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870 HISTOIRE GÉNÉRALE [An fu) 8. Cyrille, qu'il ne nomma point, mais qu'il n'en désigna qu'avec plus de mépris, sous le nom de l'Egyptien. Ayant lu les douze anathèmes, il crut y trouver prise à la critique, et il accusa l'auteur d'y renouveler les erreurs d’Apollinaire. Ce fut avec cette qualification qu'il en fit passer une copie à Jean d'Antioche, qui, ne consultant que sa prédilection pour le novateur, qu'au fond il désapprouvait, trouva aussi l’apollinarisme dans la doctrine de Cyrille. En vain celui-ci expliqua-t-il les douze articles de manière à effacer, jusqu'à la moindre trace, les indignes couleurs dont on les noircissait ; l'amitié, plus persuasive que l'équité, surprit Théodoret même. Cet ami de Nestorius, avec toutes ses lumières et ses vertus, se laissa préoccuper par le désir de le justifier, jusqu'à incriminer son antagoniste d'une manière très-injurieuse. Il l'attaqua de concert avec l’évêque d'Antioche, publia des écrits pleins de fiel et d'amertume contre les anathèmes, et Jean leur en opposa douze autres qui firent concevoir de sa propre croyance les soupcons les plus désavantageux et les plus difficiles à effacer par la suite, C'était prévenir assez adroitement les esprits contre tout ce que Cyrille pourrait faire, que de l'accuser lui-même d'hérésie et d’une espèce d'idolâtrie qui rendait à la seule humanité de Jésus-Christ l'adoration due à la personne du Verbe. Mais si la plupart des prélats se tinrent sur leurs gardes, on réussit à décrier le patriarche d'Alexandrie auprès de l'Empereur, prévenu de longue main et dès l’origine de cette malheureuse affaire. I] reste une lettre fort dure de Théodose à S. Cyrille, qu’il accuse de calomnier ses confrères et d'exciter l'animosité et la discorde. C’est à cet esprit de zizanie, qu'il attribue les lettres particulières que le saint avait écrites à l'impératrice Eudoxie, et surtout à la princesse Pulchéï:e : lettre où la matière était en effet plus approfondie que dans les autres, à cause de la supériorité d'esprit de cette princesse, reconnue dans tout l'Empire.
Le mal étant à ce point, il ne restait de remède que le concile général, non pour proscrire l'erreur, qui était suffisamment proscrite, mais pour assurer de plus en plus à la foi de l'Eglise et pour donner à la proscription tout l'éclat et toute l’authenticité convenables contre les dangers de la séduction. Les évêques et le ” peuple catholique, mais surtout le clergé de Constantinople, avec les moines et leurs archimandrites, prièrent instamment l’'Empereur de procurer ce secours à l'Eglise, dans le péril extrême où ‘elle se trouvait. Instruits des intentions du pape et de Cyrille son réprésentant, auxquels ils étaient tout dévoués , ils présentèrent
I Part. Conc. Eph. c. 30.
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piétés scandaleuses de Nestorius, avec les violences qu'il avait déjà
exercées contre plusieurs d'entre eux; ils conjurèrent le prince de ftire assembler un concile æcuménique; pour empêcher que le venin de l’hérésie ne s'étendit davantage, s'exprimant dans les termes les plus énergiques, citant l'Empereur au tribunal du Monarque suprême, et protestant de leur innocence après ces poursuites, si elles demeuraient sans effet !. Théodose aimait sincèrement la religion : il comprit, à ces alarmes dé tous les gens de bien, qu’elle se trouvait en danger, donna les mains à la célébration d'un concile universel, et lui-même en indiqua l'assemblée selon Je vœu du pape et des évêques.
La nouvelle de cette convocation fit un plaisir inexprimable à tous les prélats orthodoxes”. Sitôt que le temps marqué pour s’assembler approcha, ils se mirent en route avec une célérité qui alarma l'hérésiarque et tous ses fauteurs. Ephèse fut choisie pour le lieu du concile, comme une ville de facile abord par terre et par met, située d'ailleurs dans un pays sain et pourvu abondamment de toutes les choses nécessaires à la vie. On choisit de même, pour le temps de la célébration, la saison la plus douce et la plus commode; l'ouverture ‘ayant été fixée par les lettres de convocation à la fête de la Pentecôte, qui, cette année 431, tombait le septième jour de juin. Ainsi les solennités de Pâques ne furent pas plus tôt passées, que’les prélats bien intentionnés se mirent en chemin. S. Cyrille, accompagné de cinquante évêques qui formaient à peu près la moitié de ceux d'Egypte, arriva à Ephèse quatre ou cinq jours avant la Pentecôte, quoique la navigation eût été fort difficile. Juvénal de Jérusalem arriva peu après avec ceux de la Palestine, entre lesquels était Aspébète, nommé Pierre à son baptême, ce prince des Sarrasins converti autrefois par S. Euthymius, et devenu leur évêque; on l'appelait communément l'évêque des camps, parce que ces Sarrasins ou Arabes du désert étaient perpétuellement-campés. Flavien de Thessalonique, avec les évêques de Macédoine, comme ceux de la plupart des autres provinces, arrivèrent tous à temps. Il n’y eut point d'évêques africains, à cause du déplorable état où la guerre des Vandales avait mis ces provinces. Tout ce qu'elles purent faire, ce fut di Le diacre Bessula, pour rendre témoignage de la croyance de ces églises. |
Nestorius, de son côte, partit de fort bonne heure avec dix évêques de son parti, tant pour montrer sa confiance , que dans
