‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 10 sur 77 · MISTOIRR GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

MISTOIRR GÉNÉRALES

particuliers ? Ignore-t-on que la célébrité de ces humbles thaumaturges faisait leur plus grand chagrin, et que sans cesse ils se plaignaient.avec amertume de se voir ravir les pures délices qu’ils étaient venus chercher dans l'obscurité de la solitude ?

La seule manière de vivre de ces hommes tout célestes n’était-elle pas un miracle assez persuasif et assez efficace ? Quel prodige plus visiblement divin, que la constance de S. Siméon et de quelques autres stylites, exposés sur une colonne, la nuit et le jour, pendant une longue suite d’années! Quoi de plus miraculeux que le: triomphe remporté par S. Macaire d’Alexandrie sur les besoins les plus impérieux de la nature, la faim et le sommeil ! 11 passa debout tout un carême, sans rien boire, et sans manger autre chose que quelques feuilles insipides , les dimanches seulement. Vous verrez d'autres solitaires, qui, se regardant comme déjà morts, ne proférèrent pas une seule parole depuis leur retraite jusqu’à leur sépulture. Vous en verrez une multitude manquer même.d’un lieu de retraite, errer dans les bois et les montagnes surchargés de chaines, vivre ou plutôt se consumer lentement parmi les animaux sauvages, avec lesquels ils paissaient quand ils ne pouvaient plus soutenir les extrémités de la faim. De là le nom de Paissans, que la Perse, où ils vécurent, leur donna, en transmettant aux autres peuples les transports de son admiration. À Constantinople même, et dans plusieurs autres endroits non moins connus de l’empire d’Orient , on verra fleurir les nombreuses communautés des moines Æcémètes ou non-dormans, ainsi appelés parce que, semblables aux chœurs des esprits célestes, inaccessibles au sommeil, ils célébraient les louanges divines sans aucune interruption, ni la nuit ni le jour.

Du see la mortification de l'esprit et du cœur, la solide abnégation de soimême, le détachement des choses de la terre, n'étaient pas moins en vigueur dans les sociétés chrétiennes que les austérités de la pénitence. Toutes les vertus qui honorent le Seigneur en esprit et en vérité, et qui font l’âme du christianisme, éclataient dans tous les ordres des fidèles, dans les places les plus éminentes comme dans les laures et les monastères. On en trouvera les preuves dans la suite de notre narration. Pour ne point anticiper sur le cours des siècles, nous nous contenterons de vous rappeler ici la générosité à jamais mémorable de trois cents évêques, qui, dans la seule église d’Afrique, du temps des Donatistes, portèrent l'héroïlsme jusqu’à céder leurs siéges à ces rivaux schismatiques , en cas qu'ils voulv:sent rendre la paix à l'Eglise. l

Convenons cependant que la conversion et la puissance du grand Constantin, qui sans doute influèrent dans l'estime des Romains et des étrangers mêmes au profit de la veligion chrétienne, contribuèrent beaucoup à ses progrès, ou plutôt à sa tranquiliitéet à sa splendeur ; car il est constant, par tout ce qu’on a vu jusqu'ici, qu'elle était répandue auparavant dans tous les climats. Ainsi, elle ne doit point son établissement à la protection de cet empereur : mais, les chrétiens n'étant plus réduits à se tenir cachés sous cet heureux règne, l’univers demeura étonné de se voir comme tout-à-coup chrétien. Mais l’Église se vit aussitôt désolée par le schisme ; et ce fut alors que les Africains rompirent sans ménagement les liens de l’unité, sous la conduite de plus de cent évêques. Le nombre et l’audace des schismatiques ne firent que s'accroître durant tout l'empire de Constantin, jusqu’à ce qu'ayant tout bouleversé dans les églises de la troisième partie du monde, ils dirigèrent leurs: attentats contre le siêge apostolique, lutte dans laquelle ils ne trouvèrent que la confusion et le principe de leur ruine,

Au donatisme se joignit la formidable hérésie d’Arius. Le prince religieux, qui a terrassé l’idolâtrie , devient en quelque sorte l'appui d’une secte presque aussi impie et non moins dangereuse : il flétrit, il traite en perturbateur et presque en rebelle (335) le plus digne décenseur de la foi, le grand Athanase. La vraie religion sans doute lui fut toujours chère, et l'horreur extrême des divisions qui en rctardaient le progrès, divisions exagérées sans cesse à ses oreilles par les préiats et les docteurs les plus imposans, fut l’unique motif de sa dangereuse condescendance. Quelle funeste impression néanmoins ne fit pas ce scandale apparent, on particulier sur son fils et son héritier, Constance! Mais auparavant,

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DR L'ÉGLISE, 115 quoi de plus visible que les dispositions d’un Dieu jnloux de sa propre gloire, dans la survivance qu'il accorde à un prince persécuteur sur ses deux frères, si zélés pour la vraie foi! Après une longue suite de règnes favorables à la religion, on eût pu se figurer que les puissances de la terre en faisaient le soutien principal; c’est pourquoi , durant tout le long règne du fils le plus indigne de Constantin, le Seigneur, suivant la prédiction de l’Evangile, laisse à Satan déchainé le pouvoir d’agiter les fidèles comme le grain dans le van du moissonneur ; épreuve beaucoup plus terrible que les violences des Césars, ennemis du nom chrétien, que Constance avilissait , tandis qu’il s’en faisait honneur.

