‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 7 sur 77 · DE A · texte numérisé non relu

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Sur les objets purement spéculatifs ou qui n’ont qu’un rapport indirect avec les passions, sur la nature et les perfections de l’Etre suprême, dans quels écarts n’a pas donné toute la science du paganisme ? On rougira long-temps de ses fables et de ses réveries honteuses; cette prétendue science montrait des dieux grossiers et vicieux, la division dans leur famille, les emportemens et les injures dans leur commerce, les festins et les folles amours dans le ciel. Mais craignons d'insulter à l’esprit humain, en lui rappelant ses anciennes chimères.

La philosophie s’est enfin désabusée de ces extravagances. Que dis-je ? elle n’est sortie d’un précipice que pour se jeter dans un autre. Par quel horrible mélange n'a-t-elle pas défiguré les vérités mêmes qu elle conserve, et qu’elle doit à l’Evangile, tandis qu’elle le blasphème ?

En voici une légère portion. Un être indépendant, par conséquent nécessaire et parfait, à qui le vice et la vertu sont égaux , qui ne récompense ni ne punit, dont l'intelligence serait surchargée ou la majesté dégradée par la multiplicité ou la petitesse des objets. Si l'on substitue le hasard à cette divinité , qui ne vaut guère mieux ; le belordre du monde, le cours invariable des astres, l'enchaînement des saisons , la multiplication ou la reproduction presque infinie et si singulière des animaux et des plantes chacun dans son espèce, cette foule de phénomènes qui depuis si long-temps nous ravissent d’une admiration toujours nouvelle, tout enfin, selon ce ruineux système , ne sera plus que l’ouvrage du hasard, et le hasard, qui n’est rien, sera plus industrieux. pius habile que toutes les intelligences connues.

Rapprochons de ces égaremens les idées que la religion chrétienne nous donne de la grandeur de Dieu et de la puissance qui éclate dans ses œuvres, de son impénétrable sagesse, de son immensité, de son indépendance, de toutes ses perfections infinies. Malgré le joug sous lequel la foi captive notre entendement, toutes les connaissances de la philosophie, en comparaison des lumières du christianisme, ne sont que ténèbres ou de vains éclairs. Un enfant parmi nous, dès la première aurore de la raison; et à la naissance de l'Église un pêcheur de Galilée, un corroyeur de Tarse, une marchande Lydienne, sont mieux instruits que l’Aréopage touchant la nature du Dieu inconnu : ils parlent plus d'gnement des attributs divins, des propriétés de notre âme, des solides vertus, que le Portique et le Lycée, que Socrate et Platon. Le peu d'expressions vraiment sublimes et lumineuses , qui ont tant fait exalter la sagacité de ces philosophes, sont autant de richesses d'emprunt qu’on nesaurait méconnaîitre en relisant nos livres saints.

Que si notre religion ne lève pas toujours le voile, si la foi dans son essor laisse la philosophie étonnée au-dessous d’elle ; en un mot, si la foi surpasse la raison, elle ne la contredit jamais. Impétueuse dans ses tentatives, celle-ci est d’abord surprise de ce que la vue claire de la vérité lui échappe : mais, repliant ensuite ses réflexions sur elle-même, ne doit-elle pas se dire, ou qu’elle serait devenue ce qu'elle n’était pas, c’est-à-dire, d’une capacite infinie, ou que l’Eternel aurait cessé d’être infini comme il l’est nécessairement, si elle le comprenait ? Et nous connaissons-nous nous-mêmes, pour concevoir l’immensité de l’Auteur de toute chose ? Savons-nous ce que c’est que le principe de vie qui nous anime ; par quelle vertu ce qui n’est plus ou n’est pas encore, se présente à notre vue comme ce qui existe; par quel lien notre âme tient à notre corps, ou si elle n’y est point attachée, comment elle le meut à son gré; comment encore, si elle n’était que dans une de ses parties, elle pourrait les mouvoir toutes; et comment elle n’en aurait pas l'extension, si incompatible avec sa propre nature, si elle était répandue dans le corps entier ?

