‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 9 sur 77 · ET ESS · texte numérisé non relu

ET ESS

119 fISTOIRS GÉNÉRALES

rent constamment les solides principes du vrai et de l'honnète, contre le délire et la corruption de l’idolâtrie ? Qu'ils aient été persécutés pour cette cause honorable,et non pour aucune action flétrissante, c'est ce que démontre la seul forme des procédures intentées contre eux. Il fut ordonné par les princes idolàtres, comme vous avez entendu Tertullien le leur reprocher, de ne pas rechercher les Chrétiens, mais de punir ceux qui seraient dénoncés. Sur quoi cet apologiste eloquent s'exprimait ainsi : « O sentence, qui seule décèle et son injustice et notre innocence! Le Chrétien n’est donc pas condamné parce qu'il est coupable, mais parce qu’il est en butte à l'envie et à la malignité des délateurs. Les tortures, destinées par les lois à tirer l’aveu des criminels, sont devenues entre vos mains des instrumens de corruption, pour forcer notre bouche au parjure. Nous confessons ce que nous sommes ; vous voulez que nous vous disions ce que nous ne sommes pas ; et quoique vous ne croyiez point les autres accusés lorsqu'ils nient, par rapport à nous, vous ajouteriez foi jusqu’au mensonge. » Il est manifeste, par ce procedé, que tout le crime du Chrétien, dans l'opinion des palens mêmes, n'était autre chose que son nom ou sa constance dans la foi,et que par l’apostasie il pouvait se dérober à l’échafaud et à tous les effets de la persécution.

Il persévère néanmoins; et plus sa foi est éprouvée, plus elle devient pure et ferme. Elle s’accroit dans les tourmens , loin d'y succomber, Pour un fidèle mis à mort, il se convertissait des milliers d'infidèles. Le sang chrétien était une semence si féconde, qu'elle fructifait dans les terres les plus ingrates. Vous avez vu les publicains et les femmes prostituées, les gladiateurs et les comédiens, devenir tout-à-coup les apologistes et les in!tateurs des martyrs. Un nombre encore plus grand se condamnaient à un bannissement volontaire, et portaient avec eux la lumière du salut aux extrémités les plus téncbreuses du monde idolâtre ; semblables, dit S. Augustin, à de grands flambeaux, qui jettent d'autant plus d’éciat qu’on les agite davantage. Telles furent les causes divines de cette prodigieuse multiplication des adorateurs d'un Dieu cruciflé, dès les premicrs siècles, nonseulement près des lieux où il avaît pris naissance, mais parmi tous les peuples, et selon le témoignage particulier de S. Ilrénée, en Lybie, en Espagne, dans les Gaules, € dans les réduits sauvages de la Germanie.

Qu'on ne nous objecte point l'établissement des sectes. Qui ne sait les voies honteuses ou violentes par lesquelles ces fantômes de religion se sont établis ? Ne doit-on pas s'étonner, au contraire, de ce qu’elles ne se sont pas mieux soutenues, en flattant, comme elles faisaient, les inclinations dépravées de la nature? 11 ne s’agit pas encore de faire sentir le faible du mahométisme ; mais on peut déjà le préjuger sur cette règle. Quelle merveille, qu’un enthousiaste hardi , le cimeterre d’une main et l'appât des sales voluptés de l’autre, posant pour base de sa législation la stupide ignorance, prenant de chaque religion ce qui s’y trouvait d’assorti aux penchans comme aux préventions , et supprimant tout le reste, immolant tout ce qu’il y avait d'hommes éclairés et capables de s'opposer à ses attentats ; quelle merveille, que ce législateur entraine à sa suite de grossières et vicieuses peuplades, des êtres comme abrutis, qui faisaient consister le bonheur daos le plaisir des sens, l'honneur dans la force et le brigandage ? Est-il plus merveilleux de voir les premiers hérésiarques, Ebion, Marcion, Basilide, Valentin, tous les gnostiques et les disciples de Manès , former des partis nombreux, en

rappelant sous une forme nouvelle les réveries impures du p22: isme, en lâchant la bride aux passions les plus désordonnées, sous le mant':1 :: à* de la p} losophie ou de la réforme? L’indignation publique ense :!:: ! ‘ait: ces ennemis

des mœurs dans un onprobre éternel.

Mais en multipliant les vrais Chrétiens, la persécution les détachait de la terre où iïs se multipliaient. Ne s’attachant à rien de périssable, ayant perpétuellement leur 4me entre leurs mains, ils se regardaient comme étrangers parmi les nations, con. ° un but exposé à tous les traits de la perversité et de la fureur. L'esprit de détac!, “en;,et, par une suite nécessaire, la charité qui vivifle toutes les vertus, éu sat: vrofondiment enracinés dans leur sein , qu’au temps de S. Justin, qui l'asgiure rx crimes exprès, il se trouvoit encore des frères entre qui les biens demertraient corimuns; et st les autres s’en réservaient la propriété, c'était pour se ménager plis sûrement le moyen de subvenir aux besoins des indigens.

