‹ Histoire générale de la Bolivie;Chapitre 24 sur 24 · IV. — PRÉSIDENCE d'AI/DNSO. — TRIOMPHE DU PARTI WBERAX · texte numérisé non relu

IV. — PRÉSIDENCE d'AI/DNSO. — TRIOMPHE DU PARTI WBERAX

Alonso, le nouveau président, avait à son actif un passé honorable et la ferme intention de s'imposer des régies de conduite sévères; mais une certaine faiblesse de tempérament et le désir d'écarter par des condescendances les écueils de sa route devaient, sans toutefois lui rien ôter de son prestige, le perdre et causer la chute de son gouvernement et de son parti,

Ivcs libéraux ne tardèrent pas à faire le procès des administrations passées, et en vinrent à proclamer le droit à la révolte comme seul moyen de garantir la vie et les biens des citoyens qui ne se rangeaient pas du côté du gouvernement.

Mais ce parti lui-même ne semblait pas très uni. De sérieux dissentiments avaient surgi entre les principaux de ses membres, non pas tant pour des questions de doctrine que pour des froissements d'amour-proprej

A ces causes vint s'en joindre une autre, d'un caractère distinct mais non moins curieux. La politique de fusion, préconisée par le chef de l'État, avait amené une certaine désorientation dans les rangs du parti libéral, et beaucoup de ses adhérents étaient allés grossir la phalange des partisans du gouvernement. Parmi eux se trouvait le propriétaire du journal El Imparcial, qui, à l'expiration du bail de son imprimerie, la retira des mains de l'homme qui l'avait convertie en la plus dangereuse arme du régime.

Mais Flores ne se déclara pas vaincu. Il fonda un nouvel organe de presse, El Imparcial Segundo, le second Impartial ; et, tandis que le vieux journal étalait son apostasie en attaquant son ancien directeur et en annonçant la nomination de son propriétaire comme ministre de BoUvie en Espagne, El Imparcial Segundo continuait à faire brèche par ses attaques furibondes et détournait du gouvernement la sympathie des masses.

On fit alors des élections municipales et les Hbéraux furent vainqueurs. A La Paz, les six candidats du gouvernement obtinrent la majorité des voix ; mais la fraude avait été si évidente que les libéraux demandèrent la révision du scrutin et parvinrent à établir qu'au moins trois de leurs candidats avaient été favorisés par le vote populaire.

Le ministère public et les autorités voulurent annuler le scrutin ainsi vérifié, ce qui poussa les libéraux à convoquer le peuple à des assemblées

en plein air. Ces réunions furent interdites par le préfet, comme ayant l'aspect d'une franche sédition. Le gouvernement, mis au courant de ces faits, crut prudent de céder, et le scrutin ayant eu lieu sans l'intervention de l'autorité publique, quatre conseillers libéraux et deux seulement du parti du gouvernement furent proclamés élus.

Devant ce résultat imprévu et déconcertant, le gouvernement ordonna au préfet d'empêcher à tout prix l'installation du conseil jusqu'à ce qu'on connût le jugement des tribunaux ordinaires, auxquels avaient eu recours les candidats conser\'ateurs. Le conseil maintint sa résolution de siéger, malgré l'ordonnance préfectorale qui refusait de reconnaître l'autorité de ce corps et défendait « toute réunion de plus de quatre membres ».

Le gouvernement ordonna de nouveau la suspension du conseil municipal, et la préfecture fit usage de la force publique, qui occupa le local de la commune. Une patrouille tua même un étudiant de l'Université, Ezequiel Eduardo, qui eut la mauvaise idée de protester contre la manière odieuse avec laquelle les soldats conduisaient au poste de police un homme avancé en âge. Le gouvernement mit la ville en état de siège et envoya en exil les plus exaltés.

La Paz était le foyer de la résistance ; aussi le gouvernement prit-il la résolution d'y transporter sa résidence. Aussitôt, toute la population de Sucre se mit en mouvement pour empêcher ce départ, qu'elle jugeait attentatoire aux prérogatives de la ville. Mais ses efforts vinrent se briser contre la volonté du ministre de l'intérieur, don Macario Pinilla, originaire de La Paz, qui avait conseillé ce déplacement.

Pinilla rendit son portefeuille, sous prétexte que son attitude avait créé une situation par trop délicate et scabreuse ; mais le président, n'écoutant pas cette fois les conseils de son entourage, eut le bon sens de ne pas accepter cette démission.

La Paz se sentit blessée dans son orgueil de ville par la protestation de Sucre. Elle songea un instant à inviter les autres départements à ne pas envoyer leurs députés au Congrès siégeant dans cette ville ; mais le refus de Cochabamba, et la certitude de voir poser, cette année même devant les Chambres, la question de la capitale, pendante depuis la fondation de la République, apaisèrent presque totalement les haines de parti.

