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III

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dans un second appareil nommé banc à b?'oches, qui a pour but de tordre les filaments et qui est fort compliqué. C'est une tige de fer qui tourne et portant deux branches recourbées formant ailettes. Le ruban traverse un anneau creusé dans la tige de fer et va s'enrouler après torsion sur une bobine portée par l'une des ailettes.

Filature. — Il ne reste plus maintenant qu'à filer le coton ainsi préparé. Nous allons assister à l'une des manifestations les plus extraordinaires du génie de l'homme. Ce sont des barbiers déclassés, dit le baron Charles Dupin, de petits fermiers, lilateurs à leurs moments inoccupés, de petits horlogers, des tisserands, des forgerons, en un mot d'humbles artisans qui préparèrent, malgré leur ignorance première, mais à force de persévérance et d'esprit d'invention, l'une des révolutions matérielles les plus étendues et les plus fécondes. Ajoutons que c'est à l'Angleterre que le monde doit cette révolution pacifique et que c'est la filature du coton qui en a été l'origine.

La filature des fibres textiles s'est effectuée à la main, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'au milieu du siècle dernier, au moyen de la quenouille et du fuseau. Ces deux instruments primitifs existaient déjà en Amérique et en Océanie avant la découverte de ces contrées par les Européens. Les Indiens avaient imaginé, il est vrai, depuis un temps immémorial, une sorte de rouet qui leur permettait d'obtenir un fil d'une délicatesse extrême. En Europe, le rouet à filer fut seulement en usage à partir du xvi e siècle. Il consistait en une grande roue, mue à la main ou par une pédale, qui communiquait un mouvement de rotation à une petite poulie et à une branche en fer portant une bobine sur laquelle le fil venait s'enrouler après torsion. Une quenouille servait de support à la fibre peignée.

Au milieu du xvm e siècle, les Anglais fabriquaient déjà en grande quantité un tissu très renommé, nommé fittame, composé avec des fils de lin à la chaîne et des fils de coton à la trame. Un pauvre ouvrier, fabricant de peignes à tisser à Leight, dans le comté de Lancastre, eut l'idée de construire une machine destinée à filer le coton, les fils de coton ne pouvant plus

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suffire à la consommation. Il se mit au travail avec l'aide de l'horloger Kay, et, en 1763, les deux associés réalisèrent la première machine à filer mécaniquement, à laquelle ils donné ren t le nom de spinning-Jenny, c'est-à-dire Jeannette-la-Fileuse, du nom de la fille de Thomas Highs, le fabricant de peignes. La machine fonctionna si mal qu'ils la jetèrent par la fenêtre. Highs en ramassa les débris, perfectionna seul sa machine et la rendit plus parfaite.

En 1767, quatre ans plus tard, un pauvre charpentier, père de sept enfants, James Hargreaves, reprit la même idée et parvint à filer des fils de coton pour chaînes seulement. Le peuple brisa sa machine et l'inventeur dut se réfugier à Nottingham, où il mourut dans la misère. Highs et Kay, de nouveau associés, construisirent en cachette une nouvelle machine à filer continue, nommé throslle, qui donnait à volonté les fils de trame et de chaîne. Il fallait se cacher pour éviter la fureur du peuple qui voyait sa ruine dans des inventions mécaniques.

La machine à filer existait donc, mais, pour devenir industrielle, elle devait passer des mains des inventeurs dans celles d'un homme d'affaires et de plus entreprenant. Cet homme, Arkwright, ancien barbier à Preston, sut s'attacher le mécanicien Kay, rendit sa machine plus parfaite, prit un brevet en son nom en 1768 et, avec l'aide des capitaux du banquier Smalley, fonda une filature mécanique à Cramford. Tout le monde se tourna contre lui, contre cet homme courageux à qui l'Angleterre doit une partie de ses richesses actuelles. On détruisit sa filature, on se coalisa pour ne pas acheter ses fils. Mais l'élan était donné et la filature mécanique du coton lit des progrès rapides. En 1779, Samuel Crompton, simple tisserand, inventa une machine autrement perfectionnée que les précédentes, à laquelle il donna le nom de mull-Jenny ou moulin de Jeannette ; c'est en somme une combinaison de la spinning-Jemiy et du throstle. Le Parlement anglais vota à l'inventeur une récompense de 125000 francs, dont il ne toucha qu'une minime partie, le reste étant absorbé par les frais de cet acte législatif.' En 1783, la machine à filer de Crompton était mue pour la

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première fois par une machine à vapeur de Watt, à la filature de Robinson, à Paplewick.

La machine de Crompton a subi depuis un siècle quelques perfectionnements de détails, mais elle est toujours restée la même quant au fond. Parr-Curtius est arrivé à fabriquer une machine, dite mull-Jenny self actinff, -encore employée actuellement dans toutes le& filatures de coton, qui prépare et file ce textile sans le secours de l'homme, d'où son appellation spéciale (agissant seule).

