BOIS RÉSINEUX
Sapin. — Là France possède de belles sapinières, près de Gérardmer, dans les Vosges, dans le Jura et les Pyrénées, dans le massif de la Grande-Chartreuse, dans les Cévennes près des sources de l'Ardèche. Les plus beaux sapins de l'Europe sont au bourg de Quillan, dans l'Aude, et entre Arbois et Pontarlier, dans le Jura. On évalue à 640 000 hectares l'étendue totale des sapinières françaises.
Le sapin est un bois uni, homogène et léger. Il est très em-
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ployé pour la grosse charpenterie, les constructions maritimes. On en fait aussi des instruments de musique à cause de sa grande sonorité, des planches, des caisses, des allumettes, de la pâte à papier, des jouets d'enfants. Il résiste bien à l'humidité à cause de la résine dont il est imprégné.
Epicéa. — L'épicéa affectionne les sommités montagneuses. On le trouve dans les Vosges, le Jura, la région moyenne des Alpes, au-dessus des sapins. Il y en a 275 000 hectares en France. Son bois est tendre, léger, sonore, susceptible d'un beau poli. Il n'est pas assez résistant pour les constructions. On s'en sert dans la menuiserie, pour la fabrication des tables d'harmonie, de la pâte à papier. Son charbon est très estimé. Par incision de l'écorce, on en retire une résine nommée poix de Bourgogne. Son écorce peut également servir au tannage des cuirs. Les Allemands le nomment arbre à pain, car il constitue la grande ressource des pays froids et montagneux.
Mélèze. — Cet arbre affectionne les hautes sommités. Il y en a 184 000 hectares en France. Son bois est très employé dans les grosses constructions maritimes, la charpenterie ; étant incorruptible, on s'en sert comme traverses de chemin de fer, poteaux télégraphiques. On en fait aussi des merrains pour tonneaux, des échalas.
Pins. — Le pin sylvestre affectionne les montagnes de hauteur moyenne, les terres sablonneuses et arides, les marécages, aussi est-il très employé pour les reboisements. Le pin maritime abonde surtout dans les Landes.
Le pin sylvestre sert dans la menuiserie, les constructions navales. On en fait des planches, des pilotis. Quant au pin maritime, son bois est de qualité médiocre. On en fait cependant des traverses de chemin de fer, des charpentes et des pilotis.
N'oublions pas enfin que les pins sont également une grande source de richesse, car ce sont eux qui fournissent la résine.
Le pin maritime des Landes a trouvé dans ces dernières années un grand débouché dans. l'alimentation des fours de la boulangerie parisienne, qui en a demandé 50 000 tonnes en 1888, et dans le nouveau pavage des rues de Paris.
//'. — C'est un bois à grain fin, d'une belle nuance, susceptible d'un poli parfait. Il est incorruptible. On en fait des meubles.
Cèdre. — Originaire des montagnes de l'Asie, il est maintenant acclimaté en France. Son bois est d'une grande finesse, mais non susceptible de poli. On en fait des intérieurs de commodes et de secrétaires, car son odeur chasse les insectes. On en fait aussi des crayons.
Cyprès. — Son bois, analogue à celui du cèdre, était très employé par les anciens.
Genévrier. — Bois d'un beau veinage, susceptible de poli, ayant une odeur agréable, mais malheureusement de trop petite dimension. Utilisé comme bois de crayon et pour la confection des petits objets de fantaisie, à Spa, en Belgique, et à Fontainebleau, en France.
Thuya. — Bois d'une grande finesse de grain, ayant de belles teintes. Les Romains en faisaient un grand usage. Sert à fabriquer des petits meubles. Sa loupe ressemble à l'acajou.
Europe. — Nous avons déjà vu que l'Europe est fort inégalement boisée. Les régions méditerranéennes et océaniennes, les plus tôt civilisées et les plus fertiles à cause de la douceur du climat, ont été principalement déboisées. Au contraire, les régions centrales et septentrionales, plus élevées, plus froides, plus stériles en général, ont gardé la plupart de leurs forêts.
L'Angleterre, qui fut jadis, comme la France, une immense forêt, est aujourd'hui presque complètement déboisée. Son climat est trop propice aux pâturages et à l'élevage des bestiaux pour qu'on songe à y cultiver des bois. On y trouve cependant encore quelques beaux chênes pour les constructions navales.
