I. T'oung Pao. déc. 1914. PP
évoque d'Al Maliq (Armalech) sous le Pontificat de Benoit XII. Nous avons une lettre d'un de ses moines, un Espagnol, nommé Pascal, datée d'Armalech, fête de saint Laurent, 10 août 1338, adressée à ses confrères du couvent de Vittoria; il s'était rendu de cette ville avec le frère Gonsalvo Transtorna à Avignon; il s'embarqua à Venise, débarqua à Galata, où, prenant un autre navire, il traversa la Mer Noire, alla dans la Ciazaria (Crimée) et débarqua à " Tana; il se rendit à Saraï, à Ourghanj sur l'ancien lit de rOxus, dans le pays de Khi va, à Saratchik sur le Jaic (Oural) et à Al Maliq; il nous dit que depuis Ourghanj, qui est la dernière ville des Persans et des Tartares, il a voyagé parmi les musulmans. Pascal ne devait pas survivre longtemps. Ses compagnons à Al MaUq étaient, outre l'évêque Richard, les frères François d'Alexandrie et Raymond RuFFi de Provence, plus deux frères lais, Laurent d'Alexandrie et Pierre Martel, de Narbonne, et un nègre de l'Inde, Jean, converti par les frères et appartenant au tiers ordre de Saint- François; ils étaient bien traités par le chef djagatai qui régnait à Al Maliq et avait été guéri d'un cancer grâce aux prières plutôt qu'aux drogues de François d'Alexandrie; mais un usurpateur nommé Alisolda empoisonna son chef et ses quatre lîls, fit massacrer les Chrétiens y compris tous nos missionnaires, ruinant ainsi définitivement une Chrétienté florissante. Ahsolda fut lui-même tué peu de temps après. Wadding ou plutôt Barthélémy de Pise place le martyre vers la fête de saint Jean Baptiste, alors que Gérard Odo était général de l'Ordre; Yule donne 1339 comme année et Gams 1342.
Vers 1328, Monte-Corvino mourait à Khan Bâliq : ce fut Successeurs un Français, ancien professeur de théologie à la Faculté de de Monte- Paris, Nicolas, qui le remplaça le 18 septembre 1333 ; il était Corvmo. arrivé en Chine avec vingt -six moines et six frères laïques. Gams, Séries Episcoporimi, donne comme successeur de Nicolas comme archevêque de KhanBaliq, mort en 1338, Cosmas, qui n'a pas résidé dans cette ville non plus que ses successeurs : Guillaume de Prato (ii mars 1370), JosephDominique (9 août 1403), Conrad (environs de 1408),
Jacques (1427), Léonard, Barthélémy (15 avril 1448), Bernard, Jî;an de Pelletz (1456), Barthélémy II et, enfin, le quatorzième, Alexandre de Caffa, franciscain, pris par les Turks en 1475, gardé sept ans en captivité, mort en Italie en 1483.
Cependant le Saint Siège pourvoyait avec ardeur aux besoins sans cesse renouvelés de la mission de Pe King. En 1370, Urbain V envoyait de nouveaux missionnaires ; Guillaume de Prato, professeur à l'Université de Paris, était nommé archevêque de Pe King. Ces religieux furent bientôt suivis de soixante autres; en 1371, François de PoDio, surnommé Catalan, fut envoyé en Chine comme légat apostolique avec douze compagnons, mais on n'entendit jamais plus parler d'eux. Aux Mongols tolérants avait succédé la dynastie chinoise des Ming, et les progrès du Christianisme furent arrêtés pendant près de deux cents .ans ; la mission de Zaïtoun et les autres Chrétientés du Fou Kien et du Tche Kiang n'avaient, pas plus que celles de Khan bâliq et d'Ili Bâliq, échappé à la destruction; en 1362, Jacques de Florence, cinquième évêque de Zaïtoun, probablement successeur de Pierre de Florence, fut massacré par les Chinois.
Les Franciscains observantins, avec le P. Pedro d'Alfaro, Gardien des Philippines, de la province de Saint- Joseph, né àSéville, et les PP. Jean Baptiste de Pesaro en Itahe, Sébastien de Saint-Francisque et Augustin de Tordesillas, ne revisitèrent la Chine qu'en 1579. Mais, à la vérité, les missions catholiques de Chine ne reprirent de leur importance, pour mieux dire ne furent définitivement établies que par les Jésuites, successeurs de saint François- Xavier, et particuUèrement par le célèbre Matteo Ricci. à la fin du xvi^ siècle.
