‹ Histoire générale de l'industrie. 3, Industries du règne minéralChapitre 53 sur 226 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

France. — « La France, écrivait M. Gourlier, à propos de l'Exposition anglaise de 1851, la France est peut-être aussi abondamment pourvue qu'aucun autre pays du monde, sauf l'Italie, en marbres, granits, porphyres, etc., de toutes sortes, et en partie des meilleures qualités et des plus belles couleurs. Les Romains, qui ont si bien su découvrir et mettre en œuvre tout ce que les pays soumis à leur domination renfermaient de

beau et de bon, n'ont pas manqué de le faire pour les marbres de presque toutes les parties des Gaules ; ils en ont ouvert ou exploité les carrières, et en ont utilisé les produits dans plusieurs des édifices dont ils ont couvert notre sol, ainsi que pour plusieurs monuments de la statuaire.

» L'emploi de ces beaux matériaux a pu se continuer, même dans les temps de décadence de l'art antique, parce que les temps de décadence ne sont pas ceux où l'on apprécie le moins tout ce qui donne de la richesse et de l'éclat ; mais est arrivé le moyen âge qui, dans ses nombreuses et importantes créations, a moins tenu, en général, à la beauté des matériaux qu'à la grandeur et à la hardiesse des constructions, et ne s'est principalement servi, quant aux décorations intérieures, que des vitraux de couleurs et des peintures murales.

»> Le goût des décorations en marbre revint naturellement avec la Renaissance; et, par suite de nos conquêtes en Italie, ce fut d'abord de ce pays qu'on en fit venir quelques-uns. Nos marbres nationaux furent ensuite exploités sur une vaste échelle. Louis XIV en avait fait venir des quantités considérables, principalement de tout le midi de la France, en même temps que de plusieurs parties de l'Italie et du Levant. Ces approvisionnements ont défrayé non seulement les immenses travaux entrepris par Louis XIV, mais aussi ceux exécutés sous ses successeurs, ainsi que sous le consulat et l'empire. »

La consommation du marbre est par trop restreinte en France. On construit les palais avec du calcaire grossier, et Paris même ne saurait rivaliser, pour le choix des matériaux, avec les monuments de Gênes, de Florence, de Venise. Les Grecs, les Romains, les Egyptiens nous étaient supérieurs pour le luxe de leurs palais et de leurs temples.

La France fournirait du marbre à toute l'Europe si la plupart de ses carrières ne se trouvaient pas aussi éloignées de la mer, d'où transports coûteux et fort difficiles.

Les marbres des Pyrénées sont les plus beaux et les plus recherchés de France, mais souvent les routes manquent pour qu'on puisse les exploiter. Il faut parfois se contenter de faire

MARBRES

rouler les blocs le long des montagnes jusqu'au fond des vallées, mais ils y arrivent brisés et sans valeur. Les cliutes d'eau, si nombreuses dans les Pyrénées, sont également très propices à l'installation des scieries. Parmi les marbres les plus célèbres, citons ceux de Saint-Béat, de Campan, de Scrancolin, etc. Le marbre blanc de Saint-Béat présente une analogie incontestable avec celui de Paros: bien cboisi, il offre un faciès, une morbidesse quelquefois préférable à l'aspect toujours un peu froid du marbre de Carrare ; plusieurs de nos statuaires lui accordent une préférence motivée parla beauté des statues et bas-reliefs sortis de leurs mains. Le château de Versailles doit une partie de sa splendeur aux marbres de Campan, si remarquables. Signalons aussi quelques beaux marbres exploités dans l'Ariège et dans les Pyrénées-Orientales. Le marbre de Castera- Verduzan, dans le Gers, sert à fabriquer des objets d'art et de fantaisie.

Les marbres des Alpes peuvent lutter avec ceux des Pyrénées. L'Isère est particulièrement riche : citons le marbre statuaire et les cipolins roses et verts du Valsenestre, les marbres de l'Échaillon, près Voreppe, de Laffrey, de Sasscnage, de la Porte-de-France à Grenoble. Le marbre blanc de Sainte-Colombe, dans les Hautes-Alpes, ressemble à celui de Carrare.

Les départements du Var, des Bouches-du-Rhùne, de l'Aude, du Jura, des Vosges, du Cher, de la Nièvre, de la Sarthe, du Nord et du Pas-de-Calais fournissent aussi de beaux marbres. Les marbres sanguins et violacés de Sampans, dans le Jura, ont servi à la construction du Nouvel Opéra, à Paris.

Les régions du Nord et de l'Ouest, où dominent les terrains sédimentaires, possèdent peu de marbres. Le Nord consomme surtout les marbres de Boulogne (Pas-de-Calais) et ceux de Jeumont et de Cousolres, dans l'arrondissement d'Avesnes ; l'Ouest se fournit dans les départements de la Sarthe et de la Mayenne.

Le nombre /les carrières de marbre s'élève à 150 pour la France entière, occupant quantité d'ouvriers. Les scieries les plus nombreuses sont situées dans les départements de la Haute

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