4° Statistique. — La filature du coton est la plus importante de toutes les matières textiles. Il existe dans le monde entier environ 82 millions de broches, représentant un capital de deux milliards et demi. L'Angleterre, à elle seule, en possède 43 millions, c'est-à-dire autant que toutes les autres nations réunies. Voici, d'après M. Renouard, la statistique actuelle du nombre de broches des principaux pays :

millions.

Suisse 1,9 millions.

Espagne 1,8 —

Italie 1,2 —

Belgique 0,G —

Suède et Norvège. 0,3 —

Hollande 0,25 —

Les progrès sont très rapides. En 1867, on comptait 34 millions de broches, filant 950 millions de kilos de coton, représentant une valeur en fabrique de 3milliards et demi de francs. Actuellement, cette valeur s'est élevée à 4 milliards et demi. Les chiffres concernant la Chine et le Japon, encore inconnus, n'entrent pas dans ce nombre, cependant ils doivent être considérables.

Angleterre. — La filature mécanique du coton devait se développer dans ce pays plus que partout ailleurs; car, outre son génie de la mécanique qui a bouleversé l'industrie dans le monde entier, elle possède les éléments de bon marché : le fer, la houille, l'accumulation des capitaux et les transports faciles.

Les premières balles de coton arrivèrent à Manchester au

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commencement du xiv° siècle, sur des navires géuois et vénitiens. Le coton était destiné à la fabrication des mèches de chandelles. En 1430, les tisserands eurent l'idée de s'en servir en guise de textile. En 171)11, cette industrie avait déjà pris une grande extension, puisqu'on comptait 40 000 ouvriers disséminés sur toute la surface du royaume. Avant 1774, tout le coton venait de l'Inde et du Levant; à cette époque, on commença à en tirer des États-Unis.

Les filatures, très inégalement distribuées sur la surface du Royaume-Uni, sont situées en majeure partie dans l'Angleterre proprement dite. 11 y en a peu en Ecosse et à peine quelques-unes en Irlande. En Angleterre même, elles sont principalement concentrées dans le Lancashire, autour de Manchester. Oldham, Bolton, Stockport, Preston, Bury, Rochdale, Halifax, Huddersiield, Staty. Bridge. Blackburn, Asthon, jadis simples villages, sont devenus des villes considérables grâce à la filature du coton. Glasgow est le grand marche do tissus fins de coton. On estime qu'il se fabrique chaque jour dans le Lancashire assez de fil de coton pour faire sept mille lois le tour de la terre. Cette industrie occupe à elle seule plus de 4 millions d'ouvriers en Angleterre.

France. — Le coton a commencé à être filé à la main en France vers la fin du xvii» siècle. Sa filature mécanique, née, commenous lavons vu, en Angleterre, eut beaucoup de mal pour s'établir en France. En 1773 et les années suivantes, quelques fabricants tentèrent à Amiens, mais sans aucun succès d'ailleurs, de filer mécaniquement les cotons destinés à la fabrication des velours. En 1784, Martin, d'Amiens, put se procurer des machines anglaises et fonda une filature à Épine, près Arpajon, dans le département de Seine-et-Uise. Le gouvernement d'alors faisait tous ses e'fforts pour encourager l'importation en France des machines anglaises et la construction de ces machines dans le pays même. Parmi les hommes d'initiative qui luttèrent avec le plus d'énergie, il faut surtout citer les noms de Josué Heilmann, de Mulhouse, d'abord ingénieur, puis lilateur, dont nous reparlerons plus loin et qui mourut dans la misère,

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et les deux associés Lenoir-Dufresne et François Richard, que la postérité a confondus sous le nom collectif de Richard-Lenoir. Ces deux industriels, riches à 14 millions, fondèrent partout des filatures, mais ils furent complètement ruinés par Napoléon, qui interdit l'entrée du coton en France. Ils furent aussi ruinés par leur amour pour leurs ouvriers; car, au lieu de fermer leurs usines, ils préférèrent épuiser leurs capitaux en faisant travailler quand même, afin de ne pas laisser les ouvriers dans la misère.

Tels furent les tristes débuts de la filature mécanique du coton en France. Ce n'est qu'à la paix, après 1815, qu'elle s'implanta sérieusement dans notre pays. En 1867, la France possédait 7 millions de broches et occupait le premier rang, dans l'Europe continentale, pour la filature de ce textile. Elle n'occupe plus actuellement que le troisième rang, venant après l'Allemagne et la Russie, ne possédant plus que 4 millions de broches. Cela tient à ce qu'elle a perdu l'Alsace, l'un des plus grands centres cotonniers du monde.

L'industrie cotonnière est répartie, surtout dans la Normandie, les départements du Nord et dans l'Est. La Normandie file surtout les gros numéros, les Vosges les moyens et le Nord les plus fins. Les principales manufactures sont situées à Rouen, Rolbec, Oissel, dans la Seine-Inférieure ; Lille darfs le Nord ; Remiremont, Cornimont, Raon-aux-Rois, Héricourt, Relfort, Nancy et dans nombreuses localités des départements des Vosges, de la Haute-Saône, du Haut-Rhin et de Meurthe-et- Moselle.