L'Espagne et le Portugal'sont également peu boisés. Certaines régions, marécageuses et fiévreuses, gagneraient cependant beaucoup au reboisement ; aussi de grands efforts ont-ils été tentés pour reconstituer certaines forêts. Les principales essences sont le chêne vert, le chêne liège, qui fournit un liège très renommé et qui fait l'objet d'une grande exportation, le chêne kermès, la bruyère, l'ajonc, le genévrier, le frêne, le châtaignier, le tilleul et l'orme. Sur les cotes du Portugal, on a beaucoup planté de
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pins maritimes et de pins pignons, destinés à fixer les dunes et qui fournissent beaucoup de résine.
L'Italie, encore si boisée au temps de Virgile, qui célébrait dans ses vers la beauté de ses forêts, est aujourd'hui presque complètement dépouillée. Comme en France, certaines régions des Apennins et des Alpes, surtout dans la Toscane, demanderaient à être reboisées afin d'éviter les dévastations des torrents. La stérilité affreuse de certains régions, principalement de la campagne de Rome et des bords de la Méditerranée et de l'Adriatique, soumises aux fièvres, est duc à la disparition des forêts. Il y a là de beaux et utiles travaux de reboisement à tenter. Les principales essences sont le hêtre, le pin, le châtaignier dans les parties froides des Alpes; le pin pignon, qui constitue encore de belles forêts près de Ravenne et fournit des produits très recbercbés ; le chêne, qu'on trouve surtout en Toscane; l'orme et le frêne, qui atteignent de belles dimensions dans la Sardaigne et qu'on exploite pour la construction des navires.
La sylviculture est très avancée en Allemagne, où les forêts sont nombreuses et y occupent un peu plus du quart du territoire. En Bavière et dans la liesse Rbénane, il existe des sècheries très importantes de graines d'arbres résineux pour reboisement. Les graines y sont sécbées dans des appareils à vapeur.
Les Etats autricbiens sont très riches en forêts. Il s'y fait une grande exportation de bois. Les parties les plus boisées sont les montagnes qui entourent la Hongrie à l'est et au sud, c'est-à-dire la Transylvanie, la Slavonie et la Croatie, où les principales essences sont le chêne, les résineux et surtout le hêtre.
LTUyrie fournit un chêne de belle qualité, le Qiiercus pubescens ; les plus beaux pins sylvestres viennent de la Gallicie et de la Buckovine; le Tyrol possède le mélèze le plus renommé et ses épicéas des hautes régions sont très recherchés pour les tables d'harmonie, principalement ceux de la forêt de Paneveggio. La Bohême fournit beaucoup de bois résineux pour la fabrication des allumettes. Cette et Bordeaux font venir de la Slavonie des merrains pour tonneaux. Les Carpathes, qui renferment des
forêts encore presque inexplorées, sont surtout riches en hêtre Dans la Gallicie et la Buckovine, on exploite beaucoup les bois pour en extraire de la térébenthine et de la potasse.
La Roumanie trouve aussi dans ses forêts des Carpathes une source énorme de richesse; la plupart des maisons sont encore construites en bois. Les variations brusques de température dans ce climat donnent au bois des qualités spéciales de durée et de résistance. Les forêts abondent aussi dans les anciennes provinces turques, principalement en Bosnie.
La Russie possède des forêts immenses, principalement dans ses provinces du Nord, vers la mer Blanche et la baltique ; au Sud, elle contient d'immenses steppes déboisés et les habitants doivent s'y chauffer avec les excréments des animaux. Les essences sont peu variées dans ce climat âpre et froid, fait de contrastes, mais le bois y acquiert de grandes qualités de dureté.
