II. — FAÏENCE commune
Le vernis plombeux, à cause de sa transparence, est insuffisant pour masquer la couleur de la pâte sous-jacente. Sous le nom de faïence commune, on comprend les poteries recouvertes d'un émail opaque qui dissimule la teinte généralement rougeâtre de l'argile cuite.
La faïence commune fut probablement inventée par les Arabes et les Maures d'Espagne, dès la fin du xiu" siècle. De là son usage se répandit en Italie, où elle prit le nom de majolique, parce que cette poterie vint d'abord de l'île de Majorque (?), puis celui do faïence, du nom de Faenza, ville où étaient situées les principales fabriques. Les faïences italiennes jouirent d'une grande renommée pendant les xv e et xvi° siècles, grâce au talent de Lucca del Robia, d'Orazzio Fontana d'Urbino et de son frère Flaminio.
D'Italie, la fabrication de la faïence passa à Nuremberg en Allemagne, puis à Délit en Hollande, au commencement du xvi c siècle. En 1330, un Français, Bernard de Palissy, ayant vu une coupe italienne en faïence, résolut d'en fabriquer une semblable. Réduit à ses seules ressources, il parvint, à force d'efforts ruineux, à découvrir le secret des Italiens et à produire, de merveilleuses œuvres d'art, très recherchées aujourd'hui par les collectionneurs. Bernard de Palissy conserva son secret pour lui et ne chercha pas à en faire profiter l'industrie fran-
POTERIES
çaise. À la fin du xvi e siècle seulement, un Italien, du nom de Savone, vint fonder la première fabrique de faïence à Nevers. D'autres fabriques s'installèrent bientôt après à Rouen et autres villes. La France compte actuellement près de deux cents faïenceries dans une quarantaine de départements, et la valeur annuelle de leurs produits s'élève à une trentaine de millions de francs.
La faïence commune emploie, comme matières premières, de l'argile, de la marne, du quartz ou du sable quartzeux. L'émail, qui est opaque, diffère avec la coloration à obtenir. Pour la coloration blanche, on se sert d'un mélange de calcine (mélange d'étain et de plomb oxydé par calcination), de minium, de sable, de sel marin et de carbonate de soude. On ajoute à ce mélange de l'oxyde de cobalt pour colorer en jaune, de l'oxyde de cuivre pour colorer en vert, du bioxyde de manganèse pour colorer en violet. La coloration brune s'obtient avec un mélange de minium, de manganèse et de brique non réfractaire.
La cuisson exige des précautions spéciales. On enferme les pièces à cuire dans des enveloppes, dites cazettes, faites en terre réfractaire, de manière à empêcher le contact avec les fumées du four qui altéreraient l'émail.
L'usage de la faïence décorative se répand de plus en plus. On en fait des plaques, des panneaux, des frises, des corniches, des carrelages imités des Orientaux, des Espagnols et des Portugais. Cette nouvelle industrie date du milieu du xix° siècle. Elle était déjà en grande prospérité aux xv e et xvi e siècles, à la suite des travaux de Bernard de Palissy et des célèbres potiers de Pesaro et d'Urbino, en Italie ; elle tomba ensuite complètement dans l'oubli. Les faïenceries de Nevers, de Blois, de Gien, de Creil, de Montereau, de Langeais près de Tours, livrent au commerce de magnifiques faïences décoratives. Citons aussi l'établissement de Sarreguemines, détaché de la France à la suite de la guerre de 1870. MM. Deck et Collinot, de Paris, excellent à reproduire les œuvres de Palissy et le vieux rouen. En Angleterre, faisons une mention spéciale pour la célèbre faïencerie de M. Minton.