Tentation d’un nouvel ordre, ou poussée du moins à des excès encore inconnus. Entre tous les sectaires qui s'étaient élevés jusque là, on n’en avait point encore vu de comparables aux Ariens, en science, en talens, en vertus apparentes, en tout ce qui peut accréditer la sédurtion, mais surtout en puissance, en audace, et dans l’art détestable de colorer la violence du zèle de la religion. La perte des biens, des charges, des honneurs, de la liberté, de la vie, étaient les moyens les moins dangereux que des chrétiens suborneurs fissent employer à un prince chrétien. Mais séduire les prêtres et les évêques, canoniser les hypocrites et les apostats, pervertir les conciles, altérer les sacrés symboles ; tels furent les chefsd'œuvre de la perfide impiété, qui prétendit en vain dépouiller la vérité de ses propriétés les plus aliénables, de tous ses avantages naturels, afin de s’en revétir. L'Eglise triompha de l’artifice comme de la force; la vérité dissipa tous les nuages dont la séduction couvrait le précipice, tandis que la violence y trainait les faibles ; on convainquit l’univers chrétien, que, sous l’ombre de la piété, il ne s'agissait pas moins que de bannir le Fils de l'Eternel du sein de la Divinité, et de le réduire au rang de créature. Constance mourut enfin ; mais la foi avait triomphé avant sa mort.

Elle courut encore, sous le successeur de ce prince , des dangers tout particuvers. L'empereur Julien affecta de prendre une marche absolument différente de celle de Constance, dont il fit d’abord cesser la persécution (360). Elevé dans le sein du christianisme, l'empereur apostat en connaissait trop bien le génie, pour se promettre de détruire la foi par la force. Il n’employa d’abord que la flatterie et tes caresses perfides. Tous les sujets exilés sous le dernier règne, catholiques aussi bien qu'hérétiques, furent indistinctement rappelés; Julien comptait par là introduire dans le sein de l’Eglise la confusion, la zizanie, et tous les désordres qui en sont les suites naturelles. Espérant encore mieux réussir en étouffant la vérité dans les ténèbres de l’ignorance, il fit ferrner les écoles aux chrétiens et brûler tous leurs livres : il ne leur fut plus permis d’être savans ni éloquens; la faculté du raisonnement et le talent de la parole, ces dons de la nature les plus indépendans de l'autorité, furent proscrits par la tyrannie, qui trouva même des couleurs pour pallier ces lâches excès. Les Galiléens, disait le tyran dans ses blasphèmes ironiques, les adorateurs du Crucifé, devant croire en lui sans raisonner, l'étude et les sciences leur sont inutiles : il convient de les réserver aux hellénistes, c’est-à-dire au paganisme, qu’il érigeait en une religion ou en un philosophisme digne de trouver dans l’apostasie son auteur et ses restaurateurs. Certes l'Eglise devait succomber sous ces attaques, si elle n’était inébranlable. Elle triompha des piéges et des dérisions, comme elle avait trioinphé du glaive et des échafauds. Le sang ne laissa pas que de couler, sous l'empire de Julien, en mille rencontres où sa philosophie lui manqua ; et, sous tous les aspects, on doit encore regarder cette partie du quatrième siècle, comme l’âge du martyre.

Il paraîtra tel dans toute son étendue, si l’on en suit les progrès chez les Barbares, particulièrement chez les Perses. On trouvera Sapor, Isdegerde, Cosroës, comparaÿles à Néron, à Domitien, aux deux Maximiens. La pudeur et l'humanité se refusent également au récit détaillé de la persécution de Sapor. On verra un autre persécuteur subjuguer, en Arabie, une ville et tout un peuple chrétien qu'il n'avait pu pervertir, enfreindre tout droit des gens, décapiter le gouverneur et les principaux citoyens, réduire la jeunesse en esclavage, allumer ensuite un ininense bûcher, et y précipiter tous les prêtres, les moines ct ensuite les vierges

consacrées À Dieu, sans que la foi d’une seule personne se démentit. Les Vandales égalèrent, surpassèrent ces atrocités impies, dans la vaste étendue de l'Afrique, Dans toutes les terres enfin où germa la foi chrétienne, elle y fut arrosée de sang, dont elle tira sa principale fécondité.

Mais après que la foi eut poussé de profondes racines, un nouvel ordre de providence parut commencer pour l’Eglise. Les signes qui sont destinés, selon l'Apôtre, à la conversion des infidèles, les miracles, si multipliés à l’époque de la publication de l'Evangile, devinrent beaucoup moins fréquens pàr la suite. Pour les serviteurs de la foi, ou pour les fidèles, les prophéties suffisaient, c’est-à-dire le dépôt de la révélation, tant écrite que transmise et interprétée par la tradition, avec les grâces et les dons ordinaires de l'Esprit saint. Aussi jamais les interprètes sacrés, jamais les saints Pères et les saints docteurs ne brillèrent avec tant d'éclat, que dans le quatrième et le cinquième siècles, comme vous aurez bientôt lieu de vous en convaincre. Mais l'Eglise, essentiellement militante en ce lieu de passage, doit v trouver des combats à soutenir dans toutes ses situations, et des ennemis jaloux de tous ses avantages. A la pureté lumineuse de la doctrine, l'enfer en oppose l’abus et la corruption aussitôt après la défaite de l’idolitrie.

Déjà cependant le sort de l'arianisme paraissait avoir déconcerté à jamais la perfidie hérétique ; le nom arien était marqué d’opprobre, tout lui disait anathème : mais l’arianisme est ressuscité; il se reproduit sous mille formes nou velles ; il rentre dans l’arène plus aguerri qu'auparavant, sous la conduite d Eunomius, d'Aëtius, de Macédonius, qui semblaient avoir applaudi à sa chute.