Les mélèzes et les épicéas de Finlande possèdent une dureté quasi métallique, tant leurs couches annuelles sont minces (elles ne peuvent être distinguées qu'avec la loupe) ; aussi ces arbres sont-ils très recherchés et d'un prix fort élevé. On en fait des traverses pour les chemins de fer, qui s'expédient fort loin à l'étranger. Le pin sylvestre de Finlande, dit de Riga, est aussi très abondant et fait l'objet d'un très grand commerce ; son bois est principalement employé pour les constructions. Le tremble est très employé pour la fabrication de la pâte à papier ; le bouleau fournit une écorce qui sert au tannage des cuirs, a la préparation d'une huile empyreumatique, nommée diogott, qui donne au cuir de Russie son parfum spécial et la propriété de n'être pas attaqué par les insectes. On en fait aussi de menus objets de fantaisie, des boîtes, des corbeilles, etc., il sert même à couvrir les maisons. Il en est de même de Pécorce de tilleul, qui sert à fabriquer des nattes, des cordes, des corbeilles, des chaussures, des lattes pour couvrir les maisons. L'écorçage du bouleau se fait en mai et en juin et donne une grande animation aux forêts. Citons enfin comme particulièrement remarquables le sapin pectine des Carpathes et le chêne pédoncule. La
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Suède et la Norvège sont après la Russie les pays les plus boisés d'Europe. On trouve sur les Alpes Scandinaves 17 millions d'hectares de forêts sur le versant oriental et 11) millions d'hectares sur le versant occidental. Ces 'pays exportent chaque année, principalement en Angleterre et eu France, une énorme quantité de bois résineux, dont la valeur dépasse 100 millions de francs, sans compter la consommation locale qui est énorme. On s'en sert pour les constructions, la plupart en bois, et pour la fabrication du goudron, de la potasse, des résines, du charbon de bois, etc. Les principales essences sont le pin, le sapin, l'épicéa et le bouleau. Les pins et les sapins acquièrent dans cette région une hauteur extraordinaire. Le déboisement s'y pratique malheureusement sans discernement et cette source de richesse fabuleuse ne tardera guère à s'épuiser.
Asie. — L'Asie, berceau antique de la civilisation, est généralement peu boisée. Est-ce l'effet d'un déboisement jadis poussé à outrance; est-ce un effet du climat?
Il faut nous attendre à trouver, dans cette partie du monde, des essences différentes de celles de l'Europe, car les conditions climatologiques ne sont plus les mêmes. L'Europe et l'Asie diffèrent en effet sous presque tous les rapports ; la ressemblance est plus grande entre l'Europe et l'Afrique. La Chine possède peu de forêts, car la population y est beaucoup trop dense. 11 n'en est plus de même au Japon, où des lois très sévères ont mi préserver les bois de la destruction. La sylviculture est également très avancée dans ce pays, qui pourrait servir d'exemple à la vieille Europe. Les collines boisées du Japon rendent l'aspect de la contrée particulièrement agréable à l'œil. Les essences utiles y abondent. Citons en particulier le cyprès, le pin, le sapin, le châtaignier, le chêne, le prunier, le cerisier, analogues aux espèces similaires d'Europe, puis quelques espèces particulières au pays, Vacagashi, le socoura, le campliricr, le mûrier, le eomrakoki, le data impérial, le ghiba, le camélia, ïolibouhier, les bambous, le bois de corail, le santal, le palmier chanvre dont on fait des balais, des cordes, le Planera cuspidata, sorte d'orme qui fournit un placage de toute beauté, le pau-
lownia, naturalisé maintenant en Europe et dont nous devons faire une mention spéciale.
Le paulownia, ou kiri du Japon, a été introduit en France, en 1833, à l'état de graine par un officier do marine. Cet officier avait acheté divers bibelots dans ses voyages en Orient et, ayant trouvé des graines dans l'un d'eux, il en avait fait cadeau à Neumann, qui les sema au Jardin des Plantes de Paris. Or, une seule de ces graines germa et donna précisément le paulownia, dont le port singulier et les fleurs avant feuilles attirèrent beaucoup la curiosité à cette époque.
Le paulownia est cultivé dans tout le Japon. Son bois odorant chasse les mites, ce qui amène à en fabriquer des caisses, des coffres, des malles pour enfermer les vêtements ; il sert encore à faire des tables, des jouets d'enfants, des étagères, des perches à porteur. On devrait donc multiplier ses plantations en France, car c'est un arbre utile. Il est bon à couper tous les vingt ans. Il se reproduit d'ailleurs avec une extrême facilité. Il suffit en effet de planter en terre des branches, des feuilles même hachées menu.
