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nouvelle industrie se répandit dans le Massachusetts, le Rhode- Island, le New-Hampshire, le Connecticut, le New-York et la Pensylvanie. Les deux premiers États sont de beaucoup les plus importants. Quelques filatures, comme celles de la Providence dans Rhode-Island, de Lawrence dans leMassachusetts, de Lowel, furent construites dans des proportions monumentales et gigantesques. On y filait, tissait et imprimait le coton.
La progression fut très rapide. En 1831, il y avait déjà 79o filatures occupant Go 000 ouvriers. En 18G0, on comptait îî millions de broches, 7 millions en 1870 et on en compte actuelment 13 millions. Ce résultat n'a rien d'extraordinaire quand on songe que le coton et la houille abondent aux Etats-Unis et que ce peuple possède, comme les Anglais, le génie de la mécanique. La filature du coton est destinée à y devenir aussi importante qu'en Angleterre.
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1° Historique. — L'emploi du lin comme matière textile remonte à la plus haute antiquité. Ce mode de tissage a pris naissance sur le grand plateau de la Haute-Asie, ce berceau de la civilisation humaine. Il s'est de là répandu sur toute la surface de l'ancien continent : dans l'Egypte, où l'on tisse le lin depuis six mille ans, comme l'attestent les bandelettes des momies égyptiennes, dans l'Inde, dans la Gaule et la Germanie, etc.
Les anciens savaient tisser avec le lin des étoffes d'une finesse extraordinaire. Ces étoffes de lin étaient considérées comme les plus pures de toutes. Le mot linge vient du nom de linigeri, c'est-à-dire porte-lin qu'on donnait aux prêtres de la déesse Isis.
2° Culture et production dans les différents pays. — Le lin est une plante annuelle, d'environ un mètre de hauteur. Elle exige un climat tempéré, ni trop sec, ni trop humide, où les A T ents soient modérés. Au centre de l'Europe, dans le nord de la France, en Belgique et en Allemagne, on sème deux variétés de lin : le lin de mars et le lin de mai. Le premier, très long et très beau, exige une culture plus soignée et ne convient qu'à la petite
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culture ou aux campagnes très peuplées, à cause des nombreuses manipulations que doit subir le sol ; le lin de mai est de culture plus facile et convient aux pays plus déserts. On a l'habitude de semer dru et de récolter avant la maturité complète de la graine, car on tient surtout h la qualité de la fibre lien résulte une dégénérescence très prompte de la graine et la nécessité de la renouveler tous les trois ans. Les nouvelles semences sont achetées dans la Livonie, à Riga surtout, en Hollande ou en Amérique. Dans le midi de la France, en Algérie, en Egypte, on cultive le lin de Sicile, qui se sème en automne et donne une filasse plus grossière que les lins du Nord.
Le lin s'arrache à la main.
Après l'avoir fait rouir, on le sèche sur le sol, puis en tas. On le bat ensuite, pour en détacher les graines, entre des dents qui forment peigne. Ces graines servent ensuite à la fabrication de l'huile de lin.
Les pays producteurs de lin sont la France, la Belgique, la Hollande, l'Irlande, la Russie d'Europe et d'Asie, la Saxe et la Westphalie.
France. — La culture du lin était surtout florissante en France au xvu' siècle. Cette contrée fournissait alors de toiles l'Angleterre, l'Espagne et la Hollande. Actuellement, elle doit demander du lin à la Belgique, à l'Irlande, à la Russie et à l'Algérie, car les filatures consomment le double de ce que produit le territoire. La production française décroît d'ailleurs avec une rapidité effrayante : en 1862, il y avait encore 100 000 hectares plantés en lin ; en 1890, il n'y en avait plus que 40000 hectares. La Russie importe à elle seule en France plus de 40 millions de kilogrammes de lin par an.
Les régions où l'on cultive encore le plus de lin sont : la Flandre et la Picardie, qui ont conservé leur antique réputation pour ce textile et une grande supériorité pour le rouissage et le teillage ; les côtes de la Manche, le littoral de la Rretagne, où l'industrie du lin était jadis beaucoup plus florissante; la Normandie, surtout les environs du Havre et de Bernay ; les environs de Paris, la Sarthe, la Mayenne, Maine-et-Loire, le Loir-et-Cher.