Il est des questions moins subtiles , et plus capables encore de nous confondre. C'est l'éternelle Sagesse qui nous les fait elle-même dans la personne de Job , et que des philosophes, autres que les disciples de cette suprême Sagesse, s'efforcent d'y répondre ! « Où étiez-vous, dit-elle , quand je dessinais l'édifice de l’univers ?

» Qui appliqua sur cette vaste masse la règle et le compas ? Sur queile base por-

» tent ses fondemens, et qui en a posé la première pierre ? Qui est-ce qui a cire » conscrit la mer dans de si justes bornes ? Quelle chaine, quel invisible frein » contient si impérieusement la oùgue de ses vagues écumantes? Quelle région » durant la nuit habite la lumière ? et quelle est, pendant le jour, la retraite des » ténèbres ? Dans quels magasins sont en réserve les neiges et les frimas! Par quel » canal se répand à propos la mesure de chaleur et d'humidité propre à dévelop- » per les germes de vie dans le sein du moins actif des élémens ? Comment cette » boue, sans variété de couleurs ni de saveurs, produit-elle des fleurs et des fruits » de toute espèce ? D’où les plantes, si richement diversifiées, perdant chaque » année leurs fruits , leur verdure, et presque leur vie, tirent-elles régulièrement » ces avantages pour l’année suivante ? » Qu'’ici la philosophie superbe, ancienne et moderne, donne ses solutions ; qu’elle dise quelque chose de plus satisfaisant que ce que Paul, simple artisan, en apprit aux sages les plus instruits de la Grèce, quand il leur montra la cause de toutes ces opérations étonnantes dans la seule volonté de l'Etre créateur, en qui nous et tous les autres êtres vivons, agissons , existons.

Mais si la philosophie ne peut satisfaire à ces questions naturelles, si tout ce qui est sous ses yeux et sous sa main renferme tant d'énigmes, sera-t-il encore étonnant qu’elle ne puisse percer les ténèbres sacrées dont le Dieu de gloire se plaît à s’envelopper? Rien n’imprime une si haute idée de sa grandeur que les mystères impénétrables à notre faible entendement. Je n'aurais plus tant de respect pour ma religion, si elle tombait tout entière sous mes sens, si elle prétendait soumettre toutes les perceptions à la mesure bornée de mon intelligence présente. Mais lorsque Dieu me révèle de lui-même une manière d'être élevée audessus de toutes mes conceptions, une nature sans égale, et trois personnes d’une égalité parfaite, lorsqu'on m'étonne par des prodiges de bonté et de sagesse sans modèles, un Dieu qui se fait homme pour réconcilier, pour allier les hommes avec Dieu, un Dieu qui s’anéantit, et qui ouvre un nouveau chemin à la gloire par les opprobres et l’anéantissement : alors je nr'écrie, que des merveilles qui ne trouvaient dans l’homme, ni couleurs pour les peindre, ni paroles pour les exprimer, ne sauraient être des inventions humaines.

