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CHAPITRE

POILS ET PLUMES

FOURRURES

Pays producteurs des fourrures. — Tous les pays produisent plus ou moins de fourrures, principalement ceux qui se rapprochent le plus des pôles, où le froid étant plus vif les animaux se recouvrent pendant la saison d'hiver de poils plus épais et plus longs. La chasse est d'autant plus fructueuse que le froid est plus vif, car les animaux descendent alors plus volontiers vers les régions tempérées, seules accessibles aux chasseurs.

L'Europe reçoit surtout ses fourrures de l'Amérique du Nord et de la Russie d'Asie. L'Angleterre est le principal marché du monde, car la puissante Compagnie de la baie d'Hudson est anglaise. Après Londres, il faut aussi mentionner le marché de Copenhague qui tire ses fourrures du Groenland. Les régions sud du globe n'en fournissent guère : elles sont trop éloignées des centres de civilisation ; les terres y sont rares et la faune peu abondante.

Les belles fourrures atteignent des prix parfois très élevés : ainsi on cote 1200 francs la loutre de mer, de 600 à 1000 francs le renard noir, de 500 à 600 francs la martre zibeline.

Le commerce des fourrures a été l'un des plus puissants facteurs delà civilisation. En effet, pour se procurer les fourrures, de hardis chasseurs n'ont pas craint de s'élancer dans des régions polaires encore inconnues, et c'est ainsi que furent découvertes de nouvelles terres aujourd'hui peuplées et civili-

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sées. La science en a retiré d'immenses profits, grâce aux trésors de connaissances acquises pendant ces voyages dans les régions arctiques.

L'Amérique du Nord expédie des peaux de castors, d'ours, de loutres, de pécans, de martres, de loups, de gloutons, de lynx dorés, de visons, de ratons, de rats musqués, de renards argentés,' rouges et gris, d'élans, de chevreuils, de chats-cerviers, d'opossums, de skunks, de lapins, de blaireaux, de zibelines, de phoques. Le castor est surtout fourni par le Canada ; il en vient aussi de la Californie, du Mexique, des Montagnes Rocheuses, de l'Orégon, de la Nouvelle-Ecosse.

Le castor était jadis abondant dans toute l'Europe ; mais, pourchassé à outrance, on ne le rencontre plus, actuellement, que dans quelques localités sauvages en Scandinavie, en Allemagne sur les bords du Danube, dans les régions désertes de la Caspienne et de l'Oural dans la Russie d'Europe. Même en Amérique, il tend aussi à devenir de plus en plus rare. A la fin du siècle dernier, la seule Compagnie de la baie d'Hudson expédiait chaque année en Europe une moyenne de 174 000 castors; c'est à peine si aujourd'hui elle en exporte annuellement le tiers. Il est donc grand temps de protéger cet animal dont la fourrure est si précieuse, mais qui, du train dont vont les choses, aura bientôt complètement disparu. Malheureusement toutes les tentatives de domestication ont jusqu'ici échoué. Disons aussi un mot des phoques à fourrure, chassés principalement à l'île Saint-Paul, dans le groupe de l'archipel des Pribylov, au centre de la mer de Rehring. Les phoques mâles, dont la fourrure élastique et moelleuse est recouverte par un poil grossier, arrivent dans ces parages dans les premiers jours de mai. Les femelles arrivent à leur tour un mois plus tard. On fait un massacre épouvantable de ces animaux pendant les cinq à sixsemainesqu'ils demeurent sur ces rocs peu hospitaliers. Ils se laissent d'ailleurs tuer avec autant d'indifférence que nos animaux domestiques dans nos abattoirs. On les réunit en troupeaux et on les égorge par groupes de trois à quatre cents à la fois. On les dépouille aussitôt et on sale la peau. Les phoques de diverses espèces

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abondent d'ailleurs dans ces parages. On chasse également le phoque à poil, dont la fourrure est peu estimée, et le lion de mer, le plus grand des phoques.