Nous avons déjà signalé quelques-uns de ces voyageurs laïques, tels l'orfèvre Guillaume de Paris, rencontré à Kara- Koroum par Rubrouck, Pietro de Lucalongo, bienfaiteur de Monte-Corvino ; Guillaume de Rubrouck mentionne aussi à la Cour du Khan une esclave allemande et un Hongrois, une femme de Metz en Lorraine, nommée Pasca ou
Paqiictte, capturée en Hongrie, un clerc d'Acre, nommé Thcodolus ; certainement ces étrangers étaient les victimes de raids opérés par les Tartares en Europe orientale; le guide de Rubrouck au palais de Mangkou était un garçon hongrois; parmi les artilleurs employés au siège de Siang Yang, Marco Polo indique un Allemand et un chrétien nestorien; plus tard, nous trouverons le Génois Andalô de Savignone, qui -entra dans les bonnes grâces du Grand Khan et entreprit en 1338 un second voyage en Chine. Mais de beaucoup le plus célèbre est le Vénitien Marco Polo, dont nous allons essayer de retracer brièvement la carrière.
Andréa Polo de S. Felice eut trois fils, Marco, Nicolo et Maffeo, notables commerçants : Marco, l'aîné, paraît avoir été établi quelque temps à Constantinople et avoir possédé un comptoir à Soldaia en Crimée; son homonyme neveu, Marco le grand voyageur, fils de Nicolo, est né en 1254. Nous trouvons en 1260 Nicolo et Maffeo à Constantinople; leurs affaires leur font remonter la Volga, les entraînent à Bokhara, puis à la Cour du Grand Khan, qui les reçoit bien. K'oublai les renvoie avec un de ses officiers comme ambassadeurs au Pape porteurs de lettres demandant au Souverain Pontife un grand nombre de missionnaires pour évangéhser ses sujets, non pas que le chef mongol eût, comme on l'a cru, un penchant pour le christianisme, mais bien parce qu'il le trouvait une religion propre à adoucir les mœurs encore frustes de ses peuples.
Les frères Polo, de retour à Acre, en avril 1269, apprirent la mort de Clément IV, survenue l'année précédente; l'élection de son successeur n'avait pas encore eu lieu et Nicolo et Maffeo se rendirent à Venise. Nicolo eut le chagrin d'apprendre la mort de sa femme et la joie de retrouver son fils Marco, alors âgé de quinze ans.
Accompagnés de ce dernier, les deux frères se remirent en route pour accomplir la mission que leur avait confiée le Grand Khan; à Acre, ils consultèrent le légat du Pape en Syrie, Tedaldo Visconti, archidiacre de Liège, qui leur remit des lettres pour K'oublaï, expliquant les circonstances
causes de l'insuccès de leur mission; les Vénitiens se mirent en route, mais ils étaient encore au port d'Aias, lorsqu'ils apprirent l'élection au Saint-Siège de leur ami Tedaldo lui-même, qui régna sous le nom de Grégoire X; ils s'empressèrent de revenir sur leurs pas ; mais le personnel faisait défaut et le nouveau Pape, outre des paroles d'encouragement, ne put que leur donner deux Dominicains, qui, effrayés de la durée et des difficultés de ce lointain voyage, se hâtèrent de rentrer en Europe à la première occasion qui se présenta de le faire. Il est probable que le second départ de la famille Polo eut lieu en novembre 1271.
Partis d'Aias, les Polo passèrent par Sivas, Mardin, Mosoul, Baghdad, Ormouz, où, au lieu de prendre la mer, ils remontèrent à Kirman, au Khorasân, à Balkh, traversèrent le Badakhchan, franchirent les Pamir, passèrent à Kachgar, Yarkand, Khotan, atteignirent le Lob Nor, pénétrèrent au Tangout et parvinrent enfin à la Cour du Grand Khan en mai 1275.
Les voyageurs furent bien accueillis par K'oublaï qui prit en amitié le jeune Marco à cause de sa bonne humeur, de son habileté à raconter des anecdotes et de son intelligence, et il ne tarda pas à utiUser ses talents dans différentes missions, dont la première sans doute conduisit le jeune Vénitien au Chan Si, Chen Si, Se Tch'ouan, Yun Nan, probablement entre 1277 et 1280; dans son récit, Marco nous décrit la bataille livrée à Young Tch'ang, qu'il appelle Vochan, par le roi de Mien (Birmanie), battu malgré ses éléphants par les troupes mongoles. Il est probable que Marco occupa aussi différents postes; lui-même nous dit que, pendant trois années, il fut gouverneur de la grande ville de Yang Tcheou.