En effet, le 31 octobre, les députés de Chuquisaca présentèrent un projet de loi fixant à Sucre la résidence du pouvoir exécutif, auquel répondit

LA POLITIQUE CONSERVATRICE

un autre projet de la députation de lya Paz, proposant de transporter le Congrès à Cochabamba, pour traiter avec plus d'indépendance la proposition présentée par les représentants de Chuquisaca,

lyC choc paraissait imminent et dangereux pour l'unité nationale. I^a commission chargée d'examiner le projet de résidence se déclara en faveur de Sucre. Aussitôt, la municipalité de La Paz fit adopter par acclamation dans un meeting populaire la formule qui consistait à introduire dans le pays le système de gouvernement fédéral, comme plus approprié aux conditions physiques de la Bolivie. De plus, le système de centralisation économique ne permettait pas le développement des localités en proportion des ressources que chacune d'elles apporte à la masse commune des rendements du fisc.

IvC 14 novembre 1898, le Comité fédéral, composé de six membres de chaque parti, s'installa à La Paz, et on envoya à Sucre un télégramme aux représentants de La Paz pour qu'ils inaugurent dans le Congrès la forme fédérale, non comme une initiative parlementaire, mais comme un mandat impératif. La Chambre accepta en principe cette réforme ; mais, en même temps, elle votait à une grande majorité la loi de résidence. Alors les représentants de La Paz quittèrent la salle des sessions et, peu après, les sénateurs faisaient de même.

Ce furent là, sans équivoque possible, les commencements de la révolution.

Le 28 novembre, à leur arrivée à La Paz, les députés furent reçus avec des démonstrations qui touchaient à l'apothéose, principalement le ministre don Macario Pinilla qui, se solidarisant avec ses compatriotes, avait donné sa démission définitive.

Le 5 décembre, devant la gravité des faits, le président Alonso annonça qu'il se mettait à la tête de l'armée en sa qualité de capitaine-général, pour « visiter » les départements du Nord et que, la loi sur la résidence ayant été votée, il la proclamait malgré son inopportunité, pensant arrêter la véhémente controverse suscitée par cette initiative.

La menace était évidente. Alors les chefs du mouvement convoquèrent, le 12 décembre, un autre meeting populaire, où la foule accourut prête à se lancer, sans armes, sur les troupes de la préfecture et les obliger à se rendre.

Le préfet, qui était du pays, voyant venir le danger, adhéra sans peine

au mouvement et annonça au peuple qu'il se mettait, lui et ses forces, au service de la fédération.

C'en était fait. Immédiatement on forma une assemblée de gouvernement composée du préfet, Serapio Reyes Ortiz, du sénateur de Chuquisaca, colonel José Manuel Pando et du docteur Macario Pinilla, ministre démissionnaire. Le secrétariat général fut confié au docteur Fernando E. Guachalla, président du Comité fédéral. Le jour même, les gardes nationaux, qui depuis quelques années s'organisaient militairement, se mobilisèrent d'eux-mêmes et procédèrent à une réquisition d'armes et de munitions.

Le gouvernement avait cru que cette agitation n'arriverait pas à se transformer en révolution organisée. Il avait les éléments nécessaires pour l'étouffer dès sa naissance ; mais quand il fut convaincu que le régionalisme de La Paz revêtait tous les caractères d'une opposition décidée, il S2 mit en marche vers le Nord avec toute son armée et entra à Oruro le 19 décembre.

C'était trop tard. Les révolutionnaires avaient reçu des armes et des munitions. Leurs forces, parfaitement organisées par le colonel Pando et des civils, improvisés militaires, sauraient montrer une énergie et une initiative assez appréciables.

La lutte commença avec tous les caractères d'une guerre internationale. Il y eut des rencontres furieuses où les adversaires, quatre mille hommes en tout, combattirent avec acharnement, comme si des haines ancestrales et des antagonismes de race venaient augmenter la violence de leur colère. Une nombreuse troupe d'Indiens des hauts plateaux des Andes prit part aussi à la lutte, et sut châtier les inutiles cruautés des soldats de Sucre, en massacrant avec une férocité sauvage un escadron formé de la fleur de la jeunesse de Chuquisaca, qui s'était distingué par son ardeur à s'acharner contre cette pauvre race exploitée et avilie.

La rencontre finale fut une véritable bataille. On combattit pendant plusieurs heures, le 10 avril, dans la campagne déserte de Paria, où restèrent plus de mille cadavres. Les troupes de la fédération vainquirent celles du gouvernement, plus aguerries, mais victimes de pratiques vicieuses et de mesures arbitraires maintenues par les conservateurs en face d'un parti d'opposition nombreux et discipliné. Alonso eut le privilège de recueillir toutes les erreurs accumulées par ses prédécesseurs et, malgré ses louables

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intentions, il ne put arrêter le mal, ni réprimer la révolte. Cette tâche demandait des esprits énergiques et franchement innovateurs et s'accommodait mal avec son caractère indécis et son tempérament conciliateur.

C'est ainsi qu'à l'ombre d'un drapeau emprunté, le parti libéral arriva au pouvoir, pour tomber vingt ans après, le 12 juillet 1920, pourri et corrompu par les abus, le népotisme et l'absence de talent politique chez les hommes appelés tout dernièrement au gouvernement.