Nestorius, assez long-temps après, sans paraître viser à ce but, peut-être mérite sans y prétendre, anéantit à son tour la divinité de Jésus-Christ, en séparant le Fils de Dicu du fils de la Vierge-mère. Piége grossier, que vous verrez néanmoins surprendre ou faire chanceler de savans et pieux évêques. Quel docteur, que Théodoret, d'une foi si long-temps suspecte! Quel pasteur, qu’Alexandre d’Hiéraple», qu'un long exercice des plus étonnantes vertus ne préserva point del’obstination la plus effrayante! Aussi quelle impression ne firent pas ces dangereux exemples ! Si Arius l'emporta sur Nestorius par l'étendue et la rapidité de la séduction, celui-ci se fit des sertateurs beaucoup plus obstinés, et acquit à sa secte u:1 crédit et une consistance qui se soutiennent encore aux extrémités de l’Eglise orientale. On la retrouve même dans quelques provinces occidentales, sous dus formes et des noms différens, c’est-à-dire avec les variations qui portent l’enpreinte de l'esprit de nouveauté qu’elle eut pour principe. |

L'hérésie d'Eutychès, comparable tout à la fois aur. deux premières en durée et en étendue, fut encore soutenue de l’autnrité d’un concile, convoqué comme œæcuménique, et dont plusieurs autres avan‘’Zzes non moins spécieux firent révérer même les préyarications et le brigandage. L'Église pouvait-elle essuyer d:s assauts plus terribles que ceux d'un parti à la tête duquel se trouvait l'évêque du second siége, qui portait le nom de l'un de ces solitaires canonisés, pour ainsi dire, tout vivans, et particulièrement renommé pour son zèle contre les ennemis de la foi, du plus puissant des archimandrites, qui tenait sous ses lois un peuple de zélateurs austères, les plus attachés aux impressions une fois reçues, et les plus ardens à les répandre ? Oui, la religion courut des dangers plus grands encore de la part de Pélage, ennemi déguisé, et d’autant plus redoutable qu’il paraissait moins hostile. Acharnées, pour ainsi dire, sur le corps même de l’Église, les autres hérésies, par leurs emportemens, avertissaient au moins les fidèles de se tenir en garde contre elles : mais couvert avec cet avantage, et semblable 4 un serpent qui se coule sans bruit sous les fleurs, le pélagianisme pénétrait jusqu'à l’âme de la religion, en infectait de son venin subtil les parties les plus nobles et les plus intimes, et ne lui laissait d'elle-même que le squelette et le vain fantôme. ‘

Ce fut contre ces périls que le Seigneur munit la sainte cité de cette abondance de doctrine et de lumières qu’on vit éclater en moins de deux siècles. Quel qu’ait été le nombre des séducteurs, à quelle multitude ne peut-on pas opposer le seul évêque d’Hippone, le grand Augustin ? Combien d’autres grands saints et grands docteurs, dans le cours des mêmes siècles! Tels furent, pour nous borner aux plus célèbres, les Léon, les Cyrille de Jérusalem et d'Alexandrie, les Jérôme, les

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Épiphane, les Grégoire de Nazianze et de Nysse, les Basile, les Amphiloque, les Jean Chrysostôme, les Ambroise, les Hilaire, et leur digne modèle, l'incomparable Athanase : multitude surabondante sans doute, quel que fût alors le hesoin de l'Église ; mais le Seigneur mettait comme la dernière main à l'édifice dont il est l'architecte et le principal ouvrier. Quoiqu'il l’eût établi sur le fondement des Prophètes et des Apôtres, ces monumens divins pouvant s'envisager et s'envisageant en effet sous tant d’aspects divers, il était de son immuable sagesse de fixer à jamais le sens des points capitaux et déjà discutés, de les fixer, disons-nous, par une foule d'interprètes si pleins de son esprit, si distingués dans l’ordre des talens même, qu’on ne pût opposer à l’unanimité de leurs suffrages, qu’une espèce de stupidité, ou qu’une témérité révoltante.

En cffet, quelle force de raison dans leurs écrits ! quelle étendue et quel choix d'évudition ! quelles grâces même, et quelle éloquence ! Que les Pères latins et la plupart des Grecs, si l’on veut, s'énoncent moins purement que les orateurs de Rome et d’Athènes ; ils n’en paraîtront pas moins éloquens, si l’on sait discerner

. J'éloquence de l’élocution, qui n’en est que l’écorce. Toujours on leur verra

choisir les raisons les plus fortes et les plus frappantes, les présenter avec ordre et dans un beau jour, user de vives images, de tours heureux, de figures grandes et animées, rendre en un mot leur discours touchant et persuasif, et même beaucoup plus agréable que ceux de tous les écrivains de leur temps. Quelle différence, par exemple, de la manière vaine, affectée, puérile de Libanius, au sens exquis et pressé, à la justesse, à l'énergie, au véritable atticisme de S. Basile, et même à l’abondance un peu asiatique, mais toujours solide et intéressante, de S. Jean Chrysostôme ! Quelle différence ne remarque-t-on pas, à travers la rouille même de l'Occident, entre le pédantisme de Symmaque et l’aménité naturelle, la simplicité noble et naïve de S. Ambroise !

Mais ce qui nous importe bien autrement, quel concert unanime parmi ce grand nombre de docteurs, dans le fond des choses, sur tous les points capitaux, et sur chaque article de notre foi donné pour tel par l’Église! Ni l'éloignement des lieux qu’ils ont habités dans les trois parties du monde connu; ni la différence des mœurs et des idées, comme des idiômes et des goûts; ni la distance des temps, en remontant même de cette époque jusqu'aux premiers disciples des Apôtres : rien ne met la moindre diversité dans l’enseignement public ni dans la croyance; rien qui ne concoure à former cette chaine de tradition orale, non moins fixe que le dépôt des révélations de l'Ecriture, dont elle fait le complément. Dans cette foule d'hommes de génie, on remarque sans doute la riche variété des talens naturels, ainsi que des dons reçus d’en haut : on admirera particulièrement, dans Athanase, la sagacité et la force du raisonnement ; l’onction et la douceur du style d’Ambroise; la brillante et pathétique éloqaence de Chrysostôme; la noble élégance et la précision de Basile ; la sublimité jointe à l'exactitude dans Grégoire, dit pour cela le Théologien ; le nerf et l'érudition de Jérôme ; enfin tout ce ‘ que la plupart de ces qualités ont de plus utile à l'Église, employé tour à tour par Augustin. Mais en même temps on trouvera une invariable conformité de doctrine entre eux tous, la plus parfaite uniformité dans tous les points définis par l'Église. Avec toute la fécondité du génie et la chaleur même de la verve, malgré l'attrait de la matière et la démangeaison si naturelle à l'homme d’enchérir, de controuver, de travailler d'imagination sur le fond: inépuisable du dogme et de la morale, bien différens des rhéteurs et des philosophes profanes, nos saints instituteurs n’aspirent nulle part au mérite de l'invention : ils la regardent, au contraire, comme la fiétrissure la plus honteuse pour leurs écrits et pour leur personne; ils font consister toute leur gloire doctorale à recucillir fidèlement les vérités les plus connues, puis à les transmettre sans aucune ombre d'altération. Le plus grand avantage qu ils prétendent sur leurs émules hérétiques, c’est de convaincre l'univers que ces vains et faux docteurs n’en ont point usé de la sorte.

