‹ Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers depuis les temps les plus anciens jusqu'à la chute de la dynastie mandchoueChapitre 231 sur 265 · I. Fleury, Hist. eccl., XVII · texte numérisé non relu

I. Fleury, Hist. eccl., XVII

de sa déposition, mais nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de cette grande guerre entre l'Empire et la Papauté.

L'invasion de l'Europe ^ par les Mongols causait à Rome, aussi bien que dans tous les pays Chrétiens, la plus vive anxiété. Les intérêts politiques et spirituels de l'Eglise réclamaient beaucoup de diplomatie et surtout de zèle. Innocent IV s'adressa pour accomplir son œuvre de propagande aux deux grands ordres mendiants qui se partageaient la Chrétienté et qui, malgré leur origine relativement récente, répandaient déjà au loin la gloire du nom chrétien.

Au xïi^ siècle, l'Église passait par une crise redoutable; toujours puissante, mais menacée par l'hérésie et le schisme, déconsidérée par un clergé corrompu, elle était mûre pour une réforme. Abailard ^ discutait avec Saint Bernard; son disciple, Arnaud de Brescia, brûlé à Rome en 1155,

1. Brevis nota. Oremus... « quod multiplex erat dolor suus, quia quinque dolores circumdederant eum. Primus erat de difformitate praelatorum & subditorum. Secundus erat de insolentia Saracenorum. Tertius de schismate Graecorum. Quartus de saevitia Tartarorum. Quintus de persecutione Friderici imperatoiis ».

« Rediens ad primum articulum... Postea de insolentia Saracenorum, referens rumores de iis quae tune acciderant ultra mare, quando Jérusalem occupaverant, & everterant sepulcrum Domini, et cetera sacra loca de partibus illis, & Christianos interfecerantinfinitos & quaecumque ibi per eos fuerant perpetrata. . . Quarto de saevitia Tartarorum, quomodo terram Christianorum intraverant, & Hungariam occupaverant, non parcentes, quin omnes interficerent, sexui vel aetati... »

Instilutioyies factae in Concilio generali apud Lugdunum. XVI. De Tariaris.

« Sane Tartarorum gens impia, Christianum populum subjugare sibi, vel potius perimere, appetens, collectis jamdudum suarum viribus nationum, Poloniam, Rusciam, Hungariam, aliasque Christianorum regiones ingressa, sic in eas depopulatrix insaevit, ut gladio ejus nec aetati parcente nec sexui, sed in omnes indifferenter crudelitate horribili debacchante, inaudito ipsas exterminio evastarit, ac aliorum régna continuato progressu, illa sibi, eodem in vagina otiari gladio nescicnte, incessabili persecutione substernit; ut subsequcnter in robore fortiores exercitus Christianos invadens, suam plenius in ipso possit saevitiam exercere, sicque orbato, quod absit, fidelibus orbe, fides exorbitet, dum sublatos sibi gemuerit ipsius gentis feritate cultores... >> (Mansi.)

2. Né en 1079 à Palais, bourg à quelques lieues de Nantes; t 2 avril

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voulait ramener l'Eglise à sa forme primitive et réclamait la suppression des biens temporels du clergé ; le Lyonnais Pierre Valdo ' professait que tout laïque, homme de bien, avait le même droit que les prêtres d'enseigner et d'administrer les sacrements; la vieille hérésie des Manichéens ressuscitait dans Us Albigeois dirigés par R.w^iond Yl, comte de Toulouse.

Deux hommes surgirent au moment opportun pour endiguer le flot qui ébranlait les assises de l'Eglise ; l'un, sorti du peuple, François d'Assise; l'autre, noble d'origine, Dominique de Guzman.

François, né à Assise, dans l'Ombrie, en 1182, créa l'ordre des Frères Mineurs, appelés d'abord les pauvres Pénitents d'Assise, dont larègle fut approuvéeàRomepar Innocent III en août 1209, disent les uns, mais plus probablement en 1210. Le Concile de Latran, tenu du 11 novembre, jour de Saint Martin, au 39 novembre 1215, jour de Saint André, ayant décidé que pour éviter les inconvénients qui résultaient de la multiplicité des ordres monastiques, il n'en serait pas créé de nouveaux, et que quiconque voudrait entrer en religion embrasserait un de ceux qui avaient été approuvés ^, Innocent III, a^'ant fait connaître qu'il avait approuvé le nouvel ordre, on chercha à faire choisir par François une des règles déjà adoptées par l'Eglise, par exemple celle de Saint Benoît; François, moins faible que Dominique, refusa toute concession, et garda sa règle, qui fut approuvée définitivement par Honorius III, le 29 novembre 1223. On sait que ce grand Saint, épuisé par ses austérités, mourut dans sa quarante-cinquième année, le 3 octobre 1226.

r. Chef des hérétiques Vaudois, né à Vaux, sur les bords du Rhône.

2. XIII. De novis religionibus prohibitis. Ne nimia religionum diversitas gravera in ecclesia Dei confusionem inducat, firmiter prohibemus, ne quis de cetero novam religionem inveniat : sed quicumque voluerit ad religionem converti, unam de approbatis assumât. SimiUter qui voluerit religiosam domum fundare de novo, regulam & institutionem accipiat de religionibus approbatis. » (J. D. Mansi, Sac. Conciliorum... Collectio. t. XXII, col. 1002.)

Saint François.

yj2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Dominique, né en 1170, à Calaruega ouCalagora, dans la \'ieille-Castille, de Félix de Guzman et Juana de Aza, entreprit de consolider l'Église par la prédication et créa l'Ordre des Frères Prêcheurs, qui reçut l'approbation provisoire d'Innocent III, mais à la suite de la décision du Concile de Latran où il avait été amené par Foulques de Marseille, évêque de Toulouse, Dominique, sur le conseil du Pape, tourna la difficulté en embrassant la règle de Saint Augustin et en y ajoutant quelques pratiques plus austères d'après les statuts des Prémontrés, sans exiger encore le vœu de pauvreté; enfin Honorius III approuva le nouvel ordre sous le nom de Frères Prêcheurs par deux bulles du 26 décembre 1216, lors du second voyage de Dominique à Rome. C'est dans la Ville éternelle que se rencontrèrent les fondateurs des deux nouveaux ordres, le Franciscain, plus grand que le Dominicain, parce que plus humble. Dominique mourut à Bologne le 26 août 1221.

Le bruit courait dans la Chrétienté qu'un potentat de l'Asie Centrale désigné sous le nom de Prêtre Jean était chrétien. Il semblait tout- désigné pour ser\4r d'intermédiaire entre les Chrétiens d'Occident et ceux d'Extrême- Orient.

La légende du Prêtre Jean est née au xii^ siècle au moment des Croisades. Les guerriers occidentaux recueillirent avec empressement le bruit qu'un souverain chrétien, mais nestorien, s'était rendu maître de l'Asie Centrale et qu'il se portait au secours de ses coreligionnaires contre les musulmans. Otto de Freising est le premier auteur qui nous marque l'existence de ce prince asiatique, dans une lettre de 1145 adressée de Syrie, par l'évêque de Gabala au pape Eugène III. « Quelques années auparavant, dit l'évêque, un prince appelé Jean, qui habitait, derrière l'Arménie et la Perse, à l'extrémité de l'Orient, professant, ainsi que son peuple, le nestorianisme et réunissant en ses mains l'empire et le sacerdoce, était venu porter la guerre dans la Médie et la Perse, s'était emparé d'Ecbatane et

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avait tailk' en pièces les armées ennemies -i. En réalité dans cette lettre, il s'agissait du fondateur de la dynastie des Kara K'i Taï. Jacques de Vitry, mort en 1243, Albéric des Trois Fontaines (1232-1252), qui sous la date de 1165 rapporte que des lettres de ce souverain arrivèrent au Pape et aux empereurs d'Orient et d'Occident, Vincent de Beauvais, Sempad l'Arménien, Ricold de Monte Croce, mentionnent le Prêtre Jean. Marco Polo parle longuement de ce personnage résidant au Tendue qu'il appelle Georges et de ses relations avec Tchinguiz Khan ; il nous raconte la bataille dans laquelle le Prêtre Jean perdit la vie : « Et après ce deus jors s'armarent andeus les parties et se conbatirent ensenble duremant et fu la grangnor bataille que fust jamès veue. Il hi oit gran maus et d'une part et d'autre; mes au dereant venqui la bataille Cinchins Can, et fu en celle bataille liocis le Prestre Johan, et de celui jor avant parde sa tere que Cinchin Can la ala conquistant tout jor, et si voz di que Cinchin Chan puis celle bataille régna six anz, étala conquistant maint castiaus et mant provinces » 1. Odoric nous dit qu'entre « lui et le grant Caan de Cathay a telles convenances et aliances que Prestre Jehan a tousdis à femme la fille du grant Caan et ainsi leurs prédécesseurs a tous] ours mais 2. »

Après Marco Polo et Odoric, — nous abandonnons complètement la relation, apocryphe, disons le mot, de Mandeville, et les fables de Jean de Hesse, — dès le xiv^ siècle, un nouveau Prêtre Jean surgit en Afrique ; nous nous trouvons en présence de deux mythes, l'un asiatique, l'autre africain, dont les héros résident dans des pays aussi éloignés l'un de l'autre que le Tendue et l'Abyssinie. Le mythe africain ne tardera pas à faire oublier l'autre et les cartographes placeront le Prêtre Jean dans les pays gouvernés par le Négus. Sir H. Yule parait croire que le titre de Prêtre Jean a appartenu d'abord à un prince abyssin ; il lui paraît presque certain que la lettre du Pape Alexandre III conservée par R. Hoveden, et écrite en 1177 au Magnific-us

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