‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 80 sur 214 · I. — PRODUITS PYROGÉNÉS DU BOIS · texte numérisé non relu

I. — PRODUITS PYROGÉNÉS DU BOIS

Charbon de bois, alcool de bois, acide pyroligneux, créosote, huile de bois, noir de fumée. — Le bois est lu combustible par excellence, celui qui a été employé de temps immémorial, bien avant la houille. La houille elle-même n'est qu'une transformation du bois, opérée dans les profondeurs du sol pendant la suite des siècles. Les rayons du soleil, décomposant l'acide carbonique contenu dans l'air par l'intermédiaire des grains de chlorophylle des feuilles des végétaux, unissent le carbone à l'eau et aux sels métalliques pour former le bois, qui devient ainsi le grand accumulateur de la force solaire. La majeure partie du bois coupé dans chaque pays est consommée comme combustible. Le transport entre pour une grande part dans le prix payé pour le bois, là où se fait la consommation. Il y a donc intérêt à ne transporter au loin que les bûches et à transformer en charbon les branchages à l'intérieur même des forêts.

Le moyen de locomotion le plus économique est certainement le transport par eau, soit par bateau, soit surtout au moyen de radeaux flottants. On attribue à Jean Rouvet l'idée d'avoir amené de Clamecy à Paris, vers 1540, les premiers trains flottants de bois. C'est en raison de ce fait que sa statue a été érigée sur le pont de Clamecy.

L'industrie du charbon de bois est considérable, puisque

le tiers du bois destiné au chauffage est transformé en charbon. Cette fabrication, grâce aux progrès de la chimie, a pris une importance qu'on ne pouvait guère soupçonner aux siècles précédents. C'est un des plus beaux exemples de ce que produit la science appliquée à l'industrie.

Le charbon de bois a été préparé depuis un temps immémorial par un procédé bien simple, qui consiste à soumettre le bois à la calcina tion dans un -vase clos. La chaleur décompose et chasse tous les produits volatils, ne laissant qu'un charbon plus ou moins pur, mais brûlant bien et dégageant beaucoup de calorique. Cette opération s'effectue au milieu même des forêts, principalement dans l'Est et le Centre de la France. Tous les membres d'une famille de bûcherons participent à la confection des meules, au milieu d'une clairière. Le mari abat les branches et les coupe à la dimension voulue, soit m ,65 environ. La femme et les enfants construisent la meule. Après avoir planté verticalement enterre quelques perches, de manière à former une cheminée centrale, on entasse les branches coupées dans la position verticale et circulairement autour de la cheminée, de manière à former une meule d'un volume de 40 à 30 stères, ayant mètres de diamètre à la base. Cette meule est ensuite recouverte de feuillages, de mousse, puis de terre, de manière à intercepter l'entrée de l'air. On remplit alors la cheminée de tisons ardents, on la bouche et on pratique quelques évents à la partie inférieure pour donner passage à la fumée. Quand la fumée, d'abord noire et nauséabonde, cesse et se transforme en vapeurs bleuâtres, le charbon est à point. On bouche toutes les ouvertures et on laisse la meule s'éteindre. 11 ne reste plus alors qu'à la défaire et à séparer le charbon noir et léger des fumerons lourds et mal cuits qui doivent être de nouveau carbonisés dans une autre meule. Les enfants sont chargés de ce triage. Suivant les dimensions de la meule, le temps de combustion varie entre quatre et quinze jours.

On a cherché à perfectionner un procédé aussi primitif, dont le principal inconvénient est de perdre les produits volatils

Page 1