CHAPITRE III
TYPOGRAPHIE
Lu typographie est l'art d'imprimer sur papier au moyen Je caractères mobiles, gravés en relief.
Les hommes ont eu depuis bien longtemps l'idée d'imprimer sur papier au moyen de caractères fixes. Les Egyptiens, les Assyriens, les Grecs, les Romains pratiquaient la gravure sur métal ; près de mille ans avant Jésus-Christ les Chinois connaissaient la gravure sur bois. En 1310, un écrivain persan, Ràchid-eddin, décrivait dans un de ses ouvrages les procédés d'impression usités en Chine. Cet art était donc loin d'être inconnu en Europe, et il est probable qu'on imprima à toutes les époques au moyen des caractères fixes. Comme les Chinois, on se servait de planches en bois gravées en relief : c'était l'impression tabulaire ou xylographique. La planche était recouverte d'encre grasse au moyen d'un rouleau : on y étendait alors une feuille de papier et on pressait également avec un rouleau.
C'est par ce procédé qu'on imprimait au xiv e siècle les cartes à jouer, dont l'usage était déjà très répandu. Au début, onse contenta d'imprimer les figures seules ; puis on y ajouta des devises. On employa le même procédé pour les images religieuses pourvues d'un texte explicatif. Au xv e siècle, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, on alla beaucoup plus loin; on imprima des Bibles, des livres scolaires, etc. On possède une Bible ainsi composée en 1420 à Bamberg, en Bavière. L'impression tabel-
laire ne cessa même complètement que très tard, à la fin du xv° siècle, quarante ans après l'invention de la typographie.
L'idée de substituer les caractères mobiles aux caractères fixes devait infailliblement se faire jour dans l'esprit des imprimeurs du xv c siècle. Il est probable que plusieurs l'eurent en même temps, mais le plus célèbre d'entre eux est Jean Gensfleischde Sulgeloch, dit Gudinberg ou Gutenberg, né à Mayence. Ses premiers essais avec des caractères mobiles auraient été faits à Strasbourg, vers 143G. On cite un grand nombre d'inventeurs qui auraient essayé d'imprimer par des procédés semblables, notamment Laurent Coster, de Harlem, que certains considèrent comme l'inventeur de l'imprimerie xylographique et qui se serait servi de caractères mobiles ; on affirme que Procope Waldfoghel, originaire de Prague, aurait fait en 1444 des essais avec des caractères mobiles en acier et en étain.
Quoi qu'il en soit, on voit que la découverte était dans l'air, comme il arrive d'ailleurs pour les grandes découvertes qui ne sont pas l'œuvre d'un seul homme, mais le résultat d'efforts collectifs. La postérité retient seulement le nom du plus heureux, de celui qui arrive le premier à un résultat pratique. En ce qui concerne la typographie, la primauté fut attribuée à Gutenberg. En 1447, il quitta Strasbourg et vint à Mayence, où, grâce aux capitaux du banquier Jean Faust et avec l'aide du graveur Pierre Schœffer, qui lui fabriqua des caractères, il put fonder la première typographie : elle fonctionna en 1450. Peu d'années après, Gutenberg quitta ses associés ; ceux-ci continuèrent à exploiter leur imprimerie, mais l'histoire perd les traces de Gutenberg.
L'imprimerie se répandit en Europe avec une rapidité foudroyante, tant cette admirable invention répondait aux besoins intellectuels des peuples. Cette diffusion fut hâtée surtout par le sac de Mayence, en 1462, qui dispersa les ouvriers de Faust et de Schiffer dans toutes les régions de l'Europe.
On ignore la date certaine du premier livre imprimé avec des caractères mobiles. Une Bible latine, portant la date de 1456, pourrait bien avoir été imprimée avec des caractères gra-
TYPOGRAPHIE
vés sur bois. On ne peut certifier que la provenance d'un Psautier, publié en 1457 par Faust et Schœffer après le départ de Gutenberg. On n'en connaît que six exemplaires, tous différents d'ailleurs par le nombre des pages et la distribution des lignes.
Comme l'imprimerie reflète admirablement l'état de la civilisation, il est intéressant de rechercher le genre des ouvrages imprimés dès l'origine chez les différents peuples. En Allemagne, ce sont des ouvrages de théologie et de scolastique; en France, de théologie, de littérature ancienne et de chevalerie; en Italie, de littérature ancienne; en Angleterre, de chevalerie et d'histoires romanesques.
Chose remarquable encore : dès son origine, l'imprimerie atteignit une très grande perfection ; à la fin du xvm e siècle, grâce aux progrès de toutes les autres sciences, elle put recevoir de nouveaux perfectionnements. Les caractères furent mieux gravés et mieux fondus, le papier devint meilleur, le tirage plus égal et plus rapide par le moyen des presses mécaniques.