Quatre hommes d'inégale éducation et de tempérament différent gouvernèrent le pays avec ce parti : José Manuel Pando, Ismael Montes, EHodoro Villazon et José Gutiérrez Guerra. Cependant, leur œuvre, appliquée avec plus ou moins d'intensité aux intérêts positifs de la Bolivie, fut aidée par l'esprit public, qui, devant les courants de la vie contemporaine, aspire à imiter les peuples les plus prospères du continent, créant des richesses^ améliorant sans cesse ses institutions, se mettant, enfin, à la hauteur des peuples libres.

Vingt années de paix sous le régime libéral ont transformé presque radicalement l'esprit et la manière de vivre des masses boliviennes. Elles ont réveillé chez elles l'amour du travail, et l'on voit aujourd'hui des industries nationales, un commerce florissant et un échange relatif de produits entre les départements, de La Paz, d'Oruro, de Cochabamba et de Potosi, reliés maintenant par des voies ferrées. Le sentiment de solidarité nationale s'enracine plus profondément, malgré la différence des races et des coutumes, et le manque de continuité dans l'œuvre d'unification maintenue jusqu'ici par des moyens artificiels. Accomplie ailleurs par les relations commerciales, la communauté des aspirations, cette unité ne subsiste aujourd'hui que grâce à la distribution d'emplois honorifiques et bien rétribués à des membres pris dans les diverses circonscriptions, médiocres et encombrants, êtres souvent indignes de la charge qu'on leur confie... Enfin, elles ont donné l'essor aux énergies mentales de la race, rendues manifestes par des ouvrages qui, s'ils n'ajoutent rien à la somme des connaissances humaines, reproduisent au moins les aspects monotones de la vie coloniale, pauvre en émotions esthétiques, simple dans ses goûts et peu exigeante dans ses préférences intellectuelles.

Le principal aHment spirituel de ces sociétés ainsi constituées, c'est le journal, cause de leur stagnation relative; car, en Bolivie, le journal ne s'occupe que de politique électorale. Le livre ne circule que dans la société

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HISTOIRE GÉyÉRALE DE LA BOLIVIE

choisie et, bien qu'il se répande de plus en plus, son action ne peut pas encore annuler celle du journal qui, par sa propagande, engendre l'habitude des affirmations catégoriques et sans contrôle, le recrutement de partisans par des chefs plus ou moins honnêtes, et l'extrême rétrécissement des aspirations et des perspectives idéales.

Cela dit, il paraît indispensable de marquer par des chiffres les étapes de ces progrès, pour les rendre plus évidents. A cet efEet, on a pris les dates de 1898 et de 1918, qui comprennent entre elles les quatre gouvernements successifs des présidents du parti libéral, et, parmi les données fournies par la statistique, celles qui ont trait seulement, et sans équivoque, aux progrès économiques, industriels, de la viabilité et de la culture de la nation.

Rendement des impôts (pesos) 5.194.509 32.586.886

Importations (pesos) 11.897.244 84.999.886

Exportations (pesos) 27.456.676 182.612.850

Production minière (pesos) 20.736.619 81.543.627

Lignes télégraphiques (1901) (kilomètres) . . . . 5013 11. 061

Voies ferrées (kilomètres) 486 1785

Nombre d'écoles (1900) 84 477

Population scolaire (1895) 29.722 61.692

DERNIERS ÉVÉNEMENTS (1900-1921

La révolution libérale venait de se faire sous le masque du fédéralisme, et dès aussitôt la discorde se mit entre les vainqueurs. Le parti se divisa pendant la Convention de 1899, réunie aussitôt après le triomphe, et qui av^ait élu, comme président, le colonel José Manuel Pando. Les uns prétendaient qu'il fallait pratiquer une politique de représailles pour en finir avec les ennemis traditionnels, et les autres préconisaient un système de conciliation, assurant que le triomphe du libéralisme avait été dû en grande partie à la collaboration et à l'appui des éléments conservateurs, dont la fusion avec les libéraux avait eu lieu à La Paz sous l'influence du sentiment régionaliste.

C'est sous cette forme ingrate que se produisit la première divergence dans le parti vainqueur.

DERNIERS ÉVÉNEMENTS

ly'un des meilleurs articles du programme libéral était celui qui imposait la soumission complète au vote de Sucre, c'est-à-dire au maintien de l'intégrité du territoire au prix de tous les sacrifices. Cette décision permit aux représentants du parti d'engager une lutte vigoureuse les deux fois que les gouvernements conservateurs, désireux de garder la paix, voulurent résoudre nos difficultés de frontières, notamment avec le Chili. Ce pays, s' appuyant sur les derniers traités, paralysait presque toute notre activité économique. Il frappait de lourds impôts nos importations et nos exportations, qui se faisaient à travers le territoire conquis par lui pendant la guerre injuste de 187g. Ainsi, nous étions soumis à une contrainte épouvantable ; nous ne pouvions entreprendre aucune sorte de travaux sans que le spectre de notre dépendance et de notre manque de sécurité ne vînt annihiler tout effort et refroidir les plus purs enthousiasmes.

