III. — APPLICATIONS DE LA GALVANOPLASTIE A L'IMPRIMERIE
La galvanoplastie a reçu de 1res belles applications dans l'art de l'imprimerie. Outre qu'elle a fourni à l'industrie métallurgique un moyen commode pour obtenir des planches en cuivre d'une pureté exceptionnelle, elle est employée aujourd'hui pour stéréotyper les gravures sur bois, pour transformer les gravures en creux en gravures en relief, pour obtenir des agrandissements. Elle peut même devenir un procédé de gravure.
Nous allons donc l'étudier sous ces formes multiples.
Électrotypie. — La gravure sur bois est susceptible d'être clichée comme les formes de la typographie. On a essayé d'abord de plonger les bois dans du plomb en fusion, juste au moment où le métal était sur le point de se figer, mais cette opération était trop difficile. Le bois brûlait quand le plomb était trop chaud ; les traits fins s'écrasaient quand ce métal était trop froid. Puis la contre-épreuve présentait à son tour de graves difficultés, le moule se fendant ou s écrasant.
Vers 1832, M. Michel obtint de bien meilleurs résultats en se servant du bitume comme matière plastique pour mouler les gravures sur bois; malheureusement le bitume se gerçait en desséchant. C'est enfin la galvanoplastie qui, principalement grâce aux travaux de MM. Coblence et Best, en 1845, a permis de résoudre le problème. On prend l'empreinte de la gravure au
GRAVURE
moyen de la gutta-percha, on métallisé avec la plombagine et on dépose une couche de cuivre qui reproduit les moindres détails du dessin primitif.
Voici quelques détails sur cette opération, qui exige du soin et de l'habileté. Pour prendre l'empreinte de la gravure sur bois avec la gutta-percha, il faut ramollir celle-ci dans l'eau chaude, puis la comprimer sur la gravure au moyen d'une presse, jusqu'à ce qu'elle soit redevenue solide. On peut remplacer la gulta-percha par un mélange de 900 parties de cire d'abeille, 133 parties de térébenthine de Venise et 22 parties de graphite en poudre. La mise au bain doit durer de dix à douze heures pour les gravures ordinaires ; pour les gravures de journaux, où l'on est pressé, on augmente le débit du courant et l'on se contente d'un bain de quatre heures. La couche de cuivre obtenue étant très mince, on la renforce avec un alliage fusible, composé de 91 parties de plomb, S parties d'antimoine et 4 parties d'étain. Le tout est cloué sur bois. Pour l'impression, il faut nettoyer la plaque avec de l'acide chlorhydrique saturé de chlorhydrate d'ammoniaque, puisétamer légèrement en frottant avec un chiffon recouvert de limaille du même alliage qui sert à stéréotyper les caractères d'imprimerie.
Quand, pour une cause quelconque, on ne peut mouler avec la gutta-percha, on se sert du procédé inventé par M. Aùer, de Vienne, qui est rapide et économique. C'est ainsi que l'Imprimerie impériale d'Autriche parvint, dès 1852, à imprimer des dessins de plantes, de dentelles, d'étoffes, de plumes, etc. Ces objets sont étalés sur une planche de cuivre, puis fortement comprimés sur une plaque de plomb placée au-dessus, au moyen de la presse hydraulique. Les objets se dessinent en creux sur la plaque de plomb. Il suflit alors de recouvrir le plomb d'une couche de cuivre galvanique pour obtenir une gravure en relief.
Enfin, le cuivre étant un métal mou et s'écrasant facilement sous l'action de la presse, on le recouvre à son tour d'une légère couche de fer, toujours parles procédés de Félectro-chimie, ce qui permet alors un tirage presque indéfini.
APPLICATIONS DE LA GALVANOPLASTIE A L'IMPRIMERIE
On peut non seulement reproduire ainsi les gravures sur bois, mais encore les planches gravées sur cuivre et sur acier. On ne peut songer à mouler ces gravures si Mues et si délicates au moyen de la gutta-percha. Il est vrai qu'on pourrait utiliser le procédé de M. Aùer, mais on préfère se servir de la galvanoplastie elle-même pour obtenir ce moulage. La planche est d'abord exposée aux vapeurs d'iode, ce qui a pour but d'empêcher toute adhérence du dépôt galvanique, adhérence qui, pendant un certain temps, a empêché les graveurs de confier leurs œuvres pour la reproduction galvanique, car elles leur revenaient détériorées. Ce premier moulage reproduit la gravure en négatif, c'est-à-dire (pie les traits gravés en creux apparaissent en relief sur la nouvelle planche. Un second moulage galvanique reproduit la planche primitive. Le dépôt de cuivre, dans ce second moulage, doit être très épais, à cause de la pression considérable que devra exercer la presse pour imprimer un dessin en creux. Il faut une quinzaine de jours pour obtenir ce dépôt. ,
La stéréolypie galvanique a rendu d'immenses services à l'impression des images, en permettant de multiplier à l'infini la gravure primitive, si péniblement obtenue par le graveur. Grâce à elle, les journaux illustrés ont pu prendre un immense développement. Les éditeurs échangent entre eux leurs clichés galvaniques, ce qui diminue d'autant les frais de fabrication. Ln autre avantage, c'est de permettre la conservation de la gravure primitive, gravure qui s'écrasait très vite autrefois sous la presse. Actuellement on peut imprimer un nombre indéfini d'épreuves de la même gravure : les dernières ('preuves conservant toute la perfection des premières, ce qui n'avait pas lieu jadis. Enfin, l'édition étant épuisée, ou peut imprimer de nouveau sans être obligé de faire une nouvelle gravure identique à la première. Il suffit, en effet, de conserver en magasin la gravure originale et de la reproduire en cuivre galvanique autant de fois qu'il est nécessaire. C'est ainsi (pie les cartes géographiques, si chères auparavant, sont aujourd'hui d'un extrême bon marché. Autrefois ces caries étaient gravées sur une
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GRAVURE
pierre lithographique qui a l'inconvénient de coûter cher et d'être très lourde. Depuis 1846, grâce aux recherches de M. Durand-Narat, on opère sur une feuille de zinc. Le dessin est décalqué sur le métal au moyen d'une encre spéciale, puis on saupoudre de colophane. Enfin, on creuse avec un acide. La gravure est reproduite en cuivre galvanique pour les besoins du tirage, et l'original est conservé dans les archives.