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Belgique. — La Flandre belge produit les meilleurs lins du monde, surtout dans la vallée de la Lys. Courtrai, Gand, Lockeren, Malines fournissent des lins excellents pour les numéros les plus fins.
Hollande. — Les lins bleus de Hollande sont très renommés. On les cultive spécialement dans la Zélande, pour les
Russie. — La Russie fournil la moitié du lin consommé en Europe. Ce lin est très souple et très facile à filer, mais il n'est jamais d'un blanc parfait. Les centres de production sont les gouvernements de Pokor, Smolensket Vatka. La Livonie et la Litbuanie cultivent surtout le lin pour graines : on le connaît dans le commerce sous le nom de lin de Riga.
Signalons enfin les lins de l'Irlande, ceux des bords du Rhin, de la Silésie, de l'Autriche, de la Hauto-Italie, du Canada, de la Turquie où celui de Trébizonde est absolument remarquable par sa blancheur et peut être comparé à la ramie, de L'Algérie, où la production a pris une grande importance et où l'on cultive les lins de Riga et de Sicile. La culture du lin en Algérie ne date que de 1855; elle y semble destinée à un grand avenir.
3° Filature. — Le coton est une fibre pure qui ne doit subir aucune préparation pour être isolée; il n'en est pas de même du lin, du chanvre et de leurs succédanés. Ici, les libres sont emprisonnées au milieu de la tige et il devient nécessaire de les isoler par des procédés chimiques ou mécaniques. Il convient de remarquer que les fibres des plantes monocotylédones sont beaucoup moins unies aux autres éléments du bois que celles des dicotylédones. Les plantes monocotylédones sont donc les plus faciles à travailler pour isoler les fibres.
Rouissage. — Le rouissage a pour but de détruire par la fermentation les matières qui soudent les libres entre elles ou avec le reste du bois, car les fibres constituent une mince enveloppe, comprise entre le bois et l'écorce.
Il existe plusieurs procédés de rouissage. Le premier consiste à étendre le lin vert sur un pré et à l'abandonner ainsi pendant une quarantaine de jours à l'action de la rosée et de l'humidité,
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mais ce procédé est trop long. On préfère plonger le lin dans de l'eau, soit stagnante, soit courante. C'est l'eau courante qui fournit les meilleurs résultats : le lin est plus blanc, tandis qu'il brunit dans l'eau stagnante. De plus, les produits de la fermentation qui souillent les eaux, sont beaucoup plus nuisibles à la santé dans les eaux stagnantes que dans les eaux courantes, où l'oxygène de l'air les brûle rapidement. La durée de l'immersion est d'une quinzaine de jours. Le procédé du rouissage dans l'eau, outre son insalubrité, a encore l'inconvénient grave de laisser perdre des matières qui pourraient être utiles à l'agriculture comme engrais. La méthode de l'exposition au pré a du moins l'avantage de ne pas perdre ces substances qui fertilisent le pré.
En résumé, on voit que toutes les méthodes actuelles de rouissage ont leurs inconvénients. On a donc cherché de meilleurs procédés, mais on n'a rien trouvé de pratique jusqu'ici. On a essayé l'action de la vapeur d'eau, de l'eau chaude, avec l'aide de cylindres broyeurs, des alcalis, du sous-chlorate de magnésie, etc. Schenk, aux États-Unis, a tenté de produire le rouissage au moyen de l'eau, dans la fabrique même, dans de grandes cuves. En somme, il y a encore là un beau problème industriel à résoudre, d'autant plus que le rouissage actuel ne débarrasse pas complètement la fibre de ses matières gommeuses et qu'il est par conséquent encore incomplet.
Teillage. —Il s'agit maintenant, par des procédés purement mécaniques, de séparer les fibres du reste du bois, ce qui est facile, puisque le rouissage a détruit les matières agglutinantes. Le lin roui est desséché, torréfié dans un four, battu sur une aire avec des maillets, puis broyé entre des cylindres cannelés. Au lieu de cylindres, on emploie encore dans les campagnes des machines plus primitives. Quoi qu'il en soit, tous ces procédés reviennent à briser tout ce qui n'est pas la fibre, demeurée encore résistante après le rouissage.
Il est possible qu'on trouve un jour le moyen de teiller le lin en vert, c'est-à-dire d'isoler les fibres de la tige sans le secours du rouissage. Ce serait une belle découverte.
