III. — PLOMB
Le plomb, connu depuis une très haute antiquité, est cependant plus récent que l'or, l'argent, le cuivre et le bronze. Les anciens en faisaient des tuyaux, des couvertures pour monuments ; ils écrivaient sur des feuilles très minces de ce métal. On lui a généralement substitué des feuilles de zinc pour les couvertures, à cause de son poids trop considérable.
Le plomb est très mou et facilement rayable avec l'ongle ; il fond à une température relativement basse, à 350°. On peut le laminer, mais non l'étirer en fils. L'air humide l'attaque, seulement à sa surface. Il faut éviter de faire circuler les eaux de pluie dans des tuyaux de plomb, cette eau se chargeant de principes vénéneux; le même inconvénient n'existe pas avec les eaux de source ou de rivière. Les tuyaux de plomb se fabriquent comme du macaroni, en comprimant le métal dans un cylindre en acier chauffé et percé d'une ouverture annulaire à la partie inférieure. On obtient, par le même procédé, des fils inaltérables et mous, employés comme liens.
Combiné à une très faible proportion d'arsenic, le plomb sert à fabriquer des balles et du plomb de chasse. Les balles s'obtiennent en coulant le métal dans des inouïes. Quant aux grains de plomb, il existe deux procédés de préparation. Un verse le plomb fondu dans une turbine dont les parois latérales sont percées de trous : sous l'action de la force centrifuge, le métal s'échappe sous forme de gouttelettes qui se solidifient au contact d'un courant d'air froid et qui sont arrêtées par des toiles entourant la turbine.
Le second procédé, plus ancien, consiste à verser le plomb fondu dans une chaudière à fond percé de petites ouvertures et contenant déjà une couche d'oxyde de plomb. Le métal liquide filtre à travers la couche d'oxyde, coule goutte à goutte, et tombe, au bas d'une tour élevée, dans une cuve contenant de
MÉTAUX COMMUNS
l'eau chargée de sulfure de sodium. La chaudière est placée au sommet de la tour. En tombant, les gouttes de plomb se solidifient et les grains se recouvrent d'une pellicule de sulfure au contact du sulfure de sodium de l'eau de la cuve. On finit de les arrondir et de les lisser en les faisant tourner dans un tonneau contenant de la plombagine.
Le plomb donne des composés très utiles dans l'industrie. Par calcination à l'air, on obtient une poudre, le massicot ; cette poudre, une fois fondue, se transforme par refroidissement en paillettes, la litharge. La litharge sert dans la fabrication du cristal, pour le vernissage des poteries, dans la peinture sur verre et sur porcelaine ; en solution dans la soude caustique, on en fait une liqueur pour noircir les cheveux et la corne. En suroxydant la litharge par calcination à l'air, on obtient le minium, de couleur rouge, utilisé dans la peinture à l'huile et à l'aquarelle, pour colorer la cire à cacheter, pour l'impression des papiers peints ; on s'en sert encore dans la fabrication du cristal, pour le vernissage des poteries, pour émailler les faïences, pour préparer des mastics.
Hoxij chlorure de plomb, désigné sous les noms de jaune de Vérone, de Cassel, de Paris, est employé dans la peinture.
Le carbonate de -plomb ou céruse, connu en peinture sous le nom de blanc d'argent, sert également à la préparation des vernis et des mastics. Son importance industrielle est considérable ; la France en fabrique une dizaine de millions de kilogrammes chaque année. Deux procédés sont employés pour cette fabrication. Le procédé français, dit de Clichy, consiste à dissoudre la litharge dans du vinaigre de bois, puis à traiter par un courant d'acide carbonique qui précipite la céruse. Le vinaigre est régénéré et peut servir à une nouvelle opération. Dans le procédé hollandais, on enterre sous du fumier des pots contenant des feuilles de plomb enroulées en spirales et du vinaigre, ce dernier occupant la partie inférieure, sous les feuilles de plomb. L'air oxyde le plomb et l'acide carbonique que dégage le fumier produit la céruse. On opère plus rapidement en mettant le plomb et le vinaigre dans une chambre chauffée, et en faisant
PLOMB
arriver un courant d'acide carbonique, comme cela se pratique en Allemagne.
Le sulfate de plomb sert dans la fabrication des papiers peints, du papier vélin et pour recouvrir les cartes dites porcelaines.
Tu azotate de plomb entre dans la préparation des allumettes chimiques ; il facilite la combustion des mèches et de l'amadou.
L'acétate de plomb est employé en médecine.
Métallurgie. — Le sulfure de plomb ou galène, toujours plus ou moins argentifère, constitue le seul minerai employé pour la métallurgie du plomb. Plusieurs procédés permettent d'isoler le plomb.
1° On porte au rouge, dans un four, un mélange de galène, de houille et de grenaille de fonte. Il se forme deux couches liquides : l'une de plomb, l'autre de sulfure de fer ayant entraîné un peu de plomb et la majeure partie de l'argent. Ce procédé a l'inconvénient de perdre l'argent et n'est employé que si la galène est très peu argentifère.
2° On chauffe, à température assez peu élevée, la galène dans un four catalan : le plomb est mis en liberté'. Cette méthode si simple est fort peu usitée ; elle dégage des vapeurs de plomb très nuisibles pour la santé des ouvriers.
.3° On calcine la galène sur la sole d'un four à réverbère, dans un courant d'air. Au bout de douze à quinze heures, quand le grillage est terminé, on ferme les portes donnant accès à l'air: la température s'élève et produit des réactions qui mettent le plomb en liberté. Cette dernière méthode est la plus employée et la plus avantageuse.