La galvanoplastie permet également de corriger les planches des cartes géographiques. On peut employer deux méthodes. La première consistée reproduire la planche à corriger en relief par le cuivre galvanique et à enlever par grattage les traits à corriger. Ceci fait, on reproduit la planche où les parties enlevées sont planes. On grave de nouveau. La seconde méthode permet d'effectuer les corrections sur le cliché lui-même. Dans ce cas, on fait des réserves sur les parties bonnes en les recouvrant d'un vernis isolant, puis on accumule dans le bain des bourrelets de cuivre sur les parties à corriger. On plane ces bourrelets et on grave dessus à nouveau. Avant cette curieuse application de la galvanoplastie, les corrections sur planches de cuivre étaient très longues, très dispendieuses et surtout très imparfaites. On était obligé d'employer le martelage.
M. Martin, de Paris, a imaginé un procédé permettant d'agrandir ou de diminuer à volonté les gravures au moyen de la galvanoplastie. Il suffit de prendre un moule de la gravure, au moyen de la gélatine. Or, en plongeant la gélatine dans l'eau, elle augmente de volume et par suite de surface ; dans l'alcool, au contraire, elle diminue de volume. Il ne reste plus qu'à plombaginer la gélatine et à la recouvrir de cuivre galvanique.
Faisons enfin remarquer que la galvanoplastie seule a permis à la typochromie d'atteindre sa perfection actuelle. Jadis, les différents clichés manquaient de l'identité nécessaire. Mais, aujourd'hui, comme ils sont tous d'une identité absolue grâce à la reproduction galvanique, la superposition successive des couleurs s'effectue avec une précision mathématique.
Gravure galvanique. — La gravure galvanique ou galvano-
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graphie a été imaginé pour la première fois à l'Imprimerie nationale d'Autriche, à Vienne.
On décalque le dessin à graver sur une plaque de cuivre, puis on recouvre les ombres de peinture protectrice, en ayant soin de donner à ces couches une épaisseur proportionnelle aux ombres. On recouvre alors la planche de cuivre galvanique. On obtient ainsi une seconde planche qui reproduit en creux toutes les aspérités de la peinture primitive. C'est une gravure en taille-douce imitant Yaqua-tinta et obtenue sans l'aide du graveur.
Procédé P aimer. — M. Pal mer, en Angleterre, a imaginé un autre procédé. On grave au burin sur une plaque de zinc recouverte de vernis, puis on attaque le métal par un acide. On passe ensuite un rouleau enduit de vernis sur la plaque, de manière à déposer une nouvelle couche de vernis plus épaisse sur le vernis primitif, les creux gravés restant intacts. On dépose enfin une couche de cuivre galvanique qui reproduit la gravure primitive en relief.
Procédé Delonche et Felmann. — On dessine sur zinc avec une encre spéciale et on protège le reste du métal avec du vernis. On dépose une couche de cuivre sur les parties encrées par la galvanoplastie, l'encre étant à base de plombagine. On ronge alors le zinc autour du cuivre par l'acide sull'urique qui ne peut attaquer le cuivre.
Procédé Dulos. — On dessine sur cuivre avec de l'encre lithographique et l'on dépose une couche de fer sur les parties non encrées par la galvanoplastie. On enlève l'encre au moyen de la benzine, ce qui met le cuivre à nu sous les traits du dessin. On dépose une couche d'argent galvanique. L'argent n'adhère qu'au cuivre, à l'exclusion du fer. On verse du mercure qui forme avec l'argent un amalgame et les traits du dessin apparaissent en relief. Il ne reste plus qu'à eu prendre l'empreinte avec du plâtre ou de la cire, puis à reproduire au moyeu de la galvanoplastie. On a donc, au choix, une gravure en creux ou en relief. Gravure directe en creux ou en relief. — Dans tous les procédés précédents, la planche à reproduire ('-tait toujours suspendue à