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3jt HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
> le drapeau orange, et tous les citoyens se réunissent » autour de lui. Nous nous sommes permis de parler au ji nom de votre altesse, et d*agir comme si c était d après » vos ordres. Les circonstances commandaient impërieu- • sèment cette démarche; c'était le seul moyen de rendre » Tinsurrection générale, et d*exciter partout Tenthou* 9 siasme. Il n'y a plus de partis ; ils se sont éteints dans » la haine pou ries Français et les malheurs du pays. Tous » attendent leur salut d*Orange. Tous jurent fidélité à M Orange. Que votre altesse revienne parmi un peuple qui » met à votre disposition jnsqu a la dernière goutte de son » sang. Notre entreprise est périlleuse, nous ne le cachons » pas ; mais nous avons compté sur le généreux secours » de r Angleterre. Ce secours, demandé par vous, nous » viendra plus rapide et plus puissant. Mais, prince, c'est » surtout sur vous que nous comptons. Notre cceur nous » défend de douter de votre approbation ; mais voire ar* » rivée est tout. Elle nous vaudra plus qu'une armée. »
La lecture de cette lettre décida le prince. 11 se hâta de faire tous ses préparatifs de départ, et il adressa la réponse suivante au comte de Hogendorp, pour être communiquée à tous ceux qui s'étaient réunis pour émettre le vœu qui rappelait le prince.
Cette lettre, écrite en français de sa propre mainiest ainsi conçue :
« Monsieur ,
« Me référant à ce que le colonel Fagel vous dira de ma » p^rt , je ne veux cependant pas le laisser partir sans }» vous témoigner toute la satisfaction que j'éprouve de » rheureux événement qui place de nouveau ma patrie au
HUITIEME ÉPOQUE. Ij i
« rang des nations de TEurope. La manière dont elle a » proDoncé son vœu , me pénètre de reconnaissance et « augmente encore , s* il est possible , les obligations qui » reposent sur moi , de travailler à remplir son attente »
• et de me vouer à sa prospérité et a son bonheur. Fagel » TOUS dira Teffet qu*a fait ici la conduite observée en » Hoilaude , et que le prince-régent et ses ministres ont » pris toutes les mesures pour nous assister de tous les » moyeus disponibles. Vous en ressentirez immédiatement » leselTels. J'espère suivre eu peu jours, et ressens une vive » impatience de revoir mes compatriotes après dix-ueuf » années que j'en ai été séparé. Heureux de répondre par là « a Tinvitalion que MM. de Perponcher et Jacques Fagel
• mont portée. Je me réjouis iuGnement de la manière » dont tout s*est passé, et approuve entièrement les bases » d*après lesquelles il a été ag[i provisoirement. Veuillez en « être assuré et donner également à connaître aux mess» sieurs qui , avec vous , se sont mis en avant dans ces 3» circonstances critiques , les droits qu'ils se sont acquis à > ma reconnaissance et à celle de leurs concitoyens.
» Je suis , avec une considération distinguée »
» MoNsiBua j
» Votre très-dévoué serviteur 1» Signé y G. F. Prince DE OuAKGE.
Londres, le aa noyembre i8i3.
Le 3o novembre, au matin, on aperçut à Sclieveningen le vaisseau qui ramenait Tillustre exilé. Il aborda à 4 heures dnsoir , à la vue et aux acclamations d'une immense population , et à 5 il fit son entrée à La Haye. Qn ne
sait ce qui doit le plus toucher i6i , ou de la confiance que tëmoigne la nation en rappelant son prince, ou de l'em* pressement que met le prince à répondre sur un ton si affectueux à la voix de ses concitoyens*
Il se jrendit à Amsterdam le st décembre» Les commis* saires-géqéraux du gouvernement provisoire le proposèrent au peuple sous le titre «de prince souverain des Pays-Bas dei^enus libres.
