‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 166 sur 232 · DANS L4 GÉNÉRALITÉ DE SOISSONS · texte numérisé non relu

DANS L4 GÉNÉRALITÉ DE SOISSONS

par le bailliage de CHATEAU-THIERRY

C. Thirial, curé de Saint-Crespin, N. Graimberg de Relleau, lieutenant des maréchaux

de France, T. H ARM AND, avocat,

Plnterel DE LouvERNY, lieutenant au bailliage.

Les députés nommés n'emporteront pas seulement avec eux les cahiers de doléances qu'ils doivent présenter au gouvernement ; ils reçoivent encore des instructions particulières qui en résument avec force la pensée, et dont il leur est interdit de s'écarter, « sous peine « d'être désavoués et privés de leurs pouvoirs' ». « La liberté », disent les instruclions à proposer pour \o d(''puté du clergé du bailliage de Ghâlons, « la liberté sera la loi fo/nlainefitale de rassem- « blée. Si quelqu'un osait vouloir y porler alteinle. la nation entière « étoufferait le feu impur qui porterait ses ravages dans toutes les « parties du royaume ^ ».

* Cah. de la nohiossc lUi bailliage do Reims.

^ Ces instructions, dont nous avons donné i>his d'un extrait, oonune tous les vœux ([u'il a exprimés, font le plus grand lioiuieur au patrio-

§ IV. — Du 4 MAI 178'J A LA DIVISION DK LA PROVINCK EN DÉPARTEMENTS (15 JANVIER 1790),

Tous les rœurs sont oiivcrls à l'espémnca ; mais les dissensions des trois ordres si'.r la question du vote ne tardent pas à les troubler. — La misère et l'agitation qu'elle engendre viennent ensuite aigrir les esprits. — Dispositions que prennent les villes pour apaiser la faim ; la cour, pour prévenir l'explosion des passions populaires, — Chôlons applaudit k la conduite de l'assembli'o, qui venait de décréter avec la diminution du prix du sel la répartition de cet impôt entre tous les citoyens. — Mais la révolution toujours plus menagante se répand dans les villes, dans les campagnes. — Cocarde tricolore offerte à l'intendant. — Organisation de la garde nationale. — La ruine des droits féodaux dans la nuit du 4 août ajoute encore à rexalt<ition des esprits et au désordre du pays. — Invitées à viller à leur sûreté, les villes créent des conseils permanents. Mais la disette des grains n'en augmente pas moins. — Troubles à Troycs, massacre du maire. — Les commissions intermédiaires cherchent à s'éclairer mutuellement sur les moyens de combattre le fléau. — Réponse de la commission de Chàlons à celle de Normandie. — La loi martiale est publiée. — L'assemblée supprime toutes les municipalités existantes et en décrète le remplacement par voie d'élection. — Dispositions relatives à l'application de la mesure. —L'organisation provinciale de la France est supprimée, et le royaume divisé en départements. — Division de la province de Champagne; le nom même de Champagne disparaît.

Enfin ils sont partis, et arrivés à Versailles, ils n'ont pas tardé à applaudir aux vues généreuses d'un monarque qui, n'écoutant

tisme et aux lumières du clergé châlonnais, pour ne pas dire de to;it le clergé champenois ; car dans ton le la province le clergé a tenu le même langage. — V. les Cahiers du bailliage de Reims aux états généraux de 1 789, par Henri Paris ; — les Documents inédits sur les états généraux [1482-1789], tirés des archives de Vitry-le-François, par Hérellc; a le a Cahier général des doléances de la ville de Sens » (BiJjliotlièque communale, série AA 2) ; a Ze Cayer commun des trois ordres du bailliage 1 de Langres », altribué à l'évèque de la Luzerne (Bibliothèque communale); — les cahiers du clergé, de la noblesse, du bailliage de Chdlons (Bibliolhèqne communale et archives départementales); — Cahier du tiers et des communautés rurales (Arch. dép. de la Marne, partie non inventoriée), — et Doléances et vœux des communautés rurales, par M. Tabbé Puiseux, travail inédit ' d'un vif intérêt, dont la gracieuse obligeance de l'auteur nous a permis de prendre connaissance et de faire notre profit ; — Histoires particulières des principales villes (Troyes, Provins, Meaux, Chaumont).

1 11 a paru depuis dans les Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts de Ghâlons, année 1882-1883.

1789. MISÈRE ET AGITATION DU PEUPLE. oo5

« qu'une vertu sublime, a conçu le projet de fonder le bonheur de « son peuple sur la liberté publique' ». Tous les cœurs sont ouverts à l'espérance, tous appellent l'union, la concorde, comme « le seul « remède » à tous les maux de la patrie. Elle « est notre mère », disait le clergé du bailliage de Chàlons dans ses instructions à ses mandataires ; « soyons ses enfants, ne déchirons pas ses entrailles, « volons à son secours, à tout prix vivons en paix. Le clergé désire « l'estime et la confiance des deux autres ordres. Heureux s'il peut « les obtenir par des sacrifices, il les offre : il est persuadé que ces « ordres ne lui en demanderont que de justes^ ».