Ces hautes vérités sont parfaitement liées l’une à l'autre. Qu’on observe le développement que l'Apôtre fait, dans ses Epiîtres, des mystères de l'Homme-Dieu, surtout en écrivant aux Romains, aux Galates et aux Hébreux : quel ordre, quel enchatnement adinirable toute âme droite n’y remarquera-t-elle point ? Les principes posés, tout se suit, tout s'explique de soi-même. Partout on aperçoit une justesse d’induction, un genre nécessaire de liaison, aussi visiblement divin que l’immensité de l’objet dont le fond échappe. Examinez tel point de notre foi qu’il vous plaira : si par exemple, le premier homme a péché; Dieu, libre dans ses œuvres, peut, après avoir exercé sa justice contre les anges rebelles, jeter sur lui un regard de miséricorde. Mais s’il veut, en signalant sa clémence, réparer, d’une manière pleine et en même temps la plus convenable, l'injure faite à sa majeste, il faut que le libérateur qu’il envoie réunisse dans sa seule personne, et la nature de l’homme pour punir l’auteur de l’injure, et la nature du maitre offensé, parce qu'étant sans égale, elle ne peut trouver qu’en elle seule une réparation proportionnée à l’offense : c'est-à-dire que le Messie doit être Dieu et homme tout ensemble; unir la nature divine et la nature humaine dans une personne d'une dignité izfnie. S'il était seulement Dieu, il n’aurait pu, ni mourir, ni souffrir, ni faire des œuvres expiatoires et pénibles. S'il n’était qu’un pur homme, quelque saint qu’on le supposât, toutes ses souffrances, tous ses travaux n’eussent eu qu’un prix borné, et par conséquent de nulle proportion avec la grandeur infinie outragée par le péché. Il fallait donc une telle union entre les deux natures, que les œuvres de l’homme pussent véritablement s’attribuer à un Dieu, et que la divinité, unie personnellement, mais sans confusion, avec l'humanité, conférât au grand œuyre de la rédemption sa valeur infinie. Le fond du mystère une fois présupposé, quel enchainement de raison ne trouve-t-on pas dans son développement et ses conséquences !

Non, aucun de nos dogmes les plus impénétrables ne combat la raison ; ils ne contredisent que nos sens et nos préjugés ; et combien d’autres vérités incontes-

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tables, dans la classe la plus ordinaire, les contrarient également! Le rapport des sens est si trompeur, que c’est une des premières maximes de la sagesse, de se tenir dans la défiance à leur égard. Prendrons-nous donc en eux une confiance aveugle, quand il sera question de ce qu'il y a de plus impénétrable, de l'unité d'essence, par“ :iple, de la trinité de subsistances ou de personnes dans l'Être divin? Mais üd£ :roviennent les difficultés qu'on trouve à croire ce profond mystère? De ce te nous voyons, dans les hommes, qu’une nature ne constitue qu’une personne, ct que plusieurs personnes font plusieurs natures distinctes. La difficulté vient donc de l'habitude ou du préjugé, et non du jugement ou des lumières de la raison. Pour les contredire, il faudrait affirmer et nier la même chose, assurer qu’il n’y a qu’une nature divine et qu’il y a plus d’une nature divine, qu’il n’y a qu’un Dieu et qu’il y a trois Dieux. Or la foi même nous fait rejcter cette absurdité impie : elle enseigne qu’il n’est qu’une nature en Dieu, et qu’il y a cependant trois personnes. Qui nous induit donc à confondre les termes de personne et de nature? c’est l’imagination seule, et non pas l’intelligence. Mais pour peu qu'on ait de circonspection, ne doit-on pas se tenir perpétuellement en garde contre l'imagination, ou contre le rapport des sens qui n’en diffère point ? M'en rapporté-je à mes yeux ou à mes sensations, quand elles me disent que le soleil n’a qu’un pied de diamètre, que les couleurs sont quelque chose de surajouté aux corps et à la disposition des parties de leur surface ? La raison, d’un autre côté, ne me dit-elle pas que les propriétés des êtres sont analogues à leur nature? Elles sont donc nécessaires dans l’Être nécessaire; parfaites dans l’Être souverainement parfait ; infinies, incompréhensibles, dans l'Être à qui l'immensité n’est pas moins essentielle que ses autres attributs, C’est donc une prétention insensée, que de vouloir les comprendre : ce serait un travers, que d'entreprendre de les expliquer.