L'Inde était jadis très boisée, mais il reste aujourd'hui peu de chose de ses anciennes richesses végétales. Les Anglais ont pris des mesures pour arrêter le mal et empêcher une destruction complète. Mais si les bois y sont rares, ils jouissent, par contre, de qualités remarquables.
Le teck est un bel arbre, originaire des montagnes du Malabar et du royaume de Siam ; surtout abondant dans l'Inde méridionale et dans la Birmanie où il forme d'immenses forêts, il fournit un bois incorruptible, très solide et se polissant comme le chêne, très recherché pour la construction des navires, des wagons, et en ébénisterie. On a pu l'acclimater à Alger ; s'il y réussit, il constituera une grande source de richesses pour notre colonie.
Signalons encore le scindai, à odeur aromatique, dont les Chinois tirent une sorte d'encens et qui abonde dans les forêts de Mysore ; le sandal rouge, dont le bois sert à teindre les laines ; le sal, qui forme des fourrés inextricables aux pieds de l'Himalaya
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et dont le bois sert à faire des poteaux télégraphiques et des traverses de chemin de 1er; le black wood, recherché en ébénisterie; lëjack ou arbre à pain, dont le fruit contient une farine comestible; le vengé, fournissant un suc astringent nommé kino; le Ficus elastica, ou arbre à caoutchouc; l'Acacia catechu donnant le cachou, le Pinus longifolia, dont on extrait de la résine de térébenthine; Yébène, dont le cœur fournit un bois noir, dur. pesant, susceptible d'être poli, très recherché pour l'ébénisterie artistique; l'arbre à quinquina; différentes espèces de palmiers, parmi lesquels il faut citer le chou palmiste, dont le bourgeon terminal est comestihle et dont les feuilles servent de papier à lettres; les rotangs, sortes de lianes très employées pour fabriquer des cannes, des badines, des chaises, des jouets, et dont le fruit très dur permet de faire des menus objets de toilette; enfin Yareng ou palmier à sucre, dont les pétioles servent à fabriquer des câbles.
Ne quittons pas l'Inde sans mentionner le Corypha, des feuilles duquel on fait des chapeaux d'une légèreté extrême, désignés à tort sous le nom de chapeaux de Panama, ainsi que Y .Esdujnomcne aspera, dont la culture se propage beaucoup, qui sert à fabriquer des chapeaux, des casquettes et des jouets d'enfants. Les forêts de la Cochincbine abondent aussi en essences précieuses, particulièrement dans le Cambodge et la province de Bien-Hoa, dans les régions montagneuses. Signalons quatre variétés de bois de fer ou golim, très recherchées pour les constructions et l'ébénisterie, le sang-le, excellent pour la batellerie, le ngoc-am ou bois jaune, propre à la sculpture sur bois, le diitlihuong au parfum de clou de girolle, le vaian-qua, dont le fruit nommé litchi est très recherché, le giathong qui fournit de la résine. Diverses autres essences produisent la cannelle, des huiles, des résines, des laques, etc. En un mot, les forêts de l'Indo-Chine, dont quelques-unes sont encore immenses, recèlent un grand nombre d'espèces utiles sous tous les rapports.
Afrique. — Les forêts semblent abonder dans la zone centrale, c'est-à-dire dans le Soudan. Stanley, dans sa dernière expédition, a traversé une forêt d'étendue considérable.
L'Algérie possède un climat propice aux forêts et son reboisement complet s'impose clans le plus bref délai. Ce sera le moyen de modifier son climat, de rendre les pluies plus fréquentes et de la refaire ce qu'elle était jadis, un grenier d'abondance. Il en est de même de la Tunisie.