Le plomb, obtenu par ces méthodes, renferme plusieurs métaux étrangers. Pour le raffiner, on fond dans un courant d'air: les métaux étrangers, sauf l'argent, s'oxydent et forment une crasse qu'on enlève au fur et à mesure. Ces crasses renferment une forte proportion d'oxyde de plomb ; on les réduit par le charbon et le métal sert à la fabrication des caractères d'imprimerie.
Nous avons vu, à propos de l'argent, comment on retire l'argent du plomb.
j-86 MÉTAUX COMMUNS.
On commence à pratiquer l'affinage du plomb brut par la méthode électrique, analogue à celle employée pour l'affinage dû cuivre. Le plomb brut est coulé en plaques et enfermé dans des sacs en toile; on le met en communication avec le pôle positif d'une machine dynamo à courants continus. On plonge le sac dans un bain composé d'une dissolution de sulfate de plomb dans de l'acétate de soude. Une seconde lame de plomb pur, également plongée dans le bain, communique avec le pôle négatif de la machine dynamo. Sous l'action du courant, le plomb des sacs va se déposer sur la lame de plomb pur, tandis que le fer et le zinc qui le souillaient se déposent dans le bain ou s'y dissolvent. Quant à l'or, à l'argent, à l'arsenic, à l'antimoine, ils restent dans le sac à l'état de poudre. Cette poudre est fondue avec du borax et de l'azotate de soude, puis traitée par l'eau bouillante; l'or et l'argent restent comme résidu. Nous avons déjà vu comment on isole l'or de l'argent, par un traitement à l'acide sulfurique.
Alliages. — - Les alliages du plomb sont rares. Combiné à l'étain, il constitue la soudure des plombiers et sert à fabriquer les tuyaux d'orgue ; combiné à l'étain et à l'antimoine, on en fait des caractères d'imprimerie, des clous pour les navires, etc. Statistique. — Les minerais de plomb proviennent en majeure partie de l'Espagne, de l'Allemagne et de l'Autriche ; ces pays en fournissent à eux seuls la presque totalité. On évalue à un peu plus d'un million de tonnes la quantité de minerai extrait dans le monde entier chaque année. Voici quelques chiffres :
Tonnes.
Espagne 540.000
Allemagne 180.000
Autriche-Hongrie 100.000
Russie 38.000
Italie 35 .000
France 20.000
Grèce 13.000
Quant au métal lui-même, sa production annuelle est de 630 000 tonnes :
Tonnes.
Espagne 235.000
États-Unis 1G4.000
i^tf
PLOMB. ! " 87
ToiinM.
Allemagne , )8 n00
Angleterre o i .000
Australie
Les principales exploitations de la galène, en Europe, sont situées en Espagne, en France, en Angleterre, en Belgique, en Prusse, en Autriche-Hongrie, en Italie, en Grèce et en Russie.
L'Espagne tient le premier rang en Europe, avec ses mines de Linarès, dans la province de Jaeu, et celles des provinces d'Alméria et de Murcie. Plusieurs de ces mines furent exploitées par les Romains, qui savaient déjà extraire l'argent de la galène par la méthode de la coupellation, retrouvée de nos jours par
Pattinson.
La France tire très peu parti de ses mines de plomb, cependant nombreuses. Les seules en exploitation sont celles de Pontgibaud, dans le Puy-de-Dôme, de Milbau et de Villelïanche dans l'Aveyron, de Vialas et de Villefort dans la Lozère, de Pontpean dans nile-et-Vilaine. Les célèbres mines de Poullaouén et de Huelgoat, dans le Finistère, demeurent dans l'abandon. Il en est de même des mines de Pesey et de Mâcot en Savoie, de la Grave dans l'Isère, d'Argentières près Briançon (dans les Hautes- Alpes), de Carnoulès dans le Gard, deSeintein dansl'Ariège, des Vosges, etc. Plusieurs de ces mines furent exploitées par les Gallo- Romains. En 1889, la France a seulement extrait 19 400 tonnes de minerais de plomb, d'une valeur de 4 200 000 francs. Ses usines (Pontgibaad dans le Puy-de-Dùme, le Couëron dans la Loire-Inférieure, Riache-Saint-Yaast dans le Pas-de-Calais, Les Martigues dans les Bouches-du-Rbùne), ont seulement produit 6500 tonnes de plomb. Une grande partie du minerai est même exportée à l'étranger.
La galène abonde en Angleterre, surtout dans le Durham et le Northumberland. Citons encore les mines du Rleyberg, à Montzen, près Verriers (Belgique), du Bleyberg (Prusse Rhénane et Nassau), de Przibram (Bohême), de la Hongrie, de la Toscane et de la Sardaigne (Italie), du Laurium (Grèce), où l'on exploite les scories laissées par les anciens Grecs ; de la Russie.
MÉTAUX COMMUNS
Les mines de Laurium furent jadis d'une importance considérable ; on y comptait plus de 2000 puits et galeries souterraines. Certaines de ces galeries avaient jusqu'à 120 mètres de profondeur, travail remarquable pour l'antiquité.
L'Algérie possède des mines importantes de galène : à Kefoum-Thiboul, près La Çalle, à Cavallo, dans la province de Constantine, à Gar-Rouban, dans la province d'Oran. Citons aussi le gisement de Djebillet-el-Kolial, en Tunisie. En 1889, on a extrait 658 tonnes de minerai en Algérie.
En Asie, bornons-nous à signaler les mines du Japon, celles de Kouribara principalement.
La galène abonde en Amérique : aux États-Unis, dans le Haut-Mississipi, au Mexique, à Mina Grande, près Coquimbo (Chili). Le minerai de Mina Grande contient du vanadium.
Signalons enfin les mines de l'Autriche et quelques gise- • ments trouvés récemment dans la Nouvelle-Calédonie.