‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 26 sur 214 · CARACTERES · texte numérisé non relu

CARACTERES

l'antiquité, elle no voulut pas adopter les caractères gothiques. Un Français, Nicolas Jenson, aurait fondu les premiers caractères romains, à Venise, en 1469. L'histoire de ce Nicolas Jenson est assez singulière. Graveur à la Monnaie royale de France, il fut envoyé en 1462 à Mayence par le roi Louis XI pour y apprendre les secrets de l'imprimerie. On le retrouve quelques années plus tard typographe à Venise. D'autres auteurs prétendent que les caractères romains auraient été inventés à Rome, en 1466, par les premiers imprimeurs Sweynheim et Pannartz. Quant aux caractères italiques, c'est-à-dire penchés, ils ont été créés à Venise, en 1499, par le célèbre typographe Aide Manuce, d'après les gravures de François de Bologne, qui aurait imité la belle écriture de Pétrarque. Ce nom à'italique a été employé pour la première fois par Simon de Colines, graveur parisien du xvi° siècle.

Les caractères romains furent légèrement modifiéspar d'autres typographes, tels que Garamond, au xvi° siècle, sous le règne de François I er , par les Elzevir, de Hollande, qui leur donnèrent plus de netteté et d'élégance, et, à la fin du dernier siècle, par Didot etBodoni. Dans ces dernières années, la création de nouveaux types fut nécessitée par le journalisme, qui a besoin de caractères variés pour rompre la monotonie de la lecture et attirer davantage la curiosité du regard.

En dehors de l'Europe et de l'Amérique, il existe encore une grande variété de types étrangers, tels que les types arabes, chinois, coptes, etc., etc., qui n'existent que dans les typographies très importantes et travaillant pour les savants ou les nations étrangères.

Les typographes fondaient jadis eux-mêmes leurs caractères. Actuellement ils sont fondus par des spécialistes, qui pour augmenter la vente, ont tout intérêt à modifier les formes et à en faire un article de mode, ce qui est fort regrettable. On trouve aussi quelques légères différences entre les types des différentes nations. C'est ainsi que les caractères français sont moins larges que les caractères anglais et moins hauts que les caractères allemands. Les caractères anglais et allemands

TYPOGRAPHIE

se font d'ailleurs remarquer par la facilité de leur lecture.

Fonte des caractères. — On s'en tint longtemps au procédé de Pierre Schseffer, l'associé de Gutenberg. Le caractère est d'abord gravé en relief sur acier, puis en creux sur cuivre, en enfonçant à coups de marteau le relief en acier sur une plaque de cuivre. On obtient ainsi une matrice qu'on introduit au fond d'un moule en fer. Il ne reste plus qu'à verser dans ce moule un alliage assez fusible, composé de 50 kilogrammes de plomb et 18 kilos de régule d'antimoine.

Cet alliage n'est pas assez résistant et les caractères s'usent trop vite. On a donc cherché à remédier à cet inconvénient. En 1798, Firmin Didot composa un nouvel alliage de 20 kilogrammes de cuivre, 30 kilogrammes d'étain et 50 kilogrammes de régule d'antimoine, assez dur pour pouvoir être enfoncé dans une plaque de plomb sans se briser. En 1840, M. Colson fit un alliage encore plus résistant en se servant de fer et d'étain, dont l'emploi donna aux caractères une durée triple. Le problème du durcissement des caractères a enfin été résolu plus complètement par l'emploi de la galvanoplastie. Dès 1850, un Américain, M. Luc Vander VanNewton, recouvrit par ce procédé les caractères d'une couche de cuivre assez mince pour ne pas les déformer et assez résistante pour leur donner une grande dureté. On a également essayé de les recouvrir de fer au moyen d'un bain de chlorure double de fer et d'ammoniaque.

La fonte des caractères avec le moule et à la main est une opération exigeant beaucoup de temps. On a donc fait des tentatives plus ou moins heureuses pour substituer le travail mécanique au travail manuel. Les premiers essais sont dus à Didot Saint-Léger, dont la machine reçut bientôt d'importants perfectionnements en Amérique. Le moule, mis en mouvement par une combinaison de leviers et d'excentriques, reçoit un jet de métal fondu qui est lancé par une pompe. D'autres machines compriment le métal au fond du moule. Dans tous les cas, la grande difficulté à vaincre était d'empêcher le métal de former des vides par un refroidissement trop rapide au-dessus de la matrice.

Page 1