Ce jour fut marqué par tous les témoignages les moins équivoques et les moins affectés de la joie la plus pure. Le prince laissa dansla capitale, en partant pour La Haye, une proclamation bien propre à affermir dans l'esprit du peuple la confiance qu'il avait si justement placée dans les ve^ tus et les intentions du prince. Après avoir manifiesté le plaisir qu'il éprouve de se retrouver au milieu de seseom» patriotes, il déclare qu'il accepte le titre de prince, mais sons la condition 'expresse qu'une loi fondamentale ^arantisse stiffisamment la liberté des personnes , la sûreté des propriétés , en un mot tous les droits ci^ih qui caraC' térisent un peuple réellement libre. Les princes ordinairement imposent des condition s qui donnent une extension au pouvoir souverain. Le prince d'Orange,au contraire, en exige une, sans laquelle il ne consent pas à accepter la souveraineté. 11 veut que Ton donne une garantie à laliberté publique , et c'est de son propre mouvement qu'il offre cette condition.
Le 3 décembre , il revînt à La Haye. Le bourgmestre , du haut du balcon de Thôtel de ville, lut au peuple assemblé cette belle proclamation, qui fut accueillie avec le ('lus vif enthousiasme ; ce n'est pas ici abuser du mot ; car
mnTiiiis ÉPOQUE. ^3
c'était Texplosioa du sentimeot , le cri da caur ; et cet en • thoasiaflme , ce concert unanime de voeux et d'applaudissemens était l^ien la preuve la plus solennelle que la nation reconnaissait dans la personne du prince d*Oranj^ son Téritable souverain. Je ne sais si Thistoire présente Texempleduii; possession mieux fondée ; car la souveraineté est fondée ou sur le droit l^itime de la naissance , ou sur le choix libre de la nation. Or ici les deux titres se trouvent réunis. Je ne sais si Ion peut concevoir l'idée d'une inauguration tout à la fois plus simple et mieux cimen-* tée.
Les provinces des Pays-Bas rentrèrent donc ainsi dans l'exercice de leur sou verainetéyure postliminii (a) , et leur indépendance fut considérée comme un axiome; politique (£}• On ne songea pas à la reconnaître par un traité. Celte formalité eût mis ses droits en doute plutôt qu*eii évidence. « Jamais, a dit le roi des Pays-Bas, par l'organe » de son ministre des affaires étrangères, il n'eût accepté la « souveraineté des Provinces-Unies,si Torigine en eût dû )ireleverd'uneconfédéralionétrangère,quelque puissante «qu'elle fût, et quelque magnanimes qu'en fossent les » cheis^et il eut rejeté loin de sa pensée un accroissement ^ quelconque de territoire , qu'il eût fallu acheter aux dé- >» pens de la dignité de cette terre Où reposent les cendres
(a) C'est aimi qu'oo appelle eo )an<prudence le droit de reprendre une chose qa*on ayait perdue, et de la rétablir en son premier état. •
[h) Note de M. le baron de Verstolck. de Soelen , ministre des afTaires étrangères de S. M. le roi des Pajs-Bas, à M. le comte de ^itr^en- Toyé entraordinaire et minisire plénipotentiaire de S. M. 1. et R. A p. prêt la çpur des P;ijs-Bas, du 13 ayril 1826.
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» de ses aïeux. Il sait qu'un état qui a combattu quatre- » vingts années pour sa liberté, qui a su arracherson sol }» aux élémens, et qui plus d'une fois s'est trouvé au nom- » bre des arbitres de l'Europe; qu'un tel état ne dégénère M point, et ne perd ni le principe vital de son existence , » ni son rang parmi les nations , pour avoir été momen- » tanément foulé, avec la presque totalité de l'Europe » continentale, par le char rapide d'un conquérant, et » que lorsqu'il s'agissait de reprendre l'exercice de son » indépendance et d'adapter la forme de son gouverne- » ment aux circonstances actuelles de l'Europe , il n'avait » pas besoin de l'assentiment de rétranger,quaut au droit, » et que la lutte soutenue autrefois pour établir la liberté » des Provinces-Unies eût rendu dans tous les cas la ques* » tion de fait au moins problématique. Le roi , fort de M ces sentimens , s'appliquera à transmettre intacts aux » siècles à venir les grands exemples que lui ont laissés ses î» aïeux, et il respecte trop leur mémoire pour reconnaître N jamais une assertion qui compromettrait également sa di- >» gnîté et celle des peuples soumis à son sceptre, du bien- » être desquels, ainsi que du rang qui lui est assigné dans le » monde, il doit rendre compte à la providence divine , M qui les lui a confiés. »
Celui qui tient un si noble langage est bien digne de régner sur des peuples libres.
