LA REGALE
de moins qu'à ruiner la liberté du Saint-Siège '. H y était encouragé par la servilité du clergé, qui, tout en entendant ces libertés autrement que les magistrats, se laissait facilement aller à faire litière à la royauté des prérogatives de l'Eglise. C'est ce que l'on vit bien dans la conduite des assemblées de 1681 et 1682, où s'agita la fameuse question de la régale, doublée de celle des Quatre articles.
En dépit des décisions du concile de Lyon de 1275, de l'ordonnance de Louis XII (mars 1498, art. XII) et de l'édit de Henri IV (1606), qui interdisait l'extension du droit de régale^- aux églises qui en étaient exemptes, Louis XIV avait entendu y soumettre toutes les provinces du royaume (lU février 1673, confirmé en 1675). Sur cent trente évoques, deux seulement, ceux d'Aleth et de Pamiers, osèrent protester contre cette prétention, au risque d'attirer sur eux les rigueurs du , gouvernement. La mort vint y soustraire l'évoque de Pamiers (7 août 1680) ; mais celui d'Aleth, Pavillon, eut à soutenir une terrible lutte, où, combattu par le métropolitain de Toulouse et dépossédé de son siège par l'intendant Foucault, il ne trouva de recours contre la violence que dans la fermeté d'Innocent XI. Elle ne lui manqua point ; mais les menaces de censure du Souverain-Pontife (29 décembre 1679) ne devaient avoir d'autre effet que de porter le roi à chercher un appui dans des assemblées d'évêques soigneusement choisis pour concourir à ses desseins. Ses agents ne tardèrent point à lui fournir l'occasion d'humilier l'Eglise, en lui adressant un mémoire pour le prier de convoquer les prélats qui se trouvaient à Paris, et dont la singulière prudence l'aiderait à pacifier toutes choses.
Réunis en mars chez l'archevêque de Paris, au nombre de cinquante-deux, lesdits prélats y font une assez triste figure. Le Tellier, qui, au milieu de 1680, avouait dans un mémoire à son père que les déclarations de 1673 blessaient les droits spirituels de l'Eglise» ,
< « Surtout depuis M. Colbert, dit Bossuet (Ledieu, Journal, 1. 1""", p. 8), « ou avait eu cotte politique d'Iuimilier Rome et de s'afïermir contre elle ». Le prétexte était de soustraire la couronne à une domination (pie les temps ne comportaient plus.
■^ Droit du roi de disposer des bénéfices pendant la vacance des sièges épiscopaux.
3 Recherches hislorinaes sur rassemblée du clergé de France en 1682 par Ch. Gérin, Paris, 1870, p. 40 et sq.
m> LA PROVlNCIi; DR CHAMPAGNE.
s'est constitua'' le rapporlourscrvilcdesalTaireson litige f tparticulièretnent (le celle de la régale. Il ne se sert de l'auforitéque lui donnent sa dignité d'archevêque de Reims et ses relations avec la cour, que pour exulter la bonté du roi, disculper rarchevêque de Toulouse des violences dont il s'est souillé, et présenter le parti royaliste comme celui de la conciliation et de la paix. Toutefois il comprend qu'une réunion particulière ne saurait rien conclure sur une matière si importante, et il propose la convocation d'une assemblée générale du clergé. La proposition est unanimement adoptée le 2 mai ', et après avoir en deux mois tenu quatre séances, la petite assemblée se dissout le 7, pour l'aire place à V assemblée de 1682.
Celle-ci, qui ne conqjtait que trente-quatre membres- , (-lus conformément au choix qu'en avait fait Sa Majesté^, se réunit le 31 octobre i68L Après avoir élu pour présidents les archevêques de Paris et de Reims, et entendu le fameux sermon du nouvel évéque de Meaux sur V Unité de V Eglise, elle aborda la question de la régale, soumise la première à son examen. Ce fut pour Le Tellier l'occasion d'un nouvel éloge du zèle religieux de Louis XIV. a 11 n'y « a point, dit-il, de province dans le royanme qui ne se ressente « de ses bienfaits. La mienne vient d'en retirer un avantage très « considérable par la destruction de l'académie de Sedan.... En la « supprimant, le roi n'a pas moins mérité de l'Eglise ; car il l'a « heureusement délivrée de tous les maux et de tous les désordres « qui se répandaient dans le royaume de cette source empoisonnée. « On voit partout des temples abattus par l'équité de ses jugece ments ; on n'entend parler que des conversions qui se font dans « nos diocèses par ses soins.., ^ » Ce langage pouvait ravir les catholiques ; mais il était en opposition formelle avec les sentiments du pape, « Le croira-t-on, » en effet, dit Legendre, « ce sera sans
* Ce fut ce jour-là môme que M. de Paris, sur l'ordre du roi, annonça à l'assemblée la nomination de Bossuet à l'évêché de Meaux (Voyez sur cette assemblée et sur celle de 1682 M. Gillet, ch. X).
* Indépendamment des trente-quatre évèques, il y avait deux députés du second ordre ecclésiastique par chaque métropole.
3 Bossuet se défendit vainement de cet honneur ; le roi voulut qifil fût élu (Lettre à M, de Rancé).
* Gillet, p. 3X>8.