Cependant les Vénitiens, fatigués de leur long exil, craignant, d'autre part, les complications qui pouvaient surgir à la mort du Grand Khan âgé, auraient bien voulu regagner leur patrie, mais K'oublaï faisait la sourde oreille à leurs discrètes allusions à ce désir de quitter la Cour. Il fallut une circonstance fortuite pour qu'il leur fût permis de réaliser leurs projets. Le souverain de Perse, Arghoun,
petit-neveu de K'oublaï, perdit en 1286 sa femme favorite, la khatoun Bouloughan, et suivant le vœu de celle-ci, il envoya des ambassadeurs chercher une nouvelle épouse dans la famille du Grand Khan, qui fît choix de la princesse KoKATCHiN, âgée de dix-sept ans. Les Polo ayant gagné les bonnes grâces des ambassadeurs, ceux-ci demandèrent à être accompagnés par eux dans le voyage de retour; le vieux Khan accorda son consentement à grand'peine, mais il stipula que les Vénitiens reviendraient après avoir accompli leur mission.
I.c long voyage par mer entrepris pour conduire la princesse mongole à son fiancé nous a valu quelques-ims des plus importants chapitres du récit de Marco. Il fut d'ailleurs accidenté; embarqués à Zaïtoun, au commencement de 1292, la princesse, les trois envovés de Perse et la famille Polo furent obligés par le mauvais temps de faire un long séjour à Sumatra; ils passent au sud de l'Inde; deux des ambassadeurs meurent en cours de route et lorsque la princesse arrive en Perse, elle apprend la mort d'Arghoun le 7 mars 1291 et l'avènement de son frère Kaikhatou; Kokatchin épousa le fils de son fiancé : Ghazan, de physique assez ordinaire, — tandis qu'Arghounpassait pour un des plus beaux hommes de son temps, — mais en revanche fort intelligent. La princesse se sépara avec tristesse de ses compagnons de voyage, qui, poursuivant leur route, arrivèrent à Tabriz et enfin, par Constantinople, à Venise en 1295.
Nos voyageurs, après leur longue absence, eurent quelque peine à se faire reconnaître de leurs parents qui ne furent convaincus de leur identité qu'en présence des énormes richesses qu'ils rapportaient de leurs lointaines pérégrinations. Marco Polo rentrait à Venise dans des conditions défavorables. En effet, Venise et Gênes, rivales qui se partageaient le commerce de la Méditerranée, étaient en grande lutte, laquelle se termina à l'avantage de la première à la fin du xive siècle; à l'époque qui nous occupe, les Génois, qui avaient atteint l'apogée de leur puissance, s'apercevaient que la rivalité de la Reine de l'Adriatique allait leur devenir fort préjudiciable; aussi résolurent-ils d'ob-
tenir coûte que coûte la suprématie sur mer. Ce fut à ce dessein qu'une flotte considérable fut équipée sous les ordres d'un marin entre tous illustre, Lamba Doria. Le Procurateur de Saint-Marc, qui était alors Andréa Dandolo, il Calvo, s'empressa de convoquer tous les hommes valides pour repousser l'envahisseur, et Marco Polo fut un des premiers à se présenter pour défendre sa patrie. La rencontre des deux flottes eut lieu à Curzola, île des côtes de la Dalmatie, non loin de Lissa. La défaite des Vénitiens fut terrible; il y eut plusieurs milliers d'hommes tués ou prisonniers (7 septembre 1298). Dandolo périt et Marco Polo fait prisonnier fut conduit à Gênes avec ses compagnons de défaite.
A Gênes, Marco Polo fut enfermé au Palazzo del Capitano del Popolo, alors Gugliemo Boccanegra, depuis le Palazzo délie Compère di San Giorgio, à la Piazza Caricamento, qui servit de douane pendant fort longtemps. Ce palais fut donné en 1407 par la République à la Banque de Saint- Georges, qui joua un rôle considérable dans l'histoire de Gênes jusqu'au xviiie siècle. Parmi les compagnons de captivité de Marco Polo se trouvait un homme de Pise, appelé Rusticien, auquel il dicta en français ses souvenirs de voyage. Marco Polo rentra à Venise en août 1299; il se maria et mourut probablement en 1325.
