EUROPE
France. — La culture du tabac est possible sur tout le territoire de la France, mais elle n'est autorisée par le gouvernement que dans quelques rares départements. Cette culture est faite par les particuliers, sous la surveillance de la régie, et les produits sont exclusivement vendus à l'État.
Le tabac fut taxé par le gouvernement dès 1621, mais la culture et la fabrication en restaient libres. Colbert, en 1674, fit de sa fabrication un monopole de l'État. Ce monopole, aboli en 1791, fut rétabli dès 1811 par Napoléon I er .
Les bénéfices réalisés représentent environ le dixième du budget de l'État.
La culture du tabac est actuellement autorisée dans vingt-deux départements, qui peuvent se grouper en six sections :
1° Nord et Pas-de-Calais ;
2° Ille-et- Vilaine ;
3° Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Lot, Landes et Hautes- Pyrénées ;
4° Corrèze et Puy-de-Dôme ;
5° Haute-Saône, Vosges, Meuse, Meurthe-et-Moselle;
6° Vaucluse, Isère, Savoie, Haute-Savoie, Bouches-du-Rhône, Var et Alpes-Maritimes.
La Dordogne tient la tête, avec une production moyenne de o millions de kilos. Viennent ensuite le Lot-et-Garonne, l'Isère, le Lot, la Gironde, le Pas-de-Calais et le Nord ; la Meuse vient en dernier rang. Le tabac du Lot est le plus riche en nicotine.
Il y a en France vingt et une manufactures de tabacs, occupant
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un personnel de 21 000 employés et ouvriers, dont plus de 18000 femmes. La culture indigène ne pouvant livrer à ces manufactures que 19 millions de kilos de tabac, alors •que la consommation annuelle est de 86 millions de kilos, représentant une valeur de 370 millions de francs, le surplus nécessite un achat considérable de tabacs étrangers, surtout de la Havane, du Kentucky, du Marylaud, de la Hongrie et du Brésil. On en importe aussi un peu de la Virginie, du Mexique, du Levant, de Java et de l'Algérie.
Les manufactures les plus importantes sont celles de Lille, qui fabrique 6 millions de kilos; de Paris, au nombre de trois (au Gros-Caillou, à Reuilly et à Pantin); de Chàteauroux, de Dijon, de Lyon, de Morlaix, de Nantes et de Toulouse. Les manufactures du Havre, de Dieppe, de Marseille, de Nice, de Tonneins, de Bordeaux, de Nancy, de Riom, d'Orléans, du Mans, tiennent un rang inférieur.
Nous avons déjà dit que la fabrication du tabac à priser était remarquable en France ; celle du scarl'erlati ne l'est guère moins. Malheureusement on ne peut en dire autant de celle des cigares, qui est très défectueuse. Le cigare se consomme pourtant en quantité considérable. Avant 1854, on consommait une moyenne de 50 millions de cigares par an; mais, à cette époque, on fabriqua le cigare à un sou, et la consommation s'élève actuellement à près d'un milliard.
La consommation du tabac progresse d'ailleurs d'une façon effrayante. En 1815, elle était de 10 millions de kilos; en 1840, de 1G millions; en 1860, de 28 millions, et, en 1886, de 35 millions de kilogrammes.
Le tabac à fumer est de beaucoup le plus important, puisqu'il représente à lui seul les 63/100 de la production totale. Viennent ensuite: le tabac à priser qui représente les 22/100; les cigares M p. 100, les cigarettes et le tabac à mâcher qui représentent chacun 2 p. 100.
Angleterre. — On n'y cultive pas de tabac. Le tabac y est d'ailleurs très cher et très mauvais; la fabrication est libre.
Belgique. — On y cultive beaucoup de tabac. Les plus renom-
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mes sont ceux de Courtrai, d'Ypres et d'Alost. La fabrication est libre. Les manufactures, très nombreuses, sont situées à Anvers, Bruxelles, Gand, Bruges et Liège.
Suisse. — La fabrication est libre. Les manufactures, qui abondent un peu partout dans les vallées, expédient à l'étranger surtout des cigares et du tabac à fumer. Si le tabac est à bon marché, il manque de finesse.
» Pays-Bas. — Quoique les Hollandais fument énormément, ils cultivent peu de tabac. Les fabriques d'Amsterdam et d'Utrecht sont les plus renommées. A citer aussi le tabac à priser d'Amersfort.
Allemagne. — La culture du tabac y est généralement très soignée et donne lieu à une grande exportation. Les cigares allemands sont remarquables, et leur fabrication est obtenue par l'emploi de machines spéciales. C'est d'ailleurs l'Allemagne qui a inventé la fabrication mécanique des cigares. Les tabacs du Palatinat, de Bade, de la Bavière et de la Hesse sont les plus remarquables.
Autriche. — Le tabac de Hongrie est très renommé, mais il a peu d'arôme. On le cultive surtout à Debreczin, Szegedin et Fùnfkirchen.
