III. — TISSUS DE LAINE
Les tissus de laine sont très variés: on les désigne sous les noms de drap, flanelle, molleton, casimir, thibet, mérinos, serge, lasting, Orléans, crépon, étamine, chàle, etc., etc. Tous les pays tissent la laine en grande quantité, car la laine est le textile par excellence. Il convient aussi bien pour les pays chauds que pour les pays froids.
La France occupe dans le monde l'un des premiers rangs pour le tissage de la laine. Ne pouvant se suffire à elle-même, elle est obligée de demander à l'étranger une notable partie de la matière première employée. Les principaux centres de fabrication sont Reims, Roubaix et Tourcoing, Saint-Quentin, Amiens, Le Cateau, Guise, Rouen, Orléans, Mazamet, Limoges, etc.
IH " 64 TISSAGE
En dehors de la France, il convient aussi de citer les importants tzssages delaine de Mulhouse et de Sainte-Marie-aux-Mines en Alsace ; ceux de l'Allemagne, qui produisent à plus bas prix qu en France, mais une qualité inférieure; ceux d'Angleterre,
d ItdJr ; ^ M ° SC0U ' ^ RUSSie; de BarCel °-' « 4a g ne ; Les peuples les moins civilisés tissertt aussi d'excellentes
Îefi?,7 e - P—,^^^'- exemple, les pauvres fellahs de 1 Egypte tissent avec les poils de chèvre une étoffe très solide et inusable, dite abaya.
Nous allons insister d'une façon plus particulière sur la fabrication des châles, des draps et des tapis.
lniH Gh /! eS ' ~ Le , S Châl6S ' d '° rigine asktic I Ue ' S0Ilt des tis ^ de laine, fabriques depuis un temps immémorial dans ï'Inde
principalement à Kachemyr et à Umbirtzir , avec le duvet pascham des chèvres du Thibet. Les Indiens en font des coiffures des tapis, des écharpes, des ceintures, des robes, des tuniques' C est une véritable tapisserie, fabriquée à la main point par point. Les châles indiens étaient déjà connus et estimés des Grecs et des Romains. s
L'industrie des châles cachemires a été introduite en Europe d abord en France à la suite de la campagne d'Egypte par BoL parte. La maison Bellangé, dès 1801, faisait des copies médiocres des admirables châles de l'Inde. En 1818, le métier mécanique Jacquart permit de fabriquer des produits comparables à ceux
de Kachemyr, non plus avec la laine des chèvres du Thibet mais de Ia Iaine de mouton? de Ja so . e ^ même du J£
Au début, on se contenta de reproduire des dessins indiens, mais Wo cm imita les fleurs naturelles, les oiseaux, les papi Ions, les enlacements et les arabesques des végétaux. Pour les articles communs, on se contenta d'imprimer les dessins colorés au heu de les tisser. C'est à ce genre nouveau qu'on donna le nom de renatssance. Alors, ce fut au tour de l'influence de l'art
lnZ a l S p Pénétrer i US<ÏU ' aUX lDdeS 6t d > renouveler »• ™de antique Pa,» créa des dessins qui furent exécutés aux Indes sous la direction d'artistes français.
TISSUS DE LAINE
Les châles français sont sans rivaux clans le monde, surtout grâce aux efforts d'Amédée Coudère. Les châles brochés se fabriquent mécaniquement à Paris, à Lyon et à Nîmes, au moyen d'un métier battant, dit spoulineur, perfectionné par M. Fabard. Vienne, en Autriche, fabrique de magnifiques châles brochés.
L'Angleterre a créé une variété spéciale de châles, qu'on nomme tartan. Cette étoffe, par rentre-croisement de ses couleurs, est la reproduction d'anciennes écharpes écossaises. Paisley est la ville qui en fabrique le plus. Berlin, en Prusse, Reims, en France, là Belgique, font aussi beaucoup de tartans.
2° Draps. — Nous savons que la laine a la propriété de se feutrer par le choc : on divise, en conséquence, les étoffes de laine en deux catégories, celles non feutrées, comme le mérinos, l'alpaga, les étoffes de fantaisie, etc., et celles feutrées, comme le drap.
La fabrication du drap est la branche la plus importante de l'industrie des laines. Elle est compliquée. On commence par tisser l'étoffe par les procédés mécaniques ordinaires, puis on obtient le feutrage par le foulage du tissu imprégné d'une dissolution alcaline ou savonneuse. Il faut enfin pratiquer le lainage ou garnissage en relevant le duvet, puis égaliser les filaments par le tondage. Toutes ces opérations se font aujourd'hui mécaniquement. Jadis on foulait, pour donner plus de force et d'épaisseur au tissu, avec des pilons verticaux munis de cannelures à la face inférieure. L'étoffe était placée dans une auge creuse et à courbure régulière. Actuellement, la pièce est cousue aux deux extrémités et se trouve entraînée par un cylindre dans une auge où elle subit l'action de maillets.