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Ces vertus, à la vérité, se ternirent insensiblement, Le calme trop profond «qui suivit l'orage, tit succéder une sorte d'engourdissement à lu vigilance, et produisit un triste relâchement. Pendant cinquante ans, à compter depuis la mort de l'empereur Sévère , ses WE ré ayant laissé goûter aux fklèles une paix presque sans interruption , on vit dans leur société des fautes et des désordres qu'on aurait peine à.croire, si l'on n’en tenait pas le détail d'un témoin oculaire tel que S. Cyprien. Le luxe et la mollesse, tout l'étalage de la moridanité, les vaines parures presque aussi affectées dans les hommes que dans les femmes , la frivolité des mœurs, et tous les symptômes d'une pudeur expirante, sont les moine dres sujets des reproches que ie digne instituteur de ces anciens fidèles faisait à plusieurs d'entre eux. Les emportemens de la jalousie, les haines invétérées, l'infidélité en tout genre de commerce, la fourberie, là ealomnie, le paejure, s'introduisaient parmi les enfans des saints ; la piété s’affatbllusnit dans le sanctuaire même, ei quelques-uns oubliaient , jusque dans le saint ministère, les lots de la charité, de la justice distributive, du désintéressement et de l'intégrité. Effets naturels du penchant rapide qui entraine l’honime au péché, et que ï: main qui en avait suspendu le cours laissa depuis agir si impérieusèment, atin de montrer, par les digues qu'elle y opposa , que la conservation et.Pinstitution de l'Eglise sont également l'ouvrage du Ciel,

Les rigueurs de la persécution de Dèce, jointes au zèle des pasteurs, ranimérent la foi et la piété. La pénitence fit refleurir les mœurs, au sein du trouble et du péril. On réprima les confesseurs mêmes, qui, par des recommandations indiscrètes, voulaient procurer aux pécheurs des indulgences excessives et une réconciliation prématurée. Fermeté sage, dont le succès fit connaître que les promesses du Sauveur étaient stables, et que le mal n’avait pas vieé, si F'on peut s'exprimer ainsi, le fond de la constitution de l'Eglise. Mais à mesure que les péchés se multiplièrent , on crut devoir en faciliter l'expiation.

Pour menager, tant un refuge à la pénitence qu’un abri à l'innocence, quand un calme plus inaltérable fit courir à la piété chrétienne de plus grands périls, des âmes fortes et particulièrement inspirées proposèrent un genre nouveau de martyre, en déclarant une guerre sans relâche à la cupidité, à la volupté, à toutes les passions. Les déserts de l'Egypte et de la Palestine devinrent leurs premiers champs de bataille. Antoine après Paul, Pacôme guide par un ange dans les terres qu'arrose le Nil, et sur les bords du Jourdain, Hilarion perfectionmé par Antoine, furent les pères et les maîtres d’une infinité de disciples , qui répandirent ces divines institutions sous tous les climats. Ainsi on apprit de toute part à mourir pour Jésus-Christ sans le ministère des persécuteurs, et à recueillir une moisson de palmes proportionnée à la constance que demandait cette longue mort à soi-même ; martyrs de la mortification volontaire, honorés par le Ciel, à bien des égard, des mêmes prérogatives que les victimes sanglantes de l'impiété, et destinés aux même fins. Le Seigneur, se proposant d'ouvrir la route à l’Evangile chez leurs voisins barbares, par ces grands exemples, se plat à confirmer ce muet témoignage par l'éclat des miracles. Des troupes numbreuses d’infidèles accouraient sans cesse à la montagne de S. Antoine, à la cabane, ou plutôt à la cage de S. Hilarton, à la grotte sauvage de $. Aphraste, où la plupart trouvaient la guérison de l'âme avec celle du corps.

Il serait inutile de prouver des faits, consignés dans les monumens publics par les peuples mêmes qui en avaient été les témoins. Ils eurent tant d'éclat, malgré tout le soin de ces humbles anachorètes à les tenir cachés, qu'ils parvinrent à la connaissance des maîtres du monde. Vous n’avez pas oublié en quels termes le grand Constantin écrivit à S. Antoine, pour recommander à ses prières Ja couronne et la famille impériale. Théodose n'entreprit ses plus grands exploits que sur la parale de S. Jean d'Egypte. Les miracles étaient si familiers à S. Hilarion, qu'ils lui échappaient, pour ainsi dire, malgré lui : les malades et les affligés le poursuivaient en tout lieu ; il fut réduit souvent à changer de demeure, à mener long-temps une vie errante, dans la seule crainte de la gloire qui semblait s’obstiner à le poursuivre. Tous les Sarrasins qui bordaient le désert de Pharan, sur les confins de l'Egypte et de la Palestine, embrassèrent le christianisme, à la vue des miracles et des vertus de S. Moïse. Mais qu'est-il besoin d'exemples

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