POTERIES COMMUNES
Terres cuites décoratives. — La céramique constitue la vraie peinture du bâtiment. Nos églises, nos palais, nos théâtres, nos cafés, nos bains, nos maisons môme sont indignes de gens civilisés, et les Orientaux doivent trouver bien tristes nos cités de l'Occident. Les briques émaillées et les faïences donneront seules la lumière, la couleur et la gaieté manquant à nos régions déjà si assombries par le climat.
Voici ce qu'écrivait M. Edmond Taigny dans son rapport sur les applications de l'art à l'industrie, à propos de l'Exposition universelle de 1867.
« On a souvent oublié que l'art décoratif est né avec la lumière. L'éclat dont la nature entoure les productions orientales, la richesse de la flore, l'abondance des matières premières, ont révélé aux potiers, aux architectes, aux brodeurs l'instinct de la couleur, l'harmonie des tons et la manipulation de ces belles terres émaillées, qui ont défié les injures des siècles. La simplicité de la vie asiatique donne aux monuments, aux ustensiles delà vie religieuse ou privée, une régularité presque géométrique dans la profusion même, qui leur imprime un caractère profondément original. Aussi est-ce à ces peuples, dont l'immobilité railleuse semble délier l'activité de nos machines, qu'il faut encore demander le secret de la véritable décoration. En vain les découvertes chimiques ont multiplié les tons de la palette : avec quelques couleurs mères, les Chinois, les Persans, les faïenciers arabes ou italieus, leurs élèves, obtiennent des effets d'une vigueur incomparable. Le goût le plus exquis a brodé, découpé, soutaché, niellé ces entrelacs, ces arabesques: le caprice seul semble avoir créé ces fleurs, ces animaux chimériques, et cependant telle est la puissance de l'inspiration puisée dans l'étude de la nature que le fantastique devient réel, marche, vole, s'épanouit et s'anime d'un souffle de vie. Quelle variété sous cette apparente monotonie de rinceaux enroulés ! quel éclat sous ces vibrations infinies de la couleur! quelle justesse de proportion dans ces vases aux flancs largement renflés, aux cols évidés, autour desquels l'imagination, réglée par une logique secrète, a jeté l'éclatante parure de sa couleur. »
POTERIES
Les terres cuites décoratives étaient déjà employées dans l'antiquité, comme l'ont démontré les belles briques émaillées découvertes dans le palais de Darius par M. et Madame Dieulafoy. Les terres cuites produisent des effets décoratifs puissants et riches, avec une durée indéfinie. Elles s'allient admirablement au fer et leur pose est très rapide. Il faut d'ailleurs qu'elles résistent au choc, aux intempéries de l'air et surtout à la gelée. On les fabrique avec de l'argile pure, dégraissée avec du sable fin ou du ciment pulvérisé ; on les cuit à baute température pour leur donner plus de résistance.
L'usage des terres cuites décoratives se répand de plus en plus dans les églises, les palais, les théâtres, les cafés, les bains, les maisons particulières. Leurs couleurs ont le grand avantage d'être inaltérables. 11 faut donc espérer que nos villes, si grises, si ternes, si monotones et si tristes, vont enfin devenir riantes et gaies.
Les pays musulmans (Turquie, Egypte, Tunisie, Maroc) fabriquent énormément ce genre de poteries. M. Minton, en Angleterre, a beaucoup contribué à répandre leur usage en Europe. L'Angleterre fut d'ailleurs la première, à cause de son manque de pierres dures, à remplacer dans les églises les pierres de taille par des terres cuites. L'Allemagne fabrique d'excellents produits. Cette industrie commence aussi à se développer en France ; Paris et le département de l'Oise font surtout des carreaux céramiques pour trottoirs. M. Kristoffovitch, en Russie, est l'inventeur du pyrog remit, obtenu par calcination d'un mélange d'argile rouge ordinaire et d'argile réfractaire, susceptible de poli et imitant le porphyre. Ce produit remarquable, fabriqué à Borovitchi, dans le gouvernement de Novgorod, sert à paver les rues de Saint-Pétersbourg et celles de Moscou. Sa durée est illimitée.
Les statuettes en terre excellent aussi pour la décoration des appartements, des parcs et jardins. En Italie et en Autriche, on les peint à l'huile ou à la cire, avec des couleurs variées. Ces tons polychromes produisent un excellent effet décoratif. Quant aux vases, l'antiquité et les temps modernes ont obtenu