1 Evagr. 11, Hist. c. 7. — ? Socr. VII, 34.
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372 HISTOIRE GÉNÉRALE Lu 451} l'espoir d'augmenter le nombre de ses partisans, à mesure que les pères arriveraient, Il était accompagné des comtes Candidien et Irénée ; celui-ci, sans autre caractère que son amitié pour son évêque, l'autre avec le commandement des troupes qu'il conduisait pour empêcher le tumulte, et, en cas de besoin, pour prêter main-forte au concile ". Mais le patriarche d’ Antioche, toujours protecteur de Nestorius, et les évêques syriens tralnfenté tant qu'ils purent en longueur. On ajouta quinze jours au délai qu'avait marqué l'Empereur; et du sept de juin, fête de la Pentecôte, désigné pour l'ouverture du concile, on la remit au vingtdeuxième. Les Syriens n'arrivèrent point encore. La mauvaise foi commençait à se manifester : on conçut des soupcons fâcheux, à raison de leur lenteur et de toute leur conduite. Cependant Jean d’Antioche n'étant plus qu'à cinq ou six journées de chemin, de trente qu'il en avait eu à faire, écrivit à S. Cyrille une lettre pleine de témoignages d'amitié et d'empressement pour le joindre. Il fit même prendre les devans à deux prélats nommés Alexandre, l'un d’Apamée, et l’autre d'Hiéraples, tous deux métropolitains, avec charge de dire qu’on ne différât pas le concile à cause de lui, et qu'on commencât, sans l’attendre, à faire ce qui convenait.
Il y avait déjà plus de deux cents évêques à Ephèse, dont plusieurs peu riches et arrivés depuis long-temps, se trouvaient fort incommodés; d'autres étaient tombés malades, et quelques-uns déjà morts; on murmurait hautement contre le patriarche d’Ar tioche, qui craignait, disait-on, de se trouver au concile, por: entendre rondimner. un hérétique tiré de son église. On ‘Hobtai que depuis long-temps il serait à Ephèse, s’il l'avait voulu, puisqu'il était arrivé des évêques de plus loin; qu’en tout cas, s’il procédait avec droiture, il n'aurait garde de trouver mauvais qu'on eût commencé sans lui le concile, après qu'on y avait été exhorté par les évêques, à qui il avait fait prendre les devans. L'ouverture fut donc résolue pour le vingt-deux, et l’on s’assembla ce jour-là à dans la grande église qui était dédiée à la Sainte-Vierge. La veille, ‘quatre évêques avaient juridiquement averti Nestorius, et en
même temps cinq ou six prélats qui se trouvaient avec lui. Le
parti fit une protestation en forme contre l'ouverture du concile avant l'arrivée de Jean d’Antioche, et elle fut souscrite par un nombre assez considérable d’ évêques de l'Asie, de la Thrace et de Ja Syrie, parmi lesquels signèrent les deux métropolitains d'Hiéraples et d'Apamée, avec Théodoret, arrivé aussi avant le patriarche d'Antioche,
* Evagr. 1, 3.
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Lan 451) DE L'EGLISE. — L1V. XV. 373 Le comte Candidier- fit de son côté tous les efforts possibles pour retarder la célébration, alléguant la volonté de l'Empereur, qu'il faisait parler à sa fantaisie. Les pères, rassemblés suivant leur premier arrêté, demandèrent à voir la commission, et on leur en refusa communication. Mais ils parlèrent si haut, et interprétèrent si désavantageusement le mystère qu'on leur faisait d’un ordre adressé à eux-mêmes, que le comte se vit forcé de le produire. Rien n'était plus religieux que ce que Théodose y marquait. Il enjoignait à Candidien d'assister au concile, précisément pour le favoriser et pour y empêcher le tumulte; avec défense très-expresse de s’immiscer en aucune façon dans les délibérations des pères; cela n'étant pas permis, disait l'Empereur, à un homme qui n’est pas du nombre des évêques. Du reste, il ne parlait point. de délai, et ne dérogeait nulle part aux lettres de convocation qui fixaient le jour de l'ouverture. On vit dès-lors à quoi il fallait s'attendre de Ja part de Candidien. Mais les prélats s'armèrent d’une magnanimité vraiment épiscopale, et n’en furent que plus ardens à proscrire les nouveautés impies.
Le comte s'étant retiré mécontent, les évêques commencèrent la célébration du saint concile. Sur un trône érigé au milieu de l'église, à l'endroit où était le siége ordinaire de l'évêque, on plaça l'Evangile, pour représenter l'assistance de Jésus-Christ, qui a promis de se trouver au milieu des pasteurs assemblés en son nom : spectacle saint et imposant, dont le concile d'Ephèse a donné le modèle à tous les conciles postérieurs. Les évêques étaient assis aux deux côtés, suivant la dignité de leur rang. Il paraît qu’à cette première session où fut condamné Nestorius, le nombre des pères montait à près de deux cents, puisque cent quatre-vingt-dix-huit souscrivirent sa déposition, comme présens. Après. la session, il en arriva quelques-uns qui souscrivirent encore. S. Cyrille occupait la première place, comme présidant au concile de la part du souverain pontife. C'est au moins la raison qu’en rendent les actes, quoique ce premier rang convint d'ailleurs à la dignité du siége d'Alexandrie, puisque ce patriarche avait le pas sur les autres, et que les légats du saint Siége n'étaient pas encore arrivés. Après S. Cyrille, étaient placés Juvénal de Jérusalem et Théodote d’Ancyre, orateurs ou avocats du concile ; ensuite les autres Pères, selon la dignité de leurs siéges. Quand tous furent assis, Pierre, prêtre d'Alexandrie et premier des notaires, proposa l'accusation de l'hérésiarque en ces termes ‘ : « Nestorius, peu après son élection, a troublé la paix de
U Tom. 3 Conc. p. 421 et seq,
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