Mais ces vœux ne devaient point se réaliser, et les dissensions allaient éclater sur la question du vote, que le gouvernement avait négligé de trancher, après en avoir engagé la solution en accordant au tiers autant de députés qu'aux deux autres ordres. La lutte ne prit fin que le 24 juin, quand le tiers, après avoir gagné un certain nombre de prêtres et de nobles, eut pris le parti de constituer les états généraux en assemblée nationale, en attendant que le roi vint exhorter lui-même (27 juin) les dissidents à cesser une impuissante opposition.

Cependant la misère aigrissait les esprits : Thiver avait été rigoureux, le travail était difficile à trouver, et les grains devenaient aussi rares qu'ils étaient chers. Dès le 13 décembre 1788, la commission intermédiaire avait réparti entre les villes les plus éprouvées des secours applicables aux travaux de charité, et, lo 31 décembre, le conseil de ville de Chàlons avait décidé qu'il serait distribué iaw pauvres une somme de 1200 livres, en même temps qu'on ajouterait à la somme de loOO livres accordée par la commission celle de 7o0 liv., pour être en majeure partie employée à la dépense d'un atelier de charité. Les événements survenus depuis n'ont fait qu'aggraver le mal; la confiance, en se retirant, a rendu plus difficile encore la position de l'ouvrier, et pour calmer les esprits en apaisant la faim, les villes sont obligi-es de faire de nouveaux sacrifices. Le 13 juin, le conseil de Chàlons arrête qu'on

^ Préambule du cahier de l'ordre de la nol)lesse du bailliage de Chàlons. — Cahier de Matigiiicoiirt [Dom mcntf: iiu-ifits sur 1rs rtnts ijrnrrdit.r, p. 188.)

* Instructions du clergé, etc.

SS6 LA i>i<()Vi.\(:i> \n-: (;iiA.Mi»A(iM':. m9.

achètera des grains, pour les distribuer aux pauvres à un prix inlérieur à celui d'achat ; on charge de ce soin le sieur Gallois, de Vitry, « qui achrtcra jusqu'à la concurrence de la quantité de 000 septiers « de bled froment de la meilleure qualité, à raison de lo sols par « septier » ; puis, le 20 juin, revenant sur sa première décision, le conseil résoud qu'a on fera la distribution en pain et non en grains, « et en pain de fromeut, vu la rareté du seigle ». Cette distribution sera de 1000 miches et demie par semaine.

Mais, tandis que les villes s'épuisaient à apaiser la faim du peuple, la victoire que le tiers venait de remporter, en exallant chez lui le sentiment de sa force, avait jeté à la fois l'agitation dans la capitale et l'alarme à la cour. Pour contenir l'assemblée, autant que pour prévenir l'explosion des passions populaires, le gouvernement s'était décidé à faire approcher les régiments étrangers qu'il avait à sa solde, et, dans les derniers jours de juin, ainsi qu'au commencement de juillet, Sainte-Menehould, Chàlons, voyaient passer des troupes allemandes et suisses, qui se rendaient en toute hâte aux environs de Paris et de Versailles. Ces mouvements de troupes, joints au renvoi de Necker (11 juillet), effrayèrent à son tour l'assemblée, et les clubs eurent bientôt entraîné le peuple de Paris à la résistance. Devant son attitude, les irrésolutions du roi déterminent l'armée à battre en retraite, et le peuple, demeuré maître de la capitale, réalise dans une sanglante journée (14 juillet) le vœu de plus d'un Français, en détruisant la Bastille .

' (^e vœu fut en particulier celui du tiers état du bailliage de Sainte- Menehould ; mais on pourrait dire qu'il fut implicitement celui de la nation, si Ton considère qu'elle demanda l'abolition des lettres de cachet et la fermeture des prisons d'Etat. Voici du reste en quels ternies Sainte- Menehould formula son vœu :

« Nous réclamons la suppression des lettres de cachet et la destruction « des prisons d'Etat. Monument ancien et barbare du despotisme minis- <t tériel, nous faisons des vœux pour que la Bastille soit détruite et que « sur les décombres il soit élevé une statue à la mémoire de Louis XVI, le « restaurateur de notre liberté. Nous proposons que, dans ce monument, « notre auguste souverain, si cher à nos cœurs, soit représenté, non envi- V ronné de trophées, signes trop communs de terreur et de vaine gloire, « mais tendant les bras à un peuple libre, qui arrosera ses pieds de larmes ot de joie et de reconnaissance ». [Documents ■inédits, publiés par.Hérclle,

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