Le Groenland donne plus particulièrement diverses variétés de phoques : la vache marine, le veau bleu, le veau moucheté et le veau ordinaire. On y trouve aussi les renards bleu et blanc, l'ours blanc, le renne et un oiseau au plumage recherché, Yeider, qui fournit le duvet de nos édredons.

Les régions froides de l'Amérique du Sud fournissent quelques animaux à fourrures : le rat grondin, le chinchillas, le daim. On chasse, dans les îles Lobos, plusieurs variétés de phoques et des loups marins.

Si nous passons maintenant en Sibérie, nous trouvons une abondance extraordinaire d'animaux à fourrure : hermines, martres zibelines, aussi précieuses que l'hermine, blaireaux, dos de gris, renards blancs et bleus de Tartarie et de la Sibérie montagneuse, agneaux, lièvres, marmottes, écureils noirs, kolinsky, putois, visons, lynx dorés, ours blancs, loutres de mer d'Arkhangel et du Kamtschatka.La destruction de ces espèces d'animaux y est si grande que nombre de localités sont dès maintenant complètement dévastées. Les pelleteries sont apportées aux foires si importantes d'Irbit en Sibérie et de Nijni-Novogorod (Russie d'Europe). En 1889, il a été exporté de Sibérie 3 millions de peaux de petits-gris, 1300 000 lièvres, 140 000 marmottes, 30 000 putois, 11 000 renards bleus, 10 000 blaireaux, 500 000 écureils noirs.

Indépendamment de ces grands centres de production, presque toutes les autres parties du monde contribuent plus ou moins à la fourniture de la pelleterie.

Le territoire français ne possède qu'un nombre très restreint d'animaux à poils et à fourrures : martres, fouines, blaireaux, loutres, putois, renards, loups, chevreuils, sangliers, oies, lièvres, lapins (surtout domestiques), chats, chèvres, agneaux, moutons.

On peut en estimer annuellement la valeur à 26 millions de francs. Le lapin, originaire d'Espagne où il n'existe près-

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que plus, est élevé en grand dans les environs de Paris et dans la région française septentrionale, jusqu'aux frontières de Belgique. Plus de 10 millions de lapins sont consommés chaque année, rien que dans cette partie de la France. Une notable partie de lapins en chair est expédiée en Angleterre ; quant aux peaux, elles sont utilisées par la pelleterie et fournissent en majeure partie les poils destinés à la chapellerie. Avec les fourrures de lièvres et de lapins on imite les fourrures les plus riches. L'industrie des peaux de lapins est l'objet de transactions montant à 70 millions de francs environ par année. La peau d'oie pour fourrures, servant à imiter le cygne, se prépare spécialement dans le Poitou : on en fait des houppes donnant lieu à une exportation considérable.

En Europe, signalons les lièvres et les lapins de garenne d'Angleterre et d'Ecosse, supérieurs à ceux de France ; les loutres de rivière de Danemark et de Suède ; les martres du nord de l'Europe, les lièvres noirs de Russie et ses hermines, les ours bruns des régions montagneuses.

L'Asie nous donne ses chèvres angora, ses chats angora dont la fourrure est semblable à celle du renard blanc des régions polaires, les chèvres de Chine, les agneaux mort-nés de l'Ukraine fournissant Y astrakan, les yacks de la Chine, l'ours blanc terrestre de Tartarie.

Les Chinois du nord de la Mongolie et de la Mandchourie, pays dont le climat est très froid, élèvent de nombreux troupeaux de chiens à fourrures qui, dans ces contrées, servent de dot aux jeunes filles. Au milieu de l'hiver, lorsque ces chiens ont atteint l'âge de huit mois, ils sont mis à mort par strangulation. Leurs fourrures, aux poils épais, longs et soyeux, servent à fabriquer des tapis et des manteaux. Les meilleures fourrures de chiens viennent de la Mandchourie.

Signalons enfin les singes argentés du Nil Blanc, les singes noirs du Sénégal et de la Guinée, les zèbres et les lions de l'Afrique ; enOcéanie, le caracal de Java, les tigreg diL Sumatra et des îles de la Sonde.

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