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CORNE, ÉCAILLE, IVOIRE, OS, BALEINE, ETC

l'écaillé, la nacre, depuis les sculptures les plus fines et les plus artistiques relevant de la bijouterie, jusqu'aux articles d'un usage vulgaire et commun, comme les peignes et les boutons. Nous parlerons ici plus spécialement de la tabletterie en ivoire.

L'usage de l'ivoire remonte à la plus haute antiquité ; les Grecs et les Romains l'employèrent beaucoup. Nos musées renferment de merveilleux objets d'art en ivoire, sculptés par de grands artistes, au moyen âge et à l'époque de la Renaissance. Nous verrons bientôt que nous n'avons rien à envier actuellement aux âges anciens.

L'ouvrier ivoirier travaille au foyer domestique, chez lui et au milieu de tous les siens, car il lui faut peu de force motrice et seulement un tour, un établi et quelques outils très simples. C'est avec ce faible matériel qu'il fabrique des billes de billard, des anneaux de serviette, des coffrets, des statuettes et mille autres objets qui sont de véritables œuvres d'art. Pour qu'il puisse gagner de l'argent, il est nécessaire qu'il ne perde rien de sa matière première d'un prix si élevé. Voici une dent d'éléphant encore vierge : comment doit-il s'y prendre pour en utiliser jusqu'à la dernière parcelle ? L'extrémité de la pointe servira à tourner de menus objets, tels que pommes de canne et de parapluie; le gros de la pointe deviendra des billes de billard. Quant aux parois de la partie creuse, il en tirera des brosses à dents, des couteaux à papier, des touches de piano, des croix et autres objets de piété. L'écorce se convertit en talons de queues de billard. Les déchets eux-mêmes sont utilisés : les gros servent à fabriquer de très menus objets ; les tout petits sont convertis en noir d'ivoire pour la peinture. La sciure enfin est vendue comme engrais.

Les pays où l'on travaille l'ivoire sont la France, l'Angleterre, l'Allemagne et la Chine. La France a même eu longtemps le monopole de l'ivoire : les navigateurs dieppois, au xvn e siècle, allaient chercher sur les côtes de Guinée l'ivoire d'Afrique, ce qui donna naissance à une industrie très prospère à Dieppe. La sculpture sur ivoire est poussée en France juqu'aux der-

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nières limites de la perfection et ce pays ne possède pas de rivaux pour la tabletterie. Les principaux centres de fabrication sont Dieppe, Paris et la région comprise entre Paris et Beauvais.

Paris fabrique les objets de tabletterie de grand art, principalement les coffrets à ouvrage incrustés de pièces d'or et de vermeil. « L'ouvrier parisien, dit M. Rondot, est, en général, trop habile pour qu'on le charge de façons qui n'exigent qu'une action mécanique; d'autre part, la cherté des vivres, du loyer, du combustible, des matières premières, de la main-d'œuvre, ont été la cause du transport dans les départements voisins de Paris de quelques manufactures d'articles de Paris, entre autres d'éventails, de peignes, de brosses, de jouets, de tabletterie, etc. La direction et les modèles qui changent de forme avec la mode, viennent toujours de Paris, et presque tous les produits y sont renvoyés pour recevoir le dernier coup d'outil de la main d'un ouvrier parisien. »

La tabletterie parisienne s'est réfugiée entre Méru et Beauvais, où plus de trois mille ouvriers des deux sexes travaillent dans les villages l'ivoire, la nacre, la corne, les os, les bois durs poulies transformer en menus objets de tabletterie. Ils gravent ces matières, les sculptent, les décorent avec une habileté transmise de père en fils. Ils n'ont pas de rivaux pour la finesse des découpures à jour, obtenues avec une petite scie qu'ils fabriquent eux-mêmes à l'aide d'un ressort de montre. On fabrique aussi dans cette région une grande quantité de pinceaux pour la peinture, de même que des brosses à dent. Celle industrie rayonne dans une partie des départements de l'Oise, de Seine-et-Oise, de l'Eure et d'Eure-et-Loir. On retrouve aussi un autre petit centre de tabletterie dans l'Ain et dans le Jura. La tabletterie française occupe cinq à six mille ouvriers et son chiffre annuel d'affaires s'élève à environ 15 millions de francs.

En Angleterre, la coutellerie de Sheffield fait une énorme consommation d'ivoire. On l'évalue à 200 000 kilos par an. L'Allemagne fait une grande concurrence à la tabletterie française ; ses produits sont inférieurs pour la perfection du travail, mais ils sont bien meilleur marché, à cause de la différence

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