SACRE DE CHAULES VI
« sentait trop convoiteux » ; colui-ci invoquait son droit d'aînesse. Pour mettre un terme à leurs contestations, des arbitres acceptés par ces princes convinrent que le jeune roi serait déclaré majeur ; que le duc d'Anjou aurait la présidence du Conseil et l'administration des finances, les ducs de Bourgogne et de Bourbon la garde du roi, et le duc de Berry le gouvernement des provinces méridionales avec la plénitude des droits régaliens.
Ces dispositions prises, les oncles du roi le conduisirent à Reims pour la cérémonie du sacre. Ils voyageaient à cheval, et les journées ne pouvaient être longues, en raison du jeune âge du roi. Après s'être arrêté, le premier jour, au château du Yivier, où son père avait quelquefois résidé, Charles se dirigea sur Goulommiers, paraissant éviter Meaux, où régnaient alors des maladies contagieuses ; le 27 octoi)re, il arrivait à Château-Thierry, où il passa la journée du dimanche 28. Le 29, il alla coucher à la Fère-en-Tardenois ; puis, se détachant de sa route, il vint passer à l'abbaye d'Igny les fêtes de la Toussaint (31 octobre, 1^' et 2 novembre) ; de là il se rendit à Gueux, où il gîta, et atteignit Reims le 3 novembre, qui était un samedi'. 11 y fit son entrée au milieu de la joie universelle de la population, et le clergé le conduisit solennellement à Notre-Dame. Le lendemain, l'archevêque de Reims, assisté de tous les évêques, pairs du royaume-, versa sur sa tôto l'huile sainte et le bénit. Ainsi sacré et revêtu des insignes de l'autorité et de la majesté royales, Charles Yl alla prendre place sur un trône, où il reçut les hommages de l'assistance, tandis que son jeune frère Louis -^j enfant de dix ans, tenait à côté de lui l'épée de Charlemagne, dite la Joyeuse.
La cérémonie terminée, Charles se rendit dans la cour de l'archevêché, où, sur une estrade, avaient été préparées trois tables, l'une pour le roi, et les deux autres pour les pairs ecclésiastiques et laïques. « Afin d'ajouter à l'éclat du festin, le nouveau connétable,
' Comptes de l'hôtel et Chronique de Charles VI par le Religieux de Saint-Denis, trad. de Bellaguet, t. I", p. 28 (29 de la traduction).
* Des pairs la'ùiues, le duc de Bonrgogne, doyen de la pairie, élait lé seul présent. Le comte de Flandre, Louis, était absent, et les domaines d'Aquitaine, de Normandie, de Champagne et de Toulouse étaient réunis à la couronne. [Chronique de Charles VI, iljid., p. lJO-31.)
3 Duc de Touraine, et à partir de 1392, duc d'Orléans.
« Olivier de Glisson, le maréchal de France, Louis de Sancerre », et trois autres seigneurs ' « servirent à cheval les plats sur la table « du roi à travers la foule des assistants ; des traits de l'histoire tt ancienne furent aussi représentés pour divertir les convives » '^.
Rien n'eût manqué à cette .fête, si elle n'avait failli être troublée au début par une dispute de préséance qui s'éleva entre les ducs d'Anjou et de Bourgogne, le premier réclamant, à titre d'aîné, le siège le plus voisin du roi, et l'autre y prétendant comme doyen des pairs de France. « La hardiesse de ce dernier finit par triompher du a droit d'ainesse : il s'empara de la place », en protestant qu'il défendrait son droit ; et elle lui demeura avec l'assentiment du roi *. Le surlendemain, on reprit le chemin de Paris, en passant par Saint-Thierry, où le roi dina en l'abbaye, selon l'usage.
La rentrée de Charles VI à Paris fut très pompeuse : l'allégresse était générale, comme l'espérance de voir avec le nouveau règne s'ouvrir une ère meilleure pour le pauvre peuple. Mais l'allégement des charges et de la misère publiques était le moindre souci des oncles du roi. Le duc d'Anjou ne songeait qu'à aller prendre possession du royaume de Naples, dont il avait reçu l'investiture du pape Clément VII ; le duc de Berry, qu'à lutter contre l'influence de Gaston Phœbus dans le Languedoc ; le duc de Bourgogne, qu'à maintenir en Flandre l'autorité de Louis de Maie, son beau-père, contre la turbulence et la rébellion de ses sujets. A tous il fallait de l'argent : c'était le seul point sur lequel ils s'entendissent. Après avoir pillé celui du trésor, ils firent appel aux subsides.
Mais en vain le duc d'Anjou réunit sept fois en conseil particulier les hommes les plus considérables de la noblesse et de la bourgeoisie, pour aviser aux moyens de pourvoir aux besoins du royaume (1381). Ces négociations n'aboutirent qu'à émouvoir les esprits et à les entraîner à la révolte. Ils y étaient d'ailleurs excités par les succès de l'insurrection anglaise contre le roi et les grands du royaume, et par les messages qu'ils recevaient de la Flandre, « sur « laquelle tous menus peuples prenaient pied et exemple ». Paris
^ D'après Froissart, qui nomme le sire de Coucy, messire Guy de la Trémoille et l'amiral Jean de Vienne.
* Le Moine de Saint-Denis, 1. l^"", chap. 111, p. 32-33. 3 Id., ibid.