On ne veut pas croire le mystère de la Trinité, parce qu’on ne le comprend pas : et c’est parce qu’on ne conçoit pas dans toute leur étendue les termes de nature et de personne qui l’énoncent, qu’on répugne sans raison à le croire, quoiqu'on n’y puisse certainement point trouver de contradiction. Nous savons et nous soutenons, contre l’impiété de Sabellius, comme nous l'avons fuit remarquer dans l’histoire de sa condamnation, que les dénominations des personnes divines ne sont pas des sons vains et dépourvus de sens, ou qui signifient des propriétés convenables à une même personne aussi bien qu’à une même nature. Quoique nous n’ayons pas des idées de tout ce que signifient ces termes, nous en avons de suffisantes pour n'en pas faire cet usage, aussi impie qu’abusif. Mais il faudrait avoir ces idées complètes, si l’on peut s'exprimer de la sorte; il faudrait savoir à fond ce que c’est que nature et personne, pour décider par les lumières de la raison, s’il se peut, ou s’il ne se peut pas, qu’il y ait plusieurs natures dans une seule personne, ou plusieurs personnes dans une seule nature. Jusqu’à ce que nous soyons en état de faire une analyse exacte de ces idées profondes, et d'en saisir tous les rap cts, nos jugemens naturels, portant sur de simples conjectures, ne seront «des présomptions hasardées et fort sujettes à erreur. Est-ce là le cas de crier contradiction, où même à la pesanteur excessive du joug de la foi ? On pour donc rejeter les témoignages, même du plus grand poids, sur tout ce qu'on : pénétrerait point. Par conséquent, moins on aurait de science et de pénétration, plus on acquerrait le droit de ne point s’en rapporter aux personnes mieux instruites et plus éclairées. Peut-il être une conclusion plus déraisonnable ? et dès-lors fut-il jamais principe plus fautif que celui d’où elle sort si natuiellement ?

On ne donne point en de pareils écarts, par rapport aux choses humaines. Combien de faits extraordinaires ne croit-on pas sans difficulté, quoiqu'ils semblent contredire tout ce qu'on a vu, et qu’ils choquent tous les préjugés ? Tant d'exploits des héros de la Grèce et de Rome sont de vrais prodiges, par rapport à l'ordre commun des événemens : on n'en doute pas néanmoins, parce qu'ils sont appuyés sur des témoignages irréfragables. Il est même de principe, qu’on n'élève point de contestation sur la possibilité des choses de fait, quand elles sont suffisamment attestées. Pour ce qui est de la nature, combien d'impossibilités prétendues, en physique, que des expériences plus modernes ont fait disparaitre! Ces

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objets sont toutefois du ressort de nos facultés naturelles ; ils sont incomparablement plus à leur portée, que les objets sublimes de la révélation : on rejette ceux-ci, on admet ceux-là ; quelle que soit la cause de cette conduite inégale, elle doit nous étre d'autant plus suspecte, que tout l’avantage est du côté de nos mystères. Car, tant qu’on n'aura point prouvé de contradiction manifeste en cette matière, on n’aura rien du tout prouvé; et l'on doit avoir au moins pressenti, après ce que nous venons de dire, qu’on n’a pas les notions suffisantes pour démontrer une pareille contradietion, quand par impossible elle existerait.

Ce n’est donc rien faire, que d'élever des difficultes, de donner lieu à des doutes ou à des soupçons : c’est pourtant ce que les incrédules ont fait de plus fort. Les uns en sont convenus avec franchise et en termes exprès; les autres ont fait et font encore tous les jours le même aveu, d’une manière équivalente, en regardant les miracles de Jésus-Christ, supposé leur vérité, comme une preuve sans réplique de la divinité du christianisme. La résurrection de Lazare eût converti Spinosa même, à ce qu’il assure, s’il en avait été témoin : c'est-à-dire, que la vue de ce miracle l’aurait convaincu que ce qu’il présumait être contraire à la raison n’y était pas réellement contraire, et par conséquent qu'il n’y avait dans nos mystères que des contradictions présumées ou apparentes.

