‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 130 sur 164 · ORGANISATION DE LA GENDARMERIE ET DE L'INFANTERIE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE LA GENDARMERIE ET DE L'INFANTERIE

seul, et à pareille somme pour les archers et les pages. Le capitaine recevait 20 sols tournois par lance pour ses gages. Sur cette paye, les gens d'armes devaient acquitter le prix de leur loyer, et celui-ci était fixé à 30 sous par mois. En retour, les hôtes devaient fournir à chaque lance une chambre à cheminée, trois lits garnis chacun d'une couverture et d'une paire de draps, deux nappes, douze écuelles, quatre plats, deux pots d'étain, une pelle de cuivre et une de fer, une écurie pour six chevaux, et un lieu propre à recevoir les provisions de bouche et le fourrage pour trois mois. On ne pouvait être tenu de loger des soldats pendant plus de six mois.

Ces dispositions étaient sages et ne furent pas inutiles pour fixer les droits de chacun. On le vit bien en 1468, où, pendant huit mois, Reims eut à loger 35 lances (210 hommes) de la compagnie de M. de Saint-Just, qui venait de faire campagne. Encore tout échauffés de la licence qu'autorise la guerre, ces gens entendaient contraindre « leurs hôtes à loger et soutenir en leurs maisons jusqu'au nombre ce de dix et douze personnes et autant de chevaux » ; ils s'étaient en outre partagé les villages des environs de la ville à sept lieues à la ronde, de sorte que le moindre archer en avait deux pour sa part, et ils les rançonnaient si bien de vin, blé, avoines, pailles, foins et autres vivres qu'ils en avaient à revendre a pour grande somme « d'argent ». La ville et le clergé durent députer au roi pour se plaindre de tels excès et en obtenir la cessation (5 octobre) K Ceuxci se produisirent sans doute encore sur plus d'un point : il est si difficile de déraciner un abus !

Quant à la création d'une infanterie nationale, elle appartient tout entière à Charles VU, à qui l'institution des francs archers donne d'incontestables droits à la reconnaissance du pays. « Ordontt nous », dit ce prince en son séjour à Montylz-les-Tours, l'an 1448, « qu'en chacune paroisse de notre royaume y aura un archer, qui « sera et se tiendra continuellement en habillement suffisant et con- « venable de salade, dague, espée, trousse, jacque ou hucque de « brigandine ^ Ils seront appelés les francs archers : lesquels seront

1 Arch. législ. de la ville de Reims, Statuts, l*"" vol. p. 767 et 768.

2 La salade était une espèce de casque léger sans crête et avec ou sans visière ; la jacque ou hucque, une sorte de justaucorps renflé de coton et qui descendait au moins jusqu'aux genoux ; la brigandine, un corselet

« esleus et choisis par nos esliis en chacune élection, les plus droits « et aisez pour le fait et exercice de l'arc qui se pourront trouver « en chacune paroisse, sans avoir égard ne faveur à la richesse « et aux requestes que l'on pourrait sur ce faire ; et seront tenus « d'eux entretenir en l'habillement susdit,.... et leur ferons « payer quatre francs pour homme pour chacun mois, pour le temps « qu'ils nous serviront. . . Ordonnons qu'ilz, et chacun d'eux, soient « fratics et quiles. . . de toute taille et autres charges quelcon- « ques, . . excepté du fait des aydes ordonnez pour la guerre et ga- « belle du sel ».

Charles obtint ainsi, dit un contemporain, Henri Baude, huit mille francs archiers. Reims en eut 56 pour sa part, ainsi que l'établit une délibération du conseil de ville du 29 octobre 1470' ; Troyes, à partir de 1460, en entretenait 10 pour sa sûreté générale^ ; Ghâlons, 24, à partir du 29 janvier 1467.

L'institution des compagnies cT ordonnance, en mettant la noblesse à la solde et dans la dépendance du roi, avait consommé la ruine du système militaire féodal. Par la création des francs archers et le mode de recrutement qu'il établit, le roi supprimait l'intermédiaire des seigneurs et allait droit au peuple, qu'il élevait jusqu'à lui, tandis qu'il abaissait les grands. Ceux-ci le sentirent bien et essayèrent de rire du franc archer : ce n'était pour eux que le franc taiipin ; mais le franc taupin « n'en était pas moins l'aïeul du terce rible soldat de Kocroy, d'Austerlitz ^ ». L'avenir était désormais aux roturiers : V homme de fer allait céder la place à l'homme de pourpoint''. En attendant, il ne tardera pas à briguer l'honneur de

fait de lames de fer et garni de A'eloiirs à riiitérieiu- ; la trousse, une sorte de carquois devant contenir 18 traits au moins. — Louis XI remplaça la dague et l'épée par la gmsarine, espèce de hallebarde, ou la vo algue, demi-pique .

^ Arch. législ. de Reims, ibid., p. 780.

2 La ville délivrait à chacun d'eux une jaque en toile et futaine du prix de 5 livres, une épée de t liv. o s., une dague de 14 s., une salade de 2 liv., un arc et une (rousse de 1 liv. (Boutiot, Hist, de la ville de Troyes,

3 Michelet, Hist. de France, t. V, p. 2o9.

* Cette double dénomination d'Aomme de fer et d'homme de 'pourpoint existait à Troyes au xv* siècle, pour désigner des gardes couverts,

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