Alsace. — L'industrie du coton a pris un immense développement en Alsace à cause de la fabrication dans ce pays des toiles peintes ou indiennes. C'est à peine s'il existait en Alsace quelques métiers à coton à la fin du xvm c siècle. La première filature mécanique fut fondée à Wesserling, en 1803. De 1805 à 1811 date la création des grandes filatures Kœchlin, Dollfus-Mieg, Schlumberger, dont les noms sont devenus si célèbres et si connus du monde entier. En 1828, on comptait déjà 500 000 broches en Alsace ; en 1867, à la veille de la séparation,

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il y en avait près d'un million et demi. Les usines sont surtout concentrées aux environs de Mulhouse.

La filature mécanique du coton fit de grands progrès en Alsace et les Anglais y trouvèrent leurs plus redoutables rivaux. Schlumberger, en 1817, parvint à filer mécaniquement les fils lins de coton par l'emploi de machines perfectionnées, imitées de celles des Anglais. Il y l'ut aidé par deux transfuges anglais, Risler et Dixon, venus fonder à Mulhouse un atelier de construction pour les machines h filer. Ces deux industriels, qui connaissaient tous les secrets du métier, étaient accompagnés de nombreux ouvriers de Manchester.

Ce fut encore dans la filature de Schlumberger que Josué Heilmann tenta d'appliquer à la filature du coton les procédés déjà employés pour celle de la laine. Ses tentatives échouèrent et l'inventeur mourut dans la misère. Son fils, plus heureux perfectionna la peigneuse de son père et parvint à la fortune.

Un trouve encore aujourd'hui en Alsace les principaux ateliers de constructions mécaniques pour les divers appareils usités dans la filature et le tissage.

Belgique et Hollande. — EnBelgique, les principales filatures de coton se trouvent à Gand et dans les environs; à Tournai, Renaix etïermonde. On y file surtout les gros numéros. N'oublions pas que c'est Liévin-Jean Bauwens, de Gand, qui parvint, à force de ruse et de courage, à introduire sur le continent la première machine à filer anglaise. Les lois anglaises condamnaient à la peine de mort quiconque cherchait à faire sortir une machine du territoire britannique.

Quant à la Hollande, ses cotons filés servent surtout à fabriquer des tissus d'exportation pour ses colonies.

Allemagne. — La filature du coton a pris une extension très rapide dans ce pays depuis quelques années, surtout dans les provinces Rhénanes. Les colons alsaciens lui ont d'ailleurs fourni un fort contingent depuis la guerre de 1871). On trouve aussi des filatures importantes en Prusse, en Silésie, en Hanovre, en Hesse et dans le Brunswick, en Saxe et en Wurtemberg. Les progrès du Wurtemberg sont remarquables.

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Autriche. - La houille faisant défaut en Autriche, la filature mécanique n'y a fait que peu de progrès. Les filatures se trouvent surtout répandues dans la Bohême, contrée la plus industrielle de l'Autriche ; on y tisse en outre des étoffes de coton avec une rare perfection.

Suisse. — Ce pays a été singulièrement favorisé par la nature au point de vue des ressources industrielles. La force mécanique y abonde,- grâce aux chutes d'eau. De plus, la maind'œuvre y est encore relativement à bas prix. Winterthur et Saint-Gall, dans les cantons protestants de la Suisse allemande, filent surtout des numéros, fins.

Italie. — Le peuple italien, trop amoureux du soleil et du far niente, déteste généralement les grandes usines. Il faut faire exception pour la Lombardie où se trouvent quelques filatures de coton.

Espagne et Portugal. — Comme les Italiens, les Espagnols et les Portugais n'aiment pas les usines. L'Espagne possède quelques belles filatures de coton à Barcelone. Le Portugal a fait aussi des progrès depuis quelques années.

Russie. — Ce vaste empire fait d'immenses progrès industriels. En 1882, le nombre des broches dans les filatures de coton était de deux millions et demi ; dix ans plus tard, ce nombre s'élevait à quatre millions. La Russie tire ses cotons du Caucase, de la Crimée et de ses nouvelles provinces asiatiques. Les filatures sont principalement situées à Saint-Pétersbourg, Moscou, Vladimir, Tver et dans la Pologne.

États-Unis. — La première filature de coton a été fondée en 1790 par Samuel Slater, à Pantuck, dans le Bhode-Island, au centre de la culture du coton. Cette tentative ne pouvait pas réussir, car la lutte était impossible avec l'Angleterre, armée de son admirable outillage mécanique. La véritable fondation de l'industrie cotonnière aux États-Unis date de 1822, époque où fut construite la filature de Lowel, près de Boston, sur les chutes du Merrimack qui fournissent une force de 12000 chevaux. Lowel, alors simple village, devint rapidement une ville où se multiplièrent les filatures de coton. Puis, peu à peu, cette

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