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l'électrode négative dans le bain de sulfate de cuivre. Maintenant, au contraire, nous allons la suspendre à l'électrode positive. L'acide suif uri que du sulfate décomposé par le courant va donc se porter sur la planche et en ronger les parties découvertes. Si la planche a été dessinée avec une pointe sur vernis, les traits seront donc obtenus en creux. Au contraire, si la planche a été dessinée avec une encre isolante,' le métal sera rongé autour des traits et le dessin apparaîtra en relief.
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Les paysages, les portraits, tous les objets de la nature, en généra], sont rendus par la photographie avec une exactitude telle que nul artiste ne saurait prétendre l'égaler. On conçoit donc que l'on ait cherché, dès l'origine de la photographie, des procédés capables de reproduire les clichés photographiques au moyen de la gravure, par l'action de la lumière seule et sans le secours d'une interprétation aussi habile qu'on pût la souhaiter.
La photogravure permet d'ailleurs de transformer une photographie, toujours plus ou moins altérable par la lumière, en une copie absolument inaltérable, puisqu'elle est fixée par l'encre typographique. De plus, elle permet d'obtenir un nombre illimité de reproductions absolument identiques entre elles, ce qu'il est impossible d'obtenir par procédés photographiques seuls, qui fournissent des épreuves différant les unes des autres par la teinte et l'aspect général.
Avant d'exposer les véritables procédés delà photogravure, nous voulons dire un mot d'une métliode très simple et très usitée, employée pour graver sur bois un dessin photographique. La pellicule qui contient la photographie est collée sur le bois préalablement noirci, de manière à faire apparaître plus nettement le dessin. C'est là-dessus que le graveur travaille par les procédés ordinaires de la gravure sur bois.
La photogravure emploie, comme substance sensible, soit le bitume de Judée, soit la gélatine bichromatée. Nous avons donc
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à étudier séparément les procédés qui font usage de Tune ou de l'autre de ces substances.
Photogravure au bitume de Judée. - La photogravure au bitume de Judée remonte à l'année 1813 ; elle fut l'occasion de la découverte même de la photographie par Nicéphore Niepce Cet homme de génie cherchait en effet le moyen de graver au moyen de la lumière.
Nicéphore Niepce recouvrit une plaque de enivre d'une mince couche de bitume de Judée en dissolution dans de l'essence de térébenthine qu'il laissait évaporer. Cette opération devait se faire dans l'obscurité. Il posait ensuite par-dessus le dessin a graver, dessin lait sur une feuille de papier transparent, et il exposait à la lumière du soleil pendant un temps suffisant, variable d'ailleurs avec l'intensité de cette lumière. Il lavait alors la plaque de cuivre avec de l'essence. Or, toutes les portions de bitume ensoleillées étaient insolubles, tandis que les portions restées dans l'obscurité s,, us les traits noirs du dessin
étaient dissoutes et reproduisaient fidèlement le dessin lui-même. Il ne restait plus qu'à attaquer le enivre par L'acide nitrique. Le
dessin était donc gravé en creux, le bitume protégeant le cuivre contre la morsure de l'acide.
Telle fut l'invention de Nicéphore Niepce, qui devait bientôt donner naissance à la photographie, la plus belle découverte peut-être de ce siècle. Les résultats en furent cependant si mauvais que cette tentative tomba bientôt dans l'oubli. Il fallait attendre les perfectionnements obtenus dans une voie toute différente, celle de la photographie proprement dite.
En 1853, Niepce de Saint- Victor et Lemaître purent enfin reprendre les premières expériences de Nicéphore Niepce et obtenir de la meilleure photogravure. Une plaque d'acier, polie et décapée, est recouverte de bitume de Judée dissous dans l'essence de lavande. On dépose dessus une épreuve photographique positive sur verre ou sur papier ciré et on expose à la lumière. On fait apparaître l'image en dissolvant le bitume dans un mélange de 3 parties d'huile de naphte avec une partie de benzine. On arrête l'action à temps par une projection d'eau froide.
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L'acier est creusé à l'acide par les procédés ordinaires, mais très faiblement. Quand la plaque est séchée, on y dépose de la résine pulvérisée et on traite de nouveau par l'acide, de manière à produire le grain nécessaire pour retenir l'encre. On imprime au moyen de la presse à taille-douce.
Au lieu de graver sur acier, on peut aussi graver sur cuivre ou même sur zinc. La gravure sur zinc est la plus facile, mais l'encre prend moins bien que sur le cuivre. Au lieu d'insoler sous un positif, on insole sous un négatif, ce qui donne une gravure en relief et propre au tirage typographique. Il convient d'opérer pour le traitement à l'acide par la méthode du gillotage. Ce procédé donne des images qui manquent de demiteintes. On y remédie en superposant au-dessus du négatif une feuille de papier striée de fines hachures, ce qui donne du relief et des demi-teintes.