La règle des conciles généraux eux-mêmes, ces organes infaillibles de la vérité incréée, c’est, ou le sens donné aux Écritures par le torrent des Pères, ou l’uniformité et la perpétuité de la croyance et de l'enseignement dans les docteurs et Les pasteurs des diverses églises. C'est ainsi qu'on procéda, à l'exemple du premier

concile æœcunémique, dans ceux de Constantinople, d' Éphèse et de Calcédoine : tous quatre comparables aux Évangiles, pour les droits qu’ils ont à notre soumission ; tous quatre célébrés dans les cent vingt-six années qu'on peut regarder, dans ce premier âge, comme le temps de l'adolescence de l'Église, temps auquel ce vaste corps, si l'on peut s'exprimer ainsi, devait naturellement éprouver la plus grande fermentation. Aussi, tous les chocs d’humeurs, de passions, d'opinions s'y faisant sentir, tous les principes qui les devaient calmer et régler, tous les points fondamentaux de la doctrine du salut, y furent discutés, éclaircis, et à jamais constatés.

Assez peu de temps après néanmoins, on vit les relâchemens les plus étranges et les Élus tristes scandales. Rien de plus hideux que le tableau des mœurs africaines, que nous verrons bientôt dans les écrits véhémens du prêtre Salvien. S. Jérôme et S. Chrysostôme ne parlent guère moins fortement des abus qu'ils avaient sous les yeux. Jérôme, si respectueux à l'égard de l’Église romaine, dit toutefois que la contagion avait pénétré jusque dans cet auguste sanctuaire ; qu’il s’y trouvait des ecclésiastiques adonnés à cette afféterie, qui marque toujours la frivolité des mœurs, si elle n’en démontre pas la corruption ; que différens clercs briguaient les offices qui les éloignaïent le moins de la fréquentation des femmes; que d’autres, plus avares que voluptucux, se faisaient les complaisans des dames âgées et opulentes, afin d’avoir part à leurs libéralités testamentaires. Dans les avertissemens de f’étoquent patriarche de Constantinople aux clercs de son église, on voit que les Grecs ne différaient des Latins que par plus d'adresse à pallier et à légitimer en quelque sorte leurs liaisons suspectes avec des personnes de sexe différent. Quel orage n’excita point, contre ce vigilant pasteur, l’opprobre dont il flétrit l’association des clercs avec ces personnes qu'ils appelaient sœurs adoptites, mais que le public nomma femmes sous-introduites! Qu'on juge de la grandeur du mal, par les excès auxquels s'emportèrent les coupables, qui procurèrent au saint évêque le bannissement cruel durant lequel sa vie succomba enfin sous la continuité des mauvais traitemens. Mais qu’on remarque aussi le courage épiscopal, qui soutint les mœurs et la discipline au milieu de tant de calamités.

Si l’on vit encore l’ambition briguer l’épiscopat, on vit aussi rappeler la pureté sévère des anciens canons. Il commençait à passer, cet heureux temps, où il fallait, tantôt arracher de force un humble solitaire à sa grotte pour le faire monter sur la chaire pastorale, tantôt donner des gardes à un laïque vertueux de peur qu'il ne s’y dérobât par la fuite. Mais l'Église invoqua, contre cette licence profane, les puissances chargées de sa protection extérieure; et l’on remit en vigueur les canons qui déclaraient indigne de l’épiscopat quiconque n’y était pas élevé malgré lui.

Le relâchement et les abus gagnèrent jusqu’à cette classe privilégiée de fidèles qui avaient fait si long-temps l'édification et la plus douce consolation de l’Eglise. L'esprit d’erreur et de faction mit tout en désordre parmi les solitaires, presque innombrables dans l'empire d'Orient. Ils puisèrent dans les principes d’Eutychès le goût de l’indépendance, de la sédition, et de la rébellion déclarée. Les attentats des hérétiques excitèrent quelquefois l'enthousiasme et la rivalité parmi les orthodoxes. Ainsi l’on verra une troupe de cinq cents moines faire, du mont de Nitrie, une irruption dans la capitale d'Égy pte, et porter une main violente sur le gouverneur de cette province, parce qu il se montrait contraire aux défenseurs de la saine doctrine.On verra pendant les troubles de l’origénisme, les partisans hérétiques de Théodore de Césarée ct de Domitien d'Ancyre, former une armée des moines leurs anciens confrères. assiéger en règle les laures catholiques, livrer dès assauts et des batailles, donner tous les spectacles de la guerre, ct en inonder la scène d’un fleuve de sang.

Quelle épreuve, surtout, que de voir les trois grands siéges de l'Orient occupés tout ensemble par les Eutychiens; l'église impériale abandonnée à la perfidie d'Acace ; celle d'Alexandrie, successivement en proie à Timothée Elure et à Pierre Monge; un autre Pierre quitter le maillet de foulon pour le bâton pastoral, et.porter sur l’auguste siége d’Antioche des sentimens indignes même de la plus wile profession ! L'Église courut un péril plus grand encore sous le tyran Basi-

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lisque, qui fit condamner les saints décrets de Calcédoine par cinq cents évêques ; et l'égalité que l'empereur Zénon établit, par son Hénotique, entre l’hérésie et la vérité, fut peut-être un piége plus dangereux encore que le scandale de cet attentat.

