tout l'Orient. Cette erreur impie se répandit jusqu'au fond des Indes, et prit tant de consistance dans le pays du Tigre et de l'Euphrate, qu’on yfit un patriarche nestorien , avec une multitude d’évêques et d’archevêques qui se sont perpétués jusqu'à nos.jours.

Mais c'était surtout dans la capitale de l'Empire que les nova-

teurs désiraient établir leur doctrine et leur ministère. Le patriarche Maximien étant mort deux ans après son élection, et alors Nestorius étant encore en vie, ses sectateurs osèrent tenter de le faire remonter sur son siége. Ils étaient en grand nombre à Constantinople, quoique les catholiques y dominassent, Ils s’attroupèrent en plusieurs endroits de là ville, demandèrent le rétablissement du séducteur avec des clameurs et des menaces si insolentes, que l'Empereur craignit lui-même les suites de leur cmportement. Mais, ayant pris conseil, il les déconcerta en faisant élire et installer sur-le-champ Proclus, avant la cérémonie même des funérailles de Maximien, qui fut faite par le nouveau patriarche.

[An 436] es furent té schisreuis de hes d’Annit juseur avait enfantée . Mélèce en foule

t séduit l'impiété eurs, en )rès EUX, bien que rits et le épandre SUYÉ au- ; :

l'on n’en urs apoinébres, an : fumalgré Mélitine t la conl'Orient.

prit tant ‘on yfit d’arche-

ès NnOVApatriaret alors er de le mbre à Ils s’at-

le réta-

{An 436] DE L ÉGLISE. — LIV. XV. 40:

On ne pouvait mieux choisir pour réunir tous les cœurs. Proclius avait un caractère de douceur et d'affabilité qui gagnait tout le monde, une éloquence comparable à celle du grand Chrysostôme, dont il révérait particulièrement la mémoire ". Tant pour cette raison que pour ses talens et sa piété, il était déjà cher à tout ce qu'il y avait d'orthodoxes dans la ville. Néanmoins, comme il avait été autrefois ordonné pour le siége de Cyzique, dont le peuplé, animé d'autres dispositions que celui dela capitale, avait refusé de le recevoir, quelques-uns voulurent confondre son élévation au patriarcat avec ces translations -ambitieuses auxquelles l'Eglise s'était toujours montrée si contraire. Mais les lettres du pape, qui avaient décidé, dès le temps de la déposition de Nestorius, qu'on pourrait mettre en sa place un évêque transféré d’une autre église, firent disparaître cette difficulté. A cette occasion, Socrate, scolastique, c'est-à-dire jurisconsulte ou avocat, non moins versé dans les matières de droit que dans les faits ecclésiastiques qu'il a retracés depuis Constantin jusque bien avant dans le règne de Théodose le Jeune, cite quatorze exémples de translations d'évêques, faites sans doute également pour le bien de l'Eglise, sans quoi il eût été peu logique *. Car s'il n'est pas raisonnable que les lois générales fassent manquer un avantage considérable qu'on ne peut obtenir qu'en y dérogeant par une sage exception, en retour ces exceptions ne sont légitimes que quand elles procurent le plus grand bien.

Une illustre conversion signala le commencement de l'épiscopat de Proclus; mais le Ciel ne voulut pas qu’elle fût le seul ouvrage des prélats ni des docteurs. La gloire principale en était rése:vée à une femme, qui avait préféré l'humilité de la crêche du Rédempteur à toutes les grandeurs des anciens Romains. De sa retraite de Bethléem, Mélanie la jeune vint à Constantinople, à la prière de son oncle Volusien, préfet de Rome et Ambassadeur de Valentinien auprès de Théodose. S. Augustin avait autrefois exhorté Volusien, par des lettres fort pressantes, et toujours sans fruit, à embrasser la foi chrétienne *. Quand le moment de la grâce fut arrivé, Mélanie se rendit à la cour avec une facilité qui ne put être que l'effet du pressentiment qu'elle avait de la fidélité de son oncle à y correspondre. Dans toutes les contrées qu'elle traversa, les évêques, tout le clergé, les moines et les vierges s'efforcèrent à l’envi de lui faire sentir, par les honneurs qu'ils lui rendaient, que le sacrifice des grandeurs

. 4 Coll. Lup. ad Synod. Baluz. c. 150.— * Socr. vu, 36. — Socr. ad 14 Jan. Vit. S. Melan.

do2 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 437) terrestres fait à Jésus-Christ est beaucowp plus honorable que ces grandeurs mêmes, Arrivée à Chalcédoine, comme il n'y avait plus que le Bosphore qui la séparât des vanités humaines toujours si redoutables à la timide innocence, elle se retira dans l'église de l'illustre martyre S“° Euphémie, pour prier l'auteur et le rénumérateur du triomphe de la sainte, de lui donner pareillement, et la force de se soutenir elle-même, et celle de triompher de l'infidélité, Aussitôt après sa prière, elle entra pleine de confiance et de joie dans lawille impériale. Mais Volusien était tombé dangereusement malade. Quand il vit sa nièce si exténuée de jeûnes et si pauvrement habillée : « Quel changement, à ma chère Mélanie, s'écria-t-il, et que je vous revois différente de ce que je vous ai quittée! » Mélanie répondit : + Je n'aurais pas ce mépris de mon corps, comme de toutes les pompes du monde, si je n'étais assurée de recevoir, après la courte durée de cette vie, un ample dédommagement de tout ce. que j'ai abandonné. » À chaque occasion favorable, elle lui réitérait des discours pareils, se rendait d'une assiduité extrême. auprès. de lui, et toujours se montrait convaincue et vivement pénétrée des maximes du christianisme.