Les forêts algériennes ont une étendue d'un million et demi d'hectares. Ses principales essences sont : le chêne liège qui vient partout, le chêne zah dont le bois est employé pour la marine, le chêne vert ou yeuse très recherché pour meubles et parquets, le chêne à kermès, le chêne à glands doux dont le fruit est comestible pour l'homme, le châtaignier, le caroubier, dont la gousse sert de nourriture pour les chevaux, le thuya qui s'étend sur une superficie de 6000 hectares, et dont le bois sert à la fabrication des meubles riches, le pin maritime, le pin de Corse, le pin d'Alep, le pin parasol, le cèdre qui forme une magnifique forêt à Teniet-el-Had ; l'orme, le platane, le peuplier blanc, l'olivier, l'oranger, le citronnier, le pistachier, le genévrier de Phénicie, le dattier à fruits comestibles, dont le bois sert pour les constructions, dont la sève fermente et donne le lagami des Arabes, dont les feuilles sont utilisées pour faire des cannes et des paniers, le palmier nain dont le bois et les feuilles servent à fabriquer de la pâte à papier, du crin végétal, des balais et des corbeilles.
Un grand nombre d'espèces étrangères utiles sont acclimatées en Algérie, par exemple le chêne à noix de galle, le vélani pour la teinture, l'Eucalyptus globulus ou blue-gum de la Tasmanie. On a déjà planté un nombre considérable de pieds d'eucalyptus dans l'Algérie. Cet arbre dessèche les marécages et chasse les fièvres. De plus, son bois peut être employé pour les traverses de chemin de fer, les poteaux télégraphiques, et même pour la charpenterie après une longue dessiccation.
Le Sénégal possède quelques forêts qui contiennent des essences précieuses, fournissant de la gomme, des produits oléagineux, etc. Le palmier avoira, par exemple, dont le fruit est gros comme une noix, fournit l'huile de palme qui donne lieu à une exportation considérable. Cette huile est extraite de l'enve-
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loppe externe du fruit et du fruit lui-même. Les indigènes se servent d'huile de palme pour accommoder leur nourriture. En Europe, on en fabrique des bougies et du savon.
.Malgré leur peu d'étendue, nous devons citer les forêts des îles Canaries. Ces îles étaient jadis très boisées et très fertiles; leur déboisement a modifié le climat et amené la stérilité. Les lauriers, les ilex, les bruyères y atteignent des dimensions colossales et inusitées, jusqu'à 25 et 30 mètres de hauteur; le Piniis tseda canariensis est tellement riche en résine qu'il est complètement incorruptible : avec ses branches on fait des torches. Sous ce ciel saturé de chaleur et d'humidité, la végétation acquiert une intensité extraordinaire. Humboldt a vu aux îles Canaries un dragonnier dont le tronc avait 20 mètres de circonférence et qui était agi' de dix mille ans. C'est le dragonnier qui, par des incisions pratiquées dans son écorce, donne une résine nommée sang-dragon, employée en médecine comme astringent. Madagascar possède d'immenses forêts qui fournissent des bois précieux, l'ébène, le sandal, le palissandre, le Copernicia dont on fait des manches de parapluie dits de laurier, le raphia ou sagouier, dont la moelle fournit le sagou et dont les feuilles servent à préparer des étoiles, des liens pour l'horticulture, des fleurs artificielles, etc.
Dans l'île de la Réunion, citons quelques espèces utiles : le bois de natte, excellent pour l'ébénisterie, le bois puant, h; tamarin, le cœur-bleu, le lilas, le bassin, etc. Aux îles Séchelles, mentionnons le coco des Maldires, dont les jeunes feuilles servent à fabriquer une vannerie merveilleuse.
Amérique du Nord. — Toute la région septentrionale de l'Amérique, au climat d'une rigueur extrême, est recouverte de forêts où dominent des essences particulières aux pays froids, c'est-à-dire le sapin blanc, le sapin baumier et le mélèze américain ou tamarac.
Plus au sud, aux Etals-Unis et au Canada, les forêts abondent encore. L'exploitation des forêts est pour le Canada la principale source de ses richesses. Les essences les plus remarquables sont : Y Epicéa nigra ou spruce dont on fait des mâts et des meu- L 10
bles, fort importé en France depuis quelques années; le pin blanc, qui s'élève à une hauteur de 50 mètres et dont on fait des mâts, Vépinette ronge ou tamarac, sorte de mélèze fort employé pour les constructions navales, le noyer moiré, Y érable piqué, le frêne moiré au tissu admirable formé de lamelles dorées, le chêne piqué et onde, le merisier rouge, essences très recherchées pour l'ébénisterie. Signalons aussi Yérable à sucre dont la sève fournit tout le sucre consommé au Canada.