Mais qu’avons-nous besoin de pareils témoignages ? Tant de Pères de l’Eglise et de saints docteurs, génies vastes, sublimes, et non moins doués de pénétration et de discernement que de chaleur et d'éloquence, comme tout lecteur équitable en conviendra d’après ce qu’il a vu des SS. Cyprien, Basile, Grégoire de Nazianze, Ambroise, Chrysostôme, Jérôme, Augustin, et, en remontant plus haut, d'Aristide, d’Arnobe, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de Lactance : tous ces hommes, d’une étude et d’une profondeur immenses, d’un esprit si solide et si juste, tant de vrais philosophes, n’auraient-ils point aperçu les contradictions, s’il s'en trouvait dans nos dogmes ? Vous en avez vu plusieurs, dans les premiers

siècles, éprouver une peine extrême à se soumettre au joug de la foi. Ils étaient nés dans le paganisme, et par conséquent dans l’incrédulité; et le préjugé de l'éducation ne leur avait point aplani la carrière. « Nous avons été de votre religion, disait encore Tertullien aux Gentils du troisième siècle : nous ne sommes pas nés chrétiens ; il nous a fallu le devenir. » Mais ces cœurs droits et vertueux, ces esprits véritablement forts et capables d’attachement pour la vérité, concevaient que les présomptions et les apparences ne lui ôtent rien de sa réalité. Sans tenter de pénétrer des objets impénétrables, il leur suffisait que l'existence en fût soïdement établie : l'obscurité même du fond de nos mystères leur persuadait qu’ils n’étaient pas de l’invention des hommes, c’est-à-dire, des premiers prédicateurs de l'Evangile. Non, elle n’entrait point dans ces esprits justes et con-

‘séquens, cette supposition chimérique, que des imposteurs, assez habiles pour avoir ménagé dans les opinions et les mœurs la plus étonnante des révolutions, auraient eux-mêmes posé pour base d'une religion qu'ils voulaient rendre universelle, l’aveugle docilité, qui en est le plus pénible sacrifice. Mais ils reconnaissaient, qu’autant elle est inaccessible à la raison quant à l’objet de la croyance, autant elle lui est conforme quant aux motifs de croire, et même quant à son élévation au-dessus de notre faible intelligence.

Oui, sans doute, il est très-raisonnable que nous ne puissions concevoir, ni les perfections infinies de l’Être suprême, ni sa manière d’être infiniment parfaite, infiniment supérieure à la nôtre. Il est de la raison, que nous suspendions nos jugemens, ou plutôt que nous surmontions notre aveugle répugnance, dans ce qui ne nous parait difficile que parce que les notions nous manquent ; parce que la sphère de notre esprit a des bornes que la vérité incréée peut seule étendre, et qu’une révélation plus circonstanciée eût en effet étendues, jusqu’à faire evanouir toutes nos difficultés. 11 est raisonnable que Dieu nous ait proposé des mystères, afin d’humilier notre entendement superbe, comme ñ nous a imposé des lois pour soumettre nos penchans déréglés : il fallait dompter toutes les facultes de notre âme, puisque toutes avaient secoué le joug sacré de l’obéissance. Dans la loi de nature, dont le Législateur éternel se contentait avant l'Évangile, ces mystères sublimes, qui sont l’objet de notre foi, étaient ignorés de presque

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tous les hommes : mais dans quels écarts déplorables ne donna-t-on point alors! Vous l’avez reconnu, en gémissant sur le délire presque universel du monde idolâtre, sur la fureur des nations les plus éclairées, qui se montrèrent les plus altérées du sang des martyrs. Ainsi, tout obscurs que paraissent nos dogmes, ce sont de vraies sources de lumière, au moins de puissans préservatifs contre les ténèbres de l'erreur, qu’ils préviennent en fixant la légèreté et la dangereuse curiosité de l'esprit humain.

