LITHOGRAPHIE
d'hui, on se sert simplement de véritables presses typographiques en blanc, auxquelles on a ajouté des rouleaux destinés à apporter de l'eau sur la surface de la pierre.
Photolithographie. —On peut graver litbographiquement sur pierre au moyen des procédés de la photographie.
On étend sur la pierre un mélange d'albumine et de bichromate d'ammoniaque, puis on fait sécher dans l'obscurité et on expose à la lumière sous un cliché négatif sur verre. On lave rapidement à l'eau pour enlever l'albumine non ensoleillée qui est restée soluble. Les parties qui ont été exposées à la lumière sont maintenant insolubles et peuvent recevoir i'encraire.
Au lieu de recouvrir directement la pierre ou le zinc de la couche sensible, on préfère généralement opérer sur une feuille de papier et reporter le dessin gélatineux sur la pierre ou le zinc.
La phototypie peut également être considérée comme de la véritable photolithographie. On recouvre u u support quelconque d'une couche de collodion albuminé ioduré, puis on expose à la lumière de manière à faire adhérer très fortement le collodion sur le support. Ceci fait, on chauffe à 3S ? , puis on verse une couche de gélatine bichromatée et on sèche à l'étuve, dans l'obscurité. Les deux couches ont une adhérence parfaite. Après exposition à la lumière sous un négatif, on obtient une véritable pierre lithographique, car la gélatine n'absorbe l'eau qu'aux endroits où elle n'a pas reçu l'action de la lumière. On mouille donc, on promène un rouleau d'encre grasse et l'on presse avec précaution la feuille de papier, car la gélatine s'écrase avec facilité. Le nombre des tirages est très restreint, mais les épreuves obtenues sont excellentes.
Lithochromie. — La lithochromie ou chro7nolithorjraphie avait été déjà essayée avant 1819 par Scnefelder lui-même, mais elle ne devint réellement industrielle et pratique qu'en 1831, grâce aux travaux de Hildebrand, de Berlin. Elle a été successivement perfectionnée à Londres, par MM. Owen et Jones, à Liège par M. Wittert, et à Paris par MM. Godefroy, Engelmann et Graft.
Si la typographie en couleurs est meilleur marché, la lithochromie possède le grand avantage de faire infiniment mieux et
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de reproduire surtout les demi-teintes. Elle parvient à imiter à la perfection, et avec un fini étonnant, les aquarelles que les peintres d'Angleterre excellent à peindre. Comme pour la chromotypographie, il faut se servir d'autant de planches qu'il y a de couleurs différentes, c'est-à-dire employer la méthode des reports.
Il a été fait quelques essais pour imprimer d'un seul coup sur la même pierre, au moyen de rouleaux portant des encres de couleurs différentes et ne déposant ces encres qu'aux endroits voulus, mais les difficultés sont énormes. .
L'Allemagne, l'Autriche, l'Angleterre et la France produisent d'excellentes chromolithographies. L'Allemagne, qui a longtemps occupé le premier rang dans ce genre d'industrie, imité à la perfection les vieux tableaux, ce qui exige un repérage minutieux sur une trentaine de pierres différentes. L'Angleterre imite aussi à la perfection les aquarelles de ses artistes.
Dès 1819, on utilisa la chromolithographie pour produire de jolies empreintes en couleur sur porcelaine ou sur verre, d'un extrême bon marché. Ce procédé est analogue à celui qu'imagina M. Dupuy sous le nom de décalcomamie, dont les enluminures à la gélatine sur papier sont ensuite reportées sur un support quelconque après imbibition du papier avec de l'eau. En 1834, la lithographie fut appliquée à la décoration des toiles cirées.
Autocopie. — On désigne sous le nom de polycopie, autocopie, etc., un procédé simple permettant de reproduire à très bon marché et très rapidement l'écriture ou le dessin tracés sur une feuille de papier, mais à quelques exemplaires seulement. Comme c'est de la gravure plane, nous avons cru devoir en parler immédiatement après la lithographie. Différents procédés d'autocopie avaient été préconisés, mais tous peu pratiques, quand l'autocopiste à la gélatine, d'un usage très simple et très commode, fut inventé à Prague, en 1876, par Schmitt. On écrit sur une feuille de papier avec une encre à base d'aniline, ordinairement violette, puis on transporte l'écriture sur un support en gélatine. L'encre, plus ou moins adhérente à la gélatine, se décalque sur une feuille de papier que l'on comprime sur le support.
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Cette même opération peut être répétée de quarante ù cinquante fois. Cette méthode a l'inconvénient d'exiger un coulage souvent répété du support gélatineux.
En 1880, M. Otto Lelm a perfectionné le procédé sous le nom (ïautocopiste noir. L'écriture à l'encre noire est reportée sur un papier parchemin, d'une préparation spéciale. On peut obtenir 200 copies.