Pecroiotti. En 1765-66 paraissait à Florence, quoique le titre de l'ouvrage porte Lisbonne et Lucques, un livre en quatre volumes, intitulé Délia Décima e di varie gravezze imposte dal Comune di Firenze Délia Moneta e délia Mercatura de Fiorentini fino al Secolo XVI, dont l'auteur était Gian Francesco Pagnini del Ventura de Volterra. Le VolumelII contient un traité de la Pratica délia Mercatura par Francesco Balducci Pegolotti, pubhé d'après un manuscrit de la Bibliothèque Riccardi à Florence. Pegolotti était au service des Bardi de Florence; nous savons qu'il était à Anvers de 13 15 à 1317; il fut transféré à Londres; nous le trouvons à Chypre de mai 1324 à août 1327, puis encore en 1335, époque à laquelle il obtient du roi de la Petite Arménie, pour sa Compagnie, des privilèges commerciaux à
Aias, port du golfe de Scandcroun. Les Bardi firent faillite en 1339. Le premier chapitre du livre de Pegolotti nous donne des renseignements au sujet du voyage de Cathay depuis Tana, aller et retour avec des marchandises. Il fallait compter de Tana à Astrakhan vingt-cinq jours avec un chariot à bœufs et de dix à douze jours avec un chariot à chevaux. D'Astrakhan à Saraï, il y avait un jour par eau et de Saraï à Saraitchik, sur le Jaic ou Oural, aussi par eau, il fallait huit jours; jusqu'à Ourghandj, ou Khwarezm, sur les deux rives de l'ancien lit del'Oxus, on mettait vingt jours en chariot à chameaux; d'Ourghandj à Otrar de trente-cinq à quarante jours en chariot à chameaux; directement de Saraitchik à Otrar il ne fallait que cinquante jours; d'Otrar à Al Maliq, quarante-cinq jours avec des ânes de somme; d'Al Mahq à KanTcheou, soixante-dix jours avec des ânes; on se rend à une rivière non nommée, probablement le Grand Canal, en quarante-cinq jours à cheval; on descend cette rivière à Cassai (Hang Tcheou), d'où il faut trente jours pour remonter à Khan Bâhq. A Hang Tcheou on échange ses lingots d'argent pour du papier-monnaie appelé balish; quatre balish valent un lingot (sommo) d'argent. Le second chapitre du traité de Pegolotti renferme des conseils au sujet du voyage de Cathay, par exemple : laisser pousser sa barbe et éviter de se raser; ne pas faire d'économie sur les gages du drogman ; il est utile de se procurer au moins deux bons domestiques parlant la langue de Couman; le voyageur sera mieux soigné s'il emmène avec lui une femme de Tana parlant également le Coumanien. Pour aller de Tana à Astrakhan, il faut emporter vingt-cinq jours de provisions; la route est parfaitement sûre de Tana au Cathay; seulement si le voyageur meurt en route, tout ce qui lui appartient devient la propriété du seigneur du heu, à moins qu'il n'ait avec lui un frère ou un ami intime; toutefois on peut courir quelque danger dans l'intervalle de la mort d'un chef à l'élection de son successeur. « Cathay, nous dit Pegolotti, est une Province contenant beaucoup de terres et de villes ; parmi elles, il y en a une, c'est-à-dire la ville capitale, où se rendent les marchands et où se fait beaucoup de
commerce, laquelle ville se nomme Cambalec. Et la dite ville mesure cent milles de tour et est toute pleine de gens, de maisons et d'habitants. » On peut calculer qu'un marchand avec un drogman (Tuycimanno) et deux domestiques, et avec des marchandises de la valeur de 25.000 florins d'or, dépensera au cours de son voyage au Cathay de 60 à 80 sommi d'argent et pour le voyage de retour à Tana, y compris la nourriture et les gages des domestiques et tous les autres frais, cinq sommi par bête de somme, ou moins; et on peut évaluer le sommo à cinq florins d'or, disons à peu près treize francs par florin. Parmi d'autres conseils, notons que tout l'argent apporté au Cathay est changé pour du papier-monnaie, jaune, portant le cachet du Seigneur, appelé halishi et qui a cours forcé; il y a trois espèces de valeur, différente, de ce papier-monnaie : on peut calculer que l'on peut avoir au Cathay de 19 à 20 livres poids de Gênes de soie pour un sommo d'argent pesant 8 ^ onces de Gênes, l'alliage devant être de 11 onces 17 deniers par livre; on peut aussi calculer que l'on peut obtenir au Cathay 3 ou 3 ^ pièces de soie damassée ( cammocca ) pour un sommo, et pour un sommo d'argent de 3 ^ à 5 pièces de nacclietti de soie et d'or.