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CHAPITRE PREMIER

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Les hommes, depuis la civilisation la plus reculée, ont écrit leurs pensées sur des matériaux capables de résister au temps. Les pierres druidiques, les obélisques des Egyptiens, les briques de Babyloneet de Ninive portent des caractères gravés en creux que la science moderne parvient peu à peu à déchiffrer et qui nous permettent de reconstituer les traits principaux de l'histoire des peuples primitifs. Cet usage de la pierre n'a jamais cessé : môme à notre époque, nous aimons à transcrire sur les socles des statues les grands faits de nos héros.

Plus tard on se servit de supports moins massifs et plus transportables : de plaques de pierre pour les inscriptions des tombeaux, de lames de métal et d'ivoire pour les articles de loi et les documents officiels, de tablettes de bois recouvertes de cire, de peaux et d'intestins d'animaux, de bandes de toile, de feuilles ou d'écorces d'arbres pour les usages plus ordinaires. Mais il faut remonter à une époque relativement récente, à quelques milliers d'années, pour voir employer des substances minces, abondantes, faciles à se procurer, capables de conserver l'écriture. Ces substances sont, par ordre d'invention : le papyrus, le parchemin et le papier. Une nouvelle invention ne chasse jamais du premier coup une invention ancienne; il s ('roule toujours un certain temps pendant lequel les deux inventions rivales luttent ensemble, jusqu'à ce (pic la meilleure

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fasse complètement disparaître l'ancienne. En vertu de cette loi, on se servit concurremment de papyrus et de parchemin pendant longtemps, ainsi que de parchemin et de papier. Aujourd'hui le papier est exclusivement employé.

1° Papyrus. — Le papyrus ou souche t à papier, est un roseau qui pousse spontanément dans les lacs et les cours d'eau de l'Afrique Centrale. Il est surtout abondant dans la Basse-Egypte où il fut pendant une longue suite de siècles l'objet d'une culture spéciale. Sa racine était un aliment recherché; sa tige et ses feuilles servaient à fabriquer des cordes, des tissus, des corbeilles et surtout du papier.

Voici, d'après Pline, quelle était la préparation de ce papier de papyrus. On coupait la tige, élevée de 1 m , î> à 1"\80, et l'on ne conservait que la partie plus blanche ayant trempé dans l'eau. On enlevait l'écorce, puis on détachait les couches successives du liber, d'autant plus fines qu'on s'éloignait davantage de l'écorce. Ces couches étaient battues et séchées sous une presse. En les collant bout à bout, on obtenait des feuilles qui atteignaient jusqu'à 20 mètres de longueur. Pour leur donner une plus grande résistance, on avait aussi l'habitude de coller deux feuilles l'une sur l'autre, mais en ayant soin de croiser les fibres. On polissait avec une pierre dure et on imbibait d'une huile extraite du cèdre, douée de la propriété de chasser les insectes et de préserver le papyrus de l'humidité. Grâce à l'emploi de cette huile antiseptique, nous possédons encore des papyrus parfaitement conservés, et qui cependant ont plus de trois mille ans.

Alexandrie, dans la Basse-Egypte, fut le centre principal de la fabrication du papyrus. Cette industrie est très ancienne, puisqu'il existe des papyrus datant de dix-sept siècles avant l'ère chrétienne. La Grèce, Borne, toute l'Asie Occidentale tiraient le papyrus de l'Egypte. Les Bomains, à la suite de leurs conquêtes, introduisirent son usage en Espagne, en France, en Allemagne et jusqu'en Angleterre. A partir du v° siècle, cette industrie commença à péricliter devant les progrès du papier parchemin; au vu siècle, la conquête d'Alexandrie par les

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Arabes acheva complètement de ruiner les dernières fabriques de papyrus qui pouvaient exister encore. Au xn c siècle, il n'en est plus du tout question. Le papyrus ne se fabrique plus actuellement qu'en Sicile, à titre d'article de pure curiosité, avec les quelques tiges de roseaux qui croissent à l'embouchure de la rivière de Syracuse.

Les papyrus sont précieusement conservés dans les musées et les bibliothèques, comme des documents historiques d'une extrême importance. On les recherche partout, même dans les vieux souliers dont les semelles ont été jadis fabriquées avec du papyrus.

2° Parchemin. — Dès son apparition, le parchemin fit une grande concurrence au papyrus à cause de ses qualités exceptionnelles. Il joint à une grande résistance une durée presque illimitée. Son prix est malheureusement très élevé. Il a été employé pour ainsi dire jusqu'à nos jours pour les écrits d'une grande importance, pour les actes notariés, les diplômes, etc. On appelle parchemin les peaux d'agneau, de mouton, de brebis, de chèvre, rendues extrêmement minces par des opérations assez compliquées. Les peaux sont débourrées, écharnées, ratissées et polies avec de la pierre ponce. Le vélin est un parchemin d'une grande finesse, fabriqué avec les peaux des agneaux, des veaux et des chevreaux mort-nés.

