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rayons chimiques. L'activité chimique des rayons contenus dans la lumière blanche, maximum dans les rayons dits chimiques, va en diminuant progressivement depuis le violet jusqu'au rouge. Il s'ensuit que les objets colorés en rouge apparaîtront en noir sur la photographie, tandis que les objets colorés en bleu ou en violet apparaîtront en blanc.

Il en découle aussi un procédé commode pour éclairer Je cabinet noir du photographe, cabinet où doivent s'effectuer toutes les manipulations. Il suffira de s'éclairer avec un carreau rouge pour se mettre presque complètement à l'abri de l'action chimique de la lumière. Quand cette action chimique n'est pas trop à craindre, on peut s éclairer avec un carreau jaune, qui a l'avantage de donner plus de lumière que le car-

reau rouge.

Toutes les lumières ne sont pas aussi photogéniques, c'est-àdire capables de produire des réactions chimiques. La lumière du soleil, celles du magnésium, de l'aluminium, d'un mélange de bioxyde d'azote et de sulfure de carbone, sont les plus riches en rayons chimiques et par conséquent les plus propres à éclairer les objets qu'on veut photographier. On se sert beaucoup depuis quelques années de poudre de magnésium, qui produit en brûlant une lumière permettant de photographier les objets qu'il est impossible d'éclairer avec la lumière du soleil.

2° Substances précipitantes. — Certaines réactions chimiques, lentes à se produire sous l'action de la lumière quand les substances sont isolées, sont considérablement accélérées quand à ces substances on en ajoute d'autres qu'on peut appeler précipitantes, puisqu'elles précipitent les réactions.

Par exemple, le chlorure d'argent, le bromure d'argent et l'iodure d'argent sont réduits beaucoup plus vite quand on les mélange avec de l'albumine ou de la gélatine. Ici, l'albumine et la gélatine sont les substances précipitantes. On comprend qu'il soit essentiel de se servir de substances semblables quand on veut faire de la photographie instantanée.

On a aussi découvert que certaines substances, ajoutées à la matière sensible à l'action de la lumière, rendaient, cette matière

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plus sensible au rouge, ou au jaune, ou au bleu, etc. Tel est le principe des plaques dites orthochromatiques.

3° Substances révélatrices. — Cbose bien curieuse, la lumière est capable de produire dos réactions chimiques invisibles pour l'œil, car ces réactions ne sont qu'à l'état latent. Elles ne se produisent, et ne deviennent par conséquent visibles, qu'à la condition de faire intervenir une substance particulière, nommée substance révélatrice. Par exemple, le bromure d'argent, qui est blanc quand il reste dans l'obscurité, reste encore blanc quand il a reçu l'action de la lumière. Mais, si on le met en contact avec de l'oxalate de fer, la partie qui a été insolée devient noire. L'oxalate de fer est ici la substance révélatrice.

4° Fixateurs. — On appelle fixateur tout corps capable de rendre une photographie insensible à l'action ultérieure de la lumière. Exposons par exemple une plaque recouverte de chlorure d'argent à l'action de la lumière, en interposant un dessin noir sur feuille transparente. Le chlorure d'argent sera décomposé partout où aura passé la lumière et deviendra noir ; au contraire, il restera blanc sous les traits opaques du dessin, puisque la lumière n'aura pas pu l'atteindre. Voilà donc le dessin reproduit en traits blancs sur la plaque sensible. Mais une telle photographie ne pourra rester impunément exposée à la lumière. Nous verrons peu à peu les traits blancs s'obscurcir, et bientôt toute la plaque sera devenue uniformément noire, car la lumière aura attaqué les parties jusque-là préservées. Il est donc essentiel de soustraire la plaque à l'action ultérieure de la lumière. Il suffit pour atteindre ce but de la plonger dans une substance capable de dissoudre le chlorure d'argent non altéré par la lumière, soit l'hyposulfite de soude, soit le cyanure de potassium. C'est à ces dissolvants qu'on donne le nom de fixateurs.

Les principes que nous venons d'énumérer n'étaient pas encore connus des savants quand la photographie a été découverte. Ils n'ont été connus que progressivement, à la suite de recherches nombreuses et opiniâtres. L'histoire de la photographie est donc en même temps l'histoire de la découverte de ces principes.

La photographie, grâce à la découverte dune multitude défaits non encore soupçonnés par les physiciens et les chimistes, a donc rendu des services immenses à la science. Et nous pensons qu'elle en rendra encore beaucoup, car elle n'a pas dit son dernier mot et nous réserve bien des surprises.

C'est au xvi° siècle que Fabricius découvrit L'action de la lumière sur le chlorure] d'argent. 11 parait que ce Fabricius eut aussitôt l'idée de faire servir sa découverte à la reproduction des images. La chose se présentait d'ailleurs naturellement à l'esprit, étant donnée la facilité du procédé. 11 suffisait de poser un dessin, fait à l'encre noire, sur feuille de papier transparent, au-dessus d'une lame imprégnée de chlorure d'argent, puis d'exposer à la lumière, pour voir apparaître le même dessin reproduit en blanc.

