‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 80 sur 232 · LES EVEQUES DIRECTEURS SPIRITUELS · texte numérisé non relu

LES EVEQUES DIRECTEURS SPIRITUELS

l'enceinte du couvent et remet à un prêtre éclairé la direction des religieuses. Mais quelques-unes d'entre elles, trop attachées aux Gordeliers, refusent de se soumettre et cessent de participer à la communion. Il faut qu'un nouvel arrêt du parlement (5 septembre 1665) les renvoie à leur tour « à M. l'archevêque de Sens, pour être « par là pourvu aux désordres du monastère,... même par la trans- « lation de telles filles qu'il jugerait à propos en d'autres monasc( tères réguliers ». L'arrêt reçoit son exécution et détermine la soumission des religieuses, sans ranger les Gordeliers à l'obéissance. L'archevêque pense triompher de la résistance de ceux-ci, en signalant au monde, dans un triste factum, leur odieuse conduite. Les Gordeliers ne repoussent pas l'accusation sans attaquer l'honneur de leur prélat, sans rendre au moins injure pour injure. Enfin la justice a prononcé : le 12 avril 1669, un arrêt solennel du parlement remettait les Gordelières de Provins sous la juridiction de M. de Gondrin et de ses successeurs, avec pouvoir de leur donner, s'il le juge nécessaire, des supérieures tirées d'autres maisons ' .

Bossuet, en succédant, en 1681, à M. de Ligny sur le siège de Meaux, devait sortir plus promptement de la lutte engagée par son prédécesseur contre l'abbaye de Faremoutiers, à propos de la juridiction spirituelle de l'ordinaire. Une transaction survint, aux termes de laquelle les religieuses acceptaient cette juridiction, et Tévêque renonçait à l'inspection du temporel, sauf le cas de dissipation ou de mauvaise administration.

Encouragé par ce succès, liossuet songe alors à soumettre l'abbaye de Joaarrc, où la vie, non pas licencieuse, il est vrai , mais molle et facile, lui faisait un devoir d'intervenir. Les austérités y étaient depuis longtemps inconnues ; la salle capitulaire était devenue un salon où siégeaient de grandes dames. Grande dame était elle-même l'abbesse du monastère, Henriette de Lorraine, qui, plus femme du monde que religieuse, et fidèle aux errements de ses devancières, s'absentait fréquemment de son monastère, « où, dit un savant moderne, on avait moins de chance de la « rencontrer qu'aux palais de Versailles, de Saint-(]lou(l ou dans « les grands salons de Paris ''■ ». — Ainsi du reste en usait ailleurs

' Uist. de Provins, t. II, p. ï!()'x-277.

* Le Monastère (le Jouarrc, par II. Thiorcoliii, doclour en droit, l vol. in-18, Paris, Aiihry, 1861, p. 78.

plus (riinc abbesse, Irmoiu ce que dit notre terrible chroniqueur rémois du celle de Saint-Etienne : La voilà revenue d'un voyage de trois mois (novembre 10o7), voyage d'afiairc, dit-elle ; voyage d'agrément, prétend-il. Depuis huit jours qu'elle est arrivée, elle est en continuel mouvement, et « partout traitée splendidement et « avec excès. Ce sont de nos moniales qui disent avoir quitté le « monde, et qui, pour entretenir leur cuisine, serviteurs et superce l'iuités, n'ont d'autre métier que de solliciter un père de

« famille » assez puissant pour faire de sa fille une religieuse, pas assez riche pour lui constituer une dot et la marier'. Grâce aux séductions que savent exercer de telles gens, voilà de « pauvres « enfants fourrés dans ces prisons perpétuelles. On les y introduit « dès dix, onze et douze ans, vesture à treize ou quatorze, et pro- (( fession à quinze au plus tard. Plus de quatre ans après, elles « ne savent ce qu'elles ont fait ; c'est à vingt-deux, vingt-trois, « vingt-quatre et vingt-cinq ans, qu'elles commencentà reconnaître « de quel sexe elles sont » ; mais trop tard. Sans vocation religieuse et cédant sans peine à l'entraînement de l'exemple, elles vivent du moins « comme grandes dames : leur moindre repas est de bœuf, « veau et mouton, de trois sortes à chacune fois, pain de froment « de pure fleur, tous les meilleurs fruits en leur saison, de même « des meilleurs légumes, en vert seulement ». Et comme on ne mange pas toujours, qu'il faut occuper les esprits, ces dames, qui ne sont gens de travail, après le dîner vont au parloir où elles trouvent nombreuse compagnie, amis, pères, mères, frères et sœurs, qui les informent à l'envi « de toutes les nouvelles de la « ville, de guerre, de dissension et pertes des particuliers, de ban- « queroutes, et particulièrement des mariages, ce qui les démange « le plus, dont elles sont privées par un vœu qui est plus de vestale i( que de religieuse-. » Aussi ne faut-il pas être surpris de voir les religieuses de Foicy profiter avec empressement de la chute d'une muraille de leur couvent pour se procurer de la société (1711). La curiosité aidant d'autre part, on vient les voir en foule, on pénètre partout, et l'on pousse la licence jusqu'à faire retentir le monastère de chants et de paroles indécentes. On n'y mit pas ordre

' 0. Coq., t. II, p. 357.

■^ Id., ibiJ., |). 379 et sq.

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