Elle faisait venir aussi, mais sans affectation et comme par rencontre, des ecclésiastiques savans et zélés, surtout l’éloquent patriarche, pour la seconder. Volusien céda enfin à tant de vœux et d'efforts réunis; et, renonçant aux vices aussi bien qu'aux superstitions de l'idolâtrie, il reçut le baptême, avec l'édification de tout l'Empire. Sa conversion fut si pure, qu'apprenant, avant de l'avoir déclarée, que sa nièce voulait encore employer l'Empereur pour l'obtenir, loin de s'en faire un mérite auprès de ce prince et de lui en déférer la gloire, il publia sa résolution auparavant, de peur qu'on ne l’attribuât autant à l'amour de la faveur qu'à la connaissance de la vérité.

Mélanie eut plusieurs entretiens avec l'Empereur et l'Impératrice pour le bien de la religion, et surtout pour la défense de Ja foi contre les nouvelles hérésies. Dès qu’elle vit ses pieux desseins remplis heureusement, comme elle n'avait point d'autre intérêt à la cour, elle revola vers l’humble solitude que la charité seule lui avait fait quitter.

Proclus exécuta une autre entreprise qui lui concilia à un point extraordinaire l'estime et l'affection de son peuple, à qui la mémoire de S. Chrysostôme devenait plus vénérable de jour en jour. Comme Je patriarche faisait en chaire l’éloge de son illustre prédécesseur , tout lauditoire, battant äes mains et faisant mille acelarmations, redemanda son père Jean à l'orateur qui en appréaiait si bien le mérite, Proclus saisit ce moyen de réunit à l'Eglise

[An 437] > que ces vait plus ujours si église de rénuménent, et de l'infifiance et * dangenes et si Mélanie,

vous ai de mon is assumple dé- 1e occa-

rendait nontrait nisme.

par renuent pa- Vœux et supersde tout l'avoir dr pour e et de ant, de qu'à la

mpérae de Ja esseins itérêt à

ule lui

à point la mén jour.

re prélle acppré- Eglise

LAn 438) DE L'ÉGLISE. — LIV. XV. 403 un parti nombreux qui, par attachement pour le saint, continuait depuis sa mort de tenir ses assemblées à part. Dans les circonstances où l’on se trouvait, environné de sectaires artificieux et remplis en apparence d'un respect semblable pour le même saint, le patriarche craignit avec raison que la conformité des sentimens sur ce point ne s'étendiît à tous les autres. Il communiqua ses réflexions à l'Empereur, et lui proposa de faire rapporter le corps de S. Chrysostôme, de Comane dans le Pont, où il avait été enterré, vers des ouailles qui montraient tant de désir et qui avaient de si justes motifs de l'honorer. Théodose y consentit d’un grand cœur, ct la translation fut exécutée avec autant d'éclat que de promptitude.

Quand on sut que des reliques si chères approchaient, toute la ville alla au-devant d'elles. Le Bosphore en un moment disparut sous la multitude infinie des barques et des vaisseaux qui le couvrirent : ce n'était plus une mer, mais une longue suite de rues et de places illuminées avec ordre, et semblables aux quartiers les mieux habités de la ville. Quand le saint revint vivantet si glorieux de son premier exil, l'appareil n’approchait pas de ce second triomphe. Les reliques furent portées avec cette religieuse magnificence dans toutes les principales rues de Constantinople, et déposées enfin dans la basilique des saints Apôtres : l'Empereur baisa humblement la châsse du saint patriarche, comme pour lui faire amende honorable, au nom de son père, et surtout de sa mère Eudoxie, qui l'avait offensé sans assez le connaitre. Ce qu'avait prévu Proclus arriva : cette cérémonie frappante réunit à l'Eglise toutes les personnes anciennement séparées, et y en retint beaucoup d’autres. Elle se fit l'an 438, le 27 de janvier, jour où les Latins honorent la mémoire de S. Jean Chrysostôme,

On fit aussi, sous le pontificat de Proclus, la translation des célèbres martyrs connus sous le nom des Quarante-Couronnés, que le tyran Licinius avait immolés tous ensemble à Sébaste en Arménie. La princesse Pulchérie, après avoir eu révélation de l'endroit où leurs restes précieux reposaient, y fit fouiller. On trouva une espèce de cercueil couvert d’une table de marbre, dans lequel il y avait deux urnes d'argent qui contenaient leurs cendres, et qui étaient environnées de quantité de parfums. On ne sait comment elles s'étaient perdues, après avoir été publiquement exposées à la vénération des fidèles ; ce qu'attestait encore une petite ouverture qui se trouvait dans le cercueil, tout près des reliques, et qui avait servi à leur faire toucher des linges, suivant l'usage. La princesse les fit placer à l'endroit le plus honorable de l'église,

44 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 438] dans une châsse très-richement ornée : cette cérémonie se fit encore avec un magnifique appareil .

