PRODUITS PYROGÉNÉS DU BOIS
distillés pendant la combustion lente, Foucault conseilla d'entourer la meule d'une clôture en planches, dans le but d'empêcher le refroidissement trop brusque de la meule par la surface extérieure. Le rendement en charbon devint ainsi un peu plus considérable. On a aussi préconisé l'emploi de fours en maçonnerie, avec introduction d'air en quantité justement suffisante pour obtenir le maximum de rendement en charbon. Il devient alors possible de recueillir les produits volatils qui sont, loin d'être à dédaigner. Seulement, dans ce cas, il faut transporter le bois jusqu'à l'usine. Enfin, on a signalé un autre mode de carbonisation qui donne un meilleur rendement que le précédent. Le bois est carbonisé dans des cylindres en argile traversés par un courant d'air passant à travers des matières combustibles portées au rouge. Il se forme ainsi de l'oxyde de carbone qui devient, l'agent de la carbonisation dans les cylindres.
Nous avons dit plus haut que la carbonisation du bois donne naissance à des produits volatils d'une valeur relativement importante. Il s'est en effet créé une industrie spéciale, dans le but exclusif de les recueillir. Le bois, coupé depuis un an, est introduit dans des cylindres en tôle et chauffé au rouge au moyen d'un four. La flamme qui alimente ce four est fournie par la combustion même îles vapeurs dégagées par l'appareil, en sorte qu'on peut dire que le bois se distille lui-même. Ces cylindres sont en communication avec une série de réfrigérants eu cuivre, autour desquels circule un courant d'eau froide, de manière à condenser tous les produits volatils. L'opération dure environ buitheures pour chaque cylindre ; elle est d'ailleurs continue, car, à l'aide d'une grue, on introduit un nouveau cylindre chargé de bois chaque fois que l'un des cylindres ne fournitplus de produits de distillation. Les bois les plus employés sont ceux de chêne, de charme et de hêtre; ils donnent les meilleurs rendements : d'une façon générale, les bois durs l'emportent sur les bois tendres.
Après la calcination, il reste dans les cylindres un excellent charbon pour les usages domestiques, et l'on recueille dans les réfrigérants un liquide dont on retire successivement, par
des distillations fractionnées, de Y acide pyroligneux ou vinaigre de bois, de Y alcool méthylique ou esprit- de-bois et de la créosote. Ne pouvant entrer ici dans le détail des opérations si compliquées et si minutieuses qui permettent d'isoler ces différents produits, nous nous bornerons à en indiquer les principaux usages. L'acide pyroligneux est surtout employé dans les arts, car il est très difficile de lui enlever ses dernières traces d'odeur empyreumatique, c'est-à-dire de bois brûlé. On peut cependant le purifier et l'utiliser alors comme vinaigre de table. L'espritde-bois alimente les lampes dites à alcool, mais il dégage une très mauvaise odeur ; il sert à dénaturer l'alcool de vin destiné aux préparations industrielles (celles-ci subissent de ce cbet un fort dégrèvement), à fabriquer des vernis et des couleurs. En Angleterre, il est même consommé comme boisson. Quant à la créosote, que Reichenbach découvrit en 1832 dans le goudron de bois, elle est surtout utilisée pour la conservation des bois. Antiseptique puissant, elle est également employée pour combattre la carie des dents, pour conserver certaines matières alimentaires et préserver les bois précieux de l'action malfaisante des insectes et des champignons en l'introduisant en petite quantité dans les couleurs et les vernis dont on peint ces bois. 11 ne faut pas oublier surtout que la créosote est une substance vénéneuse et on ne doit l'employer qu'avec circonspection pour l'usage interne.
La distillation du bois, et principalement des bois résineux, donne aussi des produits servant à l'éclairage mais brûlés dans des lampes spéciales. C'est ainsi qu'en Norvège M. Sandholt, deD rammen, utilise les résidus de bois des scieries, les souches et les racines des arbres résineux. En 1886, une trentaine d'usines, tant en Norvège qu'en Suède, ont fourni 40 000 litres d'huile d'éclairage. M. Charavel, dans les Landes, a créé une industrie semblable. Par distillation des résidus de pins, on obtient deux espèces d'huile, une huile lourde, c'est-à-dire plus lourde que l'eau, employée pour la peinture et la conservation des bois, et une huile légère, c'est-à-dire plus légère que l'eau, employée pour l'éclairage. L'huile lourde est appelée pinoleum ; l'huile
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