II. (p. 438, n
Des lettres d'exemption d'impôts données aux villages de Greux et Domremy.
On ne possède des lettres d'exemption données par Charles Vil que des copies qui varient entre elles par rapport aux noms des localités appelées à bénéficier de l'exemption. La copie retrouvée par M. Vallet de Viriville, et qui est de 1769, se rattache au mémoire de l'avocat Le Prince, dont nous avons parlé plus haut ; elle fait mention de Greu et Domremy, et les nomme dans cet ordre, par la considération que Domremy était une annexe de la paroisse de Greux. C'est également la mention et l'ordre que présente un vidimus de 1483, donné en 1821 par M. Jollois, et revu par M. Quicherat. Mais il est d'autres copies ou mentions de copies qui ne présentent que le nom de Greu, témoin le vidimus sur parchemin qui se trouve au Trésor des Chartes de Lorraine, à Nancy (Layette Ruppes 2, n° o5), et qui n'est postérieur à celui de M. Jollois que de 17 ans, étant du 2 octobre 1500. Cette pièce est suivie de l'acte d'entérinement des lettres royaux, et les deux documents sont de la même écriture que l'attestation donnée par les sieurs Thiriet et Wiriet de l'exactitude de la copie qu'ils en ont prise. Aussi cette attestation et les lettres d'entérinement otYrentelles un intérêt particulier qui nous engage à les reproduire ici. Enregistrement des lettres.
Nous Régnier de Rouligny, général conseiller du Roy nostre sire sur le
I Revue des questions historiques, octobre 1875, p. 493.
II étail d'autant plus nécessaire, dans l'intérêt de la vérité, de citer ce passage que l'auteur de Jeanne d'Arc champenoise l'a supprimé dans son opuscule (p. 47), tout en déclarant donner en entier, à cause de son iinporlancc, la citation qu'il empruntait à M. Longnon. On ne pouvait pas accuser plus manifestement le parti pris.
fait et gouvernement de toutes ses finances, veuos par nous les lollres dudit seigneur cy attachées soulz nosfre signet, par losipiollcs iccluy soigneur, à la requeste de Jchannc la Puccllc a affranchy. (piiclc; H «;xenipt6 les maisons et habitants du village de Greu de toutes tailles, aides et subvencions mis et à mectre sur cedit villaige, consentons, eu tant que à nous est, l'entérinement et accomplissement des dites lettres, et soit ainsy et par la forme et manière que le Roy nosirc dit sire et veut et mande par sesdites. Donné le xxx« jour de juillet l'an mil cccc vingt neuf. Ainsi signé : R. Courtinelles.
Certificat d'exactitude de la copie de l'enregistrement dea lettres et des lettres elles-mêmes .
A tous ceulx qui ces présentes copies verront salut. Nous Jehan Thiriol secrétaire, et Claude Wiriet de Neufchastel, tabellion et garde du scel du tabellionnaige du Roy de Sicile duc de Lorraine et de Bar etc., de sa cour et tabellionnaige de Chastenoy et de Neufchastel, certiffions à tous avoir coppiés le contenu cy-dessus et prins sur les vrays originalz sains et entiers scellés de cire jaune du Roy de France. Avec ce avons veuz et leuz une autre lettre du roi Charles de son règne xxxviii^ datée du sixième de febvrier l'an mil cccc cinquante et neuf qui contiennent et déclarent les franchises telles que cy dessus pour les habitans dessus dis, et ainsy le certifions, témoings nos seings manuels icymis, le second jour d'octobre l'an mil cinq cent.
Signé : J. Thiriet et C. Wiriet (avec paraphes).
De ces documents il semble qu'on doive conclure que les lettres de Charles VII ne portaient que le nom de Greu, et que, si la copie de 1769 donnée par M. Vallet de Viriville associe à ce nom celui de l'annexe paroissiale de Greux, on puisse attribuer l'insertion de ce dernier aux besoins de la cause que recommandaient alors à l'intérêt du roi les habitants de Domremy, jaloux de recouvrer l'exemption d'impôts qui leur avait été autrefois accordée. Le vidimus de 1483 semble, il est vrai, défier toute critique en raison du peu d'années qui le séparent de l'époque de la donation ; mais qu'opposer, d'autre part, à celui de 1500, qui ne fait aucune mention de Domremy, et dont les copistes, en nous apprenant l'existence d'une confirmation des lettres royaux par Charles VII lui-même, 30 ans après l'octroi des dites lettres, déclarent qu'elle est conforme au texte dont ils certifient l'exactitude.