Enfin, voici un autre procédé, dû à M. Boivin. On commence par préparer un papier spécial, recouvert d'une couche de gélatine ou d'albumine, puis d'une seconde couche de gomme arabique. C'est sur ce papier qu'on verse une dissolution de bitume de Judée dans de la benzine et quelques gouttes d'éther. On insole sous le cliché pendant un temps qui doit varier de quinze minutes à une heure, suivant l'intensité lumineuse. On porte la feuille de papier insolée sur une plaque métallique polie ou graissée et préalablement passée à l'essence de térébenthine. On comprime fortement, on lave le papier à l'eau chaude. Le papier se décolle et la couche de bitume reste fixée sur la plaque métallique. On développe l'image avec de l'essence de térébenthine additionnée de quelques gouttes de benzine. On lave légèrement avec une solution de soude ou de cyanure de potassium, puis avec de l'eau et on fait sécher. On expose à la lumière diffuse pendant quelques heures, ce qui fixe le bitume encore plus fortement sur le métal. Enfin, il ne reste plus qu'à graver à l'acide, ou, ce qui est préférable, à la cuve galvanique en attachant la plaque à l'électrode positive. Les clichés positifs donnent une gravure en taille-douce; les clichés négatifs donnent une gravure en relief pour impression typographique. Il est égale-
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ment possible d'avoir une gravure en relief avec un cliché négatif. Il suffit pour cela de plonger la plaque métallique dans un bain de sulfate de cuivre ammoniacal ou de cyanure de cuivre en la fixant à l'électrode négative. Il se dépose une couche de cuivre qui fait relief pour les noirs. Il ne reste plus qua dissoudre le bitume en chauffant et traitant par la benzine.
Photogravure à la gélatine bichromatée.— Le procédé est basé sur le principe suivant : la gélatine mélangée avec du bichromate de potasse, de soude ou d'ammoniaque, soluble dans l'eau chaude tant qu'elle reste dans l'obscurité, devient insoluble quand elle a été ensoleillée.
Poitevin, à qui l'on doit ce procédé, exposait à la lumière sous un cliché photographique une planche de cuivre recouverte d'un mélange de gélatine et de bichromate de potasse. Il lavait ensuite à l'eau chaude et toutes les parties gélatineuses non ensoleillées se dissolvaient. On creusait enfin le métal à l'acide par les méthodes ordinaires. Poitevin se servait même du relief de gélatine pour déposer de l'encre et imprimer. Talbot, pour obtenir des gravures en creux, y coulait du plâtre.
M. Lcipold a rendu ce procédé plus parfait. La couche sensible, qui reste toujours de la gélatine bichromatée, est composée d'un mélange de 15 grammes de gélatine, 2 grammes de bichromate de potasse, 1 gramme d'azotate d'argent, 0* r ,50 d'iodure de potassium, 200 grammes d'eau et 8 gouttes d'acide acétique. On recouvre une glace de verre de cette solution et on fait sécher dans une étuve chauffée à 37°. On expose à la lumière sous un cliché positif sur verre, jusqu'à ce que les dernières teintes soient devenues visibles à l'envers de la glace. On révèle en lavant avec un mélange de 1S parties d'eau et une partie d'alcool. La gélatine ensoleillée n'éprouve aucun changement, tandis que les portions restées dans l'ombre se gonflent et forment relief. M. Leipold moule ce relief avec un mélange de 423 grammes de spermaceti ou blanc de baleine, 200 grammes d'acide stéarique, 170 grammes de cire vierge, 70 grammes d'asphalte et 70 grammes de graphite en poudre. Le moule est
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plombagine et plongé dans un bain galvanique où il se recouvre de cuivre. On imprime à la presse en taille-douce.
M. Rousselon a imaginé également un procédé demeuré secret, permettant de mouler avec du cuivre galvanique le relief de gélatine bichromatée. Ce procédé, employé par la maison Boussod et Valadon, successeurs de Goupil, permet de reproduire les moindres détails delà peinture.
M. Fink moule simplement le relief de gélatine bichromatée avec du plâtre, comme le faisait déjà depuis longtemps Talbot. 11 faut avoir soin d'humecter la gélatine avec de la glycérine pour empêcher l'adhérence. On coule un alliage fusible sur ce
plâtre.
