‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 126 sur 164 · ORGANISATION DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE L'ARMÉE

« roi qui étaient à Montbéliard. Et quand ils furent venus », ne doutant point qu'on ne les voulût conduire à quelque nouvelle expédition, dont ils escomptaient déjà les profits, le comte « feit les monstres et cassa ceulx qui estaient à casser, « et meit les gens de bien en ordonnance » ^ , lesquels étaient les mieux équipés, les plus braves et les plus capables d'observer la dhcipVine, et non Jeunes et grands seigneurs. On forma ainsi IS compagnies d'ordonnance d'environ cent lances ou hommes d'armes chacune, soit près de 600 hommes dont 400 combattants ; et on répartit les hommes d'armes, non plus dans les campagnes, mais dans les bonnes villes fermées, et en nombre qui ne leur permît pas d'en troubler la tranquillité : ainsi Châlons reçut-il, en 1447, une garnison de six lances 2, représentant une force de 36 hommes ; Troyes, sept lances ou 42 hommes, et Reims à peu près autant^.

Le reste des routiers fut renvoyé dans ses foyers et bien averti que, si le roi faisait pleine et entière remise des crimes et délits passés, les châtiments les plus terribles seraient infligés à quiconque commettrait dans le trajet la moindre violence. En même temps, des mesures sévères étaient prises pour éviter tout désordre ; elles furent si bien exécutées qu'au bout de deux mois, dit un contemporain, la sécurité fut plus grande dans tout le royaume qu'elle n'avait été depuis trente ans : « Sy sembla, ajoute-t-il, à pluseurs « marchans laboureurs et populaires, qui de longtemps avoient esté « en grans tribulations par le moien de la guerre, que Dieu, nostre

* Chronique du comte de Richemont.

2 Ed. de Barthélémy, Hist. de la ville de CMlons, p. 188. — Boutiot, Hist. de la ville de Troyes, t. III, p. 31. — Vallet de Viriville, t. III, p. 59.

^ « ...et n'y en avoit à Troyes, Chaalons, Reims, Laon ou autres villes semblables, en chascune que XXIV ou XXX selon la grandeur et puissance d'icelles » (Malh. d'Escouchy, t. III p. 58). Il ne nous paraît pas douteux que ce fût à Châlons ou à Sarry près de Châlons que la réforme préparée par diverses ordonnances et notamment par celle du 26 mai 1445, reçut son exécution définitive : on le voit par Mathieu d'Escouchy (ibid., p. 56 et sq.). C'est du reste ce que M. de Beaucourt [Hist. de Charles VII) dit nettement à la page 95 de son IV» volume, en cela d'accord avec notre chroniqueur, dont le récit est formel à cet égard (t. I""", p. 51). Comment en est-il venu à rapporter ensuite (p. 393) l'accomplissement définitif de cette réforme au séjour du roi à Nancy?

« créateur, principallement les eust pourvus de sa grâce et miséria corde. Et adhonc » les marchands commencèrent à parcourir le pays et à faire leur négoce de commerce. Les laboureurs, de leur côté, se mirent à réédifier leurs maisons et à cultiver leurs terres, heureux, si le travail ne cessait d'être pénible, de pouvoir s'y livrer en sûreté. Plus d'un pays, plus d'une ville, qui depuis longtemps étaient comme déserts, se repeuplèrent ^

Les revenus de l'Etat s'accrurent de la prospérité publique, et les habitants des villes et des campagnes acquittèrent d'autant plus volontiers les impôts, que ceux-ci devaient contribuer à assurer leur tranquillité et leur bien-être. A la réforme militaire, à la permanence nécessaire de l'armée étaient, en effet, essentiellement liées la réforme des finances et la permanence de la taille. Comme la première mesure mit dans la main du roi les forces militaires de la France, la seconde, entreprise et exécutée, de 1443 à 1445, sous l'inspiration de Jacques Cœur, permit à Charles de se passer désormais du concours des états généraux et d'échapper à leurs exigences.

Mais cette nouvelle organisation, que devait compléter, trois ans après (1448, 28 avril), la création d'une infanterie, tout en portant un coup fatal aux grands vassaux de la couronne, à cette chevalerie autrefois si puissante par les services, chèrement payés d'ailleurs, qu'elle rendait au pouvoir royal, ne laissait pas que d'offrir de brillantes perspectives à la vaillance de la noblesse ; aussi ne manqua-t-il pas de jeunes gentilhommes qui se présentèrent pour servir à leurs frais, dans l'espoir d'être appelés un jour à remplacer les hommes d'armes. Il allèrent même, tant était grand le désir de faire partie de l'armée soldée, jusqu'à briguer l'honneur de servir parmi les francs archers. Le roi eut ainsi une armée régulière de 1,500 lances (9,000 gendarmes) et de 8,000 fantassins, toujours prêts à répondre au premier signal -.

Elle lui fut, avec les patriotiques libéralités de Jacques Cœur^,

* Mathieu d'Escouchy, édit, de M. de BeauconrI, t. I*"", p. 59.

2 Edgard Boularic, p. 308 et sq.

3 Quand Charles Vil, à la veille d'ouvrir la campagne de Normandie, recourut à Jacques Cœur : « Sire, lui dit l'argentier, ce que j'ay est vostre », et il prêta au roi 200,000 écus d'or. Ainsi le succès de l'expédition

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