Le lainage se pratiquait jadis avec le vulgaire chardon à carder; on se sert maintenant de cylindres armés de pointes. On cultive cependant encore beaucoup aujourd'hui le chardon à carder, surtout en France, en Angleterre et en Autriche. On le sème au printemps, on transplante à la fin de l'été, et on récolte pendant la deuxième année. La France en produit à elle seule pour une valeur annuelle d'environ 20 millions de francs. Elle en consomme le tiers et exporte le reste.
HI " 66 TISSAGE
En 1858, M. Beck, d'Elbeuf, inventa une machine, nommée friseuse, permettant de tondre ou de coucher les poils du drap suivant les caprices de la mode. Jadis on se servait de machines beaucoup plus grossières.
La fabrication des draps est excessivement ancienne Les Homains, qui savaient en préparer d'excellents, trouvèrent aussi des manufactures de drap dans la Gaule lors de leur conquête par Jules César. S'il faut en croire la description des auteurs latins nos draps actuels ne seraient même pas aussi solides que ceux des Romains. Pendant le moyen âge, la fabrication des draps subit un temps d'arrêt en Europe ; nous la retrouvons très prospère au xm" siècle dans les Flandres et les Pays-Bas Deux siècles après, les fabriques se multiplièrent partout, en Angleterre et en France, grâce au concours d'ouvriers flamands appelés dans ces pays. Jusqu'à la fin du xvm' siècle, les draps étaient un tissu de luxe, ne servant qu'à la classe riche- mais a cette époque, les Anglais inventèrent des machines qui permirent de les obtenir à bon marché; et, depuis, leur usage s étendit à toutes les classes de la population. En même temps la production, jusqu'alors assez restreinte, prit un énorme développement.
En France, les premiers essais sérieux de fabrication du drap datent de Louis XIV, alors que Colbert eut appelé les meilleurs ouvriers de Hollande, d'Italie et d'Angleterre. En 1646 Nicolas Cadet ou Cadeau fonde, à Sedan, une importante fabrique de draps fins; elle allait sombrer, quand Colbert eut l'heureuse idée défaire revêtir Louis XIV d'un habit de drap vert pour la chasse. Chacun voulut aussitôt imiter le roi et la fabrique fut sauvée d'un désastre financier. A cette époque d'autres manufactures s établirent successivement à Abbeville, à Louviers à Elbeuf, etc.
L'industrie drapière a subi bien des modifications en France depuis un siècle. Jadis très disséminée sur tout le territoire elle employait un nombre considérable de bras. En 1780 on comptait 330000 ouvriers drapiers pour un chiffre d'affaires de 120 millions; en 1867, il n'y avait plus que 90000 ouvriers
TISSUS DE LAINE
pour un chiffre d'affaires double. Cette transformation est due à l'emploi de la vapeur et de la mécanique. Vers 1820 la filature des draps à la main a totalement disparu.
L'industrie des draps périclitait en France, quand, en 1834, M. Bonjean, fabricant à Sedan, mit à la mode des draps de différentes nuances, dits de nouveauté ou de fantaisie, qui prirent bientôt un développement considérable. M. Bonjean dut cette idée féconde à un simple hasard ; comme on lui présentait un jour un drap mal venu, par suite d'un défaut de matière première, l'idée lui vint d'introduire dans la chaîne quelques fils de soie. La nouvelle étoffe fut bientôt mise en vogue par un grand tailleur de Paris.
La France possède deux grands centres de fabrication des draps : Sedan et Elbeuf avec Louviers. Très florissante sous Colbert, Elbeuf s'était vue ruinée par la révocation de l'édit de Nantes qui exila les ouvriers en Saxe, en Prusse, en Suisse, où se fondèrent des fabriques qui ruinèrent l'industrie française. Sa prospérité ne revint qu'au commencement de ce siècle. Actuellement son chiffre d'affaires atteint 100 millions de francs et 25 000 ouvriers travaillent dans ses fabriques. Non seulement Elbeuf fabrique des draps, mais elle les transforme encore en une infinité de costumes divers: uniformes pour officiers, livrées, articles pour ameublement, pour billard, pour chemins de fer, etc. Louviers est comme une dépendance d'Elbeuf ; ses usines ont un aspect monumental. Sedan fabrique surtout des draps noirs, de bonne qualité ; Elbeuf livre au commerce des draps de fantaisie.
Reims etRoubaix fabriquent des draps pour robes. Roubaix et Tourcoing doivent leur développement prodigieux à l'industrie des laines. Les fabricants y renouvellent sans cesse leur matériel. Ce sont des villes qui, bien que situées en France, ressemblent à des cités américaines.
Citons encore Vienne, Mazamet, Châteauroux, qui fabriquent plus spécialement les draps destinés à l'armée, Romorantin, Vire, Lisieux, Lodève, Bédarieux, Limoux, etc.
« Les premiers pas de Mazamet dans la grande industrie,