Le parchemin a été connu dès la plus haute antiquité. Les Grecs, du temps d'Hérodote, et les Romains, du temps de Martial, en faisaient déjà usage. Pergame, ville de l'Asie Mineure, en était le plus grand centre de fabrication en Orient, deux siècles avant Jésus-Christ.

On possède de précieux manuscrits sur parchemin et sur vélin. Dans l'antiquité, pour les ouvrages de grand luxe, on colorait le vélin de deux nuances différentes sur chacune de ses faces. Jusqu'au xv c siècle, avant l'invention de la peinture à l'huile, on peignait sur vélin. Le vélin d'Augsbourg était le plus recherché pour ces sortes de peinture. On nomme palimpsestes les vieux manuscrits sur parchemin qui ont été raclés avec une pierre ponce et qui ont reçu après cette opération une

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nouvelle écriture. On a pu reconstituer heureusement l'écriture primitive et retrouver des ouvrages qu'on croyait à jamais perdus.

3° Papier. — En somme, le papier n'est autre chose que de la cellulose, plus ou moins pure. Il a été connu depuis la plus haute antiquité, dans l'Extrême-Orient, en Chine et au Japon. Il y était fabriqué avec des écorces d'arbres, avec du bambou, comme encore de nos jours.

Comment les Arabes apprirent-ils à fabriquer du papier avec du coton, et à quelle époque, c'est ce qu'on ignore encore. On a prétendu qu'ils avaient trouvé des fabriques de papier à Samarkande, lors de la conquête de la Boukharie. au vin" siècle. Quoi qu'il en soit, ce sont les Arabes qui firent connaître ce papier à l'Europe quand, au ix" siècle, ils envahirent l'Espagne et la Sicile. A la même époque, le papier de coton était également fabriqué dans l'empire grec d'Orient, qui en avait emprunté les procédés aux Arabes, et il était introduit en Europe par les croisés et les navires de Venise. Au xn' siècle, les .Maures d'Espagne substituèrent les chiffons de lin et de chanvre au coton seul. Le nouveau papier, beaucoup plus solide que l'ancien, put dès lors lutter avec avantage contre le papyrus et même contre le parebemin. D'importantes fabriques furent fondées en Espagne; elles exportaient leurs produits jusque dans l'Orient. Au xiv e siècle, ce fut au tour de l'Italie, de la France et de l'Allemagne de fabriquer du papier. Quant à l'Angleterre, sa première papeterie ne date que du xv° siècle.

Jusqu'à la fin du xvni" siècle, les chiffons suffirent à la fabrication du papier. Mais, à partir de cette époque, la consommation toujours croissante de ce produit nécessita l'emploi d'un grand nombre d'autres substances. De nos jours, on fait du papier avec de la paille, de l'alfa et du bois.

1° Chiffons. — L'industrie des chiffons est considérable. On estime qu'en France seulement, elle occupe plus de cent mille

personnes. On évalue à 800 000 tonnes le poids des chiffons qui sont convertis chaque année en papier, quantité cependant bien insuffisante à cause de la consommation considérable de ce produit.

Tous les chiffons ne servent pas indistinctement à la fabrication du papier. Ceux de soie et de laine sont mis de côté, pour être de nouveau tissés et convertis en étoffes dites renaissance*. On ne conserve que les chiffons d'origine végétale, c'est-à-dire ceux de coton, de chanvre et de lin. Ces deux derniers sont les plus recherchés, car ils donnent un papier excellent, lisse, transparent et sonnant ; le coton employé seul donnerait un papier souple et mou, rugueux, spongieux et peu cohérent. Ce travail de triage s'exécute dans de vastes établissements. L'un d'entre eux, situé à Paris, dans la rue de Crimée, trie 40 000 kilogrammes de chiffons par jour.

Les chiffons, dès leur arrivée à la papeterie, sont soumis à une série d'opérations dont le but est de les débarrasser de toutes leurs impuretés. On commence par les battre dans une machine spéciale, où un courant d'air violent entraîne les poussières; puis on enlève les corps durs, ourlets, boutons, agrafes, boucles, etc., qui ne peuvent être convertis en pâte à papier et qui détérioreraient les machines. En même temps on coupe les chiffons en petits morceaux. On passe ensuite à un nouveau blutage, enfin on termine par un lessivage.

Ce lessivage s'exécute dans une machine rotative, inventée par M. Donkin. Les chiffons sont introduits dans un cylindre mobile, percé de trous ; celui-ci tourne à l'intérieur d'un second cylindre concentrique et immobile, qui reçoit de la vapeur d'eau et une lessive alcaline. Les eaux de lessivage ne sont pas perdues : elles servent à l'irrigation des prés ou des terres, car elles contiennent des matières fertilisantes.