De son côté, l'impératrice Eudoxie, femme de Théodose, partit pour la TerreSainte”. On ne publia point d'autre raison de ce voyage, que le vœu qu'elle avait fait de visiter les saints lieux, si elle avait la satisfaction de voir sa fille mariée. Or cette princesse, nommée Eudoxie comme sa mère, venait d'épouser le jeune empereur Valentinien, qui n'avait que dix-huit ans, et qui vint luimême à Constantinople pour ce mariage. Mais on attribuait sourdement une tout autre cause au pélerinage de l'Impératrice. Elle était en liaison de talens et de littérature avec un courtisan nommé Paulin, dont elle avait discerné et distinguait en toute occasion le mérite, Un jour, dit-on, elle lui envoya quelques fruits d’une beauté singulière, que l'Empereur lui avait envoyés à elle-même. Paulin, sans connaître le premier auteur du présent, le trouva assez beau pour le juger digne de son souverain, et le lui présenta. 11 n’en fallut pas davantage, dit-on, à l'esprit faible de Théodose, pour lui inspirer de la jalousie. Soit accident fortuit, soit exécution secrète, Paulin mourut le lendemain, et peu après l'Impératrice partit pour Jérusalem. Elle eut même beaucoup à souffrir depuis; mais elle soutint avec courage toutes ces épreuves, et par sa constance modeste, sa piété et sa réserve, elle regagna insensiblement toute la confiance de son époux. Elle fit des présens dignes d’elle, non-seulement aux églises de Jérusalem, mais dans toutes les villes où elle passa, tant en allant qu’en revenant. En Palestine, elle bâtit plusieurs monastères pour les cénobites, et beaucoup plus de laures pour les anachorètes , rétablit les murailles de la ville sainte, et rapporta les reliques insignes de S. Etienne, qui continuaient de jouir de la plus grande vénération. L'Empereur, de son côté, se servit du frein des lois pour réprimer l'enthousiasme et la présomption des Juifs *, Ils venaient de donner dans l'ile de Crète un exemple presque incroyable des écarts auxquels peut se porter un peuple abusé par la séduction. Un vieillard d’un air auguste, et qui se disait Moïse, persuada à la multitude très-considérable des Juifs de cette île, d'abandonner les établissemens qu'ils y possédaient, pour le suivre dans la terre Promise, à limitation de leurs ancêtres. Il leur promettait de réitérer en leur faveur tous ses anciens prodiges, particulièrement de faire retirer la mer devant eux, et de la leur faire passer à pied sec. Il fut un an à parcourir le pays et à grossir son parti. Quand

* Soz. 1x, 2. — ? Soc. VII, 47.— 5 Theod. Lect. in fin,

[An 438] e fit en-

se, parn de ce lieux, si incesse, ne emint luiit soure. Elle nomme asion le s d’une même, trouva ésenta.

éodose, execumpérasouffrir et par nsensidignes toutes estine, ucoup de la

e, qui

réprient de le des ction.

da à la onner terre le réiment | pied uand

le jour donné pour k départ fut arrivé, il les rassembla, hommes, femmes et enfans, en une multitude innombrable sur un promontoire élevé. Alors, prenant l'air et le ton du Prophète, il leur commanda de se jeter sans rien craindre au milieu des flots: les plus avancés obéirent; mais ceux qui suivirent, les voyant engloutis dans les ondes, sans qu'il en reparût aucun, reconnurent qu'ils étaient trompés, et changeant leur confiance en un ressentiment furieux, ils cherchèrent l’imposteur de tous côtés, sans jamais pouvoir le découvrir. Plusieurs s’imaginèrent que c'était un démon, ;

L'Empereur, pour contenir au moins les Juifs dans les anciennes bornes, fit une loi contre eux et contre les Samaritains : il leur défendit de bâtir aucune nouvelle synagogue, de pervertir aucun fidèle, et les exclut de toute espèce de charge publique. La même loi interdit aux païens, sous peine de la vie, l'usage des sacrifices : elle renouvela toutes les peines portées contre les anciens hérétiques, spécialement contre les Manichéens, toujours les plus odieux comme les plus corrompus et les plus impies.

Mais la crainte des châtimens les plus rigoureux ne put extirper totalement les superstitions païennes. Le mal prenait sa source en de vieilles préventions profondément enracinées; et tandis que, par complaisance pour 1es princes, on se conformait au culte extérieur, souvent l’occasion ramenait ces faux chrétiens aux pratiques les plus sacriléges de l'idolâtrie, dont ils n'avaient jamais bien senti l'impiété ni l’absurdité. Certains gentils osaient se vanter qu'on n'avait pas-encore répondu aux écrits de Julien-l'Apostat. Pour leur ôter ce vain prétexte, S. Cyrille, qui se trouvait à la tête de toutes les grandes affaires de la religion, y répondit d’une manière digne de sa renommée, en dix livres qu’il adressa à l'empereur Théodose..

Théodoret publia, dans le même dessein, son ouvrage en douze livres, de la Guérison des maladies spirituelles des Gentils, où il se sert habilement de la philosophie même des païens pour établir les vérités évangéliques. Il reprend et met en poudre les objections ordinaires des infidèles; savoir, que les chrétiens étaient des gens simples et crédules; qu'ils ne faisaient nul usage de la raison, et croyaient des extravagances, sur la seule parole de leurs docteurs : visionnaires méprisables, disaient-ils, à commencer depuis les Apôtres qui n'étaient eux-mêmes que d’ignorans barbares. Après avoir confondu ce reproche d'ignorance, il déploie la plus vaste et la plus exacte érudition, et maniant avec autant de dextérité que de profondeur les témoignages de plus de cent auteurs

[An 458] DE L'ÉGLISE, — LIV, XV.

406 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 458] de l'antiquité, il fait toucher au doigt la fausseté et l'absurdité des opinions philosophiques sur le culte de Dieu, sur l'ordre de la Providence, sur la création du monde, sur la nature de l'homme et sur les principes des êtres. Comparant ensuite les législateurs profanes avec les Apôtres, les oracles des faux dieux avec nos prophètes, et la vertu des héros infidèles avec celle des serviteurs de Jésus-Christ, il fait sentir l'admirable supériorité de ceux-ci sur tous les autres, avec une force, une justesse et une richesse d'élocution, que la plus belle antiquité ne surpassa jamais.

