LIVRE SEIZIÈME
DBPUIS LE COMMENCEMENT DU PONTIFICAT DE S. LÉON EN 440, JUSQU'A SA MORT EN 461.
A la veille des combats nouveaux que "Eglise avait à soutenir, la Providence prépara de généreux athiètes dans les siéges de l'Orient, où la religion devait être attaquée avec le plus de violence. Jean d'Antioche mourut peu de temps après que le saint et docte Léon eut été élevé sur la chaire de S. Pierre. Ce patriarche eut pour successeur son neveu Domnus, formé à la pureté de la foi et des mœurs, dans les monastères et de la main de S. Euthymius. L'ardeur de son zèle l'avait porté à aller trouver son oncle, sitôt qu'il avait appris son aveugle et périlleux attachement pour Nestorius, afin de le ramener plus vite au chemin sûr tracé par le chef et le corps de l’épiscopat. Alors, pour retenir le zèle prématuré de Domnus, son saint.abbé lui prédit ', mais inutilement, que Dieu, qui voyait la droiture du patriarche Jean, ne permettrait point que son égarement fût sans retour. Il ajouta que, si Domnus quittait sa solitude, on l’élèverait aux dignités ecclésiastiques que sa tendre piété craignait; qu'il y avait même des raisons toutes particulières pour lui de les craindre; qu'après avoir été placé sur la chaire d’Antioche, il en serait chassé avec beaucoup de trouble et de péril. On verra dans la suite les événemens vérifier à la lettre toutes les circonstances de cette prédiction.
S: Cyrille survécut environ deux ans à Jean d’Antioche. Dans cet intervalle, il écrivit à Domnus, successeur de Jean, en faveur de deux évêques orientaux, Athanase et Pierre, deux lettres devenues très-fameuses: la première pour avoir été lue avec de grands témoignages de respect, après la mort de l’auteur, au concile œcuménique de Chalcédoine; la seconde, à raison des maximes même qu'elle contient, et qu’on regarde encore aujourd’hui comme trèsimportantes par rapport au droit canonique”. L’évêque Pierre avait sollicité la recommandation du savant patriarche d'Alexandrie, en se plaignant de ce que, sur la simple accusation d'avoir abusé des revenus de son église, il avait été condamné sans être
# Analect. Gr. p. 31. —? Lib. xx, €. 2.
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4:18 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 4431 entendu. S. Cyrille, dans sa réponse, soutint qu'un évêque ne devait point compte de ses revenus, et que tous les évêques du monde s'élèveraient contre l'assertion contraire, parce que, bien qu'ils dussent conserver à l'Eglise ses immeubles et ses meubles
précieux, on laissait à leur prudence la libre administration de :
tout le reste.
Quelques personnes éclairées, ayant visité les moines du mont Célamon , rapportèrent au saint patriarche que plusieurs contemplatifs, égarés par les chimères d'une imagination échauffée, donnaient des corps aux objets les plus intellectuels, et attribuaient une forme humaine à la Divinité; qu'ils avaient imaginé pareillement que la sainte Eucharistie perdait sa vertu quand elle était gardée d'un jour à l'autre, et qu'elle ne servait pour la sanctification qu'autant qu'on en faisait usage sans retard. Le saint docteur tâcha de dissiper leurs illusions dans un livre qu'il fit contre ces anthropomorphites, et où il les traita plutôt en visionnaires qu'en sectaires obstinés. ,
Cet ouvrage n'est pas moins propre à confondre les sacramentaires, que Cyrille combat plus fortement encore dans son homélie sur la science mystique, où il n’avait toutefois en vue que les Nestoriens. « Quelle est, leur demandait-il', la pâture des troupeaux de l'Eglise, et quel est leur breuvage? Si c’est le corps d’un Dieu, Jésus-Christ est donc vrai Dieu et non pas un pur homme. Si c'est le sang d’un Dieu, le Fils de Dieu n'est donc pas seulement Dieu, mais Verbe incarné. Que si cette nourriture et ce breuvage sont la chair et le sang de celui qui n'est que fils de Marie, et par conséquent un pur homme, comment enseigne-t-on que cet aliment confère la vie éternelle ? Comment est-il distribué en cent lieux divers, sans être moins abondant nulle part? » Reprenant la même doctrine dans son commentaire sur S. Jean, il dit que, par la réception de la sainte Eucharistie, la chair de Jésus- Christ et la nôtre sont unies, comme des morceaux de cire fondus ensemble, afin que par là nous soyons unis à sa personne divine qui a pris chair, et que la personne du Verbe nous unisse au Père auquel il est consubstantiel. C’est ainsi que ce docteur profond et solidementthéologien faisait apercevoir Fétroite connexion de nos
principaux mystères entre eux.
