‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 43 sur 77 · EJ · texte numérisé non relu

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Dans la Gaule Narbonnaise, il y avait de faux évêques qui n'avaient pour eux ni le choix du clergé ni l'assentiment du peuple, et dont la consécration, quoique valide, n’était pas licite. La célèbre décrétale donnée en réponse à S, Rustique de Narbonne déclare que les ordinations faites par ces sortes d'évêques seront reputées nulles, c'est-à-dire de nul effet quant au droit d'en exercer les fonctions; puisqu'il est dit au même endroit qu'elles seront tenues pour bonnes, dans le cas où elles auront été faites avec l'approbation des supérieurs légitimes, où, comme on s'exprime aujourd'hui, si elles sont couvertes d'un titre coloré *. Léon décide encore, dans cette décrétale, que la continence parfaite est d'obligation pour tous les ministres de l'autel, y compris les sous-diacres; que ceux qui ont été mariés avant qu'on les élevât à ces ordres, doivent, non pas pour cela éloigner leurs femmes, mais vivre avec elles comme avec leurs sœurs; que les filles qui se sont engagées librement à garder la virginité, quoiqu'elles n'aient pas encore reçu la consécration, ne laissent pas que de se rendre coupables en se mariant, mais d'un moindre crime que si elles avaient été consacrées. Nous apprenons ici que les réglemens qui défendaient de donner le voile aux filles avant l’âge de quarante ans, n'empèchaient pas qu’elles ne s’engageassent plus jeunes à garder la virginité, méme dans un monastère,

Le savant pontife enseigne encore qu'il ne faut jamais abandonner les pécheurs ; qu'on doit accorder la pénitence à tous ceux qui la demandent avec les dispositions convenables, en quelque temps que ce soit, quand même, après l'avoir une fois demandée, ils l’auraient méprisée. S'il ajoute qu'il faut laisser au jugement de Dieu ceux qui reçoivent la pénitence à l'extrémité, et qui meurent avant d’être parvenus à la réconciliation; c'est précisément par respect pour une pieuse sévérité qui contribuait beaucoup à la conservation des mœurs, et parce qu’il n'est pas convenable, comme porte le texte en termes formels, de communiquer après la mort avec les personnes exclues de la communion pendant leur vie.

Dioscore ne se vit pas plus tôt élevé sur la chaire d'Alexandrie, qu'il fit part de son élection au souverain pontife. Léon répondit comme un père qui tempère son autorité par une condescendance et une cordialité fraternelles. C'est ainsi qu'il s'exprime lui-même dès le commencement de sa lettre. Il ajoute que, n'ayant tous deux qu’un cœur et qu'une âme, comme il convient à des frères, ils ne doivent avoir non plus qu’une façon d'agir et de penser ;

1 Epist 92. — 1? Ibid. 81.

qu'il ne lui paraît pas supportable qu'autres soient les observances du maître, autres celles du disciple, Il s'agissait des ordinations qu'on s'était insensiblement accoutumé à faire dans l'église d'Alexandrie tous les jours de la semaine sans distinction, et sans s'y préparer par le jeûne. Le pape juge qu'on ne doit les faire que la nuit du dimanche, c'est-à-dire le samedi, après tous les préparatifs requis pour une œuvre aussi importante que de donner des ministres à l'Eglise : tel étant l'usage de Rome, si respectable par sa conformité avec l'institution apostolique. « On ne peut d'ailleurs, poursuit le pontife, présumer que, cet üsage ayant été reçu du prince des Apôtres, Marc son disciple en ait établi un autre en fondant la chaire d'Alexandrie. »

Il veut aussi qu'aux jours de solennité, le peuple venant à l'église en trop grand nombre pour assister tout à la fois à la célébration des saints mystères, on ne fasse pas difficulté de réitérer le sacrifice : ce qui nous apprend qu'alors l'usage était encore de ne célébrer qu’en un seul endroit. Mais l'esprit de l'Eglise fut toujours de lever les obstacles qui éloignaient les fidèles de la participation des choses saintes : et quand, avec la paix et le temps, les ministres et les autres moyens se sont multipliés, elle a fait réitérer la célébration du saint sacrifice, de manière à ôter tout prétexte à la négligence qui empêche d'y assister.

C'est fort gratuitement que certains auteurs présentent ces décrétales comme ayant toutes été faites en concile. Il est bien vrai que les papes, pour-procéder plus mûrement dans les choses épineuses, convoquaient ordinairement des conciles; mais quand il ne s'agissait que d'avertir quelques prélats sur l'inobservation de canons déjà reçus, on ne voit pas qu'il fût nécessaire de tenir ces assemblées, ni que la discipline l'exigeât. C'est une affectation déplacée d'opposer perpétuellement cette ancienne discipline à celle d'aujourd'hui. Si les papes n’assemblent plus si souvent des conciles, ignore-t-on les difficultés plus grandes de jour en jour qui les en empêchent ? Ne les voit-on pas s’efforcer d'y suppléer par les congrégations et les consistoires, par tous les moyens propres à en tenir lieu, au moins quant à l'avantage qu'ils procurent d'agir avec conseil et maturité ?

