SES GOUVERNEURS
Ainsi en fut-il de Charles de Bourbon, comlc de Clermont, que le roi nommait, le 12 septembre 1429, a son lieutenant général sur le « lait delà guerre pour les pays reconquis ou à reconquérir en deçà « de la rivière de Seine avec les pouvoirs les plus étendus » '.
Ces deux grands personnages étaient moins des gouverneurs que des commandants militaires ayant mission de nettoyer les provinces infestées par les Anglais.
Il en fut autrement du successeur de Charles de Bourbon. Arnold Guilhem, sire de Barbacan, nommé en 1430 « gouverneur et capi- « taine des païs de Brie, de Laonnois et de Cliampaigne »"- réunit dans ses attributions le gouvernement et le commandement de la province, et à ce double titre, il doit en être considéré comme le premier gouverneur. 11 ne jouit pas longtemps, du reste, de cet honneur ; car, envoyé au secours de René, il fut tué à Bnlgnéville, au mois de juillet 1431.
Le sire d'Albret avait été chargé de remplacer Barbazan en Champagne, où Louis de Luxembourg menaçait le Rethelois.
Après lui, nous trouvons le chancelier RegnauU de Chartres, ararchevèque de Reims, désigné par le roi, dans des lettres du 4 novembre 1431, comme son « lieutenant es pays deçà la rivière de Seine », c'est-à-dire en Champagne, Brie et Picardie ^.
Puis vient le comte de Ricliemont, investi, vers 1435, du gouvernement de la province, où son historien, qui l'accompagnait dans toutes ses expéditions, nous le montre agissant, cette année-là même, avec une souveraine autorité*.
Les hauts seigneurs que le roi investissait, en qualité de ses lieutenants généraux, du gouvernement de la province, tiraient, en effet, de l'éloignement du souverain, aussi bien que des circonstances, une puissance qu'étaient loin d'avoir ces lieutenants des
^ Titres de la maison de Bourbon, t. 11, n° 536. Original F 1.359^, cote 70o. — V. ci-dessus, p. 442.
'^ Monstrelet, t. 18, p. 4ii. — V. ci-dessus, p. 442.
^ V. kV Appendice de ce volume la lettre du roi aux baillis de Vermandois et de Vitry au sujet de la convention faite par les seigneurs de Chàtillon et de Troissy. — Cf. Marlot, Hist. de la ville de Reims, t. IV, p. 173.
* Hist. d'Artiis III, Adi\\?,\dL collection Michaud et Poujoulat, t. III. p. 206 et 216.
comtes de Champagne dont la présence presque continue du maître limitait naturellement l'action et diminuait l'importance. Toutes les forces militaires de la Champagne étaient placées sous leur commandement. Rien de ce qui intéressait la sûreté du pays et la stabilité de l'ordre ne leur était étranger ; ils levaient des troupes, réglaient toutes les questions relatives à leur entretien, et veillaient aussi bien que possible à ce qu'elles respectassent la vie et les propriétés des habitants.
Complétons, à ce sujet, ce que nous avons dit plus haut des réformes militaires entreprises par le roi.
Charles Vil n'avait point créé la gendarmerie ; il s'était borné à l'organiser, en la constituant à peu près sur les bases qu'il trouvait établies : mais cette organisation même, en substituant la règle à l'anarchie, l'ordre à l'indiscipline, était pour le pays une précieuse garantie de repos. Logés chez les particuliers dans les bonnes villes de tout le païs du royaume, dont la désignation était, avec la fourniture des vivres elle payement de la solde, confiée à des agents appelés, élus sur le fait des aides de la guerre, les hommes d'armes furent entretenus aux frais des provinces ' . Chaque lance garnie (six hommes), recevait par mois deux moutons, la moitié d'un bœuf ou d'une vache ou l'équivalent en viande d'une autre espèce, et par an quatre porcs ; chaque homme, également par an, deux pipes de vin, et une charge et demie de blé. L'homme d'armes recevait en outre, pour lui et sa suite, une somme mensuelle de 20 livres tournois pour l'éclairage, les légumes, l'assaisonnement et autres menues dépenses. Quant aux chevaux, il était alloué pour chacun douze charges d'avoine et quatre charretées tant de paille que de foin : deux tiers de foin et un tiers de paille.
De solde il n'est pas question dans les lettres qui nous fournissent ces renseignements ; mais un mandement du roi, du 4 décembre 1445, adressé aux élus de la sénéchaussée de la Marche, complète à cet égard notre instruction. A partir du mois de janvier 1446, la paye était fixée à dix livres par mois pour un homme d'armes
' L'élection de Provius, par exemple, fournissait, eu 1459, d,860 livres pour l'entretien de cinq lances, c'est-à-dire de 30 hommes et de 30 chevaux, à 31 1. de gage par mois ; la ville seule fut taxée à 930 I. {Hîst. de Provins, par Bourquelot, t. Il, p. 95).