VIII. — SOIE ARTIFICIELLE
On a procédé, depuis peu, à des essais fort curieux pour imiter la soie naturelle au moyen de la cellulose pure ou de ses dérivés. L'idée de filer la cellulose ne manque pas d'originalité. En somme, les fils de lin, de chanvre, de coton, etc., sont aussi des filaments de cellulose. Mais, au lieu d'être, comme la soie, un cylindre parfait, sans discontinuité de conformation d'un bout jusqu'à l'autre, les fils de lin, de chanvre, de coton sont constitués par la réunion et la superposition d'un grand nombre de filaments. De là un manque d'homogénéité qui fait perdre aux tissus fabriqués avec ces fils les qualités fournies exclusivement par la soie. Or, la cellulose filée mécaniquement, comme on le fait aujourd'hui, devient un tube aussi régulier que la soie.
Deux procédés ont été jusqu'ici employés pour cette transformation de la cellulose en fils, celui de M. de Chardonnet et celui de M. du Vivier.
M. du Vivier dissout la cellulose du bois dans de l'acide acétique (au maximum de concentration), provenant de la distillation du bois. Le bois, qui doit être choisi de préférence parmi les essences dures, est d'abord râpé, puis traité par l'acide acétique. La dissolution est filtrée, puis introduite dans un cylindre où elle est soumise à une assez forte pression au moyen d'un piston. La base inférieure du cylindre est percée d'une très petite ouverture, par laquelle s'échappe la dissolution. Celle-ci est immédiatement reçue dans un tube contenant de l'eau froide.
SOIE ARTIFICIELLE. I-3o
La cellulose, au contact d'un grand excès d'eau, se solidifie et se transforme en un fil résistant. Ce fil est lavé par un passage dans une série d'autres tubes contenant de l'eau et vient finalement s'enrouler sur une bobine.
M. de Chardonnet se sert, non plus d'acide acétique, mais d'acide azotique. Il commence par traiter par l'acide azotique la pâte de bois tendre destinée à la fabrication du papier, de manière àobtenir de la cellulose octonitrique. Cette cellulose est dissoute dans un mélange de 38 parties d'éther et 42 parties d'alcool. Ce collodion est placé dans un cylindre et soumis à une forte pression qui l'oblige à passer à travers un filtre. Il est, en effet, extrêmement important d'avoir un liquide ne tenant en suspension aucune particule solide, capable de boucher l'orifice si fin de la filière. A la sortie du cylindre, le fil traverse une colonne d'eau froide, où il se solidifie et vient s'enrouler sur une bobine.
Ce fil, composé de coton-poudre, est excessivement inflammable, et on ne peut songer à en tisser des étoiles. Au contact dune flamme, les étoffes se consumeraient instantanément; on pourrait s'en servir pour charger des obus ou des torpilles, mais non pour se vêtir. Il faut alors faire subir au lil une nouvelle préparation qui lui enlève son inflammabilité. II suffit de le tremper dans de l'acide azotique de densité 1,32. La cellulose devient gélatineuse et peut se teindre par les procédés ordinaires. Elle peut aussi absorber le phosphate d'ammoniaque ot devient dès lors incombustible.