Rester dans cette situation était donc impossible et, franchement, il devenait nécessaire de chercher à ce différend une solution équitable sans, toutefois, jamais perdre de vue notre but persistant d'obtenir la possession d'un port sur l'océan Pacifique, vers lequel est orienté le centre producteur du territoire bolivien, riche par son abondance de métaux précieux et de produits d'autre nature.

Dès qu'elle eut connaissance de ce projet, la chancellerie du Chili envoya l'un de ses meilleurs diplomates qui, dans une pièce fameuse par sa brutalité et sa louche arrogance, notifia péremptoirement au gouvernement de la Bolivie que ce pays devait abandonner son espoir d'avoir un port à lui ; qu'il ne lui convenait que de construire des lignes de chemins de fer et de se relier par ce seul moyen aux autres pays. La note d'Abraham Konig est unique dans les annales diplomatiques, et quelques-uns de ses termes doivent être connus pour pouvoir apprécier les circonstances ^ qui amenèrent la Bolivie à signer, en 1904, un traité qu'elle prétendit faire reviser par la lyigue des Nations, en 1921 :

« En temps de guerre, les forces du Chili s'empareraient de l'unique port bolivien, aussi facilement qu'ils occupèrent tous les ports du littoral de la Bolivie en 1879 Il faut avouer que la possession d'un port n'augmenterait pas la puissance de la Bolivie en temps de paix ni en temps de guerre

« Le Chili a occupé le littoral et s'en est emparé au même titre que l'Allemagne annexa à l'Empire l'Alsace et la Lorraine ; au même titre que

les États-Unis de l'Amérique du Nord ont pris Porto-Rico. Nos droits naissent de la victoire, loi suprême des nations.

« Que le littoral est riche et vaut beaucoup de millions, cela, nous le savions déjà. Nous le gardons parce qu'il a de la valeur, car, s'il ne valait rien, il n'y aurait aucun intérêt à le garder.

« A la fin de la guerre, la nation victorieuse impose ses conditions et exige le paiement des frais occasionnés. I^a Bolivie a été vaincue ; elle n'avait pas de quoi payer : elle a livré le littoral.

« Par conséquent, le Chili ne doit rien, n'est obligé à rien, encore moins à la cession d'une zone de terrain et d'un port. Par conséquent, aussi, les conditions de paix proposées et acceptées par mon pays, et qui contiennent de grandes concessions à la Bolivie, doivent être considérées non seulement comme équitables, mais aussi comme généreuses. »

Invitée aussi rudement à abandonner tout espoir de posséder une libre issue vers la mer, si nécessaire aux nations situées au milieu des terres, la Bolivie n'eut pas d'autre ressource que de souscrire, le 20 octobre 1904, au traité, aujourd'hui en vigueur, qui lui enlève les richesses fabuleuses de son littoral, en échange d'une ridicule somme d'argent et du chemin de fer Arica-La Paz.

Mais là ne se bornèrent pas tous les malheurs de la Bolivie sous la première administration du gouvernement libéral, inauguré par le général Pando. De nouvelles questions furent suscitées par le Brésil au sujet de l'indépendance du territoire de l'Acre, proclamée par des flibustiers, en mai 1899.

n fallut envoyer une expédition très coûteuse dans ces régions éloignées, où se manifestèrent l'abnégation et l'esprit de sacrifice du soldat bolivien. Parti des hauts plateaux des Andes, il alla mourir obscurément dans les bois malsains de cette région qui fut, néamnoins, pacifiée et incorporée de nouveau au patrimoine territorial de la République.

L'Acre, par son éloignement et ses accès difficiles, pouvait se prêter en tous temps à des mouvements de cette nature. Le gouvernement conçut l'idée de passer un contrat d'administration avec une société de l'Amérique du Nord, qui devrait prélever les revenus du fisc et prendre toutes les mesures nécessaires à une bonne organisation administrative ; mais, les principales bases de ce traité étaient à peine fixées, que l'insurrection éclata de nouveau, le 6 août 1902. Elle était suscitée cette fois par le Brésil

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lui-même, qui s'était toujours opposé à ce que le gouvernement de la Bolivie s'occupât d'une gestion qui, à son avis, contenait un grave danger continental.

La Bolivie se vit donc forcée d'organiser une seconde expédition que le général Pando, président de la République, et M. Ismael Montes, ministre de la guerre, furent chargés de diriger en personne. Le Brésil se prépara aussi à la lutte et envoya ses troupes dans les régions en litige. La supériorité de cette nation était si manifeste, que la Bolivie se vit obligée de signer le traité de Petropolis, le 17 novembre de cette même année. Elle cédait au Brésil tout le territoire de l'Acre, en échange d'une indemnité de deux milUons de livres sterling, qui devait être employée, selon les termes de cette convention, principalement à la construction de chemins de fer ou d'autres ouvrages destinés à améliorer les communications et à développer le commerce entre les deux pays.

Fidèle à cet engagement solennel, le gouvernement de la Bolivie suivit un plan méthodique de constructions ferroviaires, qui a dorme, comme résultat heureux, la liaison des cinq départements les plus prospères de la République, ceux de La Paz, d'Oruro, de Cochabamba, de Potosi et de Sucre. Le prodigieux développement que l'on observe aujourd'hui dans le pays est dû à l'honnête exécution de ce traité.