2° Transformation des chiffons en pâte à papier. — Avant le xvn" siècle, on réduisait lentement les chiffons en pâte aiiW moyen de pilons, ce qui exigeait beaucoup de temps et surtout une force motrice considérable. Aussi, dans les pays accidentés, les papeteries étaient-elles principalement établies sur

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des cours d'eau auxquels on empruntait la force motrice. L'Angleterre et la Belgique, privées de chutes, mais heureusement riches en houille, employaient ce combustible. Quant à la Hollande, elle en était réduite à se servir de ses moulins a vent. Poussés par la nécessité, ce furent donc les Hollandais qui, vers la seconde moitié du xvn c siècle, eurent l'idée de remplacer les pilons par des cylindres armes de lames tranchantes en acier pour déchirer les chiffons. On ignore le nom de l'inventeur.

La transformation des chiffons en pâte s'effectue en deux temps. On commence par les effilocher; ce qui donne le défilé ou demi-pâte ;©n passe ensuite au raffinage qui fournit la pâte sous sa forme définitive.

L'effilochage se fait dans une grande cuve ovale, dans laquelle passe un courant continu d'eau; l'opération dure de quatre à huit heures, suivant la qualité des chiffons. Des toiles métalliques permettent à l'eau de la cuve de s'écouler au dehors. Il faut sans cesse renouveler l'eau aunioyend'uu large robinet. Toutes les impuretés des chiffons sont ainsi peu à peu éliminées, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de la cellulose pure. La limpidité de l'eau joue un rôle capital dans la papeterie ; aussi ces usines s'établissent-elles de préférence sur les rivières renommées pour la pureté et la transparence de leurs eaux.

L'appareil qui provoque le courant continu d'eau et de chiffons est en même temps celui qui effiloche les chiffons. C'est un cylindre muni de lames tranchantes qui se rencontrent avec d'autres lames plates et non tranchantes situées au fond de la cuve. On peut d'ailleurs rapprocher ou écarter à volonté les lames du cylindre des lames fixes, en abaissant ou en élevant le cylindre. Plus les chi fions s'effilochent, et plus il faut abaisser le cylindre.

L'effilochage terminé, on blanchit la demi-pâte dans la même cuve. -Avant la fin du siècle dernier, on ignorait le moyen de blanchir la pâte à papier ; on ne pouvait donc se servir de certains chiffons trop colorés, ni des toiles d'emballage. Il n'en fut plus de môme quand Perthollet lit connaître le pouvoir décolo-

rant du chlore. Il faut bien l'avouer cependant : si le chlore donne un papier plus blanc, il a le grand désavantage d'énerver les fibres et de rendre le papier plus cassant. Le chlore seul agit trop fortement ; il jaunit le papier, le tache et le fait tomber en poussière. Le chlorure de chaux en dissolution n'a pas le même inconvénient, surtout si l'on a soin de multiplier après décoloration les lavages avec des antichlores. On appelle ainsi des substances qui ont la propriété de décomposer l'excès de chlorure de chaux; les pins employées sont le sulfite et l'hyposnlfite de soude, le protochlorure d'étain ou même le gaz d'éclairage.

Le chlorure de chaux employé seul aurait une action décolorante trop lente. Il faut ajouter un acide, ou mieux encore du chlorure de zinc. On neutralise ensuite l'excès d'acide avec du carbonate de soude, qu'on ajoute en même temps que l'antichlore.

On a adopté depuis quelques années un nouveau mode de blanchiment très avantageux, indiqué par M. E. Hermite. On ajoute du chlorure de calcium ou de magnésium à la pâte effilochée, et l'on fait passer un courant électrique. Le chlore, mis en liberté par le courant, blanchit le papier. Le même bain peut servir indéfiniment, en sorte que la seule dépense se trouve réduite à celle de l'électricité.

Cette première opération terminée, on passe au raffinage. Cette opération ne diffère pas essentiellement de la première ; elle s'exécute dans une clive semblable à la pile ou cuve effilocheuse, mais les lames sont beaucoup plus rapprochées et le mouvement de rotation, qui dure de deux à quatre heures, est plus rapide.

Enfin, il ne reste plus qu'à ajouter dans la cuve, suivant les circonstances et la nature du papier qtt'on veut tobtenir, des matières propres à l'azurage, au coloriage et au collage du papier. On y ajoute aussi des matières destinées à augmenter son poids, tout en diminuant son prix. '

L'azurage a pour but d'augmenter la blancheur du papier par l'adjonction d'un peu de bleu. Le bleu, mélangé à la coloration

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