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Journaux illustrés. — Depuis 1832, les journaux illustrés ont pris un développement considérable, grâce aux progrès de la gravure sur bois. Chose singulière, les premiers journaux illustrés ont tous reçu le nom de magasin chez les principaux peuples d'Europe. En Angleterre, c'est le Penwj Magazine, le premier en date, en 1842, puis X Illustrât ed London News qui parut dix ans plus tard ; en Allemagne, c'est le Pfenning Magazin, publié en 1833; en France, c'est le Magasin pittoresque, fondé également en 1833 par Edouard Charton et Lachevardière.
Le Magasin pittoresque fut immédiatement suivi par le Musée des familles, fondé la même année. Citons ensuite, par ordre d'apparition : Y Illustration, fondé en 1843, le Journal pour tous, qui publia des feuilletons illustrés en 1855, le Monde illustré, l'Univers illustré, enfin le Tour du Monde, journal des voyages, fondé en 18G0 par Edouard Charton.
Les journaux illustrés se sont heaucoup multipliés depuis cette époque et nous ne pouvons les citer tous. Ils ont puissamment contribué à former une honne école de graveurs.
Cartes à jouer. — On ignore la première origine des cartes, qui ont été certainement inventées en Orient et transportées en Europe. Les uns prétendent que les cartes étaient déjà connues des Chinois au xu c siècle et qu'elles ont été apportées en Europe parles Mogols, puis par les croisés à leur retour d'Orient, vers 1387. D'autres pensent qu'elles ont été apportées de l'Inde, où elles étaient connues depuis un temps immémorial, par les gitanos ou les Arabes, en Espagne et en Sicile, vers la fin du xm e siècle.
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Ce qui semble plus certain, c'est qu'elles furent d'abord connues des Espagnols, qui devinrent et sont restés depuis de grands joueurs de cartes. De là elles auraient été apportées en France, en 1375, par Du Guesclin, à la suite de son expédition contre Pierre le Cruel.
Les cartes n'ont pas toujours été ce qu'elles sont aujourd'hui. Elles avaient une grande similitude avec le jeu d'échecs, venu aussi d'Orient. On les désignait sous le nom de tarots; le jeu contenait 78 cartes, composées d'un fou, de 21 atouts particuliers et de 56 cartes analogues aux nôtres, sauf les quatre cavaliers qui ont été supprimés depuis. Sous le nom de naïbis, on désignait des cartes à images, destinées à l'amusement des enfants.
Les cartes ont été employées sous leur forme actuelle au milieu du xv e siècle. Elles étaient donc encore inconnues sous le règne de Charles VI, mort en 1422. Le jeu de cartes, qui servit à amuser ce monarque atteint de folie, était en réalité un jeu de fantaisie, orné de devises pour son esbattement.
Au début, les cartes à jouer se fabriquaient à la main et étaient d'un prix fort élevé. Yisconti, duc de Milan, paya 1500 pièces d'or un jeu qui devait être un chef-d'œuvre de composition artistique. En 1423, époque de l'invention de la gravure sur bois, elles devinrent communes et se répandirent partout. Les graveurs allemands en exportèrent d'immenses quantités dans toute l'Europe. Venise en fabriqua beaucoup aussi, de même que l'Angleterre sous la reine Anne.
C'est au xvi e siècle que remonte en France la législation qui régit la fabrication des cartes et l'impôt très lourd grevant ce jeu si populaire. L'Imprimerie nationale imprime les douze figures et l'as de trèfle sur un papier filigrane spécial, fabriqué à Thiers par l'État et vendu aux fabricants qui le renforcent avec du carton. Les traits sont seuls imprimés. Le type des figures est celui du xvi e siècle, sauf qu'on a adopté les doubles figures, depuis 1828, à l'exemple des Anglais et des Belges. Les fabricants achètent ces imprimés, les colorient, les cartonnent, les glacent, les découpent, arrondissent les coins et dorent.
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Un impôt semblable a été établi chez la plupart des nations d'Europe. En Russie, les cartes sont fabriquées exclusivement par la Manufacture nationale. Le peuple russe, très amateur des cartes, en consomme plus de 14 000 paquets par jour.
Pendant longtemps les cartes furent exécutées à la brosse, au moyen de patrons découpés. Les couleurs étaient simplement délayées dans l'eau. Le lissage s'effectuait très imparfaitement en frottant avec un caillou dur et lisse, travail long et fastidieux. En 1832, on les imprima par les procédés de la typographie ou de la lithographie ; M. Delarue remplaça les couleurs à l'eau par des couleurs à l'huile, qui ont l'avantage d'être d'une bien plus grande vivacité, de sécher très vite et de ne pas s'étendre sous l'action du lissage comme le faisaient les couleurs à l'eau. Le carton bristol sur lequel on imprime doit être savonné pour s'imprégner plus facilement des couleurs. Quant au lissage, il s'exécute mécaniquement avec une machine inventée par M. Applegath, au moyen de cylindres. M. Ghappellier est l'inventeur de la machine destinée à arrondir les angles.