En Occident , au premier aspect des nouveaux dangers que va courir l'Église, abandonnée, avec les débris de l’Empire, à la férocité de vingt peuples barbares, qui ne la croirait encore plus chancelante qu’au milieu des sectes orientales ? Mais la suite des événemens ne servira qu’à faire mieux entrer dans les vues de l'éternel Conservateur de l'édifice de son Christ. Tel que la pierre angulaire sur laquelle il s'élève, il brise tout ce qui vient y heurter; ou comme un navire invincible, il précipite et submerge sous sa masse les frêles esquifs qui gênent son passage. L'Église devait être abattue, bouleversée, anéantie par les violentes irruptions qui avaient renversé le trône des Césars : elle triomphe au contraire des vainqueurs qui ont triomphé des maîtres du monde.

Elle n’imprime pas seulement le respect, par ses humbles ministres, au terrible Attila, si justement surnommé le fléau de Dieu; à Odoacre, le contempteur et le destructeur de la dignité impériale ; mais elle impose son joug au plus grand de ces nouveaux potentats. « Abaisse ton front, fier Sicambre, » dit-elle au fondateur de ces puissances qui tient encore le premier rang entre elles ; « adore ce + que tu blasphémais, et brûle ce que tu as adoré. » Les Anglais-Saxons mettent le comble à l’infortune de la Grande-Bretagne, qui les avait rappelés à son secours, Des essaims d’oppresseurs, au lieu de libérateurs, abordent sans cesse à cette belle conquête, et ils y établissent jusqu’à sept tyrans. Mais quand ils en auront subjugué les peuples et les princes, vous leur verrez embrasser le culte sacré et les lois des vaincus; faire, du théâtre de leur brigandage, la terre des saints ct le plus sûr asile de la religion.

Si les Barbares infectés de l'hérésie se montrent encore plus ennemis de la vraie foi que les idolâtres, la protection du Seigneur sur son Église en paraîtra aussi plus sensible, dans les hommages sincères qu'ils lui rendront à leur tour. Admirons d abord l'économie de la Providence, qui ne leur permit de franchir les barrières derrière lesquelles elle les tenait resserrés, qu’après que l’arianisme, détruit ou du moins diffamé dans l’Empire, n’eut plus rien de séduisant, et qu’au lieu d’apostats, ses féroces et grossiers sectateurs ne pouvaient plus faire que des martyrs. Alors ceux des Barbares qui avaient marqué le plus d’attachement aux impiétés d’Arius, les Suèves, à l’exemple de leur roi Théodmir ; les Visigoths, sur les traces du pieux Récarède, signalent leur catholicité entre toutes les nations anciennes et modernes : ils lui empruntent le titre le plus flatteur pour leur monarque, et le plus révéré des peuples.

Si le Vandale endurci s’obstine sans remède dans l’erreur, la divine Justice brise le sceptre dans la main que la clémence n’a point fléchie, et tire l'avantage le plus précieux pour les fidèles de la dureté même @es persécuteurs. Défigurée avant ces épreuves par les taches les plus flétrissantes, l’église d’Afrique perd l'aliment de ces vices, qui se consument dans le creuset des persécutions ; et sa vertu, aussi bien que sa foi, en sort si pure et si vigoureuse, qu’on ne la verra plus se démentir. Pour ruiner le christianisme en Afrique, les sectateurs de l’AIcoran seront réduits à exterminer les Africains mêmes, et. à partager avec les lions et les tigres leur domination destructive. En un mot, la foi chrétienne triomphera si parfaitement de l’idolâtrie et de l'hérésie barbares, qu’avant la fin du sixième siècle, tous ces maîtres, Hérules, Ostrogoths et Lombards en Italie; Visigoths, Alains et Suèves en Espagne ; Francs et Bourgtignons dans les Gaules, ou perdront la couronne et leur nom, ou, abjurant l’inpiété, rendront leurs hommages au Fils de Dieu et à son Eglise.

Il est vrai que la plupart de ces premiers princes, que l’épouse de Jésus-Christ avait enfantés avec tant de douleur, lui firent éprouver bien d’autres amertumes; ils affligèrent surtout cette mère si tendre en négligeant leur intérêt capital, l’affaire uniquement nécessaire du salut. Mais en faisant des plaies mortelles à leurs propres âmes, ils poursuivaient au moins les vices étrangers, et applaudissaient aux vertus qui ne choquaient pas de front leurs penchans. Souvent même, avec une droiture conforme à leurs mœurs dures, mais intègres, ils prononçaient contre eux-mêmes, ct se portaicnt à des pénitences que la sagesse des pasteurs

était obligée de modérer. Leur ferveur, impétueuse et passagère, si r’on veut, tgnorait au moins ces lenteurs de la circonspection et de la politique, qui font

manquer toutes les œuvres d'édification, ou qui leur enlèvent presque tout ce Er à qu’elles ont d’édifiant. On cn verra quelques-uns, tels que Sigismond, roi de D et Rourgogne, après un crime à peine commis, en marquer une douleur que toutes ni p! les œuvres d’expiation ne pouvaient calmer, et prier efficacement la divine Jus- in tice de le laver elle-même dans leur sang. Vous verrez Childebert, après qu'il eut so trempé ses mains dans le sang de ses neveux, s’arrêter dans l'exécution même de di ce forfait, et s'appliquer tout le reste de sa vie à consoler l'Église de cet énorme pi scandake. La plupart de ces princes, tandis même qu'ils s’abandonnaient à leurs ra Passions, marquaient du zèle pour tous les genrés de bonnes œuvres qui ne con- de traignaient point leurs penchans, et qui ne laissaient pas que de contribuer à fa l'avancement du service divin. De là tant de monastères, assez richement fondés ve pour servir d’asile à la piété d’une infinité de fidèles ; tant d'églises bâties et or- P! nées avec magnificence ; tant de dons et d'institutions de toutes les sortes, pour ré le bon ordre et la majesté du culte public. u

