MAISON D'ORANGE
Umk ère nouvelle commence. Les provinces belgîquet, ii^vées après nn si long Intervalle de celles avec lesquelles elles ne formaient autrefois qu'un état , se trouvent maintenant réunies sous la dénomination de Rotaumb dis Pays-Bas , soumises à Tillustre maison d'Orange-Nassau, race auguste de héros et de grands hommes dont les noms et les souvenirs ne sont pas moins chers aux Belges qu'aux Bataves.
La crise qu'éprouva le nouveau royaume, ne sert qu'à en affermir les bases.
L'empereur Napoléon , sorti de File d'Elbe , après j avoir vécu à peu près pendant un an , et rentré à Paris le ao mars 1 8 1 5 , en part le i a juin , et tombe brusquement sur la Belgique. Il gagne le 16 la bataille deLigny sous Fleurus, sur l'armée prusso-saxonne^ commandée par Blû* cher, qui y fut blessé. Le lendemain i j, Napoléon fit marcher Taile gauche de son armée contre l'avant -garde des Anglais postée aux Quatre Bras, et la repoussa sur Mont- S^-Jean, où Wellington réunissait ses troupes. Napoléon établit son quartier- général à la ferme du Caillou, près du village dePlancenoi , à cinq lieues de Bruxelles. Pendant ces manœuvres de l'aile gauche de l'armée française, l'aile droite poussa Bliicher sur Wavi*e. Un corps de douze
HEUVIÈME ÉPOQUE. ISt
mille Prussiens'était parti de Liëge ponr venir le joiadre i 1 armée de ce général.
Le iSjuinest le jonr éternellement mémorable, où le sort da monde fut balancé dans les cbamps de Waterloo, que le prince d'Orange, digne descendantdes héros de sa race, donnant k tous l'exemple du courage,* arrosa de son no« ble sang. La victoire fut long-temps balancée. Napoléon, au fort de la bataille,ToyantIe moment d'une crise qui pouvait devenir fatak (a),s*avança rapidement avecquatre bataillons de la moyenne garde, et en donna le commandement an maréchal Ney. Napoléon, leur moutranldn doigt les lignes éclaîrcies des ennemis: «Voilà le chemin de Bruxelles, » leur dit-il. C'était un de ces mots qui sortaient de sa bouche comme des traits, et faisaient sur Fesprit du soldat l'effet de l'étincelle électrique. « Vive l'empereur ! » s^écrientils , et ces redoutables bataillons forcent la ligne qui lui était opposée , à un mouvement rétrograde. Le prince d'Orange, à la tête d'un bataillon de Nassau, essaie d'arrêter cette formidable co« lonne. Il fut blessé^ et le bataillon dispersé. Il était k peu près sept heures du soir. Â la nuit tombante, Tarmée de Blîicher, qui venait de Wavre, prit part à l'action avec trente mille hommes et détermina la victoire. Aussitôt le désordre se mit dans l'armée française , et la cavalerie anglaise se joignant aux Prussiens compléta la déroute. En ce moment Napoléon, qui s était porté de sa personne sur les hauteurs de la Maison du Roi, pour essayer de rallier ses troupes, fit tirer sur l'ennemi par la batterie qui y
(«) Bataille de Waterloo, par le gene'ral de Vaudoncourt.
38a HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
était établie; ce furent les derniers coups de canon. Ne -voyant aucun moyen de remédier à ce désastre , Napoléon fit former en carré deux bataillons de sa garde où il allait s enfermer, lorsque le maréchal Soult le força à se retirer du champ de bataille ; ce carré fut détruit. La nuit augmenta le désordre. Tous les liens de la discipline étaient rompus. La route était obstruée de chevaux, d'hommes,de voitures. L*armée française fut donc ainsi mise dans une déroute complète, et Napoléon, après a^ir si long-temps maîtrisé la fortune, est forcé de fuir,comme Pompée après la bataille de Pharsale, et comme lui devient un grand
exemple des vicissitudes du sort (^t) Cette grande
victoire c msolida iVxistence du royaume des^Pays-B^ et fixa les destinées politiques de l'Europe.
Le temps n*eflacera jamais du souvenir des habitans de Bruxelles le spectacle touchant dont cette grande ville fut témoin, pendant les jours qui suivirent cette terrible bataille ; touchant, quand on se représente ces troupes de malheureux guerriers de toutes les nations, Belges Ecossais, Anglais, Hanovriens, Français,' couverts de sang et de blessures, dispersés, égarés dans les rues, sans ressources , sans asyle , traînant les restes de leur existence ;
(a) Et laisse à la mémoire
Des changemens du sort une e'clatante histoire. Il fuit, lui , qui , toujours triomphant et vainqueur. Vit ses prospérités égaler son grand cœur; Il fuit, et dans nos ports, dans nos murs, dans nos viîl^ , Et contre son beau-père ayant besoin d*as^les, Sa déroute orgueilleuse en cherche aux mêmes lieux, Qiti souvent Savaient vu rentrer victorieux,
MoBT DE Pompée, acte i, s«. l't.