Rien n'échappant à la vigilance de Léon dans la multiplicité des devoirs de sa charge, il découvrit à Rome des Manichéens qui prenaient le plus grand soin de s’y tenir cachés. « Ils étaient venus d'Afrique, la sentine de tous les vices, dit Salvien, ainsi que la retraite de tous les monstres, quand les Vandales se rendirent éga-

: lement redoutables à cette province par leur férocité et par l’hor-

reur qu'ils avaient de ses impuretés, » Le zélé pontife voulut con-

HISTOIRE GÉNÉRALE [Au 444)

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(An 444] DE L'ÉGLISE, — LIV, XVI, 42à fondre publiquement ces hérétiques des infamies exécrables dont on les accusait , afin d'en imprimer à tout le monde le mépris et l'aversion convenables, Ontrouvamoyende tirer d'eux l'aveude plusieurs points de leurs dogmes pis 4 , et des honteuses cérémonies de leurs mystères, Une jeune fille qui n'avait pas plus de dix ans , deux femmes qui l'avaient instruite au crime, son corrupteur même , et l'évêque manichéen qui avait présidé à l'infamie, confessèrent unaniment, quoique séparément, des choses si détestables, que les assistans frémissaient d'horreur. On usa contre ces pernicieux sectaires d'une vigilance et d'une rigueur proportionnées aux désordres qu'ils introduisaient dans la société.

Les observances même des Manichéens servaient à les faire connaitre. Ils jeûnaient le dimanche; et par un culte idolâtrique envers le soleil, ils se tournaient vers l'orient, à son lever, pour faire leur prière. Jusque là, en bâtissant les églises, on en avait toujours placé le chœur à lorient; mais ce nouvel abus fit déroger à l'ancienne coutume, et depuis ce temps-là on bâtit indifféremment les églises sous toutes les expositions. On reconnaissait encore ces hérétiques à l'usage de l'eucharistie, qu'ils ne prenaient jamais sous l'espèce du vin : ce qui prouve que dès-lors la communion sous les deux espèces n'était pas regardée comme indispensablement nécessaire, puisque les Manichéens ne laissaient pas que de passer extérieurement pour catholiques, en ne recevant à Ja communion que le pain consacré.

Pour porter le dernier coup à l'itiprété, après qu'on en eut si bien dévoilé toutes les horreurs, l'empereur Valentinien donna un rescrit qui déclarait ces sectaires infâmes et incapables de contracter en aucune manière dans la société civile : sévérité salutaire à ceux même qui en furent Îles objets, et dont plusieurs se convertirent, mais plus utile encore à l'Italie, que les obstinés abandonnèrent et délivrèrent ainsi de tous les périls de la contagion. Toutefois l'Espagne, dans quelques-unes de ses provinces les plus septentrionales, se trouva peu après infectée d’une hérésie toute semblable, c'est-à-dire d'un levain de priscillianisme, qu'on avait cru totalement étouffé, et qui, après avoir fermenté dans les ténèbres, se reproduisit hardiment à la faveur des troubles et de la négligence qu'occasionna l'invasion des Barbares. Turibius, évêque d’Astorge en Galice, en écrivit au pape Léon, le priant de tout peser, de tout examiner, et de condamner ce qu'il trouverait contraire à la foi, avec ceux de ses frères que son zèle et sa prudence voudraient s'associer. Le pape répondit avec la distinction qui était due aux vertus éminentes d’un évêque compté

424 HISTOIRE GÉNERALE {An 444] depuis au nombre des saints. Il rappela d'abord le souvenir des

traitemens cruels exercés contre les premiers Priscillianistes par l'évêque Ithace, qui les avait poursuivis autrefois jusqu'à l'effusion du sang : « ce que l'Eglise désapprouve tellement, dit:il, qu'elle a mis ce sanguinaire prélat au nombre des sectaires. Ce: pendant, ajoute-t-il, elle ne laisse pas que d'être aidée par les lois séculières contre ces ennemis de toute puissance; et la crainte des peines corporelles en a fait recourir plusieurs avec fruit aux remèdes spirituels. Mais depuis que les calamités publiques ont empêché tant l'exécution des lois que la célébration des conciles, l'erreur cachée et fortifiée dans les ténèbres a corrompu quelques pasteurs après les brebis. » Il conclut en ordonnant qu'on tint un concile, le plus nombreux qu'il se pourrait; mais, la Galice obéissant aux Suèves , et les autres provinces aux Goths, il n'y eut pas moyen de rassembler en un même lieu les évêques de ces doininotions si différentes.et si jalouses. |

On s’assembla dans les deux états, et l'on dressa une profession de foi circonstanciée, dont on exigea la souscription : que'ques sectaires signèrent tout ce qu'on voulut. Aussitôt même que les lettres du pape étaient arrivées en Espagne, ils s'étaient soumis à ses décisions. Ce respect empressé n'était qu'apparent; il fallut les recherches les plus exactes et la plus constante vigilance, pour arrêter les progrès du mal.