Ces princes vicieux, mais qui aimaient ou estimaient la vertu, révéraient les pasteurs et prenaient souvent leurs conseils : libres, dans leur ignorance, de nos " ju savans paradoxes et de nos raffinemens pernicieux, ils concevaient au moins l'étroite connexion des intérêts de la religion avec ceux de leurs couronnes et avec la soumission des peuples; ils maintenaient les mœurs, la discipline et l'obéissance due à ses dépositaires naturels, à tant d’évèques si vénérables d'ailleurs, dont le Seigneur pourvut alors les régions conquises plus abondamwent peut-être qu’à nulle autre époque. Bornons aux provinces de la Gaule une énumération qui ne finirait point : quels plus dignes pasteurs que $ Avit de Vienne, S. Médard de Noyon, S. Gildard ou Godarg de Rouen, les SS. Gemain d'Auxerre et de Paris, S. Loup de. Troyes, S. Grégoire de Tours, S. Paul de Léon, S. Lo de Coutances, S. Sulpice de Bourges, S. Gal de Clermont, S. Ccsaire d'Arles, et une infinité d’autres, presque tous contemporains! Sile mélange des barbares dans la société, avait occasionné des relâchemens et des désordres presque inévitables, avec quelle vigilance, quelle sagesse, quelle persévérance infatigable, soit dans leurs diocèses particuliers, soit dans leurs fréquens conciles, ils étudiaient les momens, ils choisissaient les moyens les mieux assortis aux temps et aux personnes, pour empêcher les progrès des abus, pour sauver du naufrage les restes précieux des anciennes règles, pour se rapprocher insensiblement de l'ordre primitif! S'ils usaient d’indulgence envers des vainqueurs nouvellement passés de la barbarie à la loi sublime du Christ, leurs compensations très-sages n'étaient pas moins justes ; sans se relâcher sur les obligations indispensables, entre les voies différentes qui conduisaient au même terme, ils leur indiquaicnt au contraire les plus propres à les y faire enfin parvenir.

Le dommage le plus considérable que les Barbares causèrent à l’Église, fut sans vontredit la décadence des sciences et des études, si incompatibles avec leurs mœurs vagabondes, avec leurs courses perpétuelles et leurs expéditions tumultueuses. Ce qui faisait le principal soutien de la foi et des mœurs depuis la fin des persécutions générales, les fruits des savans travaux des Pères et des saints docteurs furent au moins négligés des nations nouvelles, s’ils n’encoururent point le mépris général que ces nations avaient conçu pour la culture des arts libéraux : occupation exclusive des vaincus, c'est-à-dire des anciens habitans, et qui, participant au discrédit de ceux qui la remplissaient, ne passa plus dans l'esprit des vainqueurs que pour un exercice de lâcheté ou de mollesse. Mais il n en est pas des sciences comme des empires, dont une bataille perdue peut consommer la catastrophe. Il fallut des siècles entiers pour faire tomber les études et les arts; ce qui ne s’effectua que dans le second âge de l'Église. Mais pour le premier âge, il fut presque toujours également lumineux dans toute l'étendue de sun cours. À l’époque même de l'invasion des Barbares, le Ciel prodigua la doctrine et les lumières, avec une profusion capable de refluer jusque sur les jours ténébreux que tant d’orages devaient naturellement amener.

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pas encore le sixième siècle! En Orient même, où l'esprit de foi et d'unité menaçait déjà d'un triste déclin, où les empereurs Anastase et Justinien trouvèrent eu si grand nombre des clercs, des abbés, des évêques, faciles à seconder leurs profanes entreprises, on voit néanmoins de saints prélats et d’illustres cénobites, incapables de trahir pour César la cause de Dieu. Tels vous admirerez, entre les solitaires, S. Sabas et S. Théodose, qui firent, de l'intégrité de la foi, la base de la discipline et de la perfection régulière dont ils furent les restaurateurs. Si les patriarches d’Antioche et de Jérusalem, Flavien et Elie, oublient jusqu’à la véneration due à un concile œcuménique ; si Macédone a la faiblesse ou la simplicite de souscrire à l'Hénotique de Zénon, vous verrez ces mêmes évêques réparer leur faute avec avantage, et perdre leurs siéges plutôt que d'abandonner la foi; vous verrez Justinien lui-même, si mal éclairé sur tant d’autres intérêts de l’Église, la protéger par ses lois, l’honorer par son zèle pour la répression d'une foule d’hérétiques et de schismatiques, travailler avec empressement à l’étendre chez les uations infidèles.

Muis c'est en Occident, que l’âge de ferveur mérita toute la gloire de ce titre jusqu’à son dernier période. Vous y verrez S. Benoît en Italie, cet illustre patriarche de nos cénobites, dont les vertus et les miracles eurent des rois pour témoins et pour admirateurs; S. Colomban, dans l’île des Saints, puis dans les royaumes divers de la Gaule; S. Martin de Dume , en Espagne ; S. Fulgence, en Afrique et sur les côtes sauvages de la Sardaigne, dans les repaires écartés de la piraterie et du brigandage; vous les verrez faire fleurir la piété, la régularité, le détachement, la concorde, toute la sublimité des vertus admirées dans la société des premiers fidèles. Nous ne parlons point de leurs disciples innombrables, et presque aussi admirables que les maîtres ; bien moins encore de la multitude infinie des Chrétiens parfaits, qui brillèrent dans toutes les conditions, et surtout dans l’épiscopat. S. Grégoire, à qui sa vertu, sa sagesse et sa doctrine acquirent avec tant de justice le surnom de Grand, eût suffi lui seul pour illustrer à jamais son siècle.