tottcbant , cpiand on se rappelle le gëaéreuz empressement avec le quel les loyaux habitans de Bruxelles accueil* lîrent ces déplorables victimes des fureurs de la guerre, les soins compatissans qu'ils leur prodiguèrent^ les sou* lagemens qu*ils leur procurèrent, le courageux dévouement des dames de Bruxelles, qui, oubliant la délicatesse de leur sexe, bravant les dégoûts qu'inspire naturellement la vue d'une plaie sanglante, ne dédaignèrent pas de panser les soldats blessés et mutilés, sans distinction d'amis ni d^ennemb. Us étaient malheureux ; c'est tout ce que l'on voyait.
Le roi des Pay^Bas en fut vivement toucfaé , et il voulut consigner les sentimens dont il était pénétré, dans une lettre qu'il adressa de La Haye , au maire de Bruxelles, sous la date du 26 juin. On y reconnaît le langage naturel de Tauguste monarque; c'est toujours celui du cœur dans tout ce qui lui est personnel. Je plaindrait celui qui , en la lisaut, ne se sentirait pas saisi de respect et d'attendrissement.
» MoiVSlEUH LE MAIRE,
» Après le patriotisme et le dévouement dont mesbra- • ves soldats ont fait preuve sur le champ de bataille, » rieu ne pouvait me causer une plus vive satisfaction que
> la conduite vertueuse des habitans de Bruxelles et leur » empressement à prodiguer aux victimes de la guerre » toute espèce de consolation et de secours* Je sais que le » zèle infatigable de leurs magistrats leur a servi d'exem-
> pie , et ) éprouve le besoin d accorder un témoignage » formel d'approbation à cet heureux concours de tontes
n les vertus. Je vous autorise à saisir la première occasion » pour faire connaître à vos concitoyens qu'ils se sont as- » sure pour toujours mon affection paternelle et mon es- » time. »
Le royaume des Pays-Bas fut bientôt organisé constiiutionuellement. La commission chargée de revoir la loi fondamentale , et de proposer les modifications qu'exigent Taccroissement du territoire , l'érection des Pays-Bas en royaume et les stipulations des traités de Londres et de Vienne, présenta son rapport au roi le i3 juillet i8i5. C'est ce pacte qui régit le royaume des Pays-Bas.
L'inauguration solennelle du roi fut célébrée le 2 1 septembre à Bruxelles, en présence des états-généraux.
Guillaume , digne héritier des héros et des grands hommes de l'illustre race des Nassau, roi par autorité, et citoyen par principes, assis maintenant sur le trône où ses vertus l'ont placé , s'est d'abord occupé avec un zèle infatigable du soin d'assurer le bonheur de ses compatriofes. Tout ce qui es*t utile , tout ce qui est grand , tout ce qui est noble, a été l'objet constant de sa grande pensée.
Déjà roi*dre militaire qui porte son nom , avait été institué par la loi du 3o avril 1 8 1 5 , pour honorer la valeur et récompenser les services militaires rendus au prince et à la patrie, et parcelledu 29 septembre suivant, l'oi^re civil, portant la dénomination du lion Belgique ^ fut créé pour distinguer d'une manière honorifique tous ceux des sujets de sa majesté qui auront donné des preuves de dévouement à la patrie , de zèle et de fidélité à remplir leur devoir de citoyen , ou de capacité extraordipaire dans les
sciences et les arts. Le roi Toulut être grand maître de ces deux ordres.
Le royaume de Pays-Bas prend désormais son rang dans rEurope. Sa frontière militaire, s'étendaat de Luxembourg â la mer du nord, fut mise dans un état convenable de défense. Par les arrangemeus pris de concert , il fut résolu qu*on pourvoirait, dans les Ârdennes et le Luxembourg, Ârlon, Rochefort etDinaut des ouvrages nécessaires ; que la Meuse et la Sambre seraient défendues par Namur et Charlerol; que Ton convertirait en places du premier rang, ainsi que par des places de moindre conséquence, savoir, Philippeviiie et Mariembourg, qui, avec leurs territoires, ont été cédés par la France. Beauraont, Chimai, Mons, Ath, Tournai, Courtrai, Menin , Ypres, Furnes et Ostende , également converties en places importantes, devaient compléter ce système de défense. Une somme de soixante millions de francs , prise sur lea contributions payées par la France , fut destiné à fortifier les frontières du nouveau royaume. Les travaux furent entrepris et exécutés avec activité, et la Belgique a pris un nouvel aspect.