On compte aux Etats-Unis 182 millions d'hectares de forêts, dont les deux tiers dans les provinces du Nord. Il s'y débite chaque année 700 millions de mètres cubes de bois, d'une valeur de plus de 5 milliards. Certaines scieries mécaniques consomment par jour lo 000 stères de bois. Ces chiffres montrent l'importance de cette industrie aux Etats-Unis.
Voici quelques renseignements sur les essences les plus utiles. Le liquidambar copalme se trouve dans les États de Floride, de Missouri, d'Arkansas, du Texas, de Connecticut et jusque dans le Mexique. Son grain est très fin, très serré et susceptible d'un beau poli. Il sert pour le boisage intérieur des appartements, l'ébénisterie, le pavage des rues. Il donne par incision une résine à odeur agréable. Il a pu être acclimaté en France, à Montpellier. Le hickorij ou noyer blanc américain sert en carrosserie, car il est très léger, très tenace et très élastique. Le pitch-pin, originaire d'Australie, au grain fin et serré, se rencontre principalement dans la Floride et la Géorgie. Il est très employé, même en France, pour faire des mâts, des intérieurs de navires et d'omnibus, des meubles, des traverses de chemin de fer, des pilotis. Son bois incorruptible répand une odeur qui chasse les insectes. Citons encore le yellow-pin, dont on fait des navires et des portes d'écluse, le tamarac ou épinette rouge analogue à celui du Canada; le pruche du Canada, au bois riche en tannin, utilisé pour les constructions et les traverses de chemin de fer; Yérable argenté dont la loupe est très recherchée en ébénisterie, le yandubay, etc.
La Californie, plus chaude que la région située du côté de l'Atlantique, est extrêmement riche en forêts où abondent sur-
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tout les conifères, tels que le cèdre de l'Orégon, le Thuya gigantea- le Sequota, spécimen gigantesque de l'antique flore crétacée Les défrichements s'opèrent en Californie, comme dans le reste des Etats-Unis, dans des proportions inouïes. Des routes sont tracées au milieu des forêts vierges et des trains amènent e bois jusquaux scieries. En 1883, il a été ainsi scié en Californie 150 millions de pieds cubes de bois
Amérique centrale. - L'Amérique centrale est extrêmement boisée dans les parties un peu éloignées de la mer. Les arbres don quelques-uns sont encre peu connus quant à leurs prophètes, y atteignent des dimensions colossales. Le MoraeJelsa sélève jusquà 00 mètres; son bois sert aux constructions navales ses graines sont comestibles, son écorce est utilisée pour la tannerie H en médecine contre la dysenterie. Signalons encore le green-hearl ou wacapou, pour charpenterie et consruction des navires; lecourbaril, très recherché en ébénisterielepurpleheart, d'un rouge violacé et résineux; le palissandre, lacajou, précieux pour l'ébénisterie ; le Cedrela odorata pour caisses à cgares; le quebracho employé pour charronnage et dont le bois et les feuilles servent pour la tannerie; |, Z ac excessivement résistant, dont on fait des poulies et des coussinets; le^i* coco, do,.t le fruit, de la dimension d'un œuf de poule, sert a fabriquer des boites, des tabatières, des fouets des bagues des boutons de fantaisie ; le paripon, au fruit jaune rougeatre de la dimension d'un gland de chêne dont on extrait une boisson fermentée; le bananier qui, outre son fruit savoureux, fournit des libres textiles; les bois de zèbre et de tiare dont les veines imitent les pelages de ces animaux.