Les droits des Provinces-Unies ne furent donc pas contestés. Le corps diplomatique s'empressa de se réunir à La Haye auprès du prince souverain. Les lettres de créance de l'ambassadeur anglais portaient la date du 8 décembre, celles de Tenvoyé prussien du a4* Dans celle
dn chargé d'affaires d'Autriche , dn a6 février i8r4, le prince de Mettemich exprima le désir de Tempereur de coDslaterle plus tôt possible , par le rétablissement de sa légation en Hollande, la reprise des rapports d'amitié qui avaient lié si long-temps la cour de Vienne à la Hollande. Dans les lettres de créance de l'envoyé de Russie, rempereur Âlexandre^observa que, par les plus lieureuscH circonstances, les anciens rapports que la Russie entretennit avec la Hollande se trouvaient rétablis de fait, en donnant ainsi à entendre qu'ils n avaient jamais été interrompus de droit.
La constitntion, dont le prince avait fait une condition eic presse de son acceptation, fut présentée le aS mars à la grande assemblée représentant les Provinces-Unies , et le corps diplomatique assista à cette cérémonie. Cet acte fut accepté le lendemain, et cet événement fut officiel* lement annoncé aux puissances alliées. L'empereur d*Âutriche, par une lettre de cabinet, écrite à Paris le 25 avril, félicita le prince souverain de l'acceptation de la cons* titution par l'assemblée (c'est ainsi que s'exprime la lettre) des représentans de la nation hollandaise. Le i a du même mois, le prince-régent d'Angleterre avait adressé au prince une lettre dans le même sens.
Le 3o mars avait été célébrée à Amsterdam , dans les formes constitutionnelles , Tinauguration de celui dont les droits avaient été si solennellement reconnus et con •. sacrés.
Tous ces événemens sont antérieurs au traité de Paris du 3o mai i8i4i q^î porte (article 6) que la Hollande, placée sous la souveraineté de la maison d'Orange , re*
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cevra un accroissement de territoire. Or, pour i*ecevoir cet accroissement , elle devait exister comme état indépendant.
Le baron de Vincent, gouverneur des provinces belgîques pour les souverains alliés, remit le i^' août les rênes du gouvernement entre les mains du prince d*Orange, qui, eu attendant qu'il montât sur le trône qui lui était destiné, fut appelé au gouvernement de la Belgique, et U Tannonça aux babitans par une proclamation conçue, non selon les formes apprêtées de la diplomatie , mais selon la manière franche du prince, c'est-à-dire, dans les termes les plus affectueux.
« Appelé , leur dit-il , au gouvernement de votre pays » pendant le court intervalle qui nous sépare encore d'un » avenir si long-temps désiré , j'apporte au milieu de vous te la volonté de vous être utile , et tous les sentimens d*un » ami et d*un père.
