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De l'origine française de Jeanne d'Arc ' .
Domremy, village du Barrois mouvant, avait été, comme nous l'avons fait voir en notre thèse, réuni quelque temps avant la naissance de Jeanne, au domaine royal de Vaucouleurs, et ainsi, bien qu'issue de deux sangs, du sang lorrain par sa mère et du sang champenois par sou père, Jeanne était née sur un territoire exclusivement français. De là, quand ce territoire fut rendu au Barrois [-Lorraine], l'attribution à Vaucouleurs de l'exemption d'impôts accordée à Domremy, qui cessa d'en jouir même après l'annexion de la Lorraine et du Barrois à la France.
Jeanne était donc française. A qui veut, en effet, rechercher le fondement de la nationalité en Champagne au xV^ siècle, il n'est pas difficile d'établir qu'elle repose uniquement sur la nation^ c'est-à-dire sur la province ou gouvernement qu'a formé celle-ci, et de reconnaître que c'est une grave erreur que de lui donner pour base l'administration, que ce soit le bailliage ou la prévôté, le bailliage direct ou le bailliage d'appel*;
1 Jeanne d'Arc champenoise par M. Misset. Paris, Honoré Champion, 1895.
Ni Lorraine ni Champenoise ou nouvel aperçu sur Domremy, pays de Jeanne d'Arc, par Maurice Poiiisignon, dans les Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, année 1895.
Réponse à M. Poinsignon, par M. Misset. Honoré Champion, 1893.
Jeanne d'Arc la bonne lorraine ou réponse à Jeanne d'Arc champenoise, par M. l'abbé L'Hote, chanoine honoraire, professeur au grand séminaire de Saint-Dié. 18'.'5.
Examen de la thèse de M. Mi»set, par M. Duvornoy, archiviste du département do Meurthe-et-Moselle, dans le tome 9 des Annales de l'Est. Nancy, Kogcr-Levraull, 1895. Du même auteur le Ressort de Gondrecoiirl, dans le Journal de la Société d'archiologie lorraine d'avril 1895.
La nationalité de Jeanne d'Are. Réponse à M. l'abbé Misset par .M. l'abbé Jehet. Barle-Duc, Contanl-Laguerre, 1895.
2 On a, en effet, pour lo besoin de la cause champenoise, fait cette étrange distinction, à la faveur de laquelle le bailliape direct aurait eu la vertu de conférer la nationalité. Ainsi c'est le bailliage épiscopal de Chàlons qui aurait fait i\es habitants de cette ville «les Cham-
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car l'administration n'est pas seulement de sa nature inconstante et variable, mais elle était de plus, au temps de Jeanne, essentiellement indépendante de la province, en sorte qu'on pouvait relever des autorités champenoises au point de vue judiciaire ou financier, sans être pour cela champenois : c'était la situation du gom'^ernement de Vaucouleurs ; ce fut plus tard, quoi qu'on ait dit, celle du gouvernement de Sedan K
Voilà pourquoi, tout eu déclarant que Vaucouleurs formait un gouvernement à part, qui n'appartenait en rien à celui de Champagne, nous Tavons en même temps compris avec l'intendant dans les limites de la généralité de Châlons ; voilà pourquoi Charles VU dit des villages auxquels il accorde l'exemption d'impôts qu'ils sont [non de la province de Champagne, mais] de la généralité de Châlons ; pourquoi Louis XIV, dans les deux pièces citées en notre thèse -, tient à l'occasion de Vaucouleurs le même langage; pourquoi Sanson introduit cette châtellenie dans les limites de la généralité.
Que si, en ce qui concerne l'attribution de Domremy au canton de Vaucouleurs, l'on prétendait attaquer l'autorité de l'érudit champenois qui a tenu pour l'intendant la plume dans la rédaction de son Mémoire, parce qu'il est arrivé à Baugier, à l'auteur des Mémoires historiques de la province de Cho/mpagne. de tomber dans quelques erreurs relatives à des temps éloignés, nous ferions observer qu'on ne saurait confondre l'historien avec l'administrateur, ni refuser à ce dernier toute créance sans méconnaître le critérium de la vérité historique ; car, s'il fallait tenir Baugier pour suspect dans le récit des faits qui touchent à l'admmistration de son temps, dans l'exposé d'une situation qu'il a assez bien connue pour être chargé d'en dresser le tableau, quelle confiance pourrait inspirer l'histoire ?
La prévôté de Vaucouleurs comprenait donc bien le village de Domremy. Elle était, d'autre part, partie intégrante du domaine royal : Charles V le déclare nettement dans son ordonnance du 14 juillet 1365, voulant qu'elle y soit inséparablement unie, et « que les bourgeois de la ville et châtellenie de Vaucouleurs ne puissejit jamais en être distraits ».
penois, c'est le bailliage archiépiscopal de Reims qui aurait fait de cette ville une cité champenoise. D'où venait au bailliage direct un tel pouvoir? D'où le tirait-il î C'est ce qu'on a oublié de nous dire. Croit-on, en d'autres termes, que les bailliages ont fait la Champagne ou que la Champagne a donné naissance aux bailliages ? Poser la question, c'est la résoudre dans le second sens, et dès lors asseoir sur l'administration la nationalité, c'est s'exposer à des raisonnements erronés, dont la conclusion ne l'est pas moin».
