III. — CHAMOISERIE
La ebamoiserie est l'art de tanner les peaux au moyen des corps gras. Le cuir ainsi obtenu est très mou et très souple, surtout destiné aux vêtements, à lagainerie, aux touches de piano,
CHAMOISERIE.
à la fabrication des gants susceptibles d'être lavés, des culottes, des vestes, des bretelles, des ceinturons, des baudriers, du cuir mordoré pour bottines fines. Son usage tend à se restreindre de plus en plus, car le feutre a remplacé la peau de daim pour les touches de piano et le drap se substitue de plus en plus aux anciens costumes de peaux. Actuellement la chamoiserie est presque entièrement restreinte à la fabrication des peaux pour gants. Au siècle dernier, la France et l'Allemagne faisaient une grande consommation de peaux de chamois et de jeunes boucs pour la fabrication des gants, des culottes et des gilets que portaient alors les militaires. C'est de là que vient l'appellation irrévérencieuse de vieilles culottes de peau, donnée dérisoirement à de braves et anciens serviteurs de la patrie. On désignait aussi sous le nom de buffleterie la préparation des peaux chamoisées destinées aux équipements militaires. A cette époque, de grandes chamoiseries existaient à Niort, à Strasbourg, à Annonay et à Maringues. Aujourd'hui les chamoiseries les plus importantes sont celles de Paris, de Chambéry, de Villeneuvesur- Yonne, deSaint-Denis-le-Ferment, de Barcelone en Espagne, de Moscou en Russie.
La chamoiserie emploie les peaux de cerf, d'élan, de daim, de chamois, de renne, de bouc et de chèvre, de mouton et d'agneau, de bœuf et de vache. Le chamois et le daim sont devenus excessivement rares. Le chamois est presque introuvable en Europe, même dans les parties les plus escarpées des hautes montagnes ; le daim d'Amérique, le plus recherché par les culottiers et les fabricants de pianos, est aussi très rare et d'un prix exorbitant. Le cuir dénommé buffle est fabriqué avec des peaux de vache et de bœuf.
Les peaux à ce destinées doivent être soigneusement préparées; il convient même d'enlever les couches supérieures du derme, les plus voisines de la peau, car elles manquent d'élasticité et ne sauraient être pénétrées par les corps gras. Il s'agit maintenant d'imbiber profondément la peau d'huile et d'oxyder cette huile. On y arrive par une succession de foulages et de frottages dans l'huile, suivis, d'une exposition à l'air dans une