Dans l'Occident, l'idolâtrie et la superstition faisaient les mêmes efforts pour se relever et se perpétuer. Nous apprenons, par les homélies de S. Pierre Chrysologue, que l'abus allait jusqu'à honorer publiquement tes faux dieux dans certaines cérémonies profanes, comme en se masquant le premier jour de janvier, et en courant les rues avec un tumulte insensé et une licence toute païenne. Le désordre était monté à un tel point, que ces impiétés se commettaient impunément sous les yeux de la cour, dans la ville impériale de Ravenne, malgré les réclamations de l'éloquent et pieux Chrysologuë. Le pape S. Sixte l'avait placé comme par inspiration sur ce grand siége, en le préférant, quoique diacre d'une autre église, et par conséquent contre l'usage ordinaire, au sujet qu'on lui présentait pour être confirmé. Pierre ne tr:mpa point l'attente du pontife. Avec toutes les qualités éminentes de l'épiscopat, il se distingua par une éloquence qui lui fit donner un surnom aussi honorable qu'à S. Chrysostôme : honneurs néanmoins aussi diversement mérités, que le goût des peuples qui le décernèrent était différent. En plus de cent soixante homélies qui nous restent de S. Pierre Chrysologue, infiniment. respectables sans doute pour le fond des choses, et pour l’érudition même, rien n'est plus frappant, pour ce qui est du style, que la profusion de ses pointes d'esprit et de ses jeux de mots. Mais cette manière était assortie au goût dégradé des Latins, dont il ne combattit pas pour cela les vices avec moins de succès.

À Carthage, on adorait la déesse Céleste avec Jésus-Christ. Plusieurs citoyens, au sortir des sacrifices idolâtres, allaient à l’église participer aux saints mystères de l'autel; et pour comble de scandale, c'étaient les plus grands et les plus riches d’entre eux quile donnaient. Le peuple, en général, n'avait que de l'éloignement pour les pratiques du christianisme qui génaient ses passions, et montrait üne indifférence qui allait jusqu'à l'aversion sur certains articles. La vue des solitaires, autrefois si révérés, n’excitait plus que les dérisions, quelquefois les emportemens de l'insolence et

An 458} ité des la Promine et rs pros prours de -Ci sur

> d'élo-

es mês, par usqu'à monies ,êten > toute piétés lans la pquent

e par diacre re, au rmpa tes de lonner néanqui le les qui tables e, rien on de e était s pour

. Pluéglise scanqui le pour monrtains plus

ice et

[Aa 439) DE L'ÉGLISE. — LIV, XV. 4 de la fureur. Les armées romaines marchaient sous la conduite de

généraux païens, et connaissaient à peine leurs faibles Empereurs, :

à qui on laissait le vain pouvoir de promulguer des lois dont les grands savaient se dispenser.

Littorius, le second homme de l'Etat après Aëtius, au moins dans les Gaules, était si infatué des rêveries du paganisme, des visions de ses augures et de ses aruspices, que, sur la promesse qu'ils lui firent des faveurs constantes de la victoire, contre toutes les règles de la politique et de la prudence la plus vulgaire, il refusa de recevoir à composition, sous les conditions les plus avantageuses, la nation des Goths qu'il venait de battre. Les ayant poussés au désespoir par une seconde attaque, il fut lui-même entièrement défait avec les troupes auxiliaires des Huns, idolâtres comme lui, et les principaux auteurs de son profane espoir. Le roi des Goths, au contraire, n'avait mis sa confiance que dans le vrai Dieu qu'il adorait. Il se couvrit d'un cilice, passa en prières la nuit d'avant le combat, et ne quitta l’oraison que pour entrer dans le champ de bataille, où il mérita le plus glorieux triomphe".

Cyrus, qui commandait en Afrique, était aussi idolâtre, et parvenu, sans autre talent que celui de tourner assez bien un vers, aux dignités de consul, de patrice et de préfet du prétoire*. Il

éprouva dans la suite une disgrâce qui lui fut infiniment plus avantageuse que ces illustrations passagères, par les puissans motifs qu'elle lui fournit de reconnaître la vanité de toutes les grandeurs du siècle. Il abjura le paganisme avec elles, embrassa sincèrement le christianisme, et devint évêque : genre d’élévation paisible et sans alarmes, mieux assorti à son naturel que le tumulte et les périls militaires.

Ce fut durant son commandement que les Vandales enlevèrent Carthage à Théodose, et bientôt après le reste de l'Afrique. Tout hérétiques qu'étaient ces barbares, ils servirent la religion bien plus efficacement que les Romains. En peu de temps ils ruinèrent les temples des idoles et tous les vestiges de l'idolâtrie qui restaient dans cette province. Mais quand Genséric, leur roi, crut sa domination affermie, il se mit en tête d'établir aussi sa religion, qui

était l'arianisme, et de détruire la foi catholique dans toutes les terres de son obéissance. Il pilla d'abord les riches églises de la capitale, en appliqua la plupart à des usages profanes, et réserva la cathédrale pour les exercices de la religion arienne. Il fit embarquer l’évèque, nommé Quod-vult-Deus, avec la plupart de ses clercs, sur de méchantes barques qui faisaient eau de toute part.

4 Prosp. Chron. — ? Evagr. 1, 6.

408 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 439] Ils ne laissèrent pas que d'arriver à Naples, où ils furent reçus comme des confesseurs. Les Donatistes qui restaient encore en Afrique se ranimèrent en voyant leurs anciens ennemis à la merci des Barbares; et ils se joignirent aux Ariens pour les persécuter. Tandis qu'ils faisaient scrupule de communiquer avec les catholiques, pour quelques relâchemens prétendus dans la discipline, ils contractérent les liaisons les plus étroites et les plus odieuses avec des hérétiques dont ils détestaient les impiétés. Les évêques Novat, Sévérien et Possidius, l'ami célèbre de S. Augustin, se signalèrent entre tous les autres dans cette persécution, On les chassa de leurs églises, ensuite de toutes les villes, sans pouvoir jamais ébranler leur constance.