Scheele en Suède, Charles en France, Wedgwood et Davy en Angleterre, et beaucoup d'autres, sans doute, reprirent la même expérience à la fin du xvin' siècle et au commencement du xix°, mais sans résultats pratiques. Les images ne pouvaient être fixées et disparaissaient sous l'action de la lumière.

La photographie était cependant dans l'air et il suffisait d'un hasard heureux pour résoudre le problème. Ce hasard se produisit à la suite de circonstances ignorées, mais ce ne fut pas le chlorure d'argent qui le fournit. En 1813, Nicéphore Niepce découvrit l'action de la lumière sur le bitume de Judée. Il étendit sur une plaque d'argent bien polie une dissolution de bitume de Judée dans de l'essence de lavande et lit sécher dans l'obscurité. Puis, il exposa à la lumière du soleil pendant plusieurs heures, après avoir recouvert la plaque d'un dessin noir sur une feuille de papier transparent. Le dessin apparaissait alors en noir sur fond blanc, la lumière ayant blanchi les portions du bitume insolées. Cette image se lixàit d'ailleurs très facilement, car il suffisait de laver la plaque avec de l'essence de lavande pour dissoudre le bitume non altéré par la lumière.

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Les traits du dessin apparaissaient alors en noir, car l'argent, mis à nu, s-ous une incidence convenable qui empêchait la réilexion, donnait du noir, pendant que le bitume oxydé donnait le blanc. Si l'épreuve était nette, elle manquait de beauté.

Niepce voulut alors produire des images photographiques en exposant la plaque d'argent bitumée au fond d'une chambre noire éclairée au moyen d'une lentille, mais il lui fut impossible d'obtenir la moindre image. Cet insuccès tenait à ce que la durée de pose était beaucoup trop longue et nécessitait plusieurs heures. Les ombres changeaient, ainsi que les parties éclairées, à cause du mouvement du soleil, et les images étaient absolument confuses.

L'inventeur se retourna alors d'un autre côté et chercha une application plus pratique. En 1826, il grava les dessins sur cuivre au moyen de la lumière. La plaque d'argent ayant été remplacée par du cuivre, il suffisait de verser de l'acide nitrique pour ronger la plaque aux endroits mis à nu qui correspondaient exactement. aux traits du dessin.

En 1829, Niepce, qui avait jusque-là travaillé seul et en secret, s'associa avec Daguerre et les deux collaborateurs continuèrent ensemble leurs recherches jusqu'en 1833, époque de la mort de Niepce. Daguerre, resté seul en possession des secrets de son ami, résolut enfin le problème de la photographie. En 1838, de vagues rumeurs circulèrent dans le public, annonçant qu'un nommé Daguerre avait trouvé le moyen de faire le portrait d'une personne en quelques minutes, au moyen du soleil. Cette découverte, la plus belle du siècle, semblait prodigieuse et rencontra beaucoup d'incrédulité. Aussi quelle ne fut. pas l'émotion générale quand Arago fit voter par la Chambre des députés une rente viagère de 6000 francs, allouée par l'Etat à Daguerre pour la divulgation de sa découverte. Cette divulgation fut faite à l'Académie des sciences le 19 août 1839. Aussitôt, de tous les points du monde civilisé, des savants et des amateurs vinrent trouver Daguerre, lui demandèrent ses procédés et répandirent l'art de la photographie sur toute la surface de la terre en l'espace de quelques mois.

Quelle était donc cette étonnante découverte de Daguerre? On prend une plaque d'argent, bien dégraissée successivement avec de l'acide nitrique et de la pierre ponce, puis polie avec du rouge d Angleterre. On l'expose dans l'obscurité à l'action des vapeurs diode jusqu'à formation d'une couche dorée d'iodure d argent.

La plaque ainsi préparée est exposée dans la chambre noire de manière à recevoir le. contact de l'image à reproduire Vient ensuite une opération, qui estla plus remarquable et que Daguerre a découverte à la suite don ne sait quel heureux hasard, car il n a pas laissé une description de ses travaux. Il serait cependant fort curieux de connaître la série de ses tentatives. L'iodure dargent, après avoir reçu le contact de la lumière dans la chambre noire, ne porte aucune trace d'image. Celle-ci n'apparaît qu après exposition dans le cabinet noir de la plaque iodurée a 1 action des vapeurs de mercure chauffé à la température de 00 degrés environ. Le mercure s'attache seulement aux parties qui ont été insolées. Il ne reste plus enfin qu'à laver avec une dissolution concentrée de sel marin, qui dissout l'iodure d'argent non altéré. ^

Le mercure, en globules microscopiques, constitue les blancs tandis que l'argent de la plaque forme les noirs quand on regarde sous une incidence convenable. On obtient ainsi une image d'une grande finesse et d'une beauté qui n'a jamais été dépassée depuis. Malheureusement, il faut un temps de pose trop long, qui varie de treize à vingt minutes; on n'obtient quune seule épreuve et l'image présente des miroitements desagréables. Cette image n'est d'ailleurs visible que sous une incidence déterminée, ce qui n'est pas toujours «l'une grande commodité.

