‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 31 sur 232 · CONCOURS DE TIR A SOISSONS. 8T · texte numérisé non relu

CONCOURS DE TIR A SOISSONS. 8T

« sieurs gens de loisir et passe-temps ». Ils y ont fait de beaux coups pendant quinze jours qu'a duré le tir, et ont « rapporté la « première planche de 4 qu'il y a eu au prix » ; mais ils ont trouvé des rivaux dignes d'eux : « bien attaqué, bien deffendu ». Leur succès, joint à ce que « de toutes les villes ils étaient le plus a fameux jardin en nombre », et le plus brillant a en dépense et « habits », leur a fait remettre, a du consentement général », le bouquet pour le premier concours, « qui se fera en ces provinces, « lorsque le temps le permettra et que le Roy l'approuvera ^ ».

Cependant la paix n'était pas encore donnée à la France, mais le moment approchait où elle allait s'imposer à l'Espagne. Les préliminaires en furent arrêtés le 4 juin 1659, et, le 7 novembre suivant, le Traité des Pyrénées était signé avec le contrat de mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse. Condé, entre autres dispositions du traité, rendait au roi Rocroy -, et recevant son pardon sur la déclaration expresse de soumission qu'il avait adressée au cardinal, rentrait en France et dans la jouissance de ses biens à l'exception de Chantilly 2.

' 0. Coq., p. 369.

^ \\ perdait en outre Stenay, Jamelz, Clermont, Montrond, Bellegarde, Liuchamps et le Catelet.

3 Le prhice quitta Bruxelles le 29 décembre, pour venir trouver la cour à Aix, le 28 janvier 1660. « H fut descendre chez le cardinal Mazarin « avec grande mortification d'être obligé de se soumettre à lui, après « ce qui s'était passé entre eux ; mais il fallut que sa grande fierté et « son courage hautain s'humiliât en cette occasion, et qu'il fléchit le « genou devant l'idole que tout le monde adorait en France » (Montglat, p. 34S). Si l'accueil qu'il reçut du roi et de la reine fut tout d'abord 1res froid, dès le lendemain Condé se trouva à la cour, dit Mademoiselle, comme « s'il n'en fût jamais sorti ». Il ne crut cependant pas devoir assister aux noces du roi, et repartit pour Paris au moment où on recevait à Aix la nouvelle de la mort de son ancien complice, Gaston d'Orléans, qui venait de s'éteindre obscurément à Blois (3 février t6()()).

Le traité n'avMit point oublié le beau-frèrede Gaston, un autre complice que l'Espagne rendit alors à la liberté. Mais le duc de Lorraine, qui avait recouvré son duché, ne tarda pas à attirer de nouveau sur lui les foudres de Louis XIV, et, dépossédé de ses Etals (août 1670), il dut aller servir et iiKiurir à l'étranger (septembre 1675) Charles V, son neveu et sou successeur, ne fut pas plus heureux, cl la

Cette paix, à la faveur de laquelle Montai osa venir à Reims (27 janvier 16G0) recevoir le salut de la ville et solliciter six mois de contribution ', fut accueillie par toute la France « avec une gran- « dissime joie, et parliculit'rement en Champagne et Picardie », où se firent « en toute ville et village de grandes réjouissances ». A Chàlons, il y eut à Saint-Etienne une messe solennelle, où Pierre le Tellier, maître de chapelle de l'église, fit exécuter unc« excel- « lente musique » de sa composition, qui lui valut une gratification de 100 1. "-. La nouvelle de la paix fut apportée à Reims le 16 février 1600, et les courriers qui l'avaient annoncée reçurent dix pistoles^. Le lendemain 17, qui était un lundi, elle fut publiée par les carrefours avec accompagnement de décharges de mousqueterie en chacun des lieux où se faisait la publication, et aussitôt les boutiques de se fermer, le carillon de l'hôtel de ville de jouer, et « les classes des collèges et petites escolles d'être licenciées par (( l'ordre exprès du corps de ville ». Le dimanche suivant, 22 février, chant du Te Beum après vêpres, « avec tambours, fifres, « escopettes, canons, hauUbois » ; feu de joie de la ville, illumination générale, en même temps que distribution de vin aux prisonniers et aux hôpitaux. Ce n'est pas tout : chaque quartier veut avoir son feu de joie « avec grandz despens de festin, de feu d'arec tifice et d'emblesmcs», puis « les corps de l'élection et du prési- « dial, les couvents et les collèges, enfin chacun ». Cela dura plus d'un mois ; les jésuites eurent le leur le 30 avril. Tant en festins que feux, la dépense n'avait pas été de moins de 30,000 livres.

Lorraine demeura au pouvoir des Français jusqu'au traité de Ryswicli (30 octobre 1697), qui la rendit à ses princes (Léopold, fils de Charles V).

Quant au sauveur de la Monarchie, le grand Turenne, Louis XiV devait le récompenser en lui remettant, le 5 avril 1660, à Montpellier, le brevet de maréchal général des camps et années, qui lui donnait la suprématie sur les autres maréchaux de France et sur tous les antres dignitaires de l'armée. Turenne était encore attaché au protestantisme, qu'il abjura en 1G68.

' 11 avait écrit, à ce sujet, une lettre dont le conseil prit connaissance le 7 janvier. (René Bourgeois.)