1 L'intendant Le Pelletier, en son Mémoire est formel à cet égard : « Quoique les villes de Sedan et de Motizon composent, dit-il, un gouvernement particulier et indépendant, et qui ne fait point partie de celui de Champagne, on ne laisse pas d'en parler, parce qu'elles sont de l'intendance de Champagne». Est-ce clair?
2 On peut les voira V Appendice, de notre 111° volume.
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Et c'est ce qui explique qu'en revenant au Barrois, en ir)70, Doinrcmy, dépendance de Vaucouleurs, ait, pour ainsi dire, légué au clief-lieu de la prévôté la faveur de l'exemption d'impôt dont elle avait joui jusqu'alors. On a nié, il est vrai, cet héritage et prétendu prouver <pic Vaucouleurs jouissait de cette faveur dès le règne de Charles V. On a cité à l'appui de cède téméraire assertion les lettres mêmes par lesquelles ce prince, en « liximt tous et chacun des habitantz de la chàtellenie sous sa juridiction immédiate et sous celle de ses successeurs, veut qu'ils jouissent des jjrivilérjes, libertés et franchises dont ils ont été et sont en possession », et de ce texte on a conclu « que les habitants de Vaucouleurs et de sa prévôté étaient dispensés des impôts ayant cours au royaume », comme si la formule dont il s'agit signifiait autre chose que la garantie des libertés et franchises municipales, et impliquait l'exemption de la charge connnune des impôts. Charles VU, lorsqu'à la reprise de possession de Troycs, Chàlons et Reims, il garantit à chacune de ces villes le maintien de leurs privilèges, franchises et libertés, entendait-il leur assurer autre chose que le maintien de leurs constitutions propres auxquelles étaient attachés des avantages précieux pour ces villes, comme la nomination de leurs magistrats, la jouissance de certaines franchises judiciaires, de certains privilèges commerciaux, etc. ? Aurait-il voulu, par hasard, en les exemptant de tout impôt, assurer en quelque sorte une prime à l'insurrection? Aussi bien, peut-on croire qu'en disant que Vaucouleurs a été exempté d'impôts à raison des services de Jeanne d'Arc, le conseil du roi Louis XIV parlait sur renseignements authentiques, et que la prétendue faveur accordée par Charles V à cette prévôté lui était aussi inconnue qu'à Vaucouleurs.
On n'a pas été mieux inspiré dans l'interprétation du passage de Domremy au Barrois en 1571. On a voulu y voir, non une restitution, mais un abandon de ce village à la Lorraine par la royauté française, comme s'il était permis d'admettre qu'elle eût sacrifié à la Lorraine noji seulement la moindre parcelle du territoire français, mais encore cl surtout une localité que tant de souvenirs lui rendaient particulièrement chère. A la vérité, quand les habitants de Domremy, après l'annexion de la Lorraine à la France, aspirèrent à recouvrer le privilège dont ils avaient joui jusqu'en 1571, et chargèrent l'avocat Le Prince delà défense de leurs intérêts, cet avocat, dans sa requête, représente ses clients comme ayant été cédés au duc de Bar [-Lorraine] ; mais, si Domremy était, connue il le fut en effet originairement, un village du Barrois, comment jieul-il avoir été cédé au Barrois ? On ne cède pas à un propriétaire le bien dont il jotiit, on le lui restitue, quand on le lui a ravi, et c'était, à n'en pas douter, le cas de Domremy, qui, entraîné, avant la naissance de Jeanne, dans l'orbite de Vaucouleurs, en fut détaché en io7I, pour étn- rendu au Barrois [-Lorraine].
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Nous sommes donc autorisé à maintenir les conclusions de notre thèse, qui sont que Vaucouleurs et par suite Domremy qui en dépendait ne se rattachaient à la Champagne qu'administrativement, que Jeanne ne fut ni lorraine ni champenoise, et que la Providence la fit directement française pour sauver la France. Dans ces conclusions, nous nous rencontrons non seulement avec le regretté M. Siméon Luce et le savant historien de Jeanne d'Arc, M. Wallon, mais encore avec le docte champenois, M. Longnon, lorsque, dans sa très intéressante Etude sur les limites de la France au temps de la mission de Jeanne d'Arc, il dit, en parlant des progrès de la puissance anglaise en Champagne, qu'ils s'étendirent « jusqu'à la châtellenie de Vaucouleurs, dont dépendait Domremy, le village natal de Jeanne d'Arc ^ ».