Timbres-poste. — L'invention des timbres-poste est déjà de date ancienne. En 1653, M. de Velayer, maître des requêtes, conçut l'idée de la boite aux lettres et du timbre-poste. Son système fonctionna même à Paris pendant quelques semaines, mais il fut bientôt abandonné sous la risée publique. Les Parisiens trouvèrent en effet très spirituel de remplir les boîtes aux lettres d'immondices, voire même de souris.
Il faut attendre deux cents ans pour voir l'idée de Velayer être reprise en Angleterre, cette fois avec succès, par Rowland Hill. Le 10 janvier 1840, de petites estampes furent vendues dans toute l'Angleterre, au prix unique de 10 centimes, permettant aux lettres de circuler librement dans toute l'étendue du royaume. Pendant dix ans, chose incroyable, mais qui s'explique par l'horreur innée de l'humanité pour tout ce qui est nouveau, pendant dix ans l'Angleterre fut seule à se servir du timbreposte. La Belgique l'adopta enfin à son tour et la France crut nécessaire pour son amour-propre d'en faire autant. C'est le 1" janvier 1849 que parurent les premiers timbres-poste français,
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à l'effigie de la République. L'Allemagne les adopta seulement en 1830.
Les timbres-poste sont fabriqués en France à l'hôtel des Monnaies, dans une imprimerie particulière. Cette fabrication reste secrète ; parmi ceux qui ont le plus contribué à la perfectionner, il convient de citer surtout M. Hulot. Les feuilles de papier doivent être d'abord imprégnées d'une substance spéciale, destinée à empêcher le report du dessin sur une pierre lithographique. Sans cette précaution, il serait trop facile de reproduire les timbres au moyen de la lithographie. Les encres colorées sont également préparées par des procédés tenus secrets. Quant à l'impression, elle se fait sur des planches en cuivre reproduites par la galvanoplastie, soit par les procédés de la typographie, soit par ceux de la taille-douce. Il est à remarquer que la galvanoplastie seule permet d'obtenir des timbres d'une identité absolue. Sans un.clichage parfait du dessin primitif, il est évident qu'on obtiendrait des différences notables, car il est impossible à un graveur de reproduire avec une fidélité absolue plusieurs fois le même dessin.
Mille timbres coûtent à l'État environ 90 centimes.
Billets de banque. — Les billets de banque sont d'invention chinoise. Il faut absolument se débarrasser de cette croyance si ridicule qui consiste à dire que le peuple chinois est hostile au progrès et demeure immobile. Comme les Européens, ces civilisés do l'Orient marchent sans cesse en avant. Ce sont deux civilisations différentes, qui se heurtent à des préjugés réciproques, aussi ridicules d'un côté que de l'autre. Quant à la prétendue immobilité des Chinois, elle est démentie à chaque pas par l'histoire.
D'après l'orientaliste Klaproth, on trouve la première trace du billet de banque en Chine, sous le règne d'Ou-Ti (an 119 avant l'ère chrétienne). Ces billets étaient constitués par des morceaux de peau de daim, d'un pied carré environ, ornés de peintures et avec de grosses coutures sur les côtés. Il faut cependant remonter au ix e siècle pourvoir les Chinois commencer à se servir régulièrement du billet de banque, sous Tempe-
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reur Hian-Tsoung qui créa les premières banques de dépôts et d'émissions. C'est à la fin du x° siècle, entre les années 967 et 1022, que circula également en Chine le papier-monnaie, tel qu'il existe actuellement chez tous les peuples civilisés.
Les billets de banque chinois, connus des navigateurs européens dans l'Extrême-Orient, furent employés en Angleterre à partir de 1640. La France en fit usage à son tour en 171 6, grâce à l'initiative de l'Anglais Law.
En France, on imprime les billets de banque, comme d'ailleurs les titres d'action et les timbres-poste, sur des planches d'acier, repérées avec un soin extrême et obtenues galvanoplastiquement. C'est même pour cet usage que fut faite, à l'Imprimerie impériale de Saint-Pétersbourg, en 1830,1a première application de la galvanoplastie à l'industrie.
Antérieurement à la galvanoplastie, en 1820, M. Jacob Perkins, aux Etats-Unis, avait imaginé un procédé très original pour reproduire les gravures sur acier aussi identiques à ellesmêmes qu'il est possible, condition absolument essentielle pour s'assurer delà fausseté d'un billet de banque. Ce procédé consiste à graver le dessin sur acier, puis à rouler sur la plaque un grand nombre de fois un autre cylindre d'acier fortement comprimé. Le dessin se reproduit sur le cylindre avec une grande fidélité, mais en négatif, c'est-à-dire que les reliefs de la copie correspondent aux creux du dessin original et inversement. Ensuite, on roule de même le cylindre sur une seconde plaque d'acier, où le dessin se reproduit identique au premier. Inutile d'ajouter que l'acier doit être doux avant l'impression et trempé après l'impression.
Ce sont les Etats-Unis qui, grâce à ce procédé de M. Jacob Perkins, sont arrivés les premiers à produire des billets de banque d'une extrême perfection.