Le Trésor des chartes de Lorraine possède au reste une copie sur papier non signée d'une requête présentée vers 1300 au roi Louis XII par les habitants de Greux, à l'efTef d'obtenir la confirmation des lettres de Charles VII, et où il n'est également fait auctnie mention de Domremy. On y rappelle les services rendus à la France par la Pucclle, et l'on invoque la considé-
o86 APPENDICE.
ration que les habitants de Greux ou partie d'iceulx « estoient et sont encore du parenté d'icelle, et qu'elle estait native dudit Greu ainsy que Vostre Majesté poura veoir par Ja coppie des lettres de ladite franchise attachées à ces présentes ...» Assurément, si les lettres de donation mentionnaient le nom de Domremy, on s'explique assez difficilement pour quel motif il aurait été passé sous silence dans les premières copies que les habitants de Greux durent en faire. Qu'une telle omission se fût produite après la restitution de Domremy à la Lorraine en 1571, cela se comprendrait assez, mais les pièces que nous venons de lire ou de signaler sont du commencement du xvi^ siècle.
Quoi qu'il en soit, une chose est certaine, c'est que les lettres de Charles VU ont été altérées soit par addition, soit par suppression du nom de l'une des deux localités qu'elles exemptaient d'impôts.
11 y a également lieu de remarquer la date des lettres d'entérinement ci-dessus, qui, donnée en chiffres (le xxx" jour de juillet), précède d'un jour celle des lettres de Charles VII données le dernier jour de juillet. Il y a là, en effet, entre les deux dates un désaccord étrange, qui ne peut s'expliquer que par la supposition que l'acte d'entérinement aura été préparé le 30, et que les lettres du roi auront été signées le lendemain ce que ne contredit pas la durée du séjour de Charles Vil à Château-Thierry. Il serait assez difficile d'admettre que la chancellerie eût interprété par le oO le dernier jour de juillet. C'est ce que fait au reste l'avocat Le Prince dans son Mémoire en faveur des habitants de Domremj'^, quand il assigne aux lettres du roi la date du 30 juillet 1429.
(page 447).
Consécration royale de l'adhésion donnée par les seignenrs de
CMtillon et de Troissy à une trêve [de 2 ans, conclue le 8 septembre
1431] entre le Roy Charles Vil et le duc de Bourgogne.
(Tiré des lettres de l'échevinage de Reims.)
Charles par la grâce de Dieu Roy de France aux baillis de Vermandois et de Vitry ou à leurs lieutenants, salut. Pourceque les sires de Chàtillon et de Troissy ont fait sçavoir à nostre amé et féal chancelier l'archevêque de Reims, nostre lieutenant es pays deçà la rivière de Seine, que pour eux et leurs places de Chàtillon et de Troissy et leurs terres appartenantes auxdites places, ils ont voulcnté et intention de tenir et garder les treuves et abstinences de guerre n'agueres prinses entre nous et nostre cousin de Bourgogne, nous voulons lesdites trêves et abstinences de
APPENDICE. o87
guerre pareillement être tenues et gardées de nostrc part sans enfreindre au regard desdKcs places de Châtillon et de Troissy, vous mandons et commettons et à chacun de vous par ces présentes, au vidimus desquelles fait sous seel royal de nostre obéissance, voulons pleine foi être adjoulée comme à l'original, vous faites crier et publier es lieux accoutumez à faire criées et publications, et mettre dans vos bailliiges, à ce qu'aucun n'en puisse prétendre cause d'ignorance, lesdites trêves et abstinences de guerre entre lesdicts sires de Châtillon et de Troissy, et de leurs dites terres appartenantes auxdites places, lesquelles trêves nous voulons être entretenues et gardées sans enfraindre par cesdites présentes, Mandons par ces mêmes présentes aux conservateurs desdites terres ordonnez de nostre part que par tous ceux de nos subjects et autres qu'il appartiendra ils les facent entretenir et garder envers Icsdits sires de Châtillon et de Troissy pour eux, leurs dites places et subjects manants et habitants en icelles et en leursdites terres et possessions appartenantes auxdites places tout selon le contenu èsdites trêves et abstinences prises entre nous et nostre dit cousin de Bourgogne comme dit est, pourveu que pareillement lesdits sires de Châtillon et de Troissy tiennent et gardent et facent tenir et garder de leur part lesdictes treuves envers nos pays et subjects étant en nostre obéissance, et icelles publier èsdicts lieux de Châtillon et de Troissy.