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Peignage. — Aussitôt après le teillage, on peigne les fibres de lin. On devrait cependant leur faire subir d'abord une autre préparation, ayant pour but de les diviser davantage, de les assouplir et de les rendre plus faciles au travail. C'est là un beau champ de recherches pour les chimistes.
Le peignage s'opère au moyen de fines aiguilles d'acier qui séparent la matière en longs brins et en étoupes. Ces étoupes sont employées à la fabrication des toiles grossières. Le principe du peignage mécanique a été trouvé par Philippe de Girard, le célèbre ingénieur qui est parvenu le premier à filer mécaniquement le lin.
Filature. — La filature et le tissage du lin se pratiquèrent à la main pendant des siècles dans les chaumières des campagnes. La Hollande, la Belgique, la Flandre et la Bretagne, en France, étaient renommées pour leurs belles toiles de lin. L'Angleterre, dont le sol est peu favorable à la culture du lin et du chanvre, était obligée de demander ces textiles au continent. Mais, à la fin du siècle dernier, les Anglais purent tisser mécaniquement le coton et ruinèrent du coup l'industrie du lin et du chanvre sur le continent.
C'est alors que Napoléon I er , eu 1810, fonda un prix d'une valeur d'un million, à décerner à l'inventeur du meilleur système de la filature mécanique du lin. Un avait déjà tenté à plusieurs reprises cette filature mécanique, tant en France qu'en Angleterre, à la fin du xvin° siècle, mais sans succès. Les événements politiques qui se succédaient rapidement ne permirent pas de donner suite au concours, mais l'élan n'en était pas moins donné. Philippe de Girard inventa un métier mécanique, bon en théorie, mais mauvais en pratique. Biche industriel, il fonda deux filatures à Paris et se ruina. Il se mit alors à colporter son invention un peu partout dans l'Europe : en Autriche, où l'empereur fonda pour lui une filature à Hirtenberg, près Vienne ; à Varsovie, où le tsar en fonda également une. Finalement, il vendit sa machine à l'Anglais Horace Hall. Les mécaniciens anglais, gens très pratiques, la perfectionnèrent si bien qu'en 1826 la filature mécanique du lin était définitivement
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fondée a Leeds et de là se répandait dans toute l'Angleterre Ce fut alors au tour de la France et de la Belgique d'aller chercher ces machines en Angleterre, mais il était défendu de les exporter du sol anglais sous peine de mort. Quelques filateurs se dévouèrent cependant, parmi lesquels il convient de citer MM. Feray, dEssonnes; Scrive-Labbé, de Lille, et Decoster, de Pans. Le premier se fit ouvrier pendant trois ans dans une filature de Leeds et envoya une à une, secrètement, les diverses pièces dune machine en France; le second se rendit aussi en Angleterre et put se procurer une machine par la fraude; mais tous deux, revenus chez eux, conservèrent leurs machines secrètes pour les autres filateurs. Decoster, au contraire, après une étude approfondie en Angleterre, les livra à la publicité, fcn 1833, le contment était enfin en possession de la filature mécanique du lin. La filature à la main n'existe plus que pour la fabrication des fils d'une finesse extrême, dits de m„/qumene, employés pour les batistes de Cambrai ou de la Belgique. Ces fils sont tellement fins qu'un kilomètre ne pèse que 7 grammes.
La filature du lin emploie des machines différentes suivant quil s agit de filer le lin en longs filaments ou en étoupes, suivant qu'on le file humide pour les numéros fins, ou sec pour les numéros moyens ou gros. Les fils à coudre les plus renommés viennent de Lille, d'Alost en Belgique et de Dûren en Prusse. La maison Ryo-Catteau, de Roubaix, a inventé des machines pour bobiner plusieurs fils à la fois. C'est en 1853 que les pelotes ont remplacé les anciens écheveaux.
Les Anglais ont aussi grandement perfectionné la filature des étoupes. Ils les traitent préalablement par une dissolution de soude caustique, ce qui les rend plus faciles à travailler. Quant aux étoupes de rebut, ils arrivent même à en tirer parti par un traitement préalable au carbonate de soude, à l'acide sulfurique, puis encore au carbonate de soude et enfin au perchlorure de magnésie. Les étoupes sont alors hachées menu et filées comme du coton. On en fait aussi des feutres ou du papier de luxe.