Nous en passons une multitude uni seront plus tard d'un grand usage dans l'industrie. La liste complète des arbres utiles existant dans la Guyane française, par exemple, atteint un tel développement que nous ne pouvons la publier ici
Amérique du Sud. - - Le Brésil, et principalement la vallée de 1 Amazone, ce véritable paradis terrestre qui deviendra un jour le centre de la civilisation, renferment des forêts vierges d une unmensité prodigieuse. Il y a là des trésors accumulés qui
attendent toujours d'être exploités pour les besoins de l'homme. Quelle différence d'aspect entre ces forêts du Brésil et celles de l'Europe ! C'est un fouillis inextricable où vivent pêle-mêle les essences les plus disparates, c'est un éblouissement de l'imagination par la multitude des détails et la variation infinie des caprices de la nature. C'est là qu'on trouve les essences les plus précieuses du monde entier : le palissandre, dur, sec, résineux, à odeur suave, susceptible d'un beau poli et se vernissant bien, très recherché en ébénisterie; l'acajou, haut de 10 à 15 mètres, dont tout le monde connaît, l'emploi pour la fabrication des meubles; le quebracho, d'une grande dureté, excellent pour les travaux maritimes à cause de sa résistance à l'attaque des tarets, employé pour les poteaux télégraphiques, les traverses de chemin de fer, dont la sciure remplace l'écorce de chêne pour le tannage des cuirs ; Varan caria, seul conifère du Brésil, dont le fruit est comestible et le bois recherché pour la menuiserie ; le bois de rose, les arbres à caoutchouc, le palmier piaçaba, dont on fait des brosses, des balayeuses mécaniques, des rouleaux, des stores. Nous terminerons enfin par le palmier carnauba, le plus utile peut-être de tous les arbres. Le carnauba donne en effet un fruit comestible qui renferme en outre une boisson très agréable; ses feuilles produisent de la cire utilisée dans la fabrication des bougies ; ses feuilles permettent de fabriquer des cordes, des harnais, des chapeaux, des nattes, des balais, des paillassons, du papier ; son bois sert enfin pour la charpenterie, la menuiserie, l'ébénisterie et donne des pilotis inaltérables dans l'eau de mer.
La Confédération Argentine, le Chili, le Pérou, la Bolivie, etc., possèdent aussi de nombreuses forêts riches en essences précieuses. On voit donc que l'Amérique du Sud possède une réserve importante où l'Europe saura trouver le bois qui lui sera nécessaire quand le besoin s'en fera sentir.
Océanie. — L'Australie possède de vastes espaces boisés. La différence des climats fait qu'on y rencontre des essences très diverses. L'arbre par excellence est l'eucalyptus, dont il existe de nombreuses variétés. Son bois résineux est excellent pour la
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grosse charpenterie, le charronnage, les poteaux télégraphiques, les traverses de chemin de fer ; il fournit d'excellentes perches de mines. Il donne par incision une résine nommée kino, employée en pharmacie et en parfumerie. Ses feuilles donnent de l'huile pour l'éclairage ; infusées dans l'alcool, elles produisent un liquide antiseptique; de plus, elles contiennent du tannin. Ses fruits sont fébrifuges.
L'eucalyptus est surtout un arbre précieux pour assainir les pays fiévreux, car ses racines, très avilies d'eau, dessèchent très vite les marécages. Les fièvres sont inconnues en Australie.
Les qualités si précieuses de cet arbre font qu'on a cherché à l'acclimater un peu partout, en Californie, dans la Guyane, dans l'Inde, surtout en Algérie. 11 est possible qu'on découvre une variété capable de résister aux hivers de France; l'Eucalyptus rostrata vient bien en Provence et en Algérie. Citons encore en Australie : le myail, employé pour la tabletterie, pour fabriquer des pipes odorantes et par les parfumeurs à cause de son parfum de violette; le grass-to'ee fournit de la résine et est employé comme bois de teinture ; l'ortie géante, dont le bois sert dans les constructions ; le beef-wood ou bois de bœuf, d'une belle couleur rouge qui peut lutter avec l'acajou, et beaucoup d'autres arbres utilisés parles ébénistes. Aux Philippines, mentionnons le molave, excellent pour les travaux hydrauliques; le narra, employé en ébénisterie; l'anubing et le bamabo, utilisés pour les constructions.
La Nouvelle-Calédonie est bien boisée ; plusieurs de ses essences jouissent de qualités remarquables. Citons en particulier le sandal, le bois de fer, le pin à mâture, le tamanon qui peut remplacer l'acajou. Enfin, dans les îles de la région des tropiques, il convient de remarquer particulièrement le cocotier, dont le fruit est comestible et fournit une matière grasse : on fait des vases avec sa coque dure, et l'enveloppe fibreuse qui l'entoure sert à fabriquer des cordes, des paillassons, de la brosserie et de la sparterie,