Arcade, Probus, Paschase et Eutychien, tous quatre espagnols, de ceux sans doute qui s'étaient attachés à la fortune de Genséric quand il passa d'Espagne en Afrique, tous quatre pleins de capacité et de fidélité, étaient en grande faveur auprès du prince barbare. Persuadé de leur attachement pour lui, s'imaginant que ses bienfaits le mettaient en droit d'en tout exiger, il leur commanda de se faire ariens. Ils s'y refusèrent avec intrépidité, Genséric furieux les condarana sur-le-champ à perdre la vie; puis il commua la peine de mort en exil. Et changeant derechef, selon les caprices de sa fureur, il les fit expirer tous quatre dans les plus cruels tourmens, mais chacun d'une manière différente. Les martyrs avaient encore un jeune frère d’une figure extrêmement intéressante et d’une vivacité d'esprit qui avait souvent amusé le roi. Il voulut corrompre la foi de ce jeune homme, et n’y put réussir : il le condamna de dépit au plus humiliant esclavage, après l'avoir fait bâtonner avec une cruauté que put seule arrêter la crainte de le voir expirer sous les coups, ou de paraitre moins maître de soi qu'un enfant‘.

Quelque redoutable que le cruel Vandale se rendit dans toute l'étendue de l'Afrique, il y eut cependant de saints évêques en Mauritanie qui écrivirent avec force contre l'arianisme. Antonin de Constantine fit tenir une belle lettre au martyr Arcade dont nous venons de parler, pour soutenir son courage pendant son exil. Victor de Carthagène, aussi en Mauritanie, eut la hardiesse de présenter au roi même un ouvrage considérable qu’il venait de publier contre les Ariens. Céréalis et Voconius, évêques, l'un de Castelle, l'autre'de Castellane, dans cette même province; écrivirent avec le même zèle contre les Ariens. On trouve plusieurs autres écrits qu'on sait avoir été publiés contre cette hérésie,

* Prosp. Chron. Sal. lib. 7.

[An 4 dans

cathd loin d impit Aprè toute mie arme Byza midi roy oblig livre ques chait

[An 439] t reçus core en a merci sécuter!

atholiipline, bdieuses vêques » 5e si- On les >ouvoir

agnols, enséric

e capaice barque ses manda éric fuommua s capris cruels artyrs ui > roi. Il éussir :

l'avoir inte de de soi

s toute ues en ntonin e dont nt son rdiesse nait de l’un de écrivisieurs srésie,

[Ao 439) DE L'ÉGLISE, — LIV, XV. 409 dans les mêmes conjonctures, quoiqu'on en ignore les auteurs. Mais la plus persuasive éloquence, la patience adinirable des catholiques, les prodiges même que le Ciel opéra pour la justifier, loin d'adoucir l'esprit de Genséric, ne servirent qu'à le rendre plus Pos apr envers les sincères adorateurs du Dieu fait chair. Après la prise de Carthage, le prince arien, se voyant maître de toute l'Afrique, à l'exception de quelques contrées écartées, mieux défendues par leur stérilité et leur indigence que par les armes de Valentinien, s'attribua les propriétés de la province de Byzacène, de l’Abaritaine, de la Gétulie, d'une partie de la Numidie, et distribua à son armée les terres de Ja Zeugitane et de la province proconsulaire. Dans ses domaines immédints, Genséric obligea, sous peine de la vie, les prêtres et les évêques à lui livrer les vases et les ornemens, ainsi que les livres ecclésiastiques; mais la faiblesse des ministres prévaricateurs ne l'empèchait pas de les chasser ensuite de leurs églises. Il exigea de ses vassaux qu'ils chassassent de même les pasteurs catholiques après qu'ils les auraient dépouillés, et s'ils refusaient de céder leurs églises, qu'ils les réduisissent en esclavage : ce qui s'exécuta non-seulement sur le clergé, mais sur plusieurs laïques du premier rang. Valérien , évêque d'Abberze dans la Zeugitane, à l'âge de plus de quatre-vingts ans, fut mis hors de la ville sans une seule personne pour prendre soin de lui, avec défense au contraire à qui que ce fût de lui procurer le moindre soulagement, de lui donner même le couvert, soit dans les villes, soit dans les campagnes. On veilla si bien à l'exécution ponctuelle de toutes ces clauses inhumaines, qu’il demeura nuit et jour en plein air, privé de tout et presque nu, aussi long-temps qu’un homme peut vivre dans cette affreuse privation, qui ne finit en effet que par sa mort". Dans la même province, un officier du tyran, nommé Proclus, ayant enlevé de force les vases et les ornemens que le clergé refusait de lui livrer, porta: la profanation jusqu'à faire servir le linge de l'autel aux plus vils usages. Mais il fut tout-à-coup atteint de frénésie, se coupa la langue par morceaux avec les dents, et mourut dans cette espèce de rage. Entre les esclaves catholiques, il échut à un Vandale quatre frères, dont l'aîné s'appelait Martinien, avec une jeune personne d'une autre famille et d’une rare beauté, nommée Maxime. Toute jeune qu’elle était, sa prudence et sa maturité lui firent bientôt confier par son maître le gouvernement de toute la maison. Pour se l’attacher davantage, ainsi

# Vict. Vitens. lib. 2.

410 HISTOIRE GÉNEK&: LZ (An 439] que Martinien qu'il affectionnait aussi, le Barbare voulut Jes ma. rier ensemble. Mais Maxime avait consacré à Dieu sa virginité, Quand on l'eut laissée seule avec Martinien, elle lui fit confidence de son vœu, persuada sans peine à ce digne confesseur de la foi, de respecter les droits du divin Epoux à qui elle s'était engagée, et de chercher un asile “ûr à leur innocence. Martinien alla se concerter avec ses frères, et tous cinq ensemble ils s'évadèrent, e* se retirèrent à Tabraque; les quatre frères dans un monastère d'hommes, et Maxime dans une communauté de vierges, qui n’en était pas éloignée.