M Heureux , dit- il en finissant , ai , en multipliant mes » titres à votre estime , je parviens à préparer et à faciliter » luaion qui doit fixer votre sort , et qui me permettra de )• vous confondre dans un même amour avec ces peuples » que la nature elle-même semble avoir destinée à former » avec ceux de la Belgique un état puissant et prospère* »
Le congrès de Vienne , par un acte du 16 décembre iSi4> érigea le royaume des Pays-Bas, dont les bases avaient été jetées par le traité de Paris du 3o mai et la convention de Londres du ao juin. Cet acte porte u que » les anciennes provinces* unies des Pays-Bas et les ancien • » nés provinces belgiques » les unes et les autres dans les » limites qui seront fixées , formeront avec les pays et ter-
BDiriÈME ÉPOgUC. 3;;
ritoiref eonprtt cUos ces limitei soui la fOQTeraînetë du prinee d'OrangcNassau , le royaume des Pays-Bas , liérëdi taire dans Tordre de succession établi par Tacte de constitution des Provînoes-Unies ; que le titre et les préroga tires de la dignité royale sont reconnus par toutes les puissances dans la maison de Nassau^Orange; qu'une partie de l'ancien duché de Luxembourg , comprise dans des limites déterminées, est également cédée au prince souverain des Provinces-Unies , aujourd'hui roi des Pays-Bas ; qu'il ajoutera à ses titres celui de grand-duc de Luxembourg; que le grand-duché de Luxembourg formera un des états de la confédération germanique , et que le roi des Pays-Bas entrera dans le système de cette confédération comme grand-duc de Luxembourg ; que la ville de Luxembourg sera considérée, sous le rapport militaire , coinqae ville de la confédération , dont le grand-duc aura le droit de nommer le gouverneur ; que le roi des Pays-Bas , grand-duc de Luxembourg » pooédera la souveraineté de la partie du duché de Bouillon non cédée à la France par le traité de Paris , et sera réunie au grand-duché de Luxembourg. » Le prince d'Orange fut proclamé par le congrès de Vienne roi des Pays-Bas et grand-duc de Luxembourg. Cette nouvelle fut annoncée a Bruxelles par le prince souverain , le 23 février i8i5 , et solennisée par un Te /Retins chanté le 36 a S^'Gudule.
Le roi, par une proclamation du 1 6 mars,annonça qu'il prenait le sceptre en mains. Cette proclamation contient un trait extrêmement remarquable. Ce n'est point ici du style diplomatique, fl déclare que sa volonté est « que
Sjn HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BELGIQUE.
» désormais rhéritier présomptif du royaume des Pay»- » Bas porte et conserve le nom et le titre de Prince d'On range , afin que ce grand nom , sous lequel ses ancêtres » ont i*endu tant de servicesà la cause de la liberté , ne vint » pas à disparaître : n paroles sublimes , eipressions solennelles, par lesquelles Tauguste monarque lie ses descendans par Texemplede ses ancêtres. C'est alors que les Belges ont réellement ouvert l^urscœursà Tespoiret à la confiance, etquMls regardèrent le nom d*Orange comme le gage de leur prospérité future.
Le 3o mars , le roi et la reine firent leur entrée publique à Bruxelles. Leur réception fut magnifique, et d*autant plus belle que l'enthousiasme n'était pas feint. Qui de' nous n'a pas été vivement frappé ,. profondément touché de cet accord universel , de cette communauté de sentimens , de cet amour de la patrie qui fait taire toutes les passions , éteint toutes les haines , dissipe tous les soupçons rapproche tous les rangs, confond toutes les opinions? (a) A la pompe et à la majesté du cortège s'unissait cet élan simple et naïf d'un peuple ivre du sentiment de son bonheur. Cette scène attendrissante semblait ne faire d'une immense population qu'une seule famille.
Le traité du 3i mai suivant, conclu entre le roi des Pays-Bas,et i'Angleterre,rÂutriche,la Prusse et la Russie, confirme tous ces arrangemens. Le motif qui a engagé les puissances alliées à donner aux Provinces-Unies, pour former le royaume des Pays-B^s , les provinces belgiques comme accessoire , y est assez expliqué ; c'est le désir da
(a) Observateur Belge, n«. i8.
constituer les premières dans des proportions qui les mis* senten état de soatenir leur indépendance par leurs pro* près moyens , et de donner aiosi une nouvelle garantie i Tëquilibre de l'Europe , que Ton voulait rétablir (a).
Legiuin , le congrès de Vienne publia Pacte général de ses opérations, contenant les délimitations des possessions des dliférens royaumes et états de TEurope , avec les chan* gcmens de titres pour les souverains. C'est donc danffycet acte que sont définitivement fixées les limites du royaiapa des Pays-Bas.
(a) Note de M. Ventolck de Soelen.