Au mois de février 1904, alors que la présidence du général José Manuel Pando touchait à sa fin, celui-ci, dans une lettre politique adressée à ses amis, recommanda la candidature présidentielle du docteur Ismael Montes qui, par son patriotisme avéré et par sa généreuse abnégation, venait de s'attirer la sympathie des meilleurs éléments de la nation pendant la guerre contre le Brésil. Aux élections du mois de mai. Montes fut élu à une énorme majorité.

Le nouveau président n'eut pas, comme son prédécesseur, à s'occuper de la défense du territoire par les armes, et il appliqua toute son activité et toute son intelligence à poursuivre l'œuvre qu'il accomplit dans les cinq années de son gouvernement exceptiormel, H mit en mouvement tous les ressorts de l'activité nationale, il améliora l'armée, construisit des chemins de fer, releva le niveau de l'instruction et du crédit pubHc ; mais on apercevait trop dans ses initiatives sa tendance à gouverner exclusivement avec les siens, c'est-à-dire avec ceux qui s'accordaient le mieux avec son tempérament et n'opposaient pas d'obstacles aux projets qu'il

avait conçus. Peut-être s'imaginait-il qu'un travail s'accomplit plus facilement sans le secours de la critique, alors que c'est, ordinairement, grâce à rinterv^ention libre et sincère de cette dernière que tout travail administratif atteint le plus haut degré de perfection.

Le docteur Eliodoro Villazon succéda au docteur Montes dans le gouvernement. Cet homme, estimé pour ses antécédents et pour la haute probité de sa vie, se consacra à la réorganisation des finances nationales et à la poursuite de la construction des voies ferrées selon le traité passé avec le Brésil.

Au milieu du mois de juin 191 1 on lança, pour la seconde fois, à Sucre, la candidature à la présidence de M. Montes qui, à ce moment, représentait sa patrie auprès des gouvernements de France et d'Espagne, comme ministre et envoyé extraordinaire.

La popularité de ce chef politique avait grandi pendant son court séjour en Europe. Il fut reçu, à son retour, par le pays avec un enthousiasme que, seul. Linares put exciter, quand, autrefois, en l'année 1857, ^^ crut qu'il allait incarner l'esprit de l'ordre, de la légalité et du progrès en présence des gaspillages, des abus et de la tyrannie des administrations antérieures.

En prenant donc, pour la seconde fois, en 1913, la responsabilité de la présidence, M. Montes avait apporté de Paris, comme pierre angulaire de son plan de gouvernement, une série de projets bancaires, conçus dans le but patriotique d'améliorer la situation financière de la Bolivie, point de départ d'importantes réformes ultérieures. Le principal de ces projets consistait à donner uniquement à la Banque de la Nation, fondée récemment grâce à l'emprunt français de 1910, le droit d'émettre des billets, et d'enlever ce droit aux autres banques, qui en avaient usé avec excès et causé ainsi, il n'y avait pas longtemps, de sérieuses perturbations dans la vie économique de la nation. Ce projet fut adopté par le Parlement, après une discussion longue et violente ; mais, quand on le mit à exécution, une soudaine rupture d'équilibre se produisit dans les finances particulières. Les banques, obligées de retirer leurs billets, firent pression sur leurs débiteurs pour le paiement total de leurs crédits, et, à défaut de paiement, elles employèrent la menace.

La panique que ces résultats suscitèrent dans la majorité de la nation fut indescriptible. Les fortunes privées furent amoindries ou épuisées. Il y eut fort peu de gens qui réalisèrent des bénéfices. Alors, la réaction contre

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des maux, dont on connaissait la cause, se traduisit par un mouvement de vive contrariété, et l'opposition naissante, sous prétexte de vouloir corriger et redresser ce qu'on appela des erreurs de gouvernement, se montra, malgré la modération de son chef, le tribun don Daniel Salamanca, agressive, intolérante et injuste, profitant de plusieurs circonstances défavorables au gouvernement pour faire retomber uniquement sur lui la cause de tant de calamités réunies.

Le mal se trouva aggravé par cette circonstance que le gouvernement restait décidé à ne s'entourer que d'éléments absolument dévoués. M. Montes prenait comme collaborateurs, de préférence ses meilleurs amis, fussent-ils incapables de remplir certaines fonctions ou manifestement répudiés par l'opinion. Il faisait peu de cas des critiques de l'opposition, formée, tout d'abord, de tous ceux qui n'avaient reçu aucune satisfaction dans leurs ambitions, et qui entraînait maintenant la masse des électeurs en lui montrant un programme de réformes séducteur.

Il fut donc facile au nouveau parti de former des groupes de mécontents autour des idées d'amélioration politique et gouvernementale, qu'il s'empressa d'inscrire sur son programme. Bientôt il put se présenter, non seulement comme un parti attaché à certains principes, mais encore comme un parti groupant autour de lui la majorité de la nation, sans s'apercevoir que, dans sa hâte de grandir, il avait accueilli dans ses rangs toute sorte d'éléments, même les pires, et qu'il avait donné un certain relief à des individus sans aucune valeur morale et intellectuelle.