Donné à Château-Thierry le 4® jour de nov. l'an de grâce 1431 et de nostre Règne le 10^.
(page 373, NOTE 3).
Mandement de Charles VII au bailli de Vermandois pour remédier aux pillages et exactions des gens de guerre.
(Arcliiv. de Kciins.)
« Comme.... nous qui de ces choses avons esté et sommes tant
dcsplaisans que plus ne pourrions , ayons présentement, en présence
et par l'advis de plusieurs des seigneurs de nostre sang et linaige et de nostre grant conseil, ordonné et appointé faire logicr une partie desdictes gens de guerre es frontières à rencontre de noz ennemis, et les entretenir par paiement, et que d'ores en avant nulz desdictes gens de guerre ne tiennent les champs, ne vivent sur nos dicts pays ne wident d'iceulz, et sur ce ayons fait Avenir en nostre présence tous les capitaines desdictes gens de guerre en la ville de Sauit-Aignicn en Berry, auxquclz ayons ordonné et enjoing faire widier toutes leurs dicts gens, Nous, voulans
îiostre dicte ordounance et appointemeut estre mis à exceciicion et gardez de point en point sans enfraindre, vous mandons et expressément
enjoingnons que vous faictes crier et publier de par nous solempnel-
ment a son de trompe par tous les lieux de vostre bailliaige acoustumez à faire criz et publicacions, que nulles gens de guerre quelz qui soient ne a qui qu'ilz se dient ou advouent, ne soient si hardiz de eulz tenir ne vivre d'ores en avant sur les champs en vostre dict bailliaige,... mais s'en départent et wident dedens icellui sur peine de confîscacion de corps et de
biens et d'estre habandonnez Et ou cas que après... la publicacion
de ces présentes en trouverez aucuns vivans ou portans dommaige en nostre dict pays et à nos dicts subgects,.... sy procédez à Tencontre d'eulz par puissance et main armée, en assamblant pour ce faire des gens de vostre bailliaige et autres telz et en tel nombre que bon vous semblera, en manière que la force et puissance vous en demeure....
Donné à Blois le xix*^ jour de septembre, l'an de grâce mil cccc
trente et huit. »
Autre commission du 29 septembre 1438, donnée de Blois
au hailli de Vermandois.
(Archives de Reims)
« Pour ce qu'il est venu à nostre congnoissance que, en vostre bailliaige et es pays d'environ repairent plusieurs gens d'armes et de trait, espieurs de grands chemins et autres malfaiteurs, lesquelz vivent sur le pays, desrobent, tuent et destroussent de jour en jour les gens d'église, nobles, marchans, laboureurs et toutes autres manières de gens, etc. etc. ; nous, qui ne voulons telz maléfices estre tollerez, ainçois bonne justice en estre faicte, vous mandons, commandons et par ces présentes commettons que vous vous transportez en et par tous les lieux où vous pourrez trouver' les diz gens d'armes et de trait, espieurs de chemins et autres malfaicteurs, et les prenez et faictes prendre et emprisonner ensemble leurs biens et choses quelzconques ; et pour ce faire, mander et assembler des gens et habitans de vostre dit bailliaige et autres lieux et villes d'environ, lesquelz vous contraignez, se mestier est, de y venir et vous ayder à exécuter cette présente commission ; et de tous ceux que trouverez deueraent chargiez et coulpables desdiz maléfices, faictes en faire hastivement et sans delay punicion et justice, selon leurs démérites, rejetées toutes faveurs, tellement que ce soit exemple à tous autres ».