Après tant de prodiges de vertu, est-il besoin de relever les miracles, qui, moins fréquens à la vérité qu’au temps de l'établissement de l'Eglise, y éclataient encore pour faciliter ses progrès, et qui n’y cesseront dans aucun âge, puisque Dieu est à jamais admirable dans ses saints ? Sans parcourir au loin tant de lieux consacrés par les cendres des amis de Dieu, qui y reposaient , et où la profusion des dons merveilleux d’en-haut attirait sans cesse des milliers de pélerins, n'avonsnous pas, au centre de notre patrie, de quoi convaincre tous ceux qui n’ont pas pris une résolution fixe et préméditée de se refuser à la persuasion ? Qui peut, sans un scepticisme absolu, ravir, après une possession de tant de siècles, le titre de thaumaturge à S. Martin de Tours ? Or, est-il rien de mieux attesté, que les merveilles sans nombre qui le lui acquirent? N’est-il pas consigné dans les mêmes monumens que la conversion, que la religion de nos premiers rois, qui érigèrent tant de temples et d’oratoires à ce puissant patron, qui lui firent hommage de tant de victoires et lui en consacrèrent de si magnifiques trophées, à qui les sermens faits par son nom parurent si terribles et si inviolables, qui célébraient ses fêtes avec une solennité et une allégresse dont nous retrouvons encore des vestiges après quinze siècles ?

Qu'on objecte, contre la persuasion de l’univers, des lieux communs, des déclamations de rhéteur, sur la simplicité et la crédulité des temps antiques ; au juge. ment des personnes tant soit peu versées dans la connaissance de l’antiquiié, ce ne sont là que les vagues défaites de la mauvaise foi, ou d’une ignorance mépri-

sable. Nous aurons soin de faire observer la religieuse, la scrupuleuse circonspection des prélats, dans l'examen et la publication des miracles. Dès les premiers sièclès, on chassa de l’Eglise les imposteurs abusés par un faux zèle pour la gloire des Apôtres et des martyrs, à qui ils attribuaient des écrits ou des œuvres merveilleuses de leur propre invention. Dans le cinquième siècle, vous verrez S. Augustin présider lui-même aux relations des miracles opérés par les reliques de S. Etienne, et à la rédaction des monumens qui en devaient perpétuer le souvenir. Avec quelle sagesse ne procéda-t-il point, soit à la vérification, soit à la confirmation des moindres circonstances de ces merveilles, quoiqu’elles eussent eu pour témoins les villes entières d'Uzale et de Calame ? Dans la lecture de ces récits,

qu'on fit publiquement à la fête du saint martyr pendant une longue suite d'an. nées, on s'arrêtait à chaque miracle, et l’on faisait paraître la personne sur la. quelle il s'était opéré, afin que tout le monde en reconnût la réalité et la durée, afin que l’imposture n'’eût pas plus de part à l'édification qu’à l'institution de l'Eglise. Telle fut, depuis son origine, la vigilance des pasteurs sur tout ce qui peut contribuer à la sûreté du sacré dépôt ; telle sera, comme vous le verrez dans la suite de cet ouvrage, la fidélité de celui qui a promis d’être avec elle jusqu’à la consommation des siècles.

Il ne faut que suivre sans préoccupation l’histoire des périls et des triomphes de l'Eglise, pour se convaincre de la vérité et de la divinité de la religion qu’elle nous enseigne; comme il suffit d'observer la marche de l’impiété, pour en sentir la faiblesse et l’inconséquence. Les bornes d'un discours ne nous permettent pas de vuus développer cette seconde partie d’un parallèle qui donnerait tant de relief à ce que nous avons dit jusqu'ici, mais qui ne s’y rapporte que d’une manière indirecte. C’est assez, pour remplir nos vues capitales, de vous faire observer, en finissant, que le sophiste incrédule ne tient pour l'ordinaire à ses opinions qu’autant qu’il tient à ses vices. Il ne peut se défendre contre les preuves de nos vérites, sans se dire intéricurement qu’il croirait en toute autre matière, s’il avait les mêmes motifs; que, si la foi se trouvait aussi favorable aux passions qu'elle leur est contraire, il l’embrasserait sans répugnance. Il ne doutait point tant qu’il eut des mœurs ; ce n’est que depuis ses débordemens que ses incertitudes sont nées.

D'abord il a frémi de ce qu’il excusa insensiblement comme une simple faiblesse; il en a fait gloire dans la suite. Cependant le ver rongeur de la conscience lui faisait passer de cruels momens ; il entreprit de l’étouffer. Pour cela, il fallut étouffer aussi tout pressentiment d’un avenir funeste ; il imagina donc qu'il ne convenait pas à une majesté infiniment bienfaisante, infiniment heureuse de s’occuper de vils atomes tels que nous, encore moins de les punir. Mais un être fait à raisonner ne pouvait, pour ainsi dire, prendre pied sur un fond si mouvant, ni s'arrêter sur une pente si rapide; il a donc prononcé que l'âme mourrait avec le corps, ainsi qu’ellcétait née ; et de là ce grossier matérialisme, cet horrible système d’un tout purement sensible, qui, mettant le bonheur de l’homme dans les plaisirs des sens, borne son devoir comme ses vœux à les satisfaire. Principes contradictoires et ruineux, établis dans le désordre, et rétractés dans la pénitence. Dans la force de l’âge, avec une santé qui promettait une vie longue, on blasphémait sans retenue ; au déclin de la vie ou des forces, on croit, on prie, on ne s’abandonne que trop souvent à la crainte servile et lâche des Antiochus, au funeste désespoir du disciple perfide. Si quelques-uns soutiennent mieux le personnage de l’orgueil, qu’en conclure ? sinon que d’aveugles victimes sacrifient jusqu’à leur éternité au même-fantôme à qui elles ont sacrifié toute la vie.