La Vandale chercha tant, qu'il les trouva, les mit aux fers, et voulut non-seulement contraindre Martinien et Maxime d’habiter ensemble, mais encore d'embrasser l'arianisme avec les trois autres , et de se faire rebaptiser. Cet événement parvint à la connaissance de Genséric, qui autorisa le maître de ces pieux captifs à leur faïre endurer les plus cruelles tortures, jusqu’à ce qu'ils se conformassent à ses désirs. On les battit avec des bâtons dentrlés en forme de scie, et on les déchira si cruellement à plusieurs reprises, qu'on leur voyait les os et les entrailles. Mais dès le lende main, ils se trouvaient guéris. On les mit dans des entraves, qui se rompirent aussi miraculeusement en présence d’un grand nombre de personnes. Ce maître, également impie et tyrannique, fut frappé de la main de Dieu, lui et toute sa maison : il mourut subitement ; ses ‘enfans le suivirent d'abord; peu après ses esclaves, puis ses troupeaux; et sa veuve, pour dernière ressource dans son indigence, vendit les confesseurs à un seigneur parent du roi. Il ne les eut pas plus tôt recus, que ses enfans et ses domestiques furent tourmentés d'une manière également:effrayante",

On envoya ce présent funeste, par le conseil de Gensérie, à un roi maure nommé Capsur, qui était païen. Pour Maxime, elle récouvra dès-lors sa liberté, et vécut encore long-temps après dans une communauté de vierges ferventes, dont elle devint supérieure. Lés quatre confesseurs devinrent autant d'apôtres parmi les Maures idolâtres. Dieu donna tant de vertu à leurs exemples et à leurs paroles, qu'ils fondèrent en peu de temps une. église florissante, où ils attirèrent, des lieux encore habités par les Romains, des prêtres capables de cultiver ce champ si heureusement défriché. Genséric, furieux de ces nouvelles, poursuivit les confesseurs jusque dans ce désert, et se servit de l’ascendant qu'il avait sur Capsur, pour les faire périr de la mort la plus cruelle.

: Vic, Vit. I. 1, Ce 8.

rut suclaves, ans son

roi. Il

es Rosement vit les it qu'il ruelle.

[An 439) DE L'ÉGLISE. — LIV. XV. 411 On les attacha à des chariots attelés de chevaux fougueux, qui les traînèrent, par des lieux embarrassés de roches et de hroussailles, jusqu’à ce que leurs corps déchirés tombassent en lambeaux. Les Maures se lamentaient à ce spectacle, et se montraient inconsolables d'une pareille inhumanité; mais il se fit de grands miracles, qui chargèrent leur deuil en actions de grâces et en un culte solidement religieux.

Un catholique éclairé, nommé Satur, disputait souvent avec liberté et avec un grand avantage contre des’ Ariens qui, las et honteux de se voir toujours vaincus par la force de ses raisons, le dénoncèrent enfin “. On le pressa de prime abord d’embrasser l'arianisme , et sans autre argument, on le menaça, s'il n'obéissait, de lui ôter sa maison, ses biens, ses esclaves et ses propres enfans : il sacrifia tout. On ajouta qu'on allait faire épouser sa femme, qu'il aimait tendrement, à un conducteur de chameaux, et qu'on la livrerait en sa présence à ce misérable.

Le bruit d’une pareille menace parvint bien vite aux oreilles de son épouse; elle accourt et se présente à Satur comme il priait à l'écart; elle avait les yeux égarés, les cheveux épars, les vêtemens en désordre ét tout déchirés de désespoir. Ses enfans se lamentaient en courant sur ses pas, et la suivaient de plus ou moins loin, selon la force de leur âge; elle tenait entre ses bras le dérnier d'entre eux, qui tétait encore. Elle se jeta aux pieds de son mari, lui embrassa les genoux qu’elle inonda de ses larmes, le conjura, d'une voix mal articulée qu’étouffaient ses sanglots, d'avoir pitié de leurs enfans communs, de se souvenir de la noblesse de leur race, et de ne pas livrer une épouse fidèle à l'infamie dont la seule idée faisait déjà son supplice. Une soudaine rougeur lui couvre le visage à ces dernières paroles; puis elle pâlit et tombe à la renverse, sans connaissance et sans mouvement. Satur éprouvait la plus cruelle perplexité; mais il se rappela aussitôt ce que dit le Fils de Dieu, que quiconque ne l'aime pas plus que sa femme, ses enfans ou ses biens, ne peut être son disciple, et il fut inébranlable, Ce qu’il y eut de plus héroïque dans sa constance, c'est qu'on ne le fit pas mourir, et que, réellement privé de sa femme et de tout ce qu'il possédait au monde; réduit à la plus étrange misère, sans avoir la liberté de chercher à y subvenir, sans pouvoir quitter la retraite qu'on lui assigna pour que rien ne pôût faire diversion à son chagrin, il vécut encore longtemps, et jamais sa vertu ne se démentit. L'Eplise honore ce grand saint le vingt-neuvième jour de mars.

“ Vict. Vit.l. x, c. 12.

dra HISTOIRE GÉNÉRALE [An 439]

Le fier Genseric ne rougissait pas de s'abaisser à toutes sortes de souplesses et d'artifices pour faire un apostat. Il tenta lui-même un certain Archinime par les plus basses flatteries, par toutes sortes de promesses, et il eut la honte de ne rien obtenir. Il le condamna, dans son emportement, à avoir la tête tranchée : mais lui enviant encore plus vite la gloire du martyre, il commanda secrètement que, si au moment de l'exécution le confesseur manquait de courage, on lui ôtât la vie, et qu'on la lui conservât si sa fermeté se soutenait. Archinime montra la plus ferme constance, et on ne le fit point mourir. Tel était le zèle infernal du restaurateur de l’arianisme.

