PRÉFACE
(( Voici, disions-nous dans la Préface de notre première édition, un livre que nous dédions au patriotisme des populations champenoises, et où nous aimons à penser qu'elles n'auront pas trop de peine à se reconnaître. On avait jusqu'ici présenté sous bien des formes différentes l'histoire des comtes de la Champagne, dont la plume bénédictine de M. d'Arbois de Jubainville a enfin fixé de nos jours les intéressantes annales ; mais personne n'avait encore entrepris de franchir les limites de la réunion du comté à la couronne.
« Ajoutons que le comté n'embrassait pas les deux grandes cités qui devaient, après son extinction, occuper les premières places dans la province, et qu'une partie importante de la Champagne demeurait ainsi à peu près inconnue.
(( C'est à mettre le tout en lumière à partir de la fin du xiir siècle, que nous nous sommes appliqué, non
sans avoir esquissé rapidement l'histoire des temps antérieurs. Pour une telle entreprise, nous n'avons pas besoin de dire que les matériaux ne nous ont pas manqué. Car, si la province de Champagne n'a encore été l'objet d'aucun travail d'ensemble, nulle peut-être n'a provoqué plus de recherches, ni donné naissance à un plus grand nombre de monographies d'une importance aussi réelle que variée. Reims, Troyes, Châlons ont particulièrement rivalisé d'ardeur à tirer de la poussière de leurs archives et à éclairer d'un jour nouveau les éléments de la vie de nos pères. Il n'est d'ailleurs presque pas une ville de la Champagne qui n'ait son historien, comme il en est plus d'une assez heureuse pour avoir eu à une époque plus ou moins mémorable de son passé son chroniqueur, son annaliste. Si les mérites spéciaux des historiens sont naturellement très divers, leurs œuvres, alors même qu'elles peuvent paraître insuffisantes sous un rapport ou sous un autre, ne laissent pas d'offrir de précieux matériaux, en même temps qu'elles sont des guides excellents dans l'obscur dédale des vieilles institutions.
(( Mais si les documents de toute nature, originaux ou autres, imprimés ou manuscrits, ne manquent pas à l'historien de la province, l'abondance même de la matière, aussi bien que l'innombrable variété des éléments qu'elle comporte, et les qualités diverses que réclame la mise en œuvre, rendent sa tâche fort épineuse. Assurément les difficultés dont elle est hérissée nous anmient rebuté, si nous avions pu, oublieux de ce que veulent nos temps si agités et si
vij distraits, avoir la prétention de faire un ouvrage complet et magistral. Nous sommes loin d'avoir tout dit et de penser que nous avons épuisé le sujet. Nous croyons seulement n'avoir rien négligé d'essentiel, tout en n'ayant eu dans notre entreprise d'autre but que de déblayer la voie et de planter des jalons pour aidera l'érection d'un monument définitif. Nous nous sommes du reste appliqué à faire passer dans le récit l'esprit et jusqu'au langage des temps, de façon qu'il fût autant que possible comme un résumé des vieilles chroniques, des anciens mémoires, et qu'il s'animât en quelque sorte du souffle des générations passées.
(( Si l'on voit apparaître certains noms de villes plus fréquemment que d'autres, c'est que ces villes, à raison de leur importance, dominaient toutes les autres, et que, dans une même région, dans une province surtout où les mœurs et l'administration ne variaient guère, leur histoire était à plus d'un égard celle de toutes les autres villes. C'est ce que l'on peut dire spécialement des cités de Troyes, de Reims et de Ghâlons, qui entretenaient entre elles un continuel échange de communications, et qui, dans la ruine de leurs privilèges, ont fini par se disputer le titre de capitale de la Champagne.
(( Nous avons d'ailleurs pris soin de rattacher l'histoire de la province à celle de la France, afin de mieux marquer, avec la part qu'elle a prise aux événements qu'embrasse l'histoire de la grande patrie, la place qu'elle occupe dans ses destinées.
(( Au défaut de tout autre mérite, nous nous esti-
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merions très heureux si notre travail avait la vertu de provoquer des efforts, nous ne dirons pas plus généreux, mais plus puissants, et d'intéresser le génie à la gloire d'une province dont les épreuves ont captivé tout notre intérêt, toutes nos sympathies.
« Il nous reste à remplir un devoir bien doux envers toutes les personnes qui nous ont secondé dans nos recherches et éclairé de leurs conseils. Qu'elles veuillent bien recevoir ici le juste tribut de notre reconnaissance pour les services divers qu'elles nous ont rendus... ))
Maintenant, qu'on veuille bien nous permettre quelques courtes observations relatives à cette seconde édition de notre travail.
Tout en reconnaissant la bienveillance avec laquelle la critique a jugé notre ouvrage, nous n'avons pas vu sans quelque surprise qu'on nous eût fait le reproche de n'avoir mis aucune proportion entre l'exposé des faits antérieurs à l'extinction du comté de Champagne et l'histoire de la province; car, ainsi qu'on a pu le voir plus haut, nous avions pris soin de dire que celleci est l'unique objet de notre travail, lequel commence ainsi avec le xiv° siècle, et que nous n'avons esquissé les temps antérieurs que pour permettre d'embrasser dans son ensemble l'histoire de la Champagne. Toutefois, sans oublier qu'il s'agit uniquement de la Champagne physique, nous avons cru devoir donner à riiisloire de la période qui précède l'avènement des comtes quelques développements intéressant surtout
l'ordre social, intellectuel et moral. L'histoire même des comtes a reçu, dans sa première moitié surtout, des additions en partie relatives au même objet. Dans ces conditions, nous croyons avoir présenté de la Champagne, aux premiers siècles de son existence, un tableau aussi complet que possible.
Le soin avec lequel nous avons revu cette sorte A' iyitroducUon à l'histoire de la province, nous l'avons également et à plus forte raison apporté dans la révision de cette histoire. Non-seulement nous n'avons rien négligé pour rendre celle-ci aussi correcte que possible, mais nous l'avons encore complétée en plus d'un endroit comme il sera facile de s'en assurer, et spécialement dans le récit des guerres de religion. Sur ce point nous devons faire observer que notre histoire n'est point une œuvre où la philosophie, la politique aient une part systématique, mais un simple exposé des faits ; nous ne dissertons pas, nous racontons uniquement et sans parti pris ce que nos recherches nous ont révélé. Bien convaincu que c'est faire fausse route que de prétendre juger un siècle comme lexvrpar les idées de nos jours, la ferveur religieuse de ces temps par l'indifférence ou la libre-pensée du nôtre, sans nous jeter dans la mêlée des partis, nous avons observé la lutte, et au spectacle des violences exercées par les huguenots, et des ruines dont ils ont couvert le sol champenois, nous avons compris, sans excuser aucun excès, que les cathohques n'aient pas toujours été tendres pour leurs adversaires, et que la Champagne se soit faite ligueuse et guizarde. Sa conduite a du reste été le salut de la France.
On avait paru regretter dans notre première édition l'absence de toute illustration ; nous en donnons dans celle-ci quelques-unes qui nous ont semblé particulièrement intéressantes pour l'intelligence ou la vie du texte.
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