Devant la force coahsée de la passion et de l'intérêt ; devant le ton de plus en plus élevé de la presse de l'opposition, qui conseillait l'emploi de la violence pour remédier à ce qu'elle croyait être des maux sans remède, le gouvernement eut la faiblesse de céder à un désir de revanche. Il proclama, avec l'assentiment du cabinet et des présidents des deux Chambres, l'état de siège dans toute la République et exila les opposants les plus exaltés. En même temps, et ce fut le pire, les journaux attachés à la cause du parti républicain furent suspendus.

Cet excès de sévérité excita le zèle des indifférents et provoqua même la critique des affiliés au parti libéral. Aux élections municipales de 1915, le mécontentement général se traduisit par la déroute complète de la liste libérale ; mais cette déroute servit aussi à mesurer le degré d'honorabilité du parti répubhcain qui, pour vaincre, commit des fraudes de toute nature,

sans se rappeler un seul instant que l'honnêteté était le principal principe de son programme.

L'assassinat de l'ex-président Pando, vers le milieu de l'année 1917, donna à ce parti une force irrésistible. Il soutint que c'était un crime politique, perpétré par les dirigeants du parti libéral, et il se mit à louer les mérites du général disparu, les exaltant et les présentant comme bien supérieurs à ceux des héros les plus célèbres de l'histoire universelle. Pando acquit ainsi un relief qu'il n'eut jamais dans sa vie.

Un mois avant cet obscur assassinat, en mai 1917, on avait élu comme président de la République un homme tout nouveau dans la politique, don José Gutiérrez Guerra, candidat libéral, opposé au docteur José Maria EscaUer, candidat du parti républicain.

La carrière politique du chef libéral était trop courte et n'avait atteint un certain relief que dans les trois dernières années de l'administration de M. Montes. A ce moment, le parti était déjà épuisé et ne comptait plus dans ses rangs des hommes éminents et exercés au maniement de la chose pubHque. En 1914, on le vit figurer pour la première fois dans la politique, comme candidat à la députation d'une province. Une fois à la Chambre, il en fut élu président en 19 15 et, peu après, il était appelé au ministère des finances par M. Montes, à seule fin de défendre certains projets du pouvoir exécutif, fortement discutés au Sénat.

M. Gutiérrez Guerra, arrivé à la présidence, ne put pas se soustraire à l'influence des camarillas, au point de faire dire par l'un des principaux membres de ces coteries, en 1918, que le parti libéral était ébranlé dans ses principales bases.

Cette situation devenait évidente dans toutes les branches de l'administration publique, car le gouvernement n'avait pas soin d'opérer ces sélections intelligentes qui consistent à chercher ce qu'il y a de meilleur et de plus honorable dans un parti pour lui remettre la gérance des affaires publiques. On fit tout le contraire. On donna de l'importance, comme dans l'autre parti, à des gens sans préparation suffisante et sans traits accentués de caractère. Dans le Congrès, des égoïstes se perpétuèrent, de période en période, jusqu'à devenir de vrais employés du gouvernement, n'ayant d'autre souci que celui de se faire réélire, ou d'obtenir un portefeuille ministériel. Ils furent agents diplomatiques et consulaires dans les pays les plus qualifiés, propagandistes électoraux actifs, parents ou amis intimes

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des hommes de la situation. On confia des portefeuilles à des individus portés à la lutte mais peu expérimentés, bien que voulant le paraître.

Tout cela finit par donner des résultats déplorables et terribles. I^es hommes de vrai mérite durent s'effacer devant ces audacieux. Alors commença une période d'improvisations que devait couronner logiquement l'improvisation du premier mandataire de la République, personnage sympathique, sans doute, par son activité et sa courtoisie, mais qui n'avait jamais fait preuve d'entendre les affaires complexes de l'État.

C'est à ce moment qu'arriva l'événement le plus digne de mémoire que l'histoire du monde ait enregistré jusqu'ici : l'écroulement de l'Empire allemand et la victoire des peuples libres, les Français en tête, sur l'esprit conquérant et presque féodal du teutonisme arrogant. Vint l'armistice de novembre, précédé par le nouvel évangile politique prêché par Wilson du haut du fauteuil présidentiel des États-Unis de l'Amérique du Nord, et tous les autres peuples, particulièrement les faibles et les opprimés, crurent trouver dans la parole de cet homme généreux le secret de leur sécurité et de leur bonheur. Ils lui donnèrent leur adhésion comme à l'interprète des sentiments du plus puissant et du plus riche des peuples dans cette heure de terrible angoisse ; mais les hommes d'État, ceux qui n'ignorent pas les secrets de l'histoire, ni l'âme des mortels, sourirent devant le généreux idéalisme de cet homme supérieur et laissèrent, pour le moment, les masses manifester leur enthousiasme inoffensif, pour travailler bientôt froidement, âprement, comme travaillent toujours les hommes et les peuples égoïstes.