Il n’y avait qu’un homme endurci par l’usage du sacrilége, qui pût renchérir sur ces horreurs, et ce fut Joconde, prêtre arien, qui donna ce comble du scandale. Entre les gens de la maison du prince Théodoric, fils du roi, on avait trouvé un catholique, nommé Armogaste. La profession de la vraie foi dans un courtisan passa pour une audace digne des derniers supplices. On le tourmenta long-temps avec des cordes de boyau, au moyen desquelles on lui serrait tous les membres : Armogaste fit le signe de la croix, et les cordes se rompirent. On en reprit de beaucoup plus fortes, qui ne résistèrent pas mieux à la vertu toute-puissante du nom de Jésus-Christ. On le suspendit par un pied, la tête en bas; et par la même puissance de ce nom adorable, loin de souffrir dans cette cruelle posture, on l’y vit dormir aussi tranquillement que sur le lit le plus commode. Alors le prince son maître lui voulut faire trancher la tête; mais le prêtre Joconde dit qu'il y avait encore des supplices auxquels Armogaste pourrait céder; au lieu que, si on terminait tout d'un coup sa vie par le fer, les Africains ne manqueraient pas de l’honorer comme un martyr. Il paraît néanmoins que ce conseil ne fut pas suivi, et que le prêtre tentateur se couvrit d'un opprobre aussi infructueux que déshonorant.

La cruauté le cédait encore, parmi les Vandales, à la soif des richesses, et au désir de découvrir les trésors qu'ils imaginaient avoir été cachés par les sujets de la république, déjà dépouillés de leurs terres. On employa toutes sortes de tortures pour parvenir à ces découvertes. De temps en temps ces avides ravisseurs armaient des navires, et allaient chercher sur les mers ce que l'Afrique épuisée ne pouvait plus fournir à leur avidité insatiable. Genséric lui-même" fit métier de ces pirateries, quand il se futf. é par le secours des Maures. Chaque année au printemps,

! Procop. 1. Vandal. c. 5.

[An 439] es sortes ui-même r toutes nir. Il le ée : mais mmanda ur manservât si me conernal du

ége, qui e arien, aison du holique, | Courti- . On le en desle signe eaucoup te-puis- |, la tête loin de ss1 trannce son Joconde te pourvie par mme un suivi, et

infruc-

soif des sinaient pouillés r parvevisseurs ce que insatiand il se ntemps,

[An 440] DE L'ÉGLISE, — LIV. XV. 413 il faisait des descentes tantôt en Sicile, tantot en Sardaigne, dans toute la partie méridionale de l'Espagne et de l'Italie, en Grèce même et dans les provinces de l'empire d'Orient, prenant tout, emmenant des troupes d'esclaves ; mais ruinant et ravageant surtout les habitations les plus catholiques. Il avait commencé ces indignes expéditions par la Sicile, où il commit des désordres épouvantables ; et l’île était perdue sans ressource, s’il n'eût été rappelé en Afrique par la nouvelle que le comte Sébastien, gendre du fameux comte Boniface, venait d'y aborder. Mais Sébastien, maltraité comme son oncle, cherchait lui-même un asile, et il se lia d'intérêt avec Genséric', qui toutefois s'en lassa bientôt, Il résolut même de s’en défaire; mas il en voulait avoir une raison plausible, et il la chercha dans la religion. *

Un jour il lui proposa, en présence de ses évêques et de ses officiers, de n'avoir tous deux qu’une foi et qu'un seul culte, comme ils n'avaient qu'un même intérêt *. Soit que Sébastien s'attendit à cette proposition insidieuse, depuis qu'il voyait décliner sa faveur, soit inspiration subite de la grâce, qui lui fit prendre la résolution d’expier sa révolte par une confession éclatante de sa foi, il demanda qu'on apportât un pain de la table du roi. « Pour donner, dit-il, à ce pain sa saveur et sa blancheur, on a séparé le son de la farine, et la pâte a passé par l’eau et par le feu. C'est ainsi qu'en me tirant de la masse corrompue, on m'a purifié dans l'eau du baptême, et confirmé par le feu du Saint-Esprit. Prince, ajoutat-il, faites rompre ce pain; qu'on le trempe dans l’eau, qu'on le repétrisse, et qu'on le cuise une seconde fois : s’il en est meilleur, je ferai ce que vous souhaitez. » Genséric n’entendit que trop le sens de l'apologue et ne sut qu'y répondre. Il trouva de nouveaux prétextes, et fit quelque temps après mourir Sébastien. Cet art d'enlever aux martyrs la gloire de leur triomphe, a du moins réussi à obscurcir celle du comte Sébastien. Ce n’est que dans quelques martyrologes, dont on doit la découverte aux savans auteurs des actes des saints, qu'on le trouve compté au nombre des martyrs *. |

La persécution de Genséric avait été violente dès îe commencement de sa conquête, sous le pontificat de S. Célestin ; mais elle le fut encore davantage et dura beaucoup plus long-temps sous celui de son successeur; car Sixte III mourut le 18 août de l’an 440, c'est-à-dire, l’année d’après la prise de Carthage par les Vandales. Il avait occupé près de huit ans la chaire de S. Pierre, qu'il fit respecter par sa fermeté et par ses vertus. Pour conserver sa ju-

“Vict. Vit. 1,6. — ? Ibid, — 5 Boll. ad 27 Mart.