* La composition était en six livres, et l'auteur la dédia au corps de ville [Comptes de la ville, CC, 115.)

•^ 120 livres.

1661. PAIX DES PYIiÉNÉES. — CALME DE LA PROVLXCE. 89

Quelques villes de la Champagne ont été plus sages, dit Oudart Coquault, en élargissant des prisonniers, « au lieu de tant faire « d'excès ' ».

Oudart avait raison : n'allait-il pas falloir paver, outre une taxe pour les frais du voyage du roi sur les frontières d'Espagne, celle du don gratuit pour son mariage et celle de la ceinture de la reine - ? La ville ne devait pas oublier d'ailleurs que, depuis 1649, elle nourrissait un certain nombre de réfugiés inutiles que les événements lui avaient imposés. Elle s'en souviendra du reste en 16(31, et sur la prescription qu'elle leur en fera le 9 août, cinq cents de ces malheureux quitteront ses murs le jour de la Saint-Remi pour retourner aux lieux de leur naissance ^.

Mais, pour le moment, comment ne pas laisser déborder sa joie, quand, depuis plus d'-un an, grâce à la fermeté de l'intendant M. \oisin, on jouit, « dans toute la province », d'une telle sécurité qu'on y porte « partout la bourse à la main * », et que présentement « Ton marche sans armes, aussi assuré sur les chemins qu'au milieu « des villes et villages » »? Aussi, quand, après son mariage, lequel fut célébré, le 9 juin, à Saint-Jean-de-Luz, le roi devra faire son entrée solennelle à Paris (le 26 août), suivie le lendemain de celle de la reine, des milliers de provinciaux accourront de plus de trente lieues à la ronde, « pour voir cette extraordinaire magnificence », devant laquelle ils demeureront « interdits *" ».

^ 0. Coq., p. -407 à 409. — Cliâlons ne se borna pas à fêter la paix : le 27 février 1660, il envoya au l)nrcau de la Gazette pour y faire insérer la nouvelle de ses réjouissances. {Arch. dèp. de la Marne, G 346, P 15.)

2 René Bourgeois, t. II. La première taxe, tixée à 24,000 liv., est signifiée le 10 octobre 1659 ; on en offre 12,000 livres ; la seconde, signifiée le 11 mai ]()6(), après avoir été débattue, est arrêtée à 8,0()0 écus ; la troisième est de lo,000 livres, selon avis du lieutenant du 13 décembre. On voudrait bien pouvoir échapper à celte dernière ; mais alors il faut se résigner à ne plus aller à Paris: on y a arrêté le maire d'Angers el deux marchands de Rouen en garantie du paiement de ladite taxe. (RcMié Bourgeois, 19 mai.J

3 René Bourgeois, t. II.

*0. Coq., p. 389.

s Id., p. 415.

•* Id., p. 412. — Ainsi feront, onze ans plus tard, les habilanls de toutes

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A Mazarin revenait l'honneur d'avoir réalisé la pensée de HenrilV et de Richelieu : la prépondérance territoriale et militaire de la France dans le monde Européen, en même temps que celle du pouvoir royal dans la sociélé française. L'habile ministre ne jouit pas longtemps de son triomphe : il mourut le 9 mars 1601 ' ; mais il laissait pour héritior (le son œuvre un homme dont le génie et la science devaient admirablement seconder l'infatigable activité du roi : cet homme était Jean-Baptiste Colbert, né à Reims, le 22 août 1619, d'une famille de commerçants.

Moins heureux dans le soin qu'il prit de marier sa nièce bienaimée, Hortense Mancini -, à Charles-Armand de la Porte de la Meilleraie, grand-maître de l'artillerie (28 février 1661), si Mazarin put léguer à ce seigneur sa fortune et son nom, il n'assura pas le bonheur des époux. La Meilleraie réunit par des achats les terres des Gonzague, et obtint, en décembre 1663, l'érection àxxRelheloîs en duché-pairie sous le nom de Mazarin, qui devait également devenir celui de la ville. Le nouveau duc et la duchesse prirent possession de leur domaine en faisant à Rethel une entrée solennelle le 14 juillet 1664. Mais des incompatibilités de goûts et de caractères ne tardèrent pas à les diviser et à les séparer. La frivolité de la duchesse ne put s'accommoder de la dévotion parfois exaltée du duc. A la suite d'un procès scandaleux, où tous deux se déshonorèrent par les factums les plus ignominieux, Hortense finit

les villes de la Champagne, quand le duc d'Orléans, frère unique du roi, viendra épouser à Châlons la fille du prince Palatin. L'entrée de son altesse royale et de Madame fut, il est vrai, magnifique, et la tenue des cavaliers châlonnais digne d'admiration ; on peut en croire sur ce point le Réinois René Bourgeois. Voyez du reste à V Appendice le récit qu'il nous a laissé de la solennité.

1 Moins de cinq années après, le 20 janvier 166{), mourait la reinemère, « universellement regrettée en France, où [depuis la mort du a cardinal] elle était aussi aimée qu'elle avait été haïe durant sa régence, a et qu'elle avait été chérie durant la vie du feu roi son mari » (Montglat, p. 358) .

2 C'était la quatrième des cinq nièces que lui avait données sa seconde sœur ; il avait, en 1657, marié la seconde, Olympe Mancini, à Eugène- Maurice de Savoie, comte de Soissous, qui devint, en 1680, gouverneur de Champagne .

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