Quand le projet de la Ligue des Nations fut lancé, le Pérou s'empressa de remettre sur le tapis son vieux litige de frontières avec le Chili; et la Bohvie, suivant la tradition de ses véritables hommes d'État, crut aussi que l'heure était venue d'afiSrmer de nouveau son désir de posséder le port d'Arica, moyennant des compensations économiques équitables. Le principal interprète de cette poHtique fut M. Montes, accrédité, à ce moment, pour la seconde fois, comme ministre de Bolivie auprès du gouvernement français.

Le parti libéral, alors au pouvoir, embrassa avec ardeur cette politique ; mais, pour que son action fût plus eflScace, on forma, au mois de novembre de cette année, un cabinet de concentration nationale, réunissant les personnages les plus quaUfiés de tous les partis. On désirait apaiser ainsi l'exaltation des esprits et exercer une action commune sur cette affaire importante, délicate et internationale.

On appela au portefeuille des affaires étrangères M. Alberto Gutiérrez, dont les opinions sur cette matière étaient connues par ses livres et par ses discours dans les Chambres législatives.

Ce fut lui qui, le 24 décembre 1918, donna des instructions à M. Montes pour qu'il fît savoir au gouvernement de la France, à la Ligue des Nations et au président Wilson, que la Bolivie était partie intéressée dans le litige de Tacna et d'Arica, et que ses droits émanaient d'antécédents historiques, juridiques et géographiques.

M. Montes présenta au gouvernement français un mémorandum dans ce sens, à la fin de février 1919. Ce mémorandum fut \'iolemment combattu en Bolivie par le parti de l'opposition qui, tout d'abord, avait adopté une attitude diamétralement opposée à celle du parti libéral, à l'exception de son chef, le docteur Daniel Salamanca.

La question internationale devint, ainsi, un thème de propagande pour le parti répubHcain. H exploita la sentimentalité des masses en leur montrant la déloyauté qu'il y aurait à se séparer du Pérou et à demander une fraction du sol que le conquérant détenait par la force. Ce point, qui aurait dû être traité avec d'infinies précautions, et l'assassinat du général Pando, furent les deux armes, qu'avec une inconscience formidable et une efi&cacité irrésistible, agita dans sa haine concentrée le parti de l'opposition. La colère des multitudes se souleva contre le parti du gouvernement, qui semblait avoir perdu jusqu'à l'instinct de sa propre conservation et se livrait, à l'exemple du premier mandataire et de ses collaborateurs immédiats, à toute sorte de divertissements et de plaisirs

Un tel désordre pouvait et devait éveiller l'attention des personnages les plus avisés ; mais l'aveuglement des hommes du gouvernement paraissait incurable. L'armée était leur colonne d'appui, l'unique base soUde de leur persistance dans le pouvoir.

Et Ton avait une foi aveugle, absolue, dans l'armée. C'était, en apparence, une institution fortement organisée, intangible dans sa structure, irréprochable dans sa haute conception de la probité, de l'honneur et de la fidélité. Les soldats d'aujourd'hui, pensait-on, ne sont pas, comme ceux d'hier, le rebut de la société. Si, pour conquérir des adeptes et des partisans dans la poHtique intérieure, on invoque de préférence la restauration maritime de la nation, l'armée, du moins, reste intangible, incorruptible, inflexible dans l'accompHssement de ses devoirs, dévouée à sa double

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mission de maintenir la paix publique et l'intégrité du territoire national.

Mais tout cela n'était qu'en apparence. De l'argent fut distribué, on flatta et l'on fit des promesses, et la révolution éclata, le matin du i8 juillet 1920, avec la complicité de ces mêmes soldats, fiers de l'adulation populaire, qui balayèrent sans effusion de sang ce gouvernement inepte. La chute de Gutiérrez Guerra entraîna celle de son établissement de banque et précipita dans la ruine une infinité de pauvres familles, fait unique et fatal dans notre histoire de sang et de misère.

Et il arriva ce qui devait fatalement arriver.

Le parti républicain s'était formé, comme on l'a dit, dans des moments de crise économique et politique. Son groupe principal était composé d'éléments sans cohésion, détachés du parti du gouvernement par le mécontentement et des rancunes personnelles. Si quelques-uns de ses dirigeants obéissaient au devoir impérieux de se conformer strictement aux préceptes de la Constitution et au noble désir d'amender les pratiques vicieuses de notre démocratie, d'autres, les plus nombreux, étaient uniquement poussés par la faim et par la vanité, les deux mobiles les plus connus et les plus efficaces dans tout le cours de l'histoire politique de la Bolivie.

La discorde se mit entre ces deux éléments peu de jours après le triomphe de la révolution. Tandis que les uns jugeaient que l'élection présidentielle devait se faire directement par le vote du peuple, comme le désirait ardemment le parti de l'opposition, d'autres, rompant avec leur programme, soutenaient que cette élection revenait de droit aux membres de la Convention qui allait se réunir...

