CARACTÈRES
On peut évaluer à vingt millions de francs la valeur des caractères fondus annuellement pour les besoins de la typographie.
Typographie de la musique. — Avant l'invention de la typographie, la musique était imprimée, comme les cartes, etc., aumoyen de la gravure sur bois. Le premier emploi des caractères mobiles et métalliques se fit même longtemps attendre ; c'est seulement en 1498 que Petrucci, de Venise, imprima la musique typographiquement. Les caractères représentaient des notes accompagnées de fragments déportée. On conçoit que ce système présentait de graves inconvénients, car il était impossible de rassortir les fragments de lignes de manière à n'avoir que des lignes bien continues. La musique imprimée typographiquement ne pouvait lutter avec celle obtenue par le procédé de la taille-douce, c'est-à-dire de la gravure eu creux.
Plus tard, on employa des caractères formés de petites pièces séparées, mais qui avaient le désavantage d'être d'un prix élevé et d'exiger une main-d'œuvre considérable pour la composition. Au milieu du siècle dernier, on imagina un nouveau procédé : il eut beaucoup de succès, mais retarda encore les progrès de la typographie de la musique. Les notes furent frappées au poinçon sur des feuilles d'étain; par ce moyen on obtenait une excellente gravure.
En définitive, on peut dire que le problème de la musiquç typographique est encore à résoudre. C'est évidemment dû à l'emploi, pour la musique, d'une notation trop compliquée et trop irrégulière. M. Duverger, de Paris, a tourné adroitement la difficulté, dès 1832, par un procédé très simple. Il commence par mouler dans du plâtre les pages composées sans portées; puis il trace les lignes sur ce moulage et prend un clichage du tout. On peut aussi mouler les notes avec les portées dans le plâtre, puis on retouche le moule dans les portées pour en faire disparaître les inégalités.
C'est l'Allemagne qui fournit la plus belle impression de musique. La France, dont la musique imprimée tenait le dernier rang en Europe au milieu de ce siècle, a su reconquérir une place honorable. /^\\NT. ^
TYPOGRAPHIE
Typographie des cartes géographiques. — Jusqu'à la fin du xvm siècle , la typographie des cartes géographiques n'existait pas, pour ainsi dire ; toutes les cartes étaient gravées sur bois et sur cuivre. Guillaume Haas, de Berne, le premier, se servit des caractères dont les combinaisons imitaient les cours des fleuves et des rivières, les limites territoriales, les monta- . gnes, les villes, etc.
En 1844, M. Duverger incrusta dans une table de plomb des filets très minces en cuivre pour dessiner les cours des rivières, puis il appliqua les noms des villes et des pays après les avoir clichés et découpés, puis soudés. Ce procédé est peu dispendieux.
En somme, on n'exécute eu typographie que des cartes géographiques de peu de valeur.
Typographie pour les aveugles. — En 1794, Valentin Haiiy, frère du célèbre minéralogiste, eut l'idée d'imprimer des lettres en relief sur papier en carton pour les aveugles, qui pouvaient ainsi lire au moyen du toucher. On raconte que cette idée lui fut suggérée par un jeune, pianiste qui lisait avec les doigts la musique imprimée. Le faible relief de l'encre était suffisant. Aujourd'hui, à l'Institution nationale des aveugles, on imprime, au moyen du procédé Braille, tous les livres nécessaires aux élèves. Ce procédé consiste en un alphabet imprimé en relief et composé de signes pointillés, ressemblant un peu au jeu de dominos. M. Hudon, typographe à Angers, imprime actuellement des ouvrages destinés aux aveugles au moyen des caractères ordinaires, selon une nouvelle méthode imaginée par mademoiselle Mulot. Cette méthode permet aux aveugles de correspondre sans difficulté avec les voyants.