Le procédé de Daguerre reçut immédiatement de grands perfectionnements de la part de plusieurs savants, parmi lesquels il faut surtout citer Claudet, Fizeau, Foucault, Bingham et John Herschel. John Herschel remplaça le sel marin par l'hyposu fite de soude, qui est un fixateur plus rapide; Fizeau eut 1 idée de plonger la photographie dans un bain de chlorure d'or r L 7

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ce qui a pour effet de recouvrir l'argent d'une mince couche d'or etdedonnerune image plus nette avec des tons plus chauds. On raccourcit considérablement le temps de pose en ajoutant du brome aux vapeurs d'iode. Enfin, on perfectionna la chambre noire en combinant des lentilles qui rendent l'image plus nette. Pendant que Daguerre obtenait un résultat aussi remarquable et conquérait la faveur du public, un autre inventeur travaillait le môme sujet dans lé silence du cabinet et arrivait à produire des images beaucoup moins séduisantes que celles de Daguerre, mais avec des procédés beaucoup plus pratiques et qui n'allaient pas tarder à prendre le pas sur ceux de son heureux concurrent: cet inventeur était Talbot, un riche amateur anglais.

Les recherches de Talbot datent aussi de 1838. Tandis que Daguerre n'obtenait qu'une seule épreuve, Talbot en produisait autant qu'il en voulait et toutes identiques entre elles. C'est là le principal mérite de sa découverte et ce qui l'a bientôt fait préférer à la méthode de Daguerre.

On trempe une feuille de papier dans une dissolution de nitrate d'argent, puis on fait sécher. Pour sensibiliser cette feuille, on la trempe ensuite, à l'obscurité, dans une dissolution d'iodure de potassium et on fait sécher. Après exposition d'une minute dans la chambre noire, on révèle avec un mélange de nitrate d'argent et d'acide gallique, puis on lixe avec du bromure de potassium, ou mieux de l'hyposulfite de soude.

L'image ainsi obtenue est négative, c'est-à-dire que ses noirs correspondent aux blancs de l'objet reproduit et inversement. Il devenait donc nécessaire de tirer une seconde épreuve, cette fois positive, où les blancs et les noirs correspondaient bien réellement aux blancs et aux noirs de l'objet.

Pour obtenir le positif, on cire le papier négatif de manière à le rendre transparent, puis on l'applique sur une feuille de papier préparée exactement comme la première. La lumière, passant à travers les blancs du négatif, produit des noirs correspondants sur la feuille positive ; les noirs du négatif arrêtent au contraire la lumière et donnent des blancs sur le positif.

Telle était la méthode découverte par Talbot, méthode bien

imparfaite sans doute, mais qui devait bientôt faire oublier celle de Daguerre. Les photographies obtenues par Talbot n'eurent aucun succès auprès du public, car elles manquaient de finesse à cause du grain du papier employé pour le négatif. Ce n'est qu'à la suite de nombreux perfectionnements, apportés tant à 1 épreuve négative qu'à l'épreuve positive, que ce procédé a définitivement été accepté par tous les photographes.

Négatifs. —Nous venons de voir que le grain du papier négatif avait le grave inconvénient d'enlever toute finesse aux images positives. En 1847, Niepce de Saint-Victor, neveu de Nicépbore Niepce, eut l'idée de remplacer le papier par du verre pour l'obtention de l'épreuve négative, ce qui a pour effet de donner une grande finesse aux images positives, la lumière ne rencontrant plus aucun obstacle dans son passage à travers le négatif. Le négatif lui-même acquérait du même coup une finesse incomparable. La grande difficulté à vaincre dans l'emploi du verre fut de trouver une substance capable de fixer la couche sensible d'iodure d'argent sur le verre, ce qui se faisait auparavant sans difficulté avec le papier, celui-ci retenant l'iodure emprisonné dans ses pores. Niepce de Saint-Victor parvint au but au moyen d'une couche d'albumine ou blanc d'œuf. L'albumine, dissoute dans une solution d'iodure de potassium ou d'ammonium, est étendue en couche mince sur la lame de verre et y adhère très fortement après dessiccation. On sensibilise en trempant dans une dissolution de nitrate d'argent, qui, par double décomposition, donne de l'iodure d'argent.

La méthode des glaces albuminées avait de grands avantages, mais elle présentait de graves inconvénients : l'albumine manquait souvent d'une pureté suffisante et la sensibilité de' l'iodure d'argent à la lumière en était très diminuée. Aussi, dès 1851, l'Anglais Legray proposa-t-il de remplacer l'albumine par le collodion, substance très pure et très transparente. Ce fut Bingham qui introduisit le premier le nouveau procédé en France. A partir du moment où l'on se servit du collodion, l'art de la photographie se répandit partout et devint populaire. Le collodion présentait lui-même cependant un inconvénient,

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