Dans la première quinzaine de décembre de cette année 1920, fut posée la candidature présidentielle de don Bautista Saavedra, qui avait été l'âme et le nerf de la révolution triomphante ; mais son nom trouva de sérieuses résistances parmi les membres les plus quahfiés de son parti, particulièrement parmi ses collègues de la Junte de gouvernement, les docteurs José Maria Escaher et José Manuel Ramirez. Le premier, jugeant que la qualité de membre de la Junte de direction du gouvernement et de candidat à la présidence de la République étaient incompatibles, renonça d'abord à la candidature, puis à sa haute situation politique, dans un manifeste où il dénonçait la politique suivie par don Bautista Saavedra, qui avait toujours montré, sans déguisement, sa résolution d'arriver à la présidence de la République.

La candidature de ce chef politique ne fut pas accueillie avec plaisir

par le parti triomphant, qui était presque unanimement favorable à la candidature de don Daniel Salamanca, chef incontestable et indiscuté du parti ; mais la majorité de la Convention avait fermement résolu de voter pour Saavedra, sans tenir compte du danger d'une division profonde dans le parti, ni de la volonté du peuple électeur.

Le 19 jan\àer 192 1, deux conventionnels de la majorité, Ignacio Justiniano et Modesto Herrera, présentèrent le projet de loi suivant :

« L'Honorable Convention nationale, en vue de la situation anormale où se trouve le pays, résout d'élire un président constitutionnel, demain 20 de ce mois, l'Honorable Junte de gouvernement devant cesser immédiatement ses fonctions. »

Dans la séance de ce 20 janvier il y eut, comme toujours, une profonde divergence sur des points de doctrine entre les deux groupes de la Convention. Des discours, on passa aux allusions personnelles, et des allusions, aux injures. Alors la minorité, se sentant ofíensée, abandonna la salle des séances, et la majorité profita de cette circonstance qui venait favoriser ses plans. Elle vota un projet de séance permanente dans le but d'élire le président de la République par le vote des conventionnels de la majorité, et de régler ce point qui aurait certainement soulevé une discussion longue et passionnée avec la minorité. Celle-ci avait manifesté la ferme résolution de s'opposer à l'élection présidentielle, faite sous cette forme, et son action aurait ¿+é. sinon tout à fait efficace, du moins profonde, car elle comptait dans son sein les éléments les plus sains et les mieux préparés de la Convention.

Et l'élection se fit dans la séance du 24 janvier. Le choix tomba, comme on s'y attendait déjà, sur don Bautista Saavedra, ancien universitaire, professeur, ministre d'État sous les gouvernements libéraux, intellectuel et écrivain justement célèbre ; mais sa façon d'escalader le plus haut poste représentatif de la nation lui valut les reproches acerbes des chefs de son propre parti, aujourd'hui définitivement rompu et divisé, et l'opposition passive, mais tenace, des meilleurs éléments du pays, contre laquelle Saavedra lutte encore au milieu d'une épouvantable crise économique, causée par les derniers bouleversements politiques et la paralysie presque soudaine des exportations minières qui constituent le chapitre le plus net des revenus pubhcs.

Côem/ns de Fer

par le parti triomphant, qui était presque unanimement favorable à la candidature de don Daniel Salamanca, chef incontestable et indiscuté du parti ; mais la majorité de la Convention avait fermement résolu de voter pour Saavedra, sans tenir compte du danger d'une division profonde dans le parti, ni de la volonté du peuple électeur.

Le 19 jan\'ier 192 1, deux conventionnels de la majorité, Ignacio Justiniano et Modesto Herrera, présentèrent le projet de loi suivant :

« L'Honorable Convention nationale, en vue de la situation anormale où se trouve le pays, résout d'élire un président constitutionnel, demain 20 de ce mois, l'Honorable Junte de gouvernement devant cesser immédiatement ses fonctions. »

Dans la séance de ce 20 janvier il y eut, comme toujours, une profonde divergence sur des points de doctrine entre les deux groupes de la Convention. Des discours, on passa aux allusions personnelles, et des allusions, aux injures. Alors la minorité, se sentant offensée, abandonna la salle des séances, et la majorité profita de cette circonstance qui venait favoriser ses plans. Elle vota un projet de séance permanente dans le but d'élire le président de la RépubHque par le vote des conventionnels de la majorité, et de régler ce point qui aurait certainement soulevé une discussion longue et passionnée avec la minorité. Celle-ci avait manifesté la ferme résolution de s'opposer à l'élection présidentielle, faite sous cette forme, et son action aurait ¿té. sinon tout à fait efficace, du moins profonde, car elle comptait dans son sein les éléments les plus sains et les mieux préparés de la Convention.

Et l'élection se fit dans la séance du 24 janvier. Le choix tomba, comme on s'y attendait déjà, sur don Bautista Saavedra, ancien universitaire, professeur, ministre d'État sous les gouvernements libéraux, intellectuel et écrivain justement célèbre ; mais sa façon d'escalader le plus haut poste représentatif de la nation lui valut les reproches acerbes des chefs de son propre parti, aujourd'hui définitivement rompu et divisé, et l'opposition passive, mais tenace, des meilleurs éléments du pays, contre laquelle Saavedra lutte encore au miheu d'une épouvantable crise économique, causée par les derniers bouleversements politiques et la paralysie presque soudaine des exportations minières qui constituent le chapitre le plus net des revenus pubHcs.

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