En 1864, Woodbury inventa un procédé de moulage qui avait déjà servi pour la typographie : c'est le moulage au plomb ou photoglyptie. On verse de la gélatine bichromatée sur une glace déjà collodionnée, puis on fait sécher dans l'obscurité. On enlève la pellicule et on l'expose à la lumière sous un cliché négatif sur verre, en plein soleil, pendant dix à quinze minutes. La couche de collodion doit être interposée entre le négatif et la "('latine bichromatée.
Il faut maintenant fixer de nouveau la pellicule sur verre. A cet effet, le verre doit être recouvert d'un enduit à base de caoutchouc dissous dans de la benzine. Le collodion doit être collé sur le caoutchouc. On lave pendant plusieurs heures dans un courant lent d'eau chaude, de manière à dissoudre la gélatine restée dans l'ombre. On trempe la gélatine dans un bain d'alun, ce qui la rend très dure.
On pose la plaque de verre sur une plaque d'acier, puis on comprime à la presse hydraulique avec une lame de plomb de (i millimètres d'épaisseur. La pression doit être d'au moins 500 000 kilogrammes. Les reliefs de gélatine se moulent en
creux dans le plomb.
Quant au tirage à l'encre, voici comment il convient d'opérer. La lame de plomb est encrée avec un mélange chaud de gélatine, d'encre de Chine, d'un peu d'alizarine et d'eau. Le papier doit avoir été encollé avec un mélange de gomme laque, de borax
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et de carbonate de soude. On presse le papier sur la lame de plomb encrée. Tout l'excès d'encre s'en va et il n'en reste que dans les creux. On enlève l'épreuve quand l'encre a l'ait prise, on sèche et on durcit dans un bain d'alun. Cette méthode d'encrer
est originale.
Autres procédés de photogravure. — Les procédés au bitume de Judée et à la gélatine bichromatée sont les plus usités, mais non les seuls. En voici deux autres qui sont intéressants.
On recouvre une plaque de zinc polie d'une couche d'argent au moyen de la galvanoplastie. On verse sur cet argent, dans l'obscurité, une solution alcoolique d'iode, ce qui produit une couche sensible d'iodure d'argent. On lave et on passe dans une solution de tannin ou d'acide pyrogallique, puis on laisse sécher. On insole sous un cliché pendant quelques minutes ; puis, dans l'obscurité, on plonge le zinc dans un bain d'or galvanique. Il se dépose de l'or sur les parties ensoleillées, où de l'argent a été mis eu liberté. Il ne reste plus qu'à enlever l'iodure d'argent non attaqué, par le cyanure de potassium, puis à faire mordre le zinc par un acide.
Le procédé Gourdon repose sur un principe curieux : le zinc, recouvert de platine ou d'argent, s'altère très rapidement sous l'action des acides très dilués. C'est ainsi que, si l'on écrit sur du zinc avec du chlorure de platine, les caractères se graveront en creux si l'on attaque le métal par de l'acide sulfurique dilué dans 7000 fois son volume d'eau.
M. Gourdon plonge l'épreuve positive obtenue sur papier, dès la sortie du châssis, dans une dissolution d'hyposulfite de soude, puis il lave soigneusement et applique l'image sur une lame de zinc. Il humecte avec de l'ammoniaque, et, quelques instants après, lave avec du cyanure de potassium et du carbonate de soude. Tout l'argent de l'image quitte le papier et vient se déposer sur le zinc. Il ne reste plus qu'à attaquer le zinc par de l'acide sulfurique additionné de 3o00 fois son volume d'eau. Le zinc est gravé en creux sous le dépôt d'argent.
Applications de la photogravure. — La photogravure a pris une énorme extension depuis quelques années, à partir du mo-
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ment où les procédés sont devenus assez parfaits pour donner d'excellentes gravures. Elle sert principalement à reproduire et à vulgariser les tableaux les plus remarquables des peintres. Plus de trente maisons produisent de la photogravure, rien qu'à Paris, et une seule livre, chaque année, plus de 30000 dessins héliographiques. On estime à plus de 3 millions le nombre des clichés qui servent chaque année à faire de la photogravure dans le monde entier.
La photogravure a également rendu de grands services à la confection des cartes géographiques. On commence par lever le plan du terrain en se servant de la photographie, d'après des méthodes que nous aurons l'occasion d'étudier plus tard ; puis la minute obtenue est réduite à l'échelle de la carte, encore par les procédés ordinaires de la photographie. Cette réduction se fait très rapidement et très exactement, beaucoup mieux qu'avec l'ancien pantographe. Enfin, on grave sur zinc la photographie du plan réduit. On voit donc qu'on est parvenu aujourd'hui à fixer l'image du terrain sur une carte, en se servant exclusivement de la photographie.