414 HISTOIRE GÉNÉRALE [Au ééo] qe 4 ridiction sur l'Illyrie, il usa d'une sage vigueur contre les entre- care prises des évêques de Constantinople, dont les prétentions s'éten- TOR daient de jour en jour, depuis le fameux canon qui leur attribuait TT le second rang dans l'Eglise. ” Le

Sixte IT écrivit plusieurs fois aux évêques d'Illyrie, de ne pas 2 LA se croire obligés à ce que le concile d'Orient, c'est-à-dire le se- it cond concile général, outre ce qu'il avait jugé sur la foi du con- 2 sentement du siége apostolique, avait voulu ordonner de plus cs 7 sans ce consentement; il leur dit de se croire encore moins soumis ] ps aux lois civiles publiées autrefois touchant le même objet, mais je Y révoquées depuis quelques années, sur les remontrances du pape Re Boniface à Théodose actuellement régnant. Le nouveau pape éta- sé blit Anastase de Thessalonique vicaire du saint Siége, comme Ne l'avaient été ses prédécesseurs, et lui donna, comme à eux, le pain pouvoir d'examiner les sujets proposés pour l'épiscopat, et que ET | les métropolitains pourraient ordonner, mais jamais sans la par- Dè. ticipation de l'évêque de Thessalonique. «Les causes majeures, l'évo ajoute-t-il, seront de même rapportées à ce prélat, avec le droit dk de choisir les évêques qui les jugeront avec lui ou sans lui. Ce Céshs sera lui aussi qui assemblera les conciles, quand il les croira né- db cd cessaires ; et sur son rapport, le siége apostolique confirmera ce d’Ant qui aura été fait.» Sixte écrivit en même temps à Proclus de Constantinople, de maintenir ;es droits de l'évêque de Thessalonique ; et pour lui en fournir un nouveau motif, il lui apprit qu'il venait de confirmer son jugement touchant Idduas. On croit que c'était l'évêque de Smyrne, qui, jugé par Proclus, en avait appelé au souverain pontife.

Ce saint pape eut un zèle extraordinaire pour la majesté du culte et l'honneur de la maison de Dieu. On est étonné des dons prodigieux dont il enrichit, en moins de huit ans de pontificat, la plupart des grandes églises de Rome, Il eut le mérite d'engager l'empereur Valentinien, autant par ses exemples que par ses exhortations, à signaler pour le même objet sa libéralité et sa magni- phé ficence. Julien d’Eclane, si décrié parmi les orthodoxes, et le sou- Const tien principal du pélagianisme depuis fort long-temps, osa faire Ma encore des tentatives pour rentrer dans son siége. Il avait compté surprendre le pape Sixte, naturellement indulgent et peu défiant, et pour paraître converti, il s'était surpassé lui-même dans l'art de feindre, et dans la pratique des manœuvres familières à la plus artificieuse peut-être de toutes les sectes qui aient jamais existé. Il fallait que ce piége fût bien adroitement tendu, et qu'il eût. causé bien des alarmes à la piété des fidèles, puisque sa découverte et la honte qu'elle attira à Julien, procurèrent autant de joie aux

de vig que te cessiv même dance presq!

avaler d'une nité € Dieu, huma

divin s'était de pé les ar quatr fourn inter(

era ce e Con-

nique ;

venait c'était Jelé au

sté du s dons tificat, ngager ses exmagnile soua faire ompté éfiant, ’art de a plus existe, il eût.

uverte ie aux

[An 46o DE L'ÉGLISE. — LIV. XV. 415 catholiques (ce sont les expressions de S. Prosper ,, que si l'Eglise romaine n'eût commencé qu'alors à confondre la perfidie pélagienne. Le pape, en cette rencontre, se servit utilement des conseils de Léon son archidiacre, dont le mérite éminent se développait de jour en jour; on le mit enfin dans l’occasion de se déployer tout entier.

Le pape Sixte étant mort après huit ans et dix -huit jours de pontificat, selon S. Prosper, c'est-à-dire le 18 août de l'an 440, Léon fut élu pour lui succéder, quoiqu’absent. Il était allé dans les Gaules, pour réconcilier Aëtius avec Albin, les deux premiers capitaines de l'Occident, dont les divisions n'étaient pas moins pernicieuses à l'Eglise qu'à l'Empire. Il fallut attendre environ quarante jours : témoignage de considération jusque là inconnu, auquel on joignit celui d’une députation publique. Léon était originaire de Toscane, mais on croit qu’il avait pris naissance dans la ville de Rome, qu'il nomme toujours sa patrie.

Dès l'avénement de Sixte ou Xiste III à la chaire apostolique, l'épouse de Jésus-Christ, déjà victorieuse des hérésies de Pélage et de Nestorius, était encore déchirée par la division des Orientaux. Ce sage et saint pontife travailla beaucoup, et réussit à faire cesser cette espèce de schisme, en réconciliant S. Cyrille avec Jean d'Antioche. Mais il était avantageux à l'Eglise que, dans son âge de vigueur, elle eût presque toujours des ennemis à combattre ; que tous les articles capitaux de sa croyance fussent attaqués successivement, et que, la vérité venant à s’éclaircir par les moyens mêmes qui semblaient devoir l’étouffer, il en rejaillit une abondance de lumière capable d'éclairer à jamais les siècles futurs. Déj: presque tous les mystères fondamentaux de la foi chrétienne avaient été attaqués par Arius, Macédonius et Nestorius, appuyés d'une multitude de sectaires subalternes. Déjà la foi de la divinité de chacune des trois personnes qui font un seul et même Dieu, de l’union personnelle de la nature divine avec la nature humaine, et de la plénitude de notre rédemption, avait triomphé de toute la subtilité hérétique, aux conciles de Nicée, de Constantinople et d'Ephèse. *

Mais il fallait encore prononcer expressément, que la nature divine, en s'unissant hypostatiquement à la nature humaine, ne s'était pas confondue avec elle, et que l'Etre infini en tout genre de pérfection, que l'Etre immuable était toujours le même, après les anéantissemens de l’incarnation. C'est ce qui restait à faire au quatr*ème concile œcuménique, qui devait en même temps nous fournir un préservatif tout particulier contre l'artifice des sectes intéressées à reprodrire la même erreur sous des formes diffé-

re

ze

NAT Pr 1 2

Cr PTE 2 ns ce ia

pr

Page 1