On réunit dans des symboles les points capitaux de notre croyance, afin de fixer notre instabilité naturelle; on nous avertit et l'on nous fait sentir, à l'exemple des Apôtres, des Pères et des premiers conciles, que nous tenterions sans succes et avec les plus grands dangers, de pénétrer au-delà de ce qui nous fut enseigné d'abord ; que la seule innovation des termes, faite arbitrairement en cette matière, est déjà une profanation ; que la différence du docteur au simple fidèle n’est rien, par rapport à ces objets sublimes; et que le plus savant, le plus digne d’être écouté, est celui qui s’en tient le plus religieusement au pied de la lettre. C’est ainsi que vous avez déjà vu durant quatre siècles, et que vous verrez dans tous les siècles suivans, les saints dépôts de l’Ecriture et de la tradition se transmettre, tels qu'ils ont été reçus, sans addition, sans suppression, sans aucune altération, et la doctrine du salut demeurer invariablement la même dans le cours orageux des temps.

Revenons cependant sur un sacrifice d’aussi grand interêt que celui de nos lumières ou nos lueurs naturelles, et voyons si les procédés de ceux qui le trouvent contraire à la raison, sont en effet les plus raisonnables. Mais pour combattre la seule merveille de l'établissement de l'Eglise, combien de paradoxes, combien d’absurdités révoltantes n'’est-on pas contraint d’adopter! Il faut d’abord nie. les faits extraordinaires consignés dans toutes les histoires, parce qu’il n’en est aucune dont l'authenticité soit aussi bien établie que celle des écrits évangéliques. Il faut croire aveuglement, sur l’allégation de quelques esprits dépravés par l’orgueil ou par des passions plus honteuses, que tous les Prophètes n’ont prétendu lire dans l’avenir qu’en faveur d'une faction sacrilége ; que le plus saint des enfans qui eussent été engendres par les hommes, que Jean, pris pour le Messie à cause de sa sainteté, n’a refuse ce titre incomparable que pour déférer les honneurs divins à un séducteur ; que les Apôtres, sans excepter Paul, qui fut d’abord animé de tant de fureur contre l’Eglise naissante, que tous les premiers disciples de Jésus-Christ, ont sacrifié leur fortune ou leurs espérances, leur repos et leur vie, à un imposteur démasqué, juste victime de la mort et de l’infamie, à jamais incapable d’inspirer de l’attachement ou de la crainte; que les ennemis même du christianisme favorisèrent une entreprise chimérique ; que le concours des événemens, ou plutôt la Providence qui les dirige, facilita la surprise, fomenta l’erreur ; que le Ciel, par les prodiges, apposa au mensonge le sceau de la vérité; que l’homme, que la société, trouve sa tranquillité, sa sûreté, son bonheur, dans l’imposture et l’impiété ; que les plus fourbes, et par conséquent les plus méchans des hommes, ne respirèrent que la sanctification du genre humain, et sacrifièrent tout pour la procurer ; que ce plan a été suivi par une multitude innombrable, qu’il a été exécuté malgré les efforts de toutes les puissances de la terre : en un mot, qu’il s’est fait tout-à-coup une revolution totale dans les inœurs et la conduite ; et qu’au lieu qu’on a toujours vu l’amour-propre se servir de l’imposture aux dépens de la justice et de la charité, ici au contraire la supercherie a servi la vertu aux dépens de toutes les cupidités de l’amour-propre ; qu’ainsi, le vice et la vertu, le mensonge et la vérité, l’histoire et la fable, ont des droits égaux sur nos jugemens et sur notre attachement. Telle est la moindre partie des contradictions et des absurdités qu'il faut devorer, en prenant le parti de l'incrédulité. Nos dogmes les plus difficiles à croire présentent-ils des difficultés pareilles ?

Convenons cependant que nos symboles de foi, et plus encore les conséquences pratiques qui en résultaient contre les passions, formaient une forte épreuve, surtout pour les peuples auxquels ils furent d’abord enseignés. L’un des premiers ministres de ce sublime Evengile, de cette sagesse cachée aux sages du siècle,

nous apprend qu’elle fut un scandale pour le Juif, et un sujet de risée pour le

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