En Illyrie, Anastase, évêque de Thessalonique, voulut être confirmé comme ses prédécesseurs, dans l'autorité de vicaire du saint Siége. Le pontife, en souscrivant à sa demande, lui recommanda instamment le choix des évêques. « Qu’aucun d’eux, lui dit-il, ne soit institué sans votre approbation, après laquelle les métropolitains les ordonneront, et vous ordonnerez vous-même les métropolitains, qu’il faut examiner avec encore plus d’attention que les prélats ordinaires, comme étant préposés sur eux, et d'une importance très-grande pour l'Eglise de Dieu. Comme rien n'est si avantageux que les conciles, que personne n’y manque de ceux qui auront été invités, Vous nous renverrez, suivant l'usage, et les appellations, et les causés majeures qui ne pourront se terminer sur les lieux. »

Léon se vit bientôt après engagé dans la nécessité de faire de la peine à un saint. On lui manda l’entreprise de S. Hilaire d'Arles sur ses collègues. Cet évêque, qui ne respirait que la vertu, avait la plus haute idée des prérogatives de son siége. Il est vrai que, depuis les concessions faites à Patrocle par le rape Zozime, l'évêque d'Arles était regardé comme le premier métropolitain des

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[An 444] DE L'ÉGLISE. — LIV. XVI. 425 provinces circonvoisines, sans le consentement duquel l’ordination d’un autre métropolitain était censée illégitime ‘. Soit pour ce motif, soit à raison de la splendeur et des priviléges de la ville d'Arles, qu'on appelait la Rome des Gavies. soit à cause de l'antiquité de son église, fondée par S. Trophime, Hilaire s’attribuait tous les droits de primatie, au moins celui: d’ordonner et de déposer les évêques hors de sa province sans le consentement de leurs propres métropolitains. Il avait fait le premier essai de cette autorité dans un concile de Riez, où il présida et déposa Armentaire, évêque d'Embrun, ordonné par deux évêques seulement, tandis que les canons en exigeaient trois. Il paraît cependant que cette église d'Embrun n'était pas encore métropolitaine. Dans un concile d'Arles tenu peu d'années après, et où se trouva l'évêque de Lyon, Hilaire fit reconnaître que les conciles des Gaules ne devaient s'assembler que suivant la volonté de l’évêque d'Arles. La raison qui parut péremptoire, toute faible qu’elle est , c'est que, sous le règne de Constantin, les évêques de toutes les parties du monde s'étaient rassemblés pour le grand concile d'Arles, à la voix de Marin, évèque de ce siége.

Il tint, l'an 441 , au territoire d'Orange un concile, où nous ne voyons pas qu'il soit allé au-delà de ses droits. Nour y remarquon: au contraire plusieurs points d’une discipline sage et très-propre à maintenir le bon ordre dans les églises. Entre les trente canons qu'on y fit, le troisième porte, que les pécheurs qui meurent dans l'état de la pénitence ne recevront pas l'imposition réconciliatoire des mains, c’est-à-dire, la réconciliation solennelle, mais seulement la communion ou l’absolution stcramentelle, qui'suffit, dit le concile, pour la consolation des mourans, selon les définitions des Pères, par qui cette communion est nommée viatique. On faisait allusion au troisième canon de Nicée, où il est défendu de refuser le viatique aux mourans bien disposés, c’est-à-dire, dans le sens de cet ancien concile comme dans le sèns moderne, la participation de l’Eucharistie. Ainsi il paraît qu'avec cette absolution sacramentelle, on administrait l'Eucharistie aux pénitens qui setrouvaient en péril de mort. Le douzième canon d'Orange dit que celui qui perd subitement l'usage de la parole peut recevoir le baptème ou l’absolution, s’il témoigne par quelque signe, ou si l'on atteste, qu’il l’a souhaité. On trouve le commencement du droit de patronage dans le dixième canon, où il est réglé que, si un évêque bâtit une église dans le diocèse d’un autre, la dédicace et le gouvernement de cette église regarderont l’évêque du lieu,

1 Hilar. Vit.c 16 et 17.

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