Mailla, VII, pp
l'opportune révolte occasionnée dans le pays de Chou par la mort de Ko Tch'oung-t'ao. Li Chao-tchen était à la tête des mécontents contre lesquels on envoya Li Chao-joung qui mit le siège devant Ye Tou et fut repoussé, puis fut envo^^é une seconde fois pour reprendre cette opération. D'ailleurs l'irritation était générale ; d'autres troubles éclatèrent, en particulier à Tsang Tcheou avec Wang King-tan et à Hing Tcheou, avec Tchao Ta. Malgré sa répugnance, l'empereur fit appel à Li Se-youen et l'envoya à Ye Tou (926), mais l'un de ses officiers, Tchang Pou-wei, l'empêcha d'attaquer cette ville. D'un autre côté, Li Ki-ki dépêche Toung Tchang qui défait Li Chao-tchen ; celui-ci fuit à Han Tcheou où il est investi; mais cette ville, sans fossés, aux murs en ruines, ne pouvait offrir aucune défense sérieuse ; Li tenta une sortie, mais, poursuivi, il fut fait prisonnier. Li Se-youen avait appelé à son secours Li Chao-joung qui, non seulement l'accusa d'être de connivence avec les rebelles, mais encore intercepta les placets qu'il adressait à Tchouang Tsoung pour justifier sa conduite. Craignant pour sa vie, Li Se-youen lève une grosse armée pour se défendre contre ses ennemis; l'empereur, mal renseigné, envoie Pe Tsoung-houei contre lui. Après avoir fait mettre à mort l'ancien prince de Chou, Wang Yen, et sa famille, l'empereur se rend à Lo Yang d'où il s'avance sur les bords du Fan Chouei; il envoie Li Ki-ki à Li Yang pour in\dter Li Se-youen à venir le trouver, mais Li Chaojoung craignant que l'on ne découvre ses intrigues, fait assassiner le messager. Pendant ce temps, le commandant de Ta Leang, Koung Siun, fait sa soumission à Li Se-youen qui se rend dans cette ville où il est rejoint par une partie des troupes impériales qui font défection. L'empereur est obligé de retourner à Lo Yang. A son tour, Li Se-youen prend la route du Fan Chouei. Mais des événements graves se passaient dans la capitale : Un des comédiens de l'empereur, Ko Tch'oung-k'ien, qui commandait un corps de troupes se révolte; Tchouang Tsoung en se défendant est blessé grièvement; il meurt à la quatrième lune, âgé de trente-cin'q ans suivant les uns, de 43 ans suivant les
autres, après avoir bu une coupe de lait aigre que lui envoya l'impératrice Lieou Che qui s'empressa de fuir avec tout ce que le palais contenait de précieux ; le corps du malheureux empereur fut brûlé alors que le misérable Ko Tch'oungk'ien pénétrait dans la ville que ses soldats mirent au pillage. (4e lune, 926.)
Li Se-youen arrivé à Ying Tseu Kou y apprit avec regret la mort de Tchouang Tsoung ; il se. rendit immédiatement à Lo Yang pour faire cesser le pillage; là, il recueillit les restes du malheureux empereur, en attendant l'arrivée du prince de Wei. Les principaux fonctionnaires, Teou Lou-ke en tête pressèrent vainement Li Se-youen de monter sur le trône. En apprenant ces nouvelles, le fourbe Li Chaojoung avait pris la fuite, mais arrêté et conduit, chargé de fers, à Lo Yang, il y fut mis à mort. Le prince de Wei, fils de l'empereur, qui avait fait conduire, juger et exécuter Li Chao-tchen à Foung Siang, se met en route pour Lo Yang; en l'attendant, Li Se-youen accepte le titre de Protecteur de l'Empire.
Toute la famille de l'empereur avait pris la fuite ; dans la crainte qu'ils ne fussent la cause de troubles, Ngan TcHOUNG-WEi fit assassiner deux des fils de l'infortuné souverain : Li Ts'ouen-kio, prince de Toung, et Li Ts'ouen Kl, prince de Fa; par ordre de Li Se-youen, l'infâme Lieou Che fut punie de son crime par la mort ; le Protecteur renvoya dans leurs familles les plus jeunes femmes du palais et fit arrêter les eunuques et les comédiens.
Le prince de Wei, Li Ki-ki, quoiqu'il eut été appelé par Li Se-youen, s'imagina follement que tout était perdu pour lui et se fit étrangler par Li Houan, un de ses officiers. La famille de Tchouang Tsoung étant éteinte, Li Se-youen accepta sa succession, mais il conserva à la dynastie le nom de T'ang, faisant remarquer que depuis l'âge de treize ans il avait été élevé comme son fils par Li K'o-young, père du défunt empereur; il prit le deuil et accompagna le cercueil de Tchouang Tsoung en sa qualité de successeur (926).
Le nouvel empereur était un Tartare illettré nommé Ming Tsoung.
MiAO-Ki-LiÉ élevé, comme nous l'avons dit, par Li K'oyoimg qui, satisfait de sa bravoure, l'avait adopté en changeant son nom en celui de Li Se-youen qui devint Ming TsouNG sur le trône. Il débuta par une amnistie générale et une grande réduction dans le personnel du palais : femmes, eunuques, cuisiniers, etc. Ming Tsoung avait envoyé Ya Kouen à A-pao-ki pour lui annoncer la mort de Tchouang Tsoung que le chef K'i Tan semble avoir apprise avec un véritable chagrin, ce qui ne l'empêcha pas de demander qu'on lui abandonnât tout le pays au nord du Houang Ho; il se contenta ensuite de réclamer Tcheng Ting et Yeou Tcheou, et garda Ya Kouen prisonnier. Pour soutenir ses revendications, le chef K'i Tan, à la 7^ lune de 926, pénétrait dans le Pou Haï, royaume fondé sur le Leao par les Niu Tchen, prenait la ville de Pou Yu tch'eng, y établissait son fils aîné Tou Yu qu'il créait prince de Jen Houang, et installait comme général de ses troupes à S i Leou son second fils Te Kouang. Ce fut la dernière campagne d'A-pao-ki qui mourut à la 9^ lune (926) à Pou Yu tch'eng.
Grâce à l'adresse de la princesse Chou liu, mère des deux fils d'A-pao-ki, ce fut le second, son préféré, qui fut choisi comme empereur des Leao au détriment de Tou Yu qui fut envoyé sous bonne escorte à Pou Yu tch'eng. Te Kouang s'empressa de remettre Ya Kouen en Hberté et fit enterrer son père « avec une pompe extraordinaire, à la montagne Fou ye chan » [à 30 li à l'est de Kouang Ning du Leao Toung] 1. Suivant le P. Wieger ^, A-pao-ki fut enseveli dans les Monts Mou Ye (région de Moukden) ; Gaubil ^ nous dit que sa sépulture fut retrouvée sous l'empereur K'ang Hi, dans les montagnes au nord de Parin. Sur le tombeau d'A-pao-ki, sa veuve fit exécuter tous les fonctionnaires qui lui avaient donné de mauvais conseils. Un officier chinois distingué, Lou Wen-tsin, entré au service d'A-pao-ki commandant pour les K'i Tan à Ping Tcheou, à la suite de