‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 127 sur 164 · FIN DE LA GUERRE DE CENT ANS · texte numérisé non relu

FIN DE LA GUERRE DE CENT ANS

d'un très grand secours pour terminer sa guerre avec les Anglais, ainsi que le témoigne un contemporain, Henri Baude, quand il dit qu' « à l'aide et poursuite de ses nouveaux capitaines, il recouvra « les duchez de Normandie et de la Guienne^ ». Le premier fut le prix de la victoire de For»??'^???/ (15 août 1450), que remporta le comte de Richemont, et qui, en entraînant la chute de Gaen et de Cherbourg, délivra la province de la domination étrangère qu'elle subissait depuis trente-ct-un ans ; la possession du second couronna la belle journée de CdstilJon (1453, 17 juillet), l)ientôt suivie de; la soumission de Bordeaux (12 octobre), qui se rendit sous la menace d'être foudroyé par l'artillerie des frères Bureau.

C'était la fin de la guerre de 115 ans entre la France et l'Angleterre : guerre aussi déplorable dans ses excès que féconde en heureux résultats, « car ce long combat de la France pour avoir une royauté nationale a puissamment contribué à former son unité. C'est à travers les calamités de cette guerre, et malgré les trahisons et les horreurs dont elle fut souillée, que, pour la première fois, bourgeois, paysans et nobles ont senti qu'ils formaient une seule nation, qu'ils avaient un nom commun, un honneur commun, une patrie commune. Et ce progrès de l'unité nationale est attesté non seulement par l'explosion du sentiment patriotique dont Jeanne d'Arc fut l'héroïque expression, mais par l'augmentation du territoire, qui s'est arrondi de plusieurs provinces, par l'agrandissement du pouvoir royal, qui a définitivement régularisé les trois grands moyens de gouvernement, l'armée, l'impôt, la justice. Si donc la nation a beaucoup souffert, ses larmes et son sang n'ont pas été versés en pure perte : elle n'est pas restée stationnaire, et maintenant qu'elle n'a plus à dépenser toutes ses ressources pour son existence, une période de création et de progrès va commencer pour elle-. » La Champagne, qui avait eu sa large part dans ce

de Guyenne fuf-il favorisé par les sommes consicléral)lcs que Jacques Cœur avança au roi, et auxquelles vinrent s'ajouter 100,000 cous prélevés sur les biens du financier, après son arrestation (V. Pierre Clément, Hist. de Jacques Cœur, p. 170 et 302).

^ Eloge de Charles VII, à la suile de l'édK. de ]n Chronique de Jean Ckartier, de Vallct de Viriville, t. lll, p. 13't.

2 Lavallée, Histoire des Français t. 11, p. 174, édil. in-i2.

douloureux enfantement de l'unité nationale ^ ne sera pas la dernière à éprouver les bienfaits du nouvel ordre de choses qui va s'ouvrir. Il n'y a plus pour elle de vie propre ; mais elle participera aux avantages de la vie commune, comme elle saura courageusement en partager les épreuves. Aussi, pressentant dans les derniers succès du roi l'aurore d'une ère meilleure, les accueillit-elle avec une vive allégresse. On ne les vit pas partout représentés, comme à Troyes"^ , sur un théâtre ; mais partout on en remercia le Ciel par des processions et des Te Deum, accompagnés de joyeuses sonneries : à Provins, à l'occasion de la réduction de Rouen, on sonna pendant deux jours les cloches de toutes les églises (14 et 15 octobre 14S0) ; elles avaient annoncé et célébré, le 8 juillet 1450, la conquête de la Guyenne ^. A Châlons, quand arrivèrent les lettres du roi annonçant la reprise de Bordeaux, il fut décidé (21 novembre 1453) que, le dimanche suivant, seraient faites processions générales pour remercier Dieu, et lesdites lettres communiquées au peuple, « et pour plus tôt nottifier lesdites nouvelles au peuple, « seraient sonnées les cloches par les paroisses » *.

' Reims seul avait assisté le roi depuis son sacre jusqu'en 1451, non seulement de son artillerie et de ses charpentiers et autres artisans, mais encore d'une somme de plus de 200,000 livres, et le trésor de l'échevinage a conservé longtemps 70 lettres de remerciements adressées à la ville par Charles VU.

2 V. ci-dessous, ch. IV.

3 II y eut douze deniers pour le sonneur. (Bourquelot, Hist. de Provins, t. W, p. 94 et note.

■• Concl. du Conseil.

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