L'immense développement des ouvrages faits à la ville et au château de Namur en a fait une forteresse de première ligne de la plus grande importance. Les cbâteaux de Dinant et de Hui ( a ) , qui ne présentaient plus que des
(a) Le château de Dinant fut bâti par Pëyéque de Liège Érard de La Marckvers Tan i536,sar le rocher au pied duquel la Tille est située. Les Français le rasèrent en 1690. On ne sait pas bien Tannée de la fondation de celui de Hui. On sait seulement qu'il est renomme par lesdifTérens sièges qu*il a soutenus.
dëbrîs , ont été rétablis et fortifiés sur un plan nouveau , qui présente un très - bel aspect. Cbarleroi , Mons, Âth, sont redevennes des places plus importantes qu'elles n'ont jamais été. Tournai est maintenant une place de première ligne. Ses fortifications ont été étendues dans toutes les directions de la ville. Menin , dont Vauban avait fait une place de première ligne , a repris son rang. La superbe rade d*Ânvers offre un spectacle admirable. Cette opulente cité, que Napoléon , dans Tétat ou il l'avait trouvée , comparait à une ville d'Afrique , est rendue à son ancienne splendeur. Ostende , qui , sous le gouvernement français, ne présentait plus que- le triste spectacle d'une ville déserte , avait repris un aspect animé , quand une épouvantable catastrophe, arrivée le 1 9 septembre 1 8a6 , y porta la désolation . Une explosion de plusieurs tonneaux de poudre ébranla toute la ville. Les maisons , qui n'ont pas été renversées , ont été presque toutes entièrement endommagées* Les immenses travaux qu'on y a faits , ont réparé en grande partie ce désastre , et cette ville importante^ a repris son activité.
Guillaume , voulant dès le principe établir son. gouvernement sur les bases qui assurent la stabilité des empires , a constamment donné tous ses soins à rétablir le règne des arts , des sciences et des lettres et à réorganiser l'état de l'instruction publique. II sait que dans les temps d'ignorance , l'empire de celui qui commande n'est que celui de la force , et Guillaume veut qu'on l'aime , et non pas qu'on le craigne. Il sait quen rendant les peuples éclairés , on rend Tautorité plus sûre , et que la culture
des ait», Tamour des sciences et le goût des lettres exercent une puissante influence sur la morale publique. Il sait que la félicite des peuples dépend de la. bonne éducation de la jeunesse, dans laquelle on a pour but non-seulement de diriger et de polir l'esprit par Tétude des sciences , mais encore de former le cœur, d'aidoucir et de perfectionner les mœurs.
Pénétré de ces grandes vérités , le roi. des Pays-Bas a porté ses regards sur tous ces grands objets. L'académie des seienoes et bdles-lettres de Bruxelles , qui avait dû cesser ses travaux en 1 794 ^ fut rétablie par l'arrélé royal du 7 mai 1816 (a).
L'instruction publique est un objet constant des soins du gouvernement. Ce grand principe est consacré par la loi fondamentale des Pays-Bas. L'enseignement supérieur dans les provinces méridionales fut organisé par le règlement du 25 septembre 1816. Les cottages communaux forment le premier degré de cet enseignement. Ceux où Ton donne une instruction plus étendue , portent le. titre d'athénées. Ils sont établis àBruxelles,Maestricbt, Bruges, Tournai, Namur, Anvers et Luxembourg, hesunii^ersités ont pour objet l'enseignement de la jurisprudence , de la médecine , des sciences mathématiques et pbysiques et de la philosophie spéculative et des lettres. Elles ont été établies à Louvain , à Gand età Liège.
L'organisation des athénées et des collèges a été réglée par larrêté royal du 19 février 18 17. Les objets d'ensel-
(«) Elle a été installée le 18 Dovembre suivant par M. Repelaer Van Driel , commissaire-gcneral de rinstruction publique.
388 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE, ire.
gnementsont les langues grecque et latine , l'histoire, Ja géographie et la mythologie , les ma thëma tiques et les langues française et hollandaise.
Le roi, par arrête du i3 avril iSrj, a donné à lacadémiede peinture d'Anvers (a) le titre d'académie royale des beaux-arts, divisée en classe de peinture, de sculpture, d'architecture et de gravure, et a en même temps érigé l'école des beaux-arts qui existait à Bruxelles, en académie de dessin.
Fidèle à ses principes et à sa devise , le roi des Pays-Bas De s'est pas écarté de la ligne qu'il s'était tracée. Tous les actes de son règne portent l'empreinte des sentimens libéraux gravés dans son coeur. Il maintiendra ( ce mot dit tout } ce qu'il a si sagement entrepris et si glorieusement exécuté.
(a) Cette académie avait e'té établie par Philippe-le-Bon en 14 54* Elle peut être regardée comme le berceau de Técole flamande. Philippe IV lui accorda, par ordonnance du 5 juillet i663, le titre d'académie rojrale de peinture.
rm DU TOME SEPTIEME ET DERNIER.
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TABLE