Quelle conviction, quelle évidence ne faudrait-il pas avoir, pour prendre une détermination qui décide d’un si grand intérêt ? Mais, loin d’avoir l'évidence de leur côté, les plus durs mécréans conviennent qu'ils n’ont jamais pu avancer audelà du doute. Attachés à un coin du monde, et ne sachant dans leurs principes d’où ils viennent ni où ils vont, si nous en croyons un sage, aussi habile à souder les profondeurs du cœur humain qu'à mesurer l’immensité de l’espace; ne voyant qu'infinités et qu’abimes prêts à les engloutir de toute part; mortels, comme ils n’en sauraient douter, et ayant fourni pour la plupart une grande partie de leur carrière mortelle : tout ce qu'ils savent indubitablement, c’est qu’au sortir de cette vie, ils tomberont dans le néant ou dans l’enfer, et de leur incertitude sur cette alternative effroyable, ils concluent à passer le reste de leurs jours dans l’indécision et dans une stupide inertie, ou méme à irriter de nouveau le Dieu terrible qui les jugera, suivant la persuasion de tous les homres plus réglés, et, par une conséquence au moins très-vraisemblable, plus éclairés qu’eux. Si c'est là ce qu'on appelle esprit fort, la force de l’esprit consiste donc à courir aveuglément des hasards aussi évitables que formidables, à quitter la marche de la prudence et de la conduite que l’on suit en toute autre affaire, à braver hardiment la raison et la conscience en faveur des passions.

Qu'aurait-lle gagné, cette bravoure etrange, quand nous nons tromperions avec les apôtres, avec les martyrs, avec les saints instituteurs d'une reli-

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DE L'ÉGLISS. 123

gion qui devrait faire l’objet de tous les vœux, si elle n’était pas encore établie P Scrait-ce un bonheur, comme l’incrédule se plait à l’imaginer, d’être anéanti à la mort ? C'est au contraire le délire d’un criminel qui attente à ses jours dans son cachot, afin d'échapper au supplice. La vie est si peu de chose! re risquerait l'ennemi de la foi, quand par impossible ses paradoxes seraient au de démonstrations ? de passer quelques années dans la paix et la considération que procure la vertu, d’être juste et honoré, sociable et chéri, réglé dans ses mœurs, bon epoux, bon père, bon citoyen? Voilà ce que produit la soumission sincère au joug de la foi : vérité si constante et si généralement reconnue, que ceux qui n'ont pas le courage de s'assurer cet avantage, le souhaitent au moins à leurs enfans, à leurs épouses, à toutes les personnes qui ont avec eux des rapports ou des affaires d’une véritable importance.

En effet, quel fonds peut-on faire sur un homme qui, selon ses maximes, doit mépriser toutes les lois dont l'infraction peut demeurer inconnue,'et qui ne s'astreint que par inconséquenre à leur observation ? Car s’il n'est point de législateur éternel, de suprême rémunérateur, les lois, dépouillées de leur sanction, n’ont plus rien de respectable, toutes les règles de nos sentimens et de nos actions ne sont que des inventions arbitraires ou de vains préjugés, et la soumission qu’on aurait ne serait que l'effet de la dissimulation ou de l'imbécillité. Dès là il n'est plus d’ordre public fondé en raison : chaque citoyen doit tout rapporter à son bien privé; l’autorité du prince ou des magistrats n’est que tyrannie ; l'esprit de subordination, que lâcheté; et l'indépendance la plus audacieuse sera la magnanimité la plus digne d’éloges. Suites désastreuses et si nécessaires de l’impiété, qu'un impie fut une espèce de monstre dans tous’les siècles, et pour tous les peuples : il n’a point encore cessé d’être un objet d'effroi et d’exécration pour la multitude; lui-même ne peut façonner son oreille à son propre nom, dont il se tient offensé comme d’une sanglante injure.

Mais elle ne convient pas seulement à l’apostasie déelarée, cette qualification si odieuse et si révoltante : apprenons-le à ces âmes téméraires et faibles qui n’ont ni l’humble réserve de la foi, ni l’audace impudente de l’athéisme ; qui doutent et qui croient, suivant leur caprice; qui se permettent des questions ironiques, de sophistiques assertions, des blasphèmes couverts et palliés, dont le développement peut-être leur ferait horreur. Non, il n’est point ici de milieu : du moindre point de révélation rejeté, ou révoqué seulement e ‘oute, jusqu’à l'entière subversion du dogme ct de la morale évangélique, il existe un enchaînement aussi étroit et aussi nécessaire, qu’il est indubitable que la vérité incréée doit se montrer fidèle dans toutes ses paroles. Si tout ce qu’elle’ nous a révélé, si tout ce que l'Eglise nous oblige de croire, n’est pas certain dans toute son étendue sil n'en reste rien du tout qui, sous ce rapport et en vertu de la foi, mérite la moindre croyance, le respect le moins sérieux, le plus faible ménagement. il faut donc révérer et croire généralement tout ce que la foi nous enseigne, ou fouler tout aux pieds, sans exception et sans réserve, sans nulle considération politique ou sociale, sans craindre des suites qui, ne pouvant plus être qu’un mal infiniment moindre que la tyrannie de l’erreur, ne sauraient plus tenir en balance que les fourbes et les lâches : résultat horrible, mais nécessaire, des premières licences en matière d’impiété. ? ?

Qu'on rapproche à présent de l’histoire de l'Eglise considérée surtout dans son premier âge, c'est-à-dire qu’on rapproche de la merveille de son établissement et de sa propagation, la légère esquisse que nous venons de tracer des égaremens de l'incrédulité ; et qu’on prononce suivant les notions les plus communes de la raison et du jugement. Nous abandonnons aux réflexions de nos lecteurs le soin de décider à qui, de cette incrédulité ou de la religion , ils doivent accorder la préférence.

124 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 395]

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