Italie. — On y cultive peu de tabac. Le tabac à priser y est surtout bien fabriqué.
Espagne et Portugal. — On y consomme surtout les tabacs des colonies. Le tabac à priser du Portugal a une réputation déjà ancienne. Le Portugal tire une partie de ses tabacs des îles Madère, des Açores et d'Angola.
Russie. — Les Russes consomment surtout le tabac haché et des cigarettes. Le tabac y est coupé très finement. Les principales manufactures sont établies à Saint-Pétersbourg, Moscou, Biga, Odessa et Kiéff. On cultive le tabac dans les régions du Sud, dans la Tauride, la Ghersonèse et la Bessarabie, dans le Caucase, la Mingrélie, le bassin du Volga. Quelques districts du Tchernigoff donnent un tabac analogue à celui de la Turquie.
Roumanie. — La culture du tabac s'y fait depuis quelques
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années sur une vaste échelle. On y récolte une variété, dite Yénidjé, analogue au tabac turc.
Grèce. — Les tabacs grecs, surtout ceux de Nauplie et d'Épidaure, sont analogues au tabac turc.
Turquie. — Le tabac turc, dit du Levant, a acquis une réputation qui va sans cesse en croissant. Il la duit à l'excellence du climat de cette partie du monde, à la nature du terrain et à la préparation qu'on lui fait subir. Cette préparation consiste, comme en France, à développer l'arôme par une fermentation, et en une torréfaction. La Turquie est le pays où l'on fume le plus la pipe, mais on y connaît à peine l'usage du tabac à priser.
Les tabacs les plus renommés sont ceux de la Macédoine, à Yénidjé, près de Serrés. Les tabacs d'un jaune brun de Salonique, Janina, Trébizonde, Alcp, Djebel, ceux de Syrie, et les tabacs noirs de Latakiè et d'Abou-Reha jouissent aussi d'une grande estime.
Amérique. — Les meilleurs tabacs sont certainement ceux de l'Amérique. Les Etats-Unis exportent du tabac dans le monde entier. Les meilleures qualités viennent du Kentucky, du Maryland, de la Virginie et de la Louisiane. La liberté de culture est entière aux Etats-Unis. Par une dessiccation graduée, on donne à la feuille la couleur voulue.
Le Mexique produit des tabacs assez renommés.
Le tabac des Antilles est certainement le meilleur de tous. Aucun autre cigare n'est comparable à celui de la Havane. Le tabac acquiert à Cuba un parfum hors ligne. Cuba produit à elle seule la dixième partie du tabac consommé dans l'univers, soit 32 millions de kilogrammes, d'une valeur de GO millions de francs. Il faut doubler ce dernier chiffre pour obtenir la valeur des cigares sortant de ses manufactures. Les crus les plus renommées, car il existe des crus pour le tabac comme pour le vin, sont ceux des terres occidentales (plantation de la Vuelta Abajo, de Partidas, de la Vuelta Arriba), du centre (Puerto Principe), des districts de la Ensuada, etc.
Le macouba de la Martinique est également renommé. Dans
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l'Amérique du Sud, il convient de citer aussi le tabac du Brésil, surtout celui de la province de Bahia, fort estimé par lesfumeurs, et celui de Bio-de-Janeiro, excellent comme tabac à priser; celui de la province de Tucumas dans la Bépublique Argentine, celui de la province de Corrientes ; celui du Paraguay, du Venezuela. La Bolivie et le Pérou, les républiques de l'Amérique Centrale, commencent aussi à cultiver le tabac avec succès.
Asie. — L'Asie produit peu de tabac. Il n'y a guère à citer que le tabac de la Perse, très parfumé comme celui de la Turquie ; le tabac de Siam, de la Cocbinchine et de Manille, dans, les îles Philippines ; celui de Ceylan et de Bornéo. Nous n'avons pas de documents sur les tabacs de la Chine et du Japon.
Afrique. — On a planté en Algérie 10 000 hectares en tabac; cette culture y est libre. La production annuelle s'élève à environ 3 millions de kilogrammes. Les meilleures qualités sont celles dePhilippeville, de Sidi-Bel-Abès et de Saint-Charles. Philippeville fabrique beaucoup de cigares.
En résumé, on peut évaluer à 700 millions de kilogrammes la production du tabac sur la terre entière, 200 millions pour l'Europe et 500 millions pour le reste du monde, dont la grande majorité pour l'Amérique. La consommation européenne étant de 350 millions de kilos, c'est donc un déficit de 150 millions qu'elle doit demander à l'Amérique, en majeure partie.
Le tabac rapporte aux trésors des Etats de l'Europe près d'un milliard de francs, dont 200 millions pour la France seulement. Les Etats-Unis font un bénéfice de 250 millions. L'industrie des. tabacs est donc l'une des plus considérables.