Outre les ouvrages dont nous venons de parler, nous avons encore de S. Cyrille différens dialogues sur des points de religion, des commentaires sur le Pentateuque, sur Isaïe, sur les douze petits prophètes, sur S. Jean, et beaucoup d’épîtres et d’homélies;
# Tom. v Conc. part. 2, p. 378.
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(An 4441 DE L'ÉGLISE. — LIV, XVI. 419 sans compter les instructions pascales que les évèques d'Alexandrie faisaient à titre d'office, depuis qu'ils avaient été chargés par le concile de Nicée d'annoncer aux autres églises *e jour où la pàque se devait célébrer. Partout on trouve une doctrine pure, un éloignement infini de toute nouveauté, beaucoup de solidité et de profondeur, une sagacité et une habileté infinies pour démasquer et confondre les hérétiques. L'orateur paraît même en plusieurs endroits, surtout dans les homélies, qui eurent, dit-on, tant de vogue que les évêques de la Grèce les apprenaient par cœur pour les prêcher dans leurs églises : paradoxe assez difficile à concilier, pour ce qui est de la partie littéraire, avec la culture et le goût de cette nation; puisqu'on ne saurait se dispenser de convenir que le style de S. Cyrille est souvent sans élégance, sans facilité, quelquefois entortillé et fort obscur.
Après la mort de ce Père, on lui donna pour successeur Dioscore son archidiacre, disciple bien différent d’un tel maître, mais assez habile pour avoir constamment trompé des regards si pénétrans, et pour s'être fait la réputation d’un saint, avec les sourdes manœuvres et toutes les inclinations d’un scélérat.
Proclus de Constantinople mourut trois ans après S. Cyrille, et fut remplacé par Flavien, prêtre et trésorier de la même. église: homme d'une doctrine et d’une vertu éprouvée, que nous verrons bientôt défendre la foi jusqu’à l'exil et au martyre, :
Quelques années auparavant, Proclus avait donné un pasteur à l'église métropolitaine de Césarée, d'une façon bien extraordinaire, et qu'une inspiration divine put seule justifier". Firmus étant mort sur ce siége, les citoyens vinrent demander un évêque au patriarche de Constantinople. Comme il examinait dans l'église sur qui il pourrait sagement faire tomber son choix, il vit entrer, au milieu de plusieurs autres personnes, le sénateur Thalassius, qui avait une grande réputation de probité et de piété. Décidé surle-champ, Proclus mit les mains sur lui, et le déclara évêque de Césarée, malgré toute sa résistance. Comme Thalassius avait été préfet du prétoire de l'Illyrie, et qu'on le destinait à la préfecture de tout l'Orient, l'Empereur trouva d’abord très-mauvais qu'on eût ainsi disposé d'un ministre qui lui était nécessaire, Mais, pardonnant bientôt un manquement qui ne provensi* ue d'une estime autorisée par la sienne, Théodose préféra l’irtérêt de l'Eglise à ses premières vues, que tant d’autres courtisans ambitionnaient de remplir, et confirma l'élection de Thalassius. Quoique cet évêque ait fait par la suite, au conciliabule d’Ephèse , une de ces fausses
1 Analect. Græc. c. ult.
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420 . MISTOIRE GÉNÉRALE (An 444] démarches qui sont assez ordinaires à ceux qui passent précipitamment du siècle à l'épiscopat, il édifia constimment son église, et se déclara généreusement pour la foi orthodoxe, après quelques traits passagers de faiblesse ou de surprise.
Mais c'était principalement le pape Léon que le Seigneur avait placé comme une colonne de fer sur la pierre fondamentale de son Eglise, pour en être le soutien inébranlable dans le nouvel orage qui la menaçait. À peine fut-il monté sur la chaire de S. Pierre, que tout le monde vit briller en lui les qualités supérieures qui lui ont mérité le surnom de Grand. Avant son élévation, il avait montré le zèle le plus pur pour les intérêts de l'Eglise, démasquant les hérétiques, tenant les premiers pasteurs en garde contre les artifices de l’hérésie, engageant les écrivains célèbres, jusque dans les provinces éloignées, à se servir contre elle de leurs talens et de la célébrité de leur nom. C'est à ses exhortations qu'on doit, comme on l'a vu, l'ouvrage de l'abbé Cassien contre Nestorius. Ses travaux et sa vigilance furent sans bornes quand il se vit chef de l'Eglise. Dans tous les coins de l'Italie, dans la Campanie, dans la Toscane, dans la Marche d'Ancône, dans la Sicile et dans l'Afrique, aussi bien que dans le reste de l'Occident, en Egypte, et jusque dans les déserts de la Mauritanie, partout ses lettres et ses décrétales répandirent la lumière en abondance.
L'on vit, par ses doctes instructions et ses exhortations aniimées, le sacerdoce reprendre tout son lustre et toute sa dignité dans toutes les provinces de l'Italie ; les gens de condition servile exclus du saint ministère, et les bigames repoussés plus exactement que jamais, ainsi que les personnes engagées en des négoces illicités ou simplement en des affaires incompatibles avec le recueillement et l'assiduité qu’exige le service de l'Eglise. De là cette pureté de discipline s'étendit de toute part. Les troubles qui désolaient les contrées les plus sauvages de la Mauritanie ne parurent pas à Léon un prétexte suffisant pour en rien relâcner; il veut qu'on la fasse observer aux prêtres et aux diacres, aussi bien qu'aux évêques ‘. Quant à l'article de la bigamie, il exclut des ordres sacrés ceux qui ont épousé une seule veuve, comme ceux qui ont été mariés deux fois. Dans l’invasion des Barbares, il y avait eu des religieuses déshonorées : le sage pontife les déclare innocentes de ce qui n'était que l'effet de la contrainte, en mettant néanmoins quelque différence entre celles-ci et celles qui n'ont pas essuyé ces insultes; le corps est rarement souillé, dit-il, sans que la pureté de l'âme en reçoive quelque atteinte.
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