(page 416).
Notre-Dame de l'Epine.
Une tradition fondée sur les Mémoires historiques de Baugicr ' voulait que l'église de l'Epine eût été construite à la suite de la découverte en 1400 (24 mars) d'une statuette de la Vierge au milieu d'un buisson ardent et avec les offrandes des pèlerins accourus sur le lieu du prodige. Mais d'heureuses recherches de M. l'abbé Puiseux nous obligent à reporter ce prodige à une époque bien plus éloignée ; car des lettres de Charles VI, en date du 26 mai 1405, attestent que « de tel si long et si ancien temps qu'il n'est mémoire du contraire », le village de l'Epine possédait, sous le vocable de Nostre Dame de Léjjine^, une antique église assez délabrée, où « tant des habitans comme des villes voisines et autres », on allait et venait en pèlerinage *. Comme les offrandes qui, chaque jour y affluaient, finirent par attirer l'attention de l'Official de Ghâlons, les marguilliers de la fabrique, afin de mettre leurs ressources à l'abri d'une usurpation,sollicitèrent et obtinrent du roi la faveur d'en disposer librement, et ils les consacrèrent à l'érection d'un monument plus digne de l'auguste Patronne du lieu.
Les plans en furent dressés par un architecte inconnu, et l'on éleva tout d'abord, de 1410 environ à 1439, le chœur et le transept, auxquels succédèrent les premières travées des nefs. Suspendus par suite des événements et sans doute aussi de l'épuisement des ressources, les travaux furent repris vers 144o, à la faveur des dons royaux que reçut alors l'église avec la visite de la Cour. L'exécution en avait été confiée à nne société d'architectes châlonnais qui avait à sa tête- un maître maçon nommé Poutrire, dont Baugier a fait un anglais du nom de Patrice. Cette société s'était obligée envers les marguilliers à terminer les nefs cl à construire le portail avec les deux tours moyennant la somme de 690 livres tournois ; des bourgeois de la ville s'étaient portés ses cautions. Mais elle ne put remplir ses engagements, et ordre fut donné, le 19'^ jour de février 1453, de « saisir les biens d'Etienne Poutrice et consorts,.... ensemble ceux de
2 On lit Sanclœ Mariœ. a l'Esptne dans un lestamenl parmi les lénjoins duquel figure •Pierre de Noguit, abbé de Saint-Remi de Reims de lil'^ à 1236 (Carlul. de Saini-Remi, fo 27, v», à la Bibliothèque de la ville de Reims — Cf. le Dictionnaire lopographique de la Marne par M. Longnon). Le vocable français Notre-Dame de l'Espine apparaît en 1300.
3 Archives départ, de la Marne, fonds des Minimes.
« leurs cautions » . Toutefois le portail, commencé, devait être terminé en 1459.
Il ne restait plus qu'à édifier les chapelles absidales et à fermer le chœur du côté nord. Les chapelles, œuvre de Regny Gouveau et des Rémois Antoine Guichard * et Antoine Bertaucourt, son gendre, furent élevées de 1509 à 1524 ; la clôture du chœur termina l'église en 1542.
Mais on n'avait pas attendu Jusque là pour y célébrer la messe, et le pape Pie II avait, dès le 15 septembre 1459"^, érigé l'église de l'Epine en paroisse, en y subordonnant l'église de Melette, dont elle avait autrefois dépendu, et qui ne présentait plus que des ruines envahies par les ronces et les épines .
1 Le nom de cet architecte se trouve consacré par l'inscription suivante qu'on peut voir gravée sur l'un ties quatre chapitaux du sanctuaire :
L'an rail cinq cent et vingt quatre
Guichart Antoine
tos quatre nos at fet.
2 V. la bulle du pape aux Archives départ, de la .Uarne, fonds des Minimes. ^ V. sur ce sujet le savant travail de M. l'abbé Puiseux.