L. c, col
bonne heure sa vocation religieuse le conduisit vers Çauma, qui, après avoir reçu une bonne éducation, avait distribué ses biens aux pauvres, pris l'habit monastique et avait recula tonsure des mains de Mar Guiwarguis (Georges), Métropolite de Khan Baliq; à son tour, Marcos était tonsuré par Mar Nestorios, sans doute successeur du Métropolite Georges. Les deux moines s'étant décidés à faire le pèlerinage de Jérusalem se mirent en route (1278), passant à Khotan, Kachgar, chez Kaidou à Talas, traversèrent le Khorasân, puis l' Azerbaïdjan pour se rendre à Baghdad près du Catholicos ou Patriarche Mar Denha, élu en 1266 à la place de Makika, mort le 18 avril 1265 ; nos voyageurs eurent la bonne fortune de rencontrer Denha à Maragha, dans l' Azerbaïdjan, ancienne capitale de Houlagou ; le cathohcos, à la suite d'une émeute, avait été obligé de quitter Baghdad en 1268 et il avait fixé sa résidence à Ôchnou, dans l' Azerbaïdjan; il reçut fort bien les pèlerins, qui continuèrent leur route à Baghdad, Arbèle, Mosoul, Singar (Sindjar), Nisibe et Mardin. Ils furent ensuite envoyés par Denha au camp d'Abaka (f à Hamadan, le 18 mars 1282; remplacé par Ahmed, 6 mai 1282), puis ils se rendirent à Ani, une des anciennes capitales de l'Arménie, puis en Géorgie, et retournèrent près du Patriarche, qui en 1280 nomma Marcos, sous le nom de Jabalaha, Métropolite de Cathay, et Rabban Çauma Visiteur général. Denha mourut peu après à Baghdad le 24 février 1281 et fut remplacé comme Patriarche par Jabalaha 1, sacré la même année au mois de novembre; nous ne retracerons pas sa carrière mouvementée ; il mourut le 13 novembre 1317 à Maragha, sous Abou Saïd, successeur d'Oldjaïtou. Son ami Rabban Çauma mourut à Baghdad, dès le 10 janvier 1294, mais il eut le temps de servir d'agent à Arghoun Khan dans les missions que ce prince envoya en Occident et dont nous allons parler.
Arghoun avait le plus vif désir de rentrer en possession de la Syrie, jadis conquise par Houlagou, tombée entre les
I. i< Jaballaha ex génère Turcorum in regione Catajae natus, metropolita Tanchet. » (Assemani, II, p. 456.)
mains des Arabes à la suite de la bataille de Yarmouk (20 août 636) ; de là son intérêt à entrer en relations et à rechercher l'alliance des Princes chrétiens qui détenaient encore quelques forteresses en Palestine contre les conquérants musulmans. Il est possible qu'une première ambassade ait été envoyée par le souverain de Perse au Pape, ainsi qu'il apparaîtrait par une lettre datée du 18 mai 1285 adressée par Arghoun à Honorius IV; il est question dans cette lettre d'un certain « Ise terchiman », autrement dit l'interprète (terdjuman) Isa, qui ne serait autre que le Ngai- SIE des Chinois arrivé en Perse avec le Bolod (Pulad) Tchingsang, qui fournit à Rachid ed-Din des renseignements sur les affaires mongoles. Ngai-sie dont il est parlé dans les textes chinois paraît avoir été un chrétien de langue arabe, originaire de la Syrie occidentale 1. Il me semble plus probable que les premières relations d' Arghoun, qui avait succédé à Ahmed au mois d'août 1284, remontent à la mission du moine Rabban Çauma, qui se rendit en occident par Byzance (mars 1287) ; il débarqua à Naples, se rendit à Rome, où, le Pape Honorius IV étant mort le 3 avril 1287, il fut reçu par les Cardinaux, en Toscane, à Gênes, puis en France où, recueilli à Paris par le roi Philippe le Bel, il passa en Gascogne, probablement à Bordeaux, séjour du roi Edouard pr d'Angleterre; il retourna à Gênes, où il passa l'hiver, et à Rome; le Cardinal JÉRÔME d'Ascoli, évêque de Palestrina, Général des Frères Mineurs, élu le 20 février 1288 Pape sous le nom de Nicolas IV, reçut Rabban Çauma, auquel il administra la Communion; l'ambassadeur retourna ensuite en Perse.
Un nouvelle mission d'Arghoun (1287-1288) passa les fêtes de Pâques à Rome et repartit en avril 1288 avec des lettres du Pape pour le Khan de Perse, le Catholicos, la veuve d'Abaka, mère de Kaikhatou, la princesse Elagag, l'évêque de Tauris, Denys, et d'autres personnages. En 1 289-1 290, Arghoun renouvelait sa tentative : cette mission fut cordée au Génois Buscarel, qui partit